Introduction
L'univers de l'enfance est bercé de traditions et d'objets qui traversent les générations, porteurs d'histoires et de souvenirs. Parmi eux, la berceuse, le landau et la "tête" (au sens de la poupée ou de la figurine) occupent une place particulière, symboles de soin, de protection et d'éveil. Cet article explore l'histoire et l'origine de ces éléments, en s'inspirant des réflexions sur l'héritage psychologique et des traces du passé dans notre présent.
L'Héritage Psychologique et les Berceuses : Une Exploration Théâtrale
Le projet théâtral "Héritages" naît d'un désir profond d'explorer et de partager, à travers le prisme du théâtre, une notion encore obscure : l'héritage psychologique. Cette idée, selon laquelle des blessures ou des stigmates peuvent traverser les générations, où l'enfant porte en lui, caché, le passé de sa famille, est au cœur de cette démarche artistique.
Pour nourrir cette exploration, les recherches s'orientent vers des contes bretons transmis par les mendiants du début du XXe siècle, et vers les "Berceuses" de Federico Garcia Lorca. Ce dernier, lors d'une conférence de 1928, livre sa réflexion autour des berceuses andalouses, parfois effrayantes, fredonnées à l'oreille des nourrissons. L'idée est de chercher, avec les enfants, les traces du passé dans notre quotidien, ce qui a perduré de manière visible, et ce qui relève de l'invisible.
L'objectif est de sensibiliser les enfants à ce sujet, notamment en leur faisant découvrir les contes, témoins du passé arrivés jusqu'à nous, et en leur proposant d'inventer eux aussi des contes en s'inspirant de ceux que nous connaîtrons ensemble.
L'Inspiration d'une Aïeule Mendiante
Afin d'éviter l'écueil didactique et de rester fidèle aux inclinations artistiques, une réflexion a été menée sur un chemin parallèle à emprunter pour rendre compte des recherches parmi les écrits théoriques sur cette notion. L'idée est d'éviter d'aborder frontalement ce sujet, pour ouvrir vers la rêverie, pour que la poésie et même la fantaisie occupent autant de place que la théorie.
Lire aussi: Signification de la Berceuse
Pour faire ce pont, l'inspiration est venue d'une femme qui n'a pas pu être connue car elle a vécu au début du XXe siècle : l'arrière-arrière-grand-mère. Elle était mendiante, profession reconnue à l'époque. Le seul « héritage » connu, c'est son histoire rapportée par la grand-mère. Elle est née dans les années 1870 à Plouaret (22). À l'âge de 10 ans environ, elle est tombée d'un arbre et s'est fracturé le col du fémur. Sa famille étant trop pauvre pour la soigner, elle a gardé sa taille de fillette et ce handicap, cette blessure, toute sa vie. Vers 20 ou 25 ans, ses parents lui demandent de quitter la ferme familiale où elle ne peut pas travailler aussi bien que si elle était en bonne santé. Elle était « une bouche à nourrir ».
Grâce à la chercheuse Françoise Morvan, il a été découvert que l'artiste François-Marie Luzel (1821-1895) avait recueilli les contes et chansons transmis par les mendiants peu avant l'époque où l'aïeule battait la campagne, dans les mêmes environs, soit dans le canton de Plouaret dans les Côtes d'Armor. De là est venue le doute qu'elle ait pu entendre ces mêmes contes, et qu'elle ait pu les dire elle aussi pour gagner sa vie, contes dont je n'ai pas encore connaissance.
Pour servir le propos autour de la psychogénéalogie, l'idée est de partir de l'idée selon laquelle l'arrière-arrière-grand-mère ait en effet bien partagé ces contes au cours de sa vie. De l'envie naïve de croire à la magie, est née l'envie de croire que ces contes sont l'héritage, une transmission arrivée jusqu'à moi à mon insu. Ces contes deviennent alors une base de matière théâtrale et à la fois un prétexte à délivrer cette parole : celle de cette femme, ce qu'elle a enduré dans sa vie, et la réflexion autour de l'héritage psychologique.
L'envisagement est d'utiliser ces contes, ou peut-être même un seul conte ou une seule chanson, pour faire ressurgir un passé qui est celui du temps où l'aïeule avait mon âge. L'imagination est de partir d'une fiction, celle d'une mère qui adresse à son enfant qui vient de naître un discours sur ses origines, sur ce que ses ancêtres lui ont légué et dont le nouveau né est le nouvel héritier.
Les Berceuses de Lorca : Entre Douceur et Cruauté
Ce contexte permet d'introduire un autre objet d'inspiration : Les Berceuses de Federico Garcia Lorca, texte retranscrit d'une conférence qu'il a donnée en 1928 autour des berceuses andalouses, et espagnoles de manière plus générale. Lorca ouvre une pensée autour des chansons enfantines que les femmes espagnoles fredonnaient pour endormir leurs enfants, et les messages tantôt effrayants, tantôt cruels, tantôt pessimistes qu'elles délivraient pour les bercer.
Lire aussi: Un chef-d'œuvre de tendresse
« Alors qu'une cathédrale demeure enracinée dans son époque, et donne une expression permanente du passé au paysage qui, lui, change toujours, une chanson surgit tout à coup de ce passé jusqu'à notre présent, vivante et palpitante, comme une grenouille, et s'intègre dans le paysage, comme un jeune arbuste, apportant la lumière vive des heures anciennes, grâce au souffle de la mélodie. »
À l'instar de cette citation, il est souhaité de réfléchir à la trace du passé sur notre présent avec les enfants, penser avec eux, depuis leur jeune âge, à ce que représente le temps qui passe. L'idée est de tenter de prendre conscience avec les enfants des traces de nos aïeux autour de nous, comme des fantômes, et songer ensemble à ce que nous allons nous aussi laisser comme traces aux générations futures, grâce à divers objets anciens, notamment de vieux landaus, et en traversant différents endroits comme de vieux chemins de campagne ou entrer dans des églises ou des chapelles. En outre, ces recherches nous amèneront ensemble à observer notre société, nos modes de vie, prendre du recul sur nos quotidiens, sur les changements que les progrès techniques, médicaux, ont généré au fil des années.
Le Landau : Un Symbole de l'Enfance Bourgeoise
Les études sur l'architecture domestique lient les premières apparitions d'un espace pour l'enfant à l'évolution du mode de vie familial à partir du milieu du XVIIIe siècle. Ce lieu naît en Europe du nord, au sein des classes montantes - industrielles, libérales et commerçantes - qui réorganisent leur espace à la faveur du bouleversement engendré dans l'habitat par la révolution industrielle, inscrivant leurs modes de vie dans de nouvelles formes architecturales.
La culture bourgeoise célèbre les attraits de la vie domestique et dessine dans ses demeures une ligne de démarcation entre les pièces de réception et les lieux privés, qui abritent une vie de famille soucieuse d'intimité et de confort (Eleb-Vidal et Debarre-Blanchard 1989). Le sentiment conjugal et maternel s'y développe, et l'enfant, qu'on envoie moins souvent en nourrice, fait l'objet de soins accrus. Un souci éducatif tend à l’éloigner de la sphère sociale du salon ou de l'espace intime de la chambre conjugale, comme à l'isoler des chambres de service. En France, ces évolutions s’effectuent lentement et d’abord de façon sporadique au cours du XIXe siècle, et c’est assez tardivement, à partir des années 1870, que les plans des architectes commencent à désigner explicitement l’emplacement de la chambre d’enfant, au demeurant souvent défavorisé (Perrinjaquet 1979). Ce phénomène concerne en premier lieu l’habitat urbain ; il est lié à l’essor de l’appartement de type haussmannien, à Paris et dans les grandes villes, et concerne plutôt la bourgeoisie moyenne, moins contrainte que la grande bourgeoisie et l’aristocratie par les besoins de représentation sociale qui les conduisent à sacrifier l’intimité aux pièces de réception.
Ainsi que le montre Michel Manson dans ce même colloque1, les évocations littéraires et iconographiques de chambres d’enfants, qui apparaissent très tôt dans l’édition de loisirs pour la jeunesse, témoignent de l’émergence de cet espace dans une partie de la société française, avant même qu’il ne constitue un phénomène social large et significatif. La chambre d’enfant est évoquée par Berquin dès les années 1780, citée aussi par des auteurs romantiques, et mise en scène de façon plus précise par la comtesse de Ségur et quelques auteurs du Second Empire.
Lire aussi: "La Berceuse du Petit Diable": un conte musical
La Chambre d'Enfant : Un Espace en Évolution
L'usage d'attribuer une chambre à l'enfant n'est pas encore généralisé, comme ce sera le cas après la Seconde Guerre mondiale. Et dans la mesure où l’école primaire de la IIIe République se donne pour objectif d’instruire les enfants du « peuple », avec la conscience que ces destinataires requièrent des méthodes et des contenus d’enseignement appropriés, on peut se demander dans quelle mesure les supports d’enseignement prennent en compte ce bien nouveau de la jeunesse qu’est la chambre d’enfant et sous quels angles ils le présentent : espace acquis ou à conquérir, bien légitime ou privilège, terrain de jeu ou de travail, de réflexion ou de punition, de rêve ou de méditation, de réclusion ou d’accomplissement, de bonheur ou de solitude, etc. ?
L’enquête a été menée dans les fonds du musée national de l’Éducation à Rouen, à travers des imagiers pour les tout petits, des manuels d’apprentissage de la lecture et des planches murales didactiques, supports publiés entre les années 1880, date à laquelle l’illustration s’y généralise, et la Seconde Guerre mondiale.
Cependant, l’historiographie de la chambre d’enfant trouve dans ces supports scolaires des sources qu’il ne faut pas créditer d’une valeur de témoignage ou de document. Les images y relèvent en effet d’autres logiques que celle de la mimesis. Ce sont des représentations que nous analyserons, qui témoignent moins d’une époque que des regards d’une époque sur la chambre d’enfant : à la fois des œuvres visuelles, qui appellent différents types d’analyse - thématique, iconographique et symbolique (Panofsky 1969 ; Schapiro 1973) -, et des constructions mentales, individuelles et/ou sociales : des signes, des symboles, des métaphores, des motifs, des clichés, mais aussi des représentations socialement élaborées et partagées, qui relèvent des mentalités et des visées d’une société (Jodelet 1984).
Dans ce cadre théorique et méthodologique, l'attention a été portée à l’espace-chambre, aux objets qui s’y trouvent, aux personnages et à leurs activités, ainsi qu’aux éléments textuels qui ancrent ou relaient (Barthes 1964) ces représentations : légendes, commentaires, exercices, etc. Avec l’objectif d’une mise en perspective de ces images dans la production iconographique pour la jeunesse, elles ont été confrontées aux illustrations de la littérature de jeunesse étudiées par Michel Manson, afin d’en repérer les spécificités, liées à leurs usages scolaires, mais aussi de dégager leurs traits communs, qui relèvent d’une époque. Dans ce même objectif, les cahiers d’écoliers ont été interrogés, pour confronter ces représentations figurées, réalisées par des adultes, aux écrits des enfants.
Le premier constat est celui de la rareté des représentations et des évocations de la chambre d’enfant en milieu scolaire, même dans les supports sélectionnés où abondent les scènes de la vie quotidienne. Il est vrai que l’ensemble considérable des supports d’enseignement conservés par le musée national de l’Éducation n’a pas été systématiquement dépouillé, mais le sondage effectué parmi les principaux titres en usage à cette époque dans les petites classes n’a révélé qu’une maigre moisson de vingt-cinq imagiers et manuels de lecture évoquant plus ou moins précisément la chambre d’enfant, seize planches didactiques et une dizaine de rédactions complétant notre corpus. On verra d’autre part que les représentations de la chambre d’enfant n’y apparaissent que rarement pour elles-mêmes mais, le plus souvent, en lien avec un certain nombre de thèmes récurrents, et autour de différents motifs2 que nous détaillerons. Il apparaît enfin que ces représentations diffèrent significativement suivant les types de support envisagés, leurs usages et leurs destinataires.
Les imagiers et manuels illustrés d’apprentissage de la lecture qui ont été dépouillés constituent deux supports différents mais qui sont issus d’un même renouvellement de la pédagogie scolaire qui fait massivement appel aux images à partir des années 1880. L’imagier, apparu à la fin du XIXe siècle sous l’impulsion de Marie Pape-Carpantier et de Pauline Kergomard, s’adresse aux classes maternelles, enfantines (enfants de 4 à 7 ans) et élémentaires. C’est un livre d’images, isolées ou séquentielles, légendées ou sans paroles, qui s’attache à l’acquisition du langage et du vocabulaire, et précède, en le préparant, l’apprentissage de la lecture en proposant des exercices variés d’observation, de vocabulaire, d’élocution et de morale familière. L’enseignement de la lecture proprement dite est l’objet du manuel. Il est remanié à la fin des années 1880 par l’introduction de l’image qui, de simple illustration en regard du texte, contribue bientôt au renouvellement en profondeur des méthodes (Juanéda Albarède 1998 ; Renonciat 2011).
Le Réveil et le Lever : Rituels et Représentations
Le thème du réveil est l’un d’eux, décrit comme ce moment où le monde extérieur fait irruption dans la chambre, tantôt par le son (chant du coq, bruit des voitures), tantôt par la lumière qui traverse la fenêtre (ill.
L’illustration prise ici comme exemple appelle plusieurs remarques car elle possède toutes les caractéristiques des représentations de la chambre d’enfant dans les manuels scolaires : d’un point de vue formel, avant qu’apparaisse la couleur dans les années 1930, ce sont des vignettes en noir et blanc, généralement présentées en bandeau de chapitre, qui offrent un appui visuel à l’étude des phonèmes et graphèmes, en l’occurrence ici le son eil. La dimension de ces vignettes ne permet de représenter que le coin de la chambre pertinent par rapport au thème traité. Il est donc difficile de savoir s’il s’agit d’une chambre d’enfant, évoquée par synecdoque à partir de l’image du lit (la partie pour le tout), ou seulement d’un coin réservé dans une pièce de la maison, comme dans cette illustration du « réveil » dans Line et Pierrot où un rideau délimite l’espace dans le fond de l’image. D’autre part, la sobriété est de règle : les petits lits de fer stricts, qui apparaissent le plus souvent, n’ont pas grand chose de commun avec les confortables lits à baldaquin qui abritent les héros de la littérature de jeunesse, comme, par exemple, l’héroïne des Pourquoi de Melle Suzanne d’Emile Desbeaux (1881), qui possède une chambre « fort coquette, toute calfeutrée, bien à l'abri des courants d'air avec ses fenêtres garnies d'une double mousseline, entièrement tendue de perse rose pâle » (ill. 2). Au moins deux raisons expliquent cette sobriété : l’une générale, liée aux destinataires des manuels de l’école primaire laïque à cette époque, enfants de milieux modestes, qui ne jouissent pas, pour la plupart, de ce type de confort ; l’autre particulière, contrainte par les fonctions du manuel. L’image, associée au mot afin d’en faciliter la lecture, se doit d’être claire, lisible et sans ambiguïté. C’est une image définitionnelle, un équivalent graphique du mot lit : « Meuble sur lequel on se couche, composé d'un cadre de bois ou de métal, qu'on garnit d'un sommier ou d'une paillasse, d'un ou de plusieurs matelas, d'un traversin, d'un ou de plusieurs oreillers, de draps et de couvertures » suivant le dictionnaire (Académie, 8e édition, 1932). Enfin, les objets présents dans cette image se retrouveront dans toutes les représentations de chambres d’enfants que nous allons rencontrer, même les plus simples : lit, carpette, table et objets de toilette, chaise sur laquelle reposent les vêtements, gravure au mur. 1. Ferdinand Raffin. « Le réveil », dans : K. Seguin. Line et Pierrot. Premier livre de lecture courante. 2. Valnay. La chambre de Suzanne. Dans : Émile Desbeaux. Coll.
À la différence du réveil, qui saisit l’enfant dans une position passive, le lever implique un certain nombre d’actions de l’enfant, qui sont l’objet de régulations : se lever de bon matin, se laver, se coiffer, s’habiller, faire sa prière, faire son lit, etc. L’image a ici fonction d’exemplum, c’est-à-dire non pas de simple illustration : elle est une ressource rhétorique dans un discours de persuasion, un modèle à suivre pour l’écolier. Concret par définition, l’exemplum implique la représentation du lieu et des objets liés à ces opérations. Aucun d’eux n’y figure par hasard et tous relèvent d’un discours moral. Ainsi, le chapitre sur le lever de Paul dans les Leçons illustrées de français (vers 1910, ill. « Paul dort toute la nuit. Mais il s'éveille de bon matin. Le jour se montre à peine. Une douce lumière blanche passe entre les rideaux. Un petit oiseau chante sur la fenêtre. Paul ne reste pas au lit. Il se lève gaiement. 3. Anonyme. « Le lever », dans : Ernest Breuil. Leçons illustrées de français.
Lit, matelas, couvertures, traversin, oreiller, duvet sont une invitation à la paresse et illustrent la difficulté de s’extraire de ce coucher douillet, mais l’action de l’enfant, déjà en partie habillé, indique la promptitude du lever, la fenêtre ouverte suggérant tout à la fois l’aération nécessaire de la chambre et l’appel du dehors. Les vêtements pendus à la patère, ou soigneusement pliés sur la chaise, ne sont pas là par hasard, mais relèvent de prescriptions relatives au soin des vêtements lors du coucher, qui figurent, par ailleurs, depuis le début du XIXe siècle, dans les traités de civilité (ill. 5). Il faut les mettre en relation avec la multiplication des biens propres de l‘enfant, qu’il doit apprendre à gérer. L’imagier de Jean Perrot, publié par Nathan, perpétuera ces prescriptions jusque dans les années 1920 (ill. 6). Notons la différence avec le traité de civilité de 1817. Dans ce dernier, le fonds est neutre, l’espace abstrait : c’est l’action qui est mise en exergue. Dans l’imagier de Perrot, l’environnement concret de l’enfant fait son apparition en toile de fond : outre son lit, on aperçoit ses objets de toilette, une carpette et une gravure encadrée au dessus de son lit, élément que nous retrouverons dans toutes les représentations de la chambre d’enfant. Dans « Le lever de Louis », chapitre d’un manuel de lecture de l’enseignement catholique (1913, ill. 4), le texte évoque aussi un lever rapide, suivi d’une prière et d’une toilette à l’eau froide. 4. Anonyme. Le premier livre d'André. Lecture courante et récitation. Lyon, Librairie catholique Emmanuel Vitte, Paris, 1913 (2e éd.). 5. Anonyme. Abécédaire du premier âge, contenant la civilité française pour instruire les enfans dans toute honnêteté et bienséance, avec des figures sur la manière dont les Enfans doivent se conduire et se tenir dans le monde. Coll. 6. E. Dot. « La journée de l'enfant ». Planche murale reproduisant en couleur une page de l’ouvrage de Jean Perrot : Pour faire parler nos petits. 32 scènes familières en images sans paroles. IIe série. N° 17.
La Maladie : Une Fenêtre sur l'Intimité
La maladie de l’enfant est l’occasion de nombreuses représentations de l’environnement du malade. C’est un thème très ancien puisque Michel Manson en signale la représentation au XVIe siècle, dans une miniature du Livre des costumes (1521) de Matthaüs Schwarz (BnF, Manuscrits allemands 211, f° 5V). L’image montre l’enfant alité, et un texte manuscrit précise qu’il a trois ans et demi et qu’il a la varicelle. Sa sœur lui tient compagnie. Il joue avec des figurines de chevalier posées sur une table. À part le lit, la chaise et la table, un mur et trois fenêtres, rien n’est alors montré de la chambre : elle pourrait se trouver n’importe où dans la maison. L’iconographie scolaire du XIXe siècle et des débuts du XXe, pour sa part, lie volontiers la maladie à la misère. On le voit ici dans une illustration de « L’ange de Dieu », texte d’Andersen reproduit dans Le français par la lecture expliquée (1934). Elle montre « une mauvaise petite chambre basse, d'une maison de triste ruelle », la chambrette d’un enfant pauvre (ill. 7). C’est là encore une représentation stéréotypée, archétype de la mansarde issue de l’iconographie romantique de la bohême, qui se retrouve dans la littérature scolaire, comme aussi dans la littérature de jeunesse où sa source probable est la description par Victor Hugo dans Les Misérables de la « chambre » de Cosette sous un escalier : soupente aux murs décrépits, ensoleillement réduit (ill. 8). Notons, dans le manuel, qu’à l’insalubrité de la chambre, s’oppose la plante placée à sa fenêtre, qui refleurit chaque année, symbole de régénérescence et d’espoir pour l’enfant. La lucarne fait le lien avec « l’extérieur de la fenêtre où se trouvent des bosquets fleuris, de frais ombrages où chantaient gaîment les petits oiseaux. » Dans une France industrialisée, et en dépit de la situation de ce… Conceptual image of an open novel or book with pages flying away as if turning into winged birds. `
tags: #berceuse #landau #tete #histoire #origine
