Qui n’a jamais été bercé par un conte de fées ? C’est ce qui compose, pour beaucoup d’entre nous, une partie de notre enfance et que l’on garde en mémoire pendant toute notre vie. "Le Labyrinthe de Pan" de Guillermo Del Toro s’inscrit dans cette tradition, s’inspirant de nombreux contes comme "Alice au pays des merveilles" de Lewis Caroll, "Le magicien d’Oz" de L. Frank Baum ou encore "La petite fille aux allumettes" de Hans Christian Andersen. Cependant, Del Toro transcende le conte traditionnel en le fusionnant avec la dure réalité de la guerre civile espagnole, créant ainsi une œuvre unique, à la fois sombre, envoûtante et profondément émouvante.

Un univers visuel unique : Féerie et gothique

Dès les premières images, Del Toro impose son propre visuel, un mélange de féerie et de gothique. Le design du faune est particulièrement réussi, et les couleurs du repère de l’ogre, variant entre le rouge froid, le brun blanchi et la blancheur pétrifiante de l’ogre, contribuent à rendre l’atmosphère aussi fascinante qu’inquiétante. Le réalisateur mexicain se révèle être un grand amoureux des monstres et des insectes, accordant autant de méticulosité à l’aspect conte de fées qu’au conflit espagnole qui se poursuit en parallèle.

La première chose que l’on remarquera, c’est l’intérêt qui est porté autour du fameux labyrinthe du faune, comme la première fois ou l'enfant y entre en filmant d’abord derrière Ofelia lorsqu’elle y entre la première fois avant de passer par-dessus et de la suivre longuement à l’intérieur du vieux labyrinthe à côté de la maison du capitaine Vidal. Il a recours de nombreuses fois au plan-séquences qui arrive à faire ressortir une véritable ambiance du stylisme de son monde merveilleux et de l’horreur de la guerre entre franquistes et maquisards.

Malgré un budget modeste de 19 000 000 $ seulement, les effets numériques sont crédibles et convaincants. Bien que la grenouille de l’intérieur de l’arbre puisse sembler un peu artificielle, la direction artistique est impeccable dans l’ensemble.

La musique : Une berceuse inoubliable

Javier Navarrete a orchestré la majeure partie musicale du film à partir du thème principal qui constitue en une petite berceuse fredonnée par l’un des personnages principaux. Cette même mélodie est déjà magnifique à écouter, mais chaque variation qui en est faite apporte à la fois un sentiment de féerie mais aussi de tragédie et de nostalgie particulière. Les autres morceaux sont là pour le ton impitoyable de la guerre franquiste, ou renforce la sensation de drame et de féerie. Cette magnifique bande-son dans l’intégralité est difficile à oublier. La berceuse sans parole nous rappelle que parfois le sens est moins important que la mélodie, et dans un monde de violence et de sang, tout à fait insensé, on se dit que se laisser bercer par la douce musique de l’innocence est peut-être la meilleure chose à faire.

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Des personnages marquants et une interprétation magistrale

Chacun des protagonistes centraux a une importance dans ce que ce film fait ressentir personnellement : Ivana Baquero, qui jouait la petite Ofelia, une fille de 12 ans bercée par les histoires pour enfant et les contes de fées, se montre très juste et émouvante dans son jeu. Ofelia est très attachante et émouvante dans le fait ou elle fait figure de la représentation de l’enfance. Elle n’en fait jamais trop et elle inspire énormément de compassion.

Doug Jones interprète l’ogre de la deuxième épreuve et bien sûr le fameux faune qui nous a été présenté et il s’en sort avec brio, que ça soit pour le faune ou l'homme pâle qui a un design assez classe également.

Le personnage du capitaine Vidal, joué impeccablement par Sergi Lopez et carrément détestable du début à la fin, est l’image même du régime franquiste dont Del Toro fait la représentation à travers ce personnage violent, sadique et dont l’inhumanité se fera de plus en plus sentir.

Maribel Verdú jouait, quant à elle, Mercedes, une femme soutenant la résistance en espionnant le capitaine Vidal et qui se bat pour survivre dans cet univers réaliste et cruel de la guerre civile espagnole. L’actrice s’en sort aussi très bien et sa relation avec Ofelia est plus qu’appréciable, cette dernière lui chantonnant par ailleurs la petite berceuse sans parole qu’on entend en début de film.

Ariadna Gil jouant Carmen la mère d’Ofelia est la représentation de celle qui a cessé de croire aux bonnes histoires et qui se laisse finalement engouffrer dans la sombre et cruelle réalité qui l’entoure. Et enfin, Roger Casamajor a un rôle plus anecdotique mais qui constitue un intérêt pour Mercedes dans ses actions et l’acteur s’en sort plutôt bien pour les quelques apparitions qu’il effectue. Dans l’ensemble, les acteurs font un excellent travail et chacun des personnages centraux ont une signification.

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Un scénario audacieux : La féerie et la guerre civile espagnole

Faire un mix entre un film mélangeant la féerie et la guerre civile espagnole, ça peut paraître ridicule dit comme ça surtout quand on voit à quel point le monde réel peut paraître très semblable au nôtre au vu de son réalisme et que les deux genres ne s’accordent vraiment pas à première vue. Et pourtant, malgré l’idée qui peut paraître absurde, ce film crée un parallèle entre ces deux univers qui finissent par se rejoindre comme il faut : d’un côté nous avons Ofelia qui découvre qu’elle est une princesse d’un royaume souterrain et doit accomplir trois épreuves afin de pouvoir rentrer dans son vrai monde et de l’autre le capitaine Vidal, Mercedes, Pedro et le docteur Ferreiro Rocher qui sont acteurs de la guerre civile entre franquistes et maquisards. Pendant les deux premiers actes du film, les évènements se déroulent chacun de leur côté en prenant une tournure de plus en plus dramatique au fur et à mesure que le récit avance jusqu’à ce que finalement Ofelia se retrouve, malgré elle, confronté à la folie et à la cruauté de l’homme incarné par le capitaine Vidal qui la rattrape après qu’elle ait échoué à la seconde épreuve.

De ce fait et pour en venir au final du film, on peut traduire les épreuves que suivent Ofelia et sa passion pour les contes de fées de deux manières dans ce film : la première, elle donne elle-même vie à un fantasme pour fuir une réalité trop dure à supporter et qu’elle ne veut accepter. Cela peut s’expliquer par le fait que sa mère n’entend pas la mandragore hurler dans la cheminée lorsqu’elle subit sa deuxième couche ou encore par le fait que le capitaine Vidal ne voit pas le faune quand il la pourchasse dans le labyrinthe et la retrouve au centre en train de parler toute seule dans le vide (selon ce qu’il voit) sans oublier qu’elle semble être la seule personne à voir l’insecte étrange en début de film. On y note alors une dénonciation de la préservation de l’enfance et de nos rêves de féérie et de fantaisie contre un monde adulte dans lequel on ne peut trouver le bonheur car tout ce qui est présenté est noirceur et brutalité. Mais pour ma part, tout comme Guillermo Del Toro l’a fait savoir dans une interview, je penche pour la seconde interprétation, à savoir : le fait que ce monde féérique existe et qu’Ofelia a pu retourner chez elle. Car le principe de base du cinéma c’est de raconter une histoire et de nous y faire croire, et là il y a largement de quoi croire en l’aventure d’Ofelia. Le fait que Vidal ne voit pas le faune peut s’expliquer qu’il n’est pas destiné à prendre connaissance de ce monde ou qu’il a tout simplement perdu son âme d’enfance, quant à la mère d’Ofelia il est acceptable de croire qu’elle était trop occupée à sa douleur lors de sa couche pour prêter attention à la mandragore. De plus, quand je vois Ofelia dans le repère de l’homme pâle ou face au faune, appréciant les contes, je ne peux pas me dire intérieurement que ce monde souterrain qui nous est présenté en début de film n’existe pas. Je veux y croire, comme n’importe qui aime croire en l’imaginaire.

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