Cet article explore la notion de la berceuse, en particulier dans le contexte de l'œuvre de Rebecca Zlotowski, et comment elle s'entrelace avec des thèmes de mémoire, d'enfance, et d'expériences culturelles variées. De plus, il aborde des spectacles et des festivals qui mettent en lumière la musique, la danse et le cinéma, en explorant comment ces formes d'art se croisent et se réinventent.
La Berceuse : Un Fil Conducteur Émotionnel
La berceuse, mélodie universelle associée à l'enfance et à la tranquillité, prend une dimension particulière lorsqu'elle est intégrée dans des œuvres artistiques plus larges. Dans le film "Planétarium" de Rebecca Zlotowski, la berceuse de "L'Oiseau de feu" de Stravinski joue un rôle crucial. La bande-son accordait alors une place primordiale à une page célèbre de L’Oiseau de feu, la « berceuse », moment crucial durant lequel l’oiseau merveilleux rompt l’enchantement fatidique.
Cette utilisation n'est pas fortuite. Zlotowski elle-même a eu l'intuition que la fable et la musique de Stravinski recelaient quelque chose comme la vérité profonde de son film. Coïncidence, elle utilisait la Berceuse durant le tournage de Planetarium avec deux sœurs spirites Nathalie Portman et Lily-Rose Depp et un producteur (Emmanuel Salinger) qui cède à ses visions. La berceuse devient ainsi un symbole de rupture d'enchantement, un passage vers une nouvelle réalité.
"A Song of a Woman" : L'Enfance et le Temps qui Passe en Musique
Le concert intitulé "A Song of a Woman", présenté par la Maîtrise de l'Opéra de Lyon, illustre parfaitement cette exploration de l'enfance et du temps à travers la musique. Pour célébrer la fin de l’année et la venue de l’hiver, la Maîtrise, école de chant et de la scène de l’Opéra de Lyon, se dévoile dans son tout nouveau concert, intitulé A Song of a Woman. Au programme, un ensemble de pièces vocales sur des textes de poètes et poétesses français, comme Victor Hugo, anglais comme Kathleen Raine ou encore chiliens comme Gabriela Mistral. On pourra ainsi entendre, entre autres, des œuvres de Gabriel Fauré, Cécile Chaminade, Julien Joubert, Thierry Machuel ou encore Bob Chilcott.
Ce concert, mis en espace et parfois chorégraphié, plonge dans une tranche de vie, au cours de tableaux poétiques, entre douceur, chaleur et tendre mélancolie. A Song of a Woman chante l’enfance passée et celle à venir, ainsi que le temps qui file. Sous la direction musicale de Clément Brun, les jeunes interprètes y révèlent toute leur virtuosité, capables de passer d’un répertoire à l’autre, d’un style à l’autre, en compagnie d’une chanteuse soliste, d’un piano, d’un marimba et d’une harpe. Un voyage émouvant à suivre en famille, sublimé par les voix des enfants de la Maîtrise de l’Opéra de Lyon. Il réunit des œuvres de compositeurs variés, soulignant la richesse et la diversité des expressions musicales liées à ces thèmes.
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Le Festival d'Aix-en-Provence : Un Carrefour d'Innovations Artistiques
Le Festival d'Aix-en-Provence se positionne comme un lieu d'expérimentation où les frontières entre les disciplines artistiques sont constamment repoussées. Dès ses premières années, Gabriel Dussurget a souhaité perpétuer l’esprit des Ballets russes à Aix, en faisant venir auprès de lui plusieurs collaborateurs des Ballets russes, en sollicitant par ailleurs les plus grands peintres et chorégraphes de son temps. L'édition dont il est question ici en est un parfait exemple, avec des propositions audacieuses qui revisitent des œuvres classiques à travers le prisme du cinéma et de la mise en scène contemporaine.
Réinterprétations Cinématographiques des Ballets Russes
Le festival a proposé un projet inédit en forme d’hommage aux Ballets russes, en commandant à trois cinéastes de renom, Rebecca Zlotowski, Bertrand Mandico et Evangelia Kranioti, de libres rêveries éclairant sous un nouveau jour les relations entre fable, musique et image, dans le prolongement des innovations majeures de Diaghilev. Trois cinéastes ont été invités à créer des films inspirés de ballets de Stravinski : "L'Oiseau de feu", "Pétrouchka" et "Le Sacre du printemps".
- L'Oiseau de feu (Rebecca Zlotowski): Zlotowski a puisé dans les rushes de son film "Planétarium", intégrant des scènes avec Nathalie Portman et Lily-Rose Depp. Rebecca Zlotowski a livré un film fainéant dont on n’entendait pas les dialogues (et pour cause), mais où l’on voyait, rire, pleure, s’extasier Nathalie Portman, planer Lily Rose Depp, s’interroger Emmanuel Salinger puisque la cinéaste est allée fouiller dans les rushes qui lui restaient de son Planetarium… Aucun intérêt.
- Pétrouchka (Bertrand Mandico): Mandico a transposé l'histoire dans le monde de la mode, avec une esthétique queer et des références cinématographiques variées. Bertrand Mandico pratique les différentes formes artistiques avec une fluidité déconcertante, passant de la photographie, du dessin et du collage, aux performances et clips vidéo. Son esthétique très inventive mélange avec brio les influences les plus variées, dans des réalisations parfois fantastiques, queer et teintées d’érotisme, toujours emplies de multiples références cinématographiques.
- Le Sacre du printemps (Evangelia Kranioti): Kranioti a exploré le processus d'asservissement de la nature et la recherche d'un lien chamanique entre l'homme et la nature. Dans une approche mêlant documentaire et fiction, la cinéaste dénonce dans son Sacre du Printemps le processus d’asservissement progressif de la nature qui a caractérisé toute l’idéologie de la modernité occidentale, éloignant irrémédiablement l’homme de cette dernière, tout en traquant dans le monde d’aujourd’hui, sans excès d’idéalisme, les endroits de la planète où un lien chamanique entre l’homme et la nature est encore actif.
"L'Opéra de Quat'sous" : Une Critique Sociale Toujours Actuelle
L'ouverture du festival avec "L'Opéra de Quat'sous" de Brecht et Weill témoigne d'une volonté d'ouverture et d'adaptation à l'époque actuelle. Et n’a pas hésité à « ouvrir » l’édition 2023 avec l’opéra des gueux, soit L’opéra de quat’sous, créé en 1928 à Berlin, signé du pas encore marxiste à l’époque Bertolt Brecht et de son camarade Kurt Weil, redoutable duo dénonçant les crimes en tout genre qui humilient le genre humain. La mise en scène de Thomas Ostermeier, bien que parfois déroutante, souligne la pertinence des thèmes abordés dans l'œuvre.
"Cosi fan tutte" : Une Relecture Contemporaine des Relations Amoureuses
La transformation de "Cosi fan tutte" en un drame bourgeois-urbain de cinquantenaires par Dimitri Tcherniakov interroge les relations amoureuses et la fidélité dans un contexte contemporain. Ouverture d’esprit et adaptation d’époque avec le Cosi fan tutte (Comme elles font toutes de Mozart créé en 1790 à Vienne) transformé en drame bourgeois -urbain de cinquantenaires par le metteur en scène russe Dimitri Tcherniakov qui rêvait depuis longtemps de réaliser ce projet de « cosi…vieux », avec des chanteurs de cinquante ans.
"Wozzeck" : Une Version d'Anthologie
La mise en scène de "Wozzeck" par Simon McBurney, avec la direction musicale de Sir Simon Rattle, a été saluée comme une version d'anthologie. Enfin, voilà l’ouverture à l’audace véritable : choisir un metteur en scène qui produit peu avec l’opéra mais signe chaque fois un chef d’œuvre à Aix-en-Provence : The rake’s progress de Stravinski en 2017, et une Flûte enchantée fascinante en 2014. Soit le britannique Simon McBurney pour donner aux visions démentes du héros Wozzeck d’Alban Berg une dimension extraordinaire, une version d’anthologie. Et l’orchestre dirigé par un autre artiste touché par la grâce, Sir Simon Rattle, avec, excusez du peu, le London Symphony Orchestra. La production a su rendre la dimension humaine et la souffrance du personnage principal avec une grande sensibilité.
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Lili Leignel : Témoignage et Mémoire de la Déportation
L'histoire de Lili Leignel, née Keller-Rosenberg, témoigne de l'importance de la mémoire et de la transmission des expériences traumatiques. RécitLili Leignel, née Keller-Rosenberg, ne cesse, depuis quarante ans, de décrire l’horreur de la déportation et de la barbarie nazie devant des lycéens et des collégiens. Son récit de l'arrestation de sa famille en 1943, avec ses détails poignants, souligne l'impact durable de la barbarie nazie sur les individus et les familles. Nuit noire. Le calme règne au 42, boulevard d’Armentières, à Roubaix, un petit immeuble en briques. Au moment du coucher, une excitation joyeuse s’est emparée des enfants car, le lendemain, c’est l’anniversaire de leur mère, Charlotte. Lili, tout juste 11 ans, Robert, bientôt 10 ans, et André, 3 ans et demi, ont préparé l’événement avec amour : ils ont appris des poèmes, dessiné, tandis que Joseph, leur père, se débrouillait pour trouver un gâteau et des fleurs. A 3 heures du matin, un fracas épouvantable réveille la maisonnée. Ce lundi 27 octobre 1943, plusieurs hommes de la Feldgendarmerie, la police militaire allemande, grimpent quatre à quatre les escaliers pour arrêter la famille Rosenberg.
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