Les berceuses, ces chants doux et apaisants, sont essentielles pour endormir les bébés et créer une atmosphère de tranquillité. Elles sont bien plus que de simples chansons ; elles reflètent l'histoire, la culture et les émotions humaines, jouant un rôle crucial dans le développement émotionnel et social des enfants. Cet article explore l'origine et l'évolution des berceuses, en mettant en lumière leur importance culturelle et leur adaptation à travers les âges.
Les Racines Anciennes des Berceuses
Depuis des millénaires, chaque culture a développé ses propres mélodies et traditions pour bercer les enfants. Les premières berceuses remontent à l'Antiquité. Les anciens Égyptiens, par exemple, utilisaient des mélodies simples pour calmer et endormir les bébés. Ces chants, souvent porteurs de significations religieuses et culturelles, servaient à apaiser l’enfant tout en invoquant des protections divines.
Au fil des siècles, les berceuses ont évolué pour s'adapter aux changements sociaux et culturels. Pendant le Moyen Âge, elles étaient souvent teintées de superstition, avec des paroles destinées à éloigner les forces malveillantes. À la Renaissance, elles sont devenues plus sophistiquées, intégrant des éléments de poésie et de musique classique.
Aujourd'hui, les berceuses représentent un mélange harmonieux de traditions anciennes et d'influences contemporaines. Elles sont chantées dans diverses langues et dialectes, tout en étant adaptées aux préférences musicales modernes. Avec l'avènement des technologies numériques, les enregistrements audio et les applications dédiées à la musique pour bébé ont révolutionné la manière dont les parents bercent leurs enfants.
Berceuses à Travers le Monde : Un Tour Musical
Un livre merveilleux prouve que toutes les mamans du monde ont le même amour, la même tendresse, les mêmes gestes, les mêmes paroles, les mêmes soucis pour leurs tout-petits. Il s’agit d’un tour du monde musical à travers 23 berceuses toutes belles, toutes douces choisies parmi des comptines et berceuses éditées précédemment. C’est très bien fait, vraiment complet.
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À chaque escale, il y a une carte géographique nous situant la région d’où provient la chanson. Chaque berceuse est introduite avec précision, on apprend son histoire et son origine. On nous dit qui chante et quels instruments sont joués. Le format est assez grand, il rappelle celui des anciens 33 tours. Les illustrations sont magnifiques, de vraies œuvres d’art aux techniques très diverses!
Les berceuses chantées par des adultes et des enfants des pays d’origine sont d’une grande douceur, mélodieuses, tendres et souvent très émouvantes. On est sous le charme de Lulajże, Jezuniu, d’une beauté à donner le frisson. On reconnaît la très célèbre Dona, Dona qui avait été aussi très joliment interprétée par Joan Baez.
Berceuses Françaises : Au-Delà de l'Innocence
Au clair de la lune, Une souris verte, Jean Petit qui danse, Il était un petit navire… Autant de comptines que vous avez apprises à l’école ou que vos parents fredonnaient pour vous aider à dormir. Mais elles sont en réalité bien moins innocentes qu’elles n’y paraissent. Derrière se cachent des histoires de meurtre, de torture, de pauvreté, de prostitution…
Au Clair de la Lune
Cette comptine - dont la première publication du texte date de 1843 mais qui pourrait avoir été écrite bien avant - n’est que double sens du début à la fin, selon le magazine Parents. Elle parle en fait de sexualité, voire de prostitution. La plume, la chandelle qui est morte, ou le briquet que l’on bat sont toutes des métaphores phalliques ou sexuelles. La chandelle qui est morte fait référence au pénis qui a une panne d’érection. Et qui a donc besoin de plume, soit lume - lumière en vieux français - pour se rallumer. « On bat le briquet » est une expression du XVIIIe siècle signifiant « avoir des relations sexuelles ». Lubin qui cherche désespérément du feu dans la comptine est en fait un moine qui a cédé à la luxure et qui cherche un moyen d’assouvir son désir sexuel, représenté par le feu. « On chercha la plume, on chercha du feu », signifie que Lubin se rend chez la voisine de Pierrot en quête de sexe.
Il Était un Petit Navire
Vous connaissez forcément le début de cette comptine mais vous n’êtes peut-être jamais allé jusqu’au bout ! C’est l’histoire d’un équipage de matelots, comme le rappelle Le Figaro, qui « entreprend un grand voyage » en mer Méditerranée. Mais qui au « bout de cinq à six semaines », n’a plus assez de nourriture pour survivre. Leur solution ? L’anthropophagie soit le cannibalisme. Les matelots tirent à la courte paille pour décider qui sera mangé. Et cela tombe sur le plus jeune, le petit marin, même s’il n’est pas « très épais » souligne la comptine. L’équipage se dispute alors la manière de le cuisiner (« fricassé » ou « frit » ?). Heureusement, le petit marin est sauvé grâce à une prière qu’il fait à la Vierge Marie : des milliers de poissons ont sauté sur le navire. Cette comptine rappelle une histoire vraie : celle d’Owen Coffin. Un jeune américain qui en 1821 après avoir été tiré à la courte paille, accepta de se laisser abattre et manger par ses compagnons d’infortunes pour qu’ils survivent. Leur baleinier avait dérivé depuis des semaines et ils n’avaient plus de nourritures, les matelots mourraient un à un.
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Jean Petit Qui Danse
Jean Petit, rapporte la radio France Culture, est en réalité l’un des chefs de file de la révolte des paysans de Villefranche-sur-Saône (Rhône), au XVIIe siècle, l’insurrection des Croquants. En juin 1643, à la mort du roi Louis XIII, les paysans prennent les armes et se battent contre l’armée royale. Plus nombreuse, cette dernière met fin à l’insurrection et capture les chefs dont Jean Petit. Cette chanson décrit en réalité la façon dont il a été torturé en place publique, ses membres brisés les uns après les autres.
Une Souris Verte Qui Courait Dans l’Herbe
Selon la légende, la souris verte ne serait autre qu’un soldat, détaille France Info. Un soldat vendéen traqué par les soldats républicains pendant la Guerre de Vendée, entre 1793 et 1796. Une guerre civile qui a opposé des catholiques et loyalistes de la monarchie de l’ouest de la France aux troupes républicaines du gouvernement révolutionnaire. Ce soldat en question - la souris verte qui court dans l’herbe - est capturé puis torturé à l’huile bouillante et la noyade. D’où les paroles « trempez-la dans l’huile, trempez-la dans l’eau, ça fera un escargot tout chaud ». Toutefois, les origines de cette chanson restent obscures, aucun historien de la chanson française n’a jamais confirmé cette hypothèse.
Dansons la Capucine
Dansons la Capucine conte l’histoire de pauvres enfants qui n’ont plus rien à manger, plus de pains, plus rien. Et qui envient leur riche voisine qui ne manque de rien. La maison de cette riche voisine brûle. Les enfants s’en réjouissent car alors que la voisine pleure, eux, rigolent et sont heureux : « Y’a du plaisir chez nous, on pleure chez la voisine, on rit toujours chez nous ».
À la Pêche aux Moules
Dans la chanson à la pêche aux moules, il est question d’une petite fille qui ne veut plus aller à la pêche, explique Topito, car les « gens de la ville » lui ont pris son panier… et l’ont violé.
Nous N’irons Plus au Bois
Nous n’irons plus au bois est née au XVIIe siècle en réaction à la fermeture des maisons closes - signalées par la présence de laurier sur les portes par Louis XIV aux alentours du château de Versailles, décrit France Info. Le roi veut notamment lutter contre la propagation de maladies qui touchent ses soldats. Pour protester contre la décision du roi, cette chanson invite au libertinage : « Entrez dans la danse, voyez comme on danse, chantez, dansez, embrassez qui vous voudrez ».
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Il Court, Il Court le Furet
Cette comptine à l’air champêtre est ce que l’on appelle une contrepèterie, c’est-à-dire un jeu de mots qui consiste à inverser des lettres ou des syllabes pour donner un sens burlesque à une phrase. Si vous remplacez le « c » de « court » par le « f » de furet et le « f » par le « c », vous allez vite comprendre… Cette comptine était chantée sous la Régence de Philippe d’Orléans (1715-1723) pour se moquer de l’Abbé Dubois, précepteur, puis Premier ministre du Régent souligne Europe 1.
L'Étymologie et les Objets Associés aux Berceuses
L'origine du mot berceuse vient probablement du terme gaulois "berz", action de bercer et relevé au 12ème siècle : "dès qu'il fu petiz en berz". Au cours des siècles il s'est attaché à l'objet qui est utilisé au bercement du bébé : berceau, berçante, bercelet ou petit berceau, bercelonnette berceau à baldaquin cerné d'un tulle et très utilisé dans les pays chauds pour éviter l'agression des mouches et des moustiques. Le berceau est confectionné d'osier ou d'un bois léger précieux. Il s'articule sur des roulettes ou de lattes arrondies fixées de chaque côté pour faciliter le bercement. Aux Indes, en Chine et au Japon, l'enfant est placé dans un hamac approprié et permet un balancement aisé. En Afrique noire, la mère endort son bébé tout contre elle sur ses genoux, le tapotant vigoureusement ou l'enserrant d'un pagne, sur le dos, pendant les activités domestiques ou travaux des champs. En Afrique du Nord, la mère offre une dernière tétée et dépose l'enfant délicatement dans son lit ou alors le bébé s'octroie, en désespoir de cause, une place privilégiée entre le père et la mère. Dans les pays industrialisés, sur les recommandations de Pasteur, l'usage du berceau a pratiquement disparu au profit du lit aux montants sécurisés compliquant ainsi le désir de reprendre l'enfant et les bercements.
La Biologie et la Psychologie des Berceuses
Dès la sortie du cocon maternel, où il a sévi quelques neuf mois, le bébé s'approprie les cris, la voix de la mère. Dans la même veine, le pouce que le foetus porte dans sa bouche lorsque l'on observe une échographie, ou le sein. La berceuse est rarement construite sur une dimension culturelle, mais plutôt biologique. Comme une ritournelle, elle se décline à conduire progressivement le bébé de l'état de veille vers le sommeil et ce, selon le tempérament de l'enfant et pour certains au niveau d'excitation où il se trouve, ralentir la berceuse dès qu'un certain apaisement est perçu. La tradition orale l'emporte sur l'écrit et se perpétue de mère en fille.
Pratiquement toutes les berceuses ont été exprimées, chantées ou écrites par les femmes, seule plage où elles peuvent exprimer leurs peines, leurs angoisses, leurs attentes, leurs espoirs et se rassurer en chantant, en murmurant, à la limite se confier à l'enfant sorti de ses entrailles. Au Maghreb et au Moyen-Orient, les allusions à la nuit sont rares. Contrairement aux berceuses françaises, la nuit représente l'inquiétude. Elle est plutôt réservée aux chansons d'amour pour adultes. Quelquefois, nous rencontrons dans les berceuses orientales des marques d'attachement tenant à la personne qui les susurrent telles que : "mon coeur, ma vie, mon foie, la lumière de mes yeux, mon souffle". D'autres, sont rattachées aux mets et aux sucreries.
Berceuses et Peurs : Une Dualité Émotionnelle
Certaines berceuses sont parfois négatives ou désagréables. Elles évoquent des êtres méchants, effroyables comme le croquemitaine en France ou le Babaou en Tunisie, personnage non identifié jusqu'à nos jours, sinon dans l'imaginaire ou par le ton menaçant que prend la mère en prononçant ce mot.
La Musique des Berceuses : Tonalités et Mouvements
La mélodie du sommeil est chantée par une seule personne, qui n'est pas accompagnée d'un instrument. Son mouvement est régulier, son rythme simple et exprimé dans une tessiture plutôt grave. Une mélodie descendante ramène la détente. Les tonalités sont essentiellement mineures, signe de repos, de mélancolie, voire de tristesse. Si le nom de "berceuse" fait immédiatement penser à la berceuse en Ré bémol Majeur de Chopin, la berceuse sur un vieil air de Bizet, la berceuse de Donizetti, "le marchand de sable" de Brahms, la berceuse de Solveig de Grieg, "dors ami" de Massenet l'on découvre vite qu'il y en a bien d'autres. Certains mouvements d'oeuvres classiques tels que la romance de "la petite musique de nuit" de Mozart, les adagios des concerti pour piano et orchestre de Mozart et de Beethoven, sans oublier le "somnifère" adagio d'Albinoni peuvent apaiser les petits, même les plus agités.
Berceuses Modernes : Réinventer la Tradition
Julien Bocher, un professionnel de l’audiovisuel, compositeur, comédien, amateur de musique et d’idées neuves, a transformé une frustration de parent en source d’inspiration continue. Connaissant les vertus mondialement partagées des berceuses sur le bien-être et le cerveau des bébés, leur pouvoir d’éveil au langage, à la mémoire, à l’attention, pourquoi se cantonner dans les standards du genre ? Julien a décidé de créer des airs et une radio « à 90 % instrumentale, donc avec seulement quelques chansons chantées, et en favorisant des airs connus des parents afin qu’ils puissent se les approprier ». C’est une autre vertu reconnue de la berceuse : quand le parent fredonne, il favorise le lien avec son enfant.Au bout d’un long travail de production et de programmation, Berceuses.com se lance désormais, (sur Internet et via une application mobile gratuite) avec une diffusion en continu de 80 % d’airs connus et 20 % de découvertes, le tout adapté aux nouveau-nés grâce à une règle d’or, quelle que soit la musique : « tout doit être ra-len-ti », insiste le créateur de Berceuses.com. « L’essentiel est de laisser toute la douceur primer » ». Et c’est ainsi que les bébés d’aujourd’hui peuvent écouter en boucle Angèle, Julien Doré ou encore, les grands tubes de l’année 2020 réarrangés, épurés, instrumentaux et temporisés à l’extrême.
L'Évolution des Chansons Enfantines : De l'Oral à l'Écrit
Transmises à l’oral de générations en générations puis figées par écrit, les chansons pour enfants font partie de notre patrimoine culturel. Les chansons, comme les contes, appartiennent à une tradition orale caractéristique d’une culture dite « populaire », désignant en fait le mode de vie et de pensée des sociétés traditionnelles, essentiellement rurales. La transmission orale des contes et des chansons permet leur perpétuelle transformation. En les fixant par écrit, on les fige. S’adressant à tous les âges et aux deux sexes, les contes ont fini par s’intégrer dans une culture enfantine qui les a remodelés à son usage et transformés en livres pour enfants, avec des illustrations et des mises en scène éditoriales.
La même chose se produit pour les chansons, mais avec un décalage chronologique. Alors que le processus s’est amorcé dès la fin du XVII siècle pour les contes, il ne se met en marche qu’au XIX siècle pour les chansons. Un répertoire privilégié, constitué dès l’Ancien Régime, va se compléter par des chansons nouvelles, comme La mère Michèle, apparue vers 1810, comme nous avons pu le montrer. L’existence de ce répertoire est connue des éducateurs et en particulier de ceux qui s’intéressent à la culture ludique enfantine et publient des recueils de jeux d’enfants, avec les rondes enfantines.
C’est ainsi que la tradition orale commence à se figer par la publication. Mais tout un travail d’adaptation à l’enfance va s’effectuer jusqu’aux années 1870 sur les textes, les musiques, leur accompagnement et les illustrations. Les premières éditions de chansons enfantines sont des recueils de jeux d’enfants publient des chansons de rondes : en 1827 celui de Mme Celnart, Manuel complet des jeux de société, en donne 24, son édition de 1867, 44. Mme de Chabreul, dans ses Jeux et exercices des jeunes filles (1856) en fait connaître 28. On y reconnaît Nous n’irons plus au bois, Il était une bergère, Compagnons de la marjolaine, Le furet du bois joli, mais les plus connues ont été publiées en 1846 par Dumersan, dans le premier recueil français de Chansons et rondes enfantines. Sur les 29 chansons qu’il donne, la moitié était encore chantée après la Deuxième Guerre mondiale.
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