L'histoire de la voix, tout comme celle de la nuit dans l'écriture, se révèle être un territoire complexe et riche en significations. Cet article se propose d'explorer cette dimension sonore de la narration, en particulier dans le contexte de la société contemporaine où l'accompagnement sonore est omniprésent et les technologies de reproduction sonore sont devenues individuelles.
La Voix Absente : Un Thème Central
Comment parler de la voix, et plus précisément, comment évoquer la voix de celui qui n'est plus là ? C'est cette question qui guide notre exploration. L'idée est d'user d'une liberté similaire à celle de Ryoko Sekiguchi, qui dans "Manger fantôme" utilise la cuisine et la mémoire des recettes comme moyen de communication avec les entités disparues. Il s'agit de partir de notre propre mémoire des voix, de ces timbres, prononciations et agencements de mots qui nous restent en mémoire.
Proust et la Reproduction de la Voix
Marcel Proust, en visionnaire, avait déjà soulevé la question de la reproduction de la voix et de son impact sur notre perception du deuil. Il affirmait que « De même que le beau son de sa voix, isolément reproduit par le phonographe, ne nous consolerait pas d’avoir perdu notre mère, de même une tempête mécaniquement imitée m’aurait laissé aussi indifférent que les fontaines lumineuses de l’Exposition ». Proust souligne ainsi la dimension émotionnelle et subjective de la voix, qui ne peut être réduite à une simple reproduction technique. Il faut y adjoindre tout ce que Proust dit de la voix à partir de sa transmission à distance par le téléphone.
La Voix comme Grotte à Explorer
La voix, ou ce qui nous reste de leur voix, c’est une grotte, une caverne complexe à explorer, toute faite de finesse et d’exploration, de moments particuliers du temps, de souvenirs associés à des instants, des lieux, des tensions ou fêtes qu’on va ainsi appeler. La voix devient alors un espace d'aventure et d'exploration, un lieu où se rencontrent le passé et le présent, le souvenir et l'émotion.
La Bande-Son de la Mémoire
Dans son approche de la narration sonore, il s'agit de considérer la bande-son non seulement comme un accompagnement, mais comme une matière narrative à part entière. Michaux, dans ses recherches associées aux documents de préparation de son film L’homme visionnaire, explore les bruits du monde et Giorgio Manganelli dans son livre Bruits et voix pratique cette exploration systématique.
Lire aussi: Signification de la Berceuse
La Voix et le Rétroviseur
Ce que vous avez à dire de la voix n’est pas là devant vous, vous n’avez rien à inventer, et d’ailleurs ce serait page blanche, combat stérile. Mais, et sans vous retourner, qu’est-ce qui vous revient de la voix de la personne ? Et si vous décriviez le téléphone, les circonstances, l’environnement ? La magie du texte ce sera peut-être simplement l’accumulation de ce qui vous permet d’entendre cette voix, plutôt que parler d’elle directement. Savoir ce qui vous traverse : là est peut-être le déplacement inauguré par Ryoko Sekiguchi.
La Matérialisation de la Voix
La voix n’a pas de matérialité. Elle se matérialise en nous, même si elle est transmise par la médiation d’un appareil (le répondeur…). La voix trouve sa substance dans notre mémoire, dans nos émotions, dans notre propre subjectivité.
La Voix dans la Littérature et les Arts
L'exploration de la voix dans la narration peut également s'étendre à d'autres domaines artistiques, tels que la littérature, le cinéma et la musique. Il est intéressant d'analyser comment les écrivains, les cinéastes et les musiciens utilisent la voix pour créer des personnages, des ambiances et des émotions.
Balzac et la Notation des Bruits
On se retrouve donc dans une configuration connue : un paramètre de l’écriture qui fait partie de notre quotidien, s’insère naturellement dans notre écriture du réel immédiat, et reste pourtant une histoire récente et complexe (entraînez-nous, par exemple, à aller rechercher les bruits - et la notation des bruits - dans Balzac, ou comment il évoque la voix dans Massimila Doni), et c’est cette dimension spécifique dont nous allons faire artificiellement le thème de l’atelier.
La Voix et l'Élocution
Une voix, c’est un timbre, une prononciation, mais aussi une façon d’agencer des mots et expressions. J’ai par exemple été fasciné, récemment, par ce film de 1962 où témoignent des gens qui ont connu Proust, et dont l’élocution est si loin de la nôtre…
Lire aussi: Un chef-d'œuvre de tendresse
La Voix et le Deuil
La perte d'une voix, que ce soit par le deuil ou par l'éloignement, est une expérience douloureuse qui peut laisser une trace indélébile dans notre mémoire. La voix devient alors un symbole de la personne disparue, un fragment de son identité qui continue à résonner en nous.
Les Messages Disparus
Il fut un temps où je conservais certains messages de mon grand-père, qui m’appelait de Tokyo, sur le répondeur de mon téléphone fixe parisien. La capacité d’enregistrement étant limitée, je faisais régulièrement le tri pour ne conserver que les messages les plus précieux. Les messages téléphoniques sont on ne peut plus privés, parce qu’ils portent une adresse personnelle, et que le nom de l’émetteur et du destinataire sont souvent prononcés. Je conservais ces messages, et sa voix qui m’interpellait. Mais lorsque, après son départ définitif, j’ai voulu réécouter ses messages comme un ultime recours, tous avaient disparu. J’avais dû les effacer à un moment, en pensant que… en pensant quoi ? Donc des histoires de voix. Des personnages retrouvés et reconstruits à partir de leur voix.
Le Silence des Voix
Silence… absence insoutenable d’une quelconque réminiscence de la matérialité de leurs voix… cinéma muet des séquences de vie dans lesquelles ils apparaissent sur l’écran déficient de ma mémoire aléatoire… je distingue à peine leurs lèvres de fantômes… j’ai perdu le son de leur histoire, et avec leur souffle, un peu du sens de la mienne… que reste-t-il de nos amours ?… le temps s’en va et les emporte, nos pas s’effacent à la surface de la terre… eux sont redevenus poussière d’étoiles, l’écran du ciel, la nuit, exalte leur souvenir… et je crois entendre le grelot de leur rire… Les techniques de conservation de la voix n’étaient pas encore banalisées, je n’ai d’eux que quelques photographies, aucune vidéo, pas le moindre document sonore… Je me concentre… j’essaie de faire le vide en moi de toute perception autre que ce qui remonterait du plus profond de mon passé… je les invoque, je fais appel à leurs voix… silence… je suis devenue sourde… le silence de leurs voix est blanc… j’aimais, enfant, que les sons soient amortis par la neige !… j’aime qu’ils n’envahissent pas mes rêveries intérieures… aurais-je chassé leurs voix de mes pensées sans m’en rendre compte ?… les sons, dans la vie de tous les jours, m’agressent… je sens au fond de moi une sorte de détresse… entendre leurs voix d’avant déclencherait peut-être une émotion si forte qu’elle me déstabiliserait… comme ce face à face imprévu récent avec quelques mots écrits d’une main qui m’avait été si chère… Leurs voix, et avec elles une somme infinie de perceptions qui avaient constitué nos vies d’alors, sont vraisemblablement gravées avec la précision d’un matériel de très haute qualité sur le disque dur de ma mémoire et me seraient restituées intactes si je n’avais pas perdu le code d’accès… mais ces différences dont nous étions conscientes toutes les quatre, et qui faisaient que nous ne confondions pas…
La Voix et l'Identité
La voix est un élément essentiel de notre identité. Elle nous permet de nous distinguer des autres, d'exprimer nos émotions et de communiquer avec le monde qui nous entoure. La voix peut être douce, forte, rauque, mélodieuse, hésitante, assurée… Elle est le reflet de notre personnalité, de notre vécu et de notre état d'esprit.
La Voix Polie
Voix si polie, si lisse, si policée. Toujours bonjour + prénom au téléphone, l’accent tonique porté sur la première syllabe, entrée en matière sympathique, dynamique, on a l’impression que la voix s’adresse vraiment à vous. La voix inspire confiance aux propriétaires, aux banquiers, aux fonctionnaires de l’administration, aux organisateurs de spectacle. Voix sucrée, voix Häagen-dazs.. La voix, par ailleurs, ne dit pas de mots doux : ma chérie, mon amour, mon bijou, mon trésor, mon chéri, papa, maman, mon tout petit, mon bébé, ma tourterelle, ma toute belle, ma frangine d’amour, ma petite caille, mon petit chat, ma biche, tous les noms d’animaux avec petit devant, la voix ne peut pas les dire. Voix rentrée, rentrée dedans avec tout le reste et un mouchoir dessus. Toujours la voix me fait mal. Sur le répondeur, je l’efface rapidement. Voix cellophanée. La voix emprunte des mots d’antan, j’ai rencontré une dame ou promenade pastorale vespérale. La voix invente des châteaux où il n’y a que des masures. Voix aveugle au-dessus des abysses. Voix pas ici, pas là, pas maintenant. Voix prisonnière. Voix Eurydice orpheline d’ Orphée. Voix volcan sans éruption. Voix cendre, voix lave qui coule froide déjà, stagne. Voix salamandre dans le feu. Voix affectée. Voix d’outre tombe avant la tombe. La voix attend le silence. La voix aime le silence. Voix rugissements intérieurs silencieux. Voix impénétrable. Voix vous ne m’aurez pas, vous ne saurez pas, jamais vous ne saurez, jamais je ne vous dirai, ni à vous, ni à moi, c’est comme ça, vous m’entendez ?
Lire aussi: "La Berceuse du Petit Diable": un conte musical
La Voix et le Corps
Sa voix se faufilait en dehors de sa bouche de pulpe. Elle était comme une mélodie sans notes, une musique non inscrite sur une portée, donc imprévisible, illisible, simplement audible. Sa voix lui correspondait exactement (comment la dissocier de son corps ondulant ?) : douce, chantante, brûlante, fraîche ou en concerto solo. Sa voix n’était pas immatérielle - un grain ou même une botte de paille où s’allonger - il suffisait de la saisir au vol, de l’accueillir et de la garder en soi. Sa voix était indescriptible (c’est pourquoi ces mots ne sauraient être qu’approximatifs) : une caresse difficile à dessiner, un souffle d’air modulé, rapide, laissant des traces parfumées. Sa voix hantait mes rêves, j’aurais bien essayé de la recomposer mais c’était impossible. Sa voix disait souvent : « Tu m’écoutes ? », en même temps que je l’entendais. Sa voix équivalait au goût d’un rouge baiser. Je n’ai jamais effacé l’enregistrement de sa voix dans ma mémoire. Elle me parle parfois tout bas. Elle m’accompagne ou se rappelle soudain à mon souvenir.
La Polyphonie du Monde
Le monde est un concert de voix, un ensemble complexe et harmonieux de sons qui se mêlent et s'entrecroisent. Chaque voix a sa propre histoire, sa propre identité, sa propre place dans cet ensemble.
Les Voix de l'Hôpital
C’était un nuage floconneux. Dans un café à l’intérieur de l’hôpital. Il était assis. Avait fermé les yeux. Des voix arrivèrent, tout autour de lui, résonnant au seuil de la conscience. Il n’entendait que leurs intonations. Elles étaient joie, tristesse, colère. Moments de vérité impossible à marchander. Il entendait leur respiration, ténue comme un souffle. Imperceptibles voix. Elles s’écoulaient dans leur corne de brume. Longs échos signalant le danger inattendu. C’était le premier soir. Il était noir. Nuages dans le ciel. Elle était allongée sur son lit. C’était un pancréas pris précocement. Elle n’avait rien dit. Elle ne l’écoutait plus. Elle n’avait pas saisi la suite de la phrase. Avait-elle une fin ? Il y avait-il même tôt dans la phrase ? Il y avait-il tôt seulement ? Il ne lui restait au creux de l’oreille qu’une nacre de tristesse. Retenue, tellement retenue, comme la voix de son ami. Le ton, seul le ton s’était accroché à la conque de son oreille. Attentif. Elle y avait amené la main. Le recueillant dans sa paume. Elle ne voulait même plus le soupeser. Ce ton indescriptible. Elle leva alors la main, écarta les doigts. Il s’effrita sous le soleil. S’envola. Léger. Comme des éclats de lumière. Ténu. Dans les courbes de son pavillon. Mais tout cela était tout simplement impossible. Elle était encore en salle de réveil. Deux chirurgiens l’avaient opérée. Pendant trois heures. Deux fois trois, mis bout à bout, cela faisait six heures. Mais est-ce vraiment comme cela que se compte le temps ? Il était assis en bas, à l’ombre du parasol. " Coucou chéri". Impossible, elle était encore en salle de réveil. Pas encore descendue dans le service. Il avait pourtant entendu sa voix résonner à côté de lui. Il imagina le jour où elle sera absente. Avec dans les doigts, son " coucou chéri" résonnant dans la coque rose fluo de son portable. Le ton enjoué, où jamais n’hésitaient les mots. Absence, présence, présence absence pulsations en lui.
Le Quotidien des Voix
- As-tu sorti les poubelles ? Ah là là, c’est le jour demain ! C’était le quotidien. Il savait tout ça par coeur. Il ne lui parlait pas beaucoup. l’écoutait plutôt. C’était les rôles qu’ils s’étaient attribués. Puis tout s’embrouilla. Il y avait un bruit confus. D’où venaient donc ces voix ? Elles étaient telles des vagues qui arrivaient. Echos, bandes sonores qui venaient s’échouer sur le sable du rivage. Elles déroulaient, chacune, leur courtoisie codifiée. Elles affirmaient leur prêt-à-porter de la pensée. Discouraient sur leurs certitudes. - Je suis au deuxième étage et vous ? - Avec tout ce qu’on paye déjà, hein ! - Si ce n’est que ça … Il était assis là, les yeux fermés. Il entendait toutes ces banalités qui faisaient écran à ce qu’ils redoutaient tous si fort, ce monde en eux, au destin immaitrisable. Il était ce territoire enfoui qu’ils ne pouvaient atteindre. Les phrases s’étaient perdues en route. Et ne savaient plus ce qu’elles disaient. Ne restaient que des tons avec des questions en suspens. Des voix parfois à bout de souffle qui vinrent résonner de cet exil intérieur, ressac redondant à l’oreille, eaux lourdes, souvenirs, restes diurnes, tous bouillonnant dans les canaux encombrés de la mémoire. Il faudra nettoyer toute cette tuyauterie à la cigüe, s’était-il dit. Pourquoi cigüe ? Et soudain comme dans un déraillement progressif, des voix se sont levées. Il crut entendre chuchoter, ce mot lourd, indescriptible : peine. Et puis comme un souffle, arriva un second : mort. Fallait-il accorder les deux, et entendre : peine de mort ? Comme un brouhaha, des voix d’hommes et de femmes ont retenti. Elles venaient d’un passé de l’oubli, d’autres d’un futur antérieur pas encore advenu. Des proches, des amis, des connaissances…
La Berceuse du Brise Fer : Un Chant de Résistance
La berceuse, traditionnellement associée à l'apaisement et à l'endormissement, peut également être un chant de résistance, un moyen de transmettre une histoire, une mémoire, une identité. La "Berceuse du Brise Fer" devient alors un symbole de la force et de la persévérance face à l'adversité.
L'Évangéline de Longfellow et la Déportation Acadienne
L’Évangéline de Longfellow fit connaître au monde cette tragédie. L’œuvre prend la forme d’une histoire d’amour entre une héroïne fictive, Évangéline, et son fiancé, Gabriel, dans le cadre historique des événements de Grand-Pré. À la déportation, les deux amoureux sont séparés et expulsés vers les colonies anglo-britanniques. Après des années d’infructueuses recherches, Évangéline devient religieuse et se met au service des malades. Un jour, elle reconnaît Gabriel parmi les mourants. Il expire dans ses bras.
Le professeur de littérature, Robert Viau, explique qu’Évangéline est « une vision obsédante qui s’impose en littérature depuis la publication du poème4 ». Évangéline est devenue une héroïne mythique, symbole par excellence de ce peuple, et le poème, « le document essentiel de la survivance acadienne5 ». L’élite acadienne en a fait son cri de ralliement. Par ailleurs, le personnage d’Évangéline a même été récupéré par des entrepreneurs pour des raisons commerciales et touristiques.
Normand Godin a adapté pour la scène cette histoire, qu’il a intitulée Évangéline, drame musical. Pendant onze saisons théâtrales, de 1994 à 2004, Les Araignées du boui-boui, troupe de théâtre communautaire acadienne de la baie Ste-Marie en Nouvelle-Écosse, ont choisi de présenter ce sujet intimement lié à l’histoire des acteurs, dont la communauté est située plus proche de Grand-Pré que toutes les autres. Deux cent trente présentations ont été offertes à vingtcinq mille spectateurs venus de partout, entre autres du Canada, des États-Unis, d’Europe, de Corée. Au fil des années, dix-neuf de ces deux cent trente spectacles ont été produits en tournée dans les régions acadiennes du Nouveau-Brunswick, du Québec et du Maine (USA), touchant sept mille personnes. Certains, tels les anglophones du Canada et des États-Unis qui n’avaient aucun lien avec l’Acadie connaissaient bien Évangéline et son contexte historique parce que le poème avait été lecture obligatoire dans les écoles. Pour les Québécois qui souvent ignoraient leur ascendance acadienne, c’était une prise de conscience de leurs origines. Pour tous les Acadiens du monde, la pièce rendait clair le « Big bang » qui les avait disséminés dans des lieux si épars dont plusieurs états des États-Unis et les provinces maritimes au Canada et, par conséquent, expliquait leur situation souvent minoritaire en terre étrangère. La pièce contribuait donc à rassembler en esprit les communautés acadiennes dispersées, palliant l’absence de pays aux frontières déterminées. Au moment de l’écriture de cet article, l’UNESCO examine la possibilité d’accorder à Grand-Pré le statut de site du patrimoine mondial. En cas d’acceptation cet Eden perdu apparaîtrait comme le point de ralliement majeur du peuple acadien.
« Car Grand-Pré et Évangéline atteignent une dimension universelle en gardant vivant le souvenir d’un événement dramatique et en commémorant le courage et la persévérance du peuple acadien face à un destin tragique6. »
Évangéline met en lumière le thème universel de la déportation. Comme les Palestiniens, les esclaves africains et les Amérindiens, les Acadiens ont perdu leur pays dans le « Grand dérangement » ; ils ont cherché à reconstituer leur famille, tenté de retrouver leur patrie perdue et recomposé leur vie ailleurs dans des conditions souvent très difficiles. Mais Évangéline met surtout en avant le thème universel d’un amour rendu impossible par une conjoncture externe défavorable, à l’égal des Roméo et Juliette, des Abélard et Héloïse, des Tristan et Iseult.
tags: #berceuse #du #brise #fer #histoire
