Wolfgang Amadeus Mozart, figure emblématique du panthéon des compositeurs, suscite un intérêt constant, alimenté par des anecdotes et expériences musicales, tantôt géniales, tantôt amusantes. Sa personnalité, moins austère que celle de Bach et moins intimidante que celle de Beethoven, le positionne comme un génie accessible, un ami plutôt qu'un monstre sacré.
Les Apocryphes de Mozart: Démêler le Vrai du Faux
Le catalogue Köchel (K) des œuvres de Mozart, bien que référence, n'est pas exempt d'erreurs et d'ajouts apocryphes. L'établissement de l'authenticité des œuvres attribuées à Mozart est un défi complexe, impliquant l'examen minutieux des sources manuscrites, des pratiques éditoriales de l'époque et des témoignages historiques. Le catalogue Köchel répertorie les œuvres de Mozart, mais certaines pièces sont d'attribution incertaine, tandis que d'autres sont des faux purs et simples.
Pièces d'Attribution Incertaine
Plusieurs pièces, rédigées du vivant de Mozart, font l'objet d'une attribution incertaine. L'imprécision des pratiques éditoriales et archivistiques de l'époque a parfois conduit à attribuer à Mozart des partitions de Johann Georg Reutter, Josef Mysliveček ou Antonio Salieri. Anton Eberl, par exemple, a longtemps été éclipsé par Mozart, dont le nom figurait abusivement sur plusieurs de ses œuvres.
Un cas particulier concerne les partitions attribuées au père de Mozart, Léopold. Bien qu'il ait contribué à alimenter le mythe de l'enfant-génie en complétant ou en rédigeant certaines pièces signées Wolfgang, le nom de Léopold Mozart a parfois servi à "blanchir des contrefaçons", offrant une explication plus originale et vraisemblable qui dispensait de recherches plus approfondies. Joseph Haydn, autre nom connu de l'époque, a également été associé à cette pratique. La Symphonie des jouets ("Berchtoldsgaden-Musick"), par exemple, a été successivement attribuée à Mozart, Joseph Haydn, Léopold Mozart, Michael Haydn, avant qu'un manuscrit plus ancien ne l'attribue à Edmund Angerer.
Erreurs d'Attribution Post-Mortem
Une autre catégorie d'erreurs d'attribution réside dans les œuvres publiées immédiatement après la mort de Mozart. Les éditeurs Artaria à Vienne, Breitkopf à Leipzig et Simrock à Bonn se sont empressés de publier le plus de fascicules possibles, parfois au détriment de l'intégrité du catalogue. Des acteurs ayant connu le compositeur ont été recrutés pour mettre en ordre, compléter ou falsifier le répertoire de Mozart. L'abbé Maximilian Stadler a complété discrètement certains fragments inachevés, tandis qu'Eberhard Müller s'est penché sur l'œuvre pour piano. Deux sonates en Si bémol majeur posent des questions intéressantes : la plus ancienne (KV 400, K⁶ 372a), surnommée "Constanze et Sophie", a été complétée par Stadler, et l'autre (KV Anh.136, K⁶ Anh.C 25:04) est manifestement plus de Müller que de Mozart. La célèbre Fantaisie d'Introduction en ré mineur, que Mozart aurait souhaité faire suivre d'une fugue, a été publiée avec une fin bâclée, probablement par Müller.
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La question du Requiem, laissé inachevé par Mozart et publié sous son nom à l'instigation de sa veuve Constanze, est également complexe. Franz Jakob Freystädtler, Joseph Eybler et Franz Xaver Süßmayr ont contribué à compléter la partition. Mozart avait-il laissé des consignes à cet égard ? C'est ce qu'ont prétendu Constanze et Süßmayr, mais cette assertion demeure invérifiée. Après sa mort, Mozart fut recruté par Constanze au service d'un autre mythe : celui du génie maudit créant dans la douleur jusqu'à ses derniers instants.
Faux Purs et Simples
Enfin, il existe des faux purs et simples, des "coups" éditoriaux sans vergogne, des pastiches astucieux et des impostures paresseuses. Le Concerto Adélaïde, bricolé en 1933 par Marius Casadesus, en est un exemple. Ces pièces, souvent ludiques et enfantines, ont contribué à démystifier la personnalité et l'écriture de Mozart, faisant de lui une référence omniprésente et rassurante dans notre imaginaire collectif.
Le fameux "jeu de dés" (Würferspiel) est une autre œuvre apocryphe. La petite pièce pour piano intitulée Tartine de beurre (K⁶ Anh. C 27:09), dont la main droite ne se joue qu'en glissando, a longtemps été publiée sous le nom de W.A. Mozart, avant d'être attribuée à son père Léopold. La célèbre berceuse Schlafe, mein Prinzchen, schlaf’ ein ("Dors, mon petit prince, dors") n'est pas non plus de Mozart.
L'Alphabet de Mozart: Une Plaisanterie Musicale?
L'Alphabet de Mozart (KV 294d puis 516f, et enfin K⁶ Anh. C 30:02), une petite partition à trois voix appréciée des chorales, est également d'attribution douteuse. La bibliothèque nationale la date arbitrairement de 1770, tandis que le site du "chœur de mariage" Éolides l'attribue à C.F. Par. La première édition, publiée dans les années 1830, est revendiquée par Carl Eduard Pax. Bien que peu de traces subsistent de ce dernier, il semble qu'il ait été davantage un arrangeur et collecteur qu'un compositeur à part entière.
Ah! Vous Dirai-Je, Maman: Une Mélodie Universelle
Le monde anglo-saxon utilise une autre chanson pour chanter les lettres de l'alphabet: Ah, vous dirai-je, Maman, également connue sous le nom de Quand trois poules s'en vont aux champs. Cette mélodie, existant en France dès les années 1750, a inspiré de nombreux compositeurs, dont Mozart dans ses Douze variations pour piano seul. L'éditeur américain Charles Bradlee a associé cette mélodie aux lettres de l'alphabet en 1835, l'attribuant à Louis Le Maire. Auprès du public anglo-saxon, une confusion s'est opérée entre l'Alphabet de "Mozart" publié par Pax et cette mélodie utilisée par Mozart, à tel point que plusieurs générations d'enfants américains ont grandi avec la conviction que c'est Mozart qui a écrit cette chanson.
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Mozart: Un Emblème Culturel
De Mozart/enfant-génie, l'on en vient donc à Mozart/compagnon-de-nos-enfants. Wolfgang Amadeus n'est plus une référence musicale associée à un contexte historique et culturel identifiable, mais un emblème civilisationnel uchronique et intrinsèque, constitutif de notre éducation et de notre langue même. Son influence est telle qu'elle est même soupçonnée d'avoir modifié l'alphabet lui-même.
Berceuses et Musique pour S'endormir: Un Voyage Musical
Outre les œuvres apocryphes, il existe de nombreuses berceuses et pièces musicales associées à Mozart. La sérénité et la douceur se dégagent du trio vocal "Soave sia il vento" de Cosi Fan Tutte. Certains mouvements d'œuvres classiques, tels que la romance de "la petite musique de nuit" de Mozart, les adagios des concerti pour piano et orchestre de Mozart et de Beethoven, et l'adagio d'Albinoni, peuvent apaiser les petits.
D'autres compositeurs ont également contribué au répertoire des berceuses et de la musique pour s'endormir. La berceuse de Brahms (Op.49 N°4) est mondialement connue. Le Prélude de Bach, extrait du Clavier bien tempéré, conserve son pouvoir apaisant. Le lied de Schubert "Du bist die Ruh" décrit un état de contemplation amoureux. Le Concerto de Vivaldi pour luth offre un son doux et tendre. L'heure exquise de Reynaldo Hahn accompagne une promenade nocturne et féerique. Le sommeil d'Atys de Lully plonge le héros dans un sommeil profond. Summertime de Gershwin est une berceuse devenue un standard du jazz.
La Berceuse: Une Tradition Universelle
L'origine du mot berceuse vient probablement du terme gaulois "berz", action de bercer. La berceuse est rarement construite sur une dimension culturelle, mais plutôt biologique. Elle se décline à conduire progressivement le bébé de l'état de veille vers le sommeil. La tradition orale l'emporte sur l'écrit et se perpétue de mère en fille. Pratiquement toutes les berceuses ont été exprimées, chantées ou écrites par les femmes, seule plage où elles peuvent exprimer leurs peines, leurs angoisses, leurs attentes, leurs espoirs et se rassurer en chantant, en murmurant.
Au Maghreb et au Moyen-Orient, les allusions à la nuit sont rares. Les berceuses orientales contiennent souvent des marques d'attachement telles que "mon coeur, ma vie, mon foie, la lumière de mes yeux, mon souffle". Dans les berceuses villageoises, les promesses sont différentes. Dans le passé, les mères ne travaillaient pas hors de la maison. La berceuse est la première littérature pour l'enfant, qui profite de sa forme, de son rythme et de sa musicalité bien avant d'apprendre à parler et de commencer à marcher.
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