L'article explore les bienfaits des berceuses africaines, en s'appuyant sur des études scientifiques et des traditions culturelles ancestrales. Il met en lumière la puissance des chants pour apaiser les enfants, favoriser leur développement et renforcer les liens familiaux.
La force d'unir texte et mélodie
Selon le Dictionnaire de l’Académie Française, la chanson est une “petite pièce de vers destinée à être chantée, généralement divisée en couplets et comportant un refrain”. La chanson est composée d’un texte et de sa mélodie. Stéphane Hirschi, musicologue spécialiste en ‘cantologie’, dit dans son livre La Chanson. L’art de fixer l’air du temps : « (…) Le texte n’est pas forcément central dans une chanson, c’est plutôt sa position équivalente à celle de la musique qui en constitue la marque (…) ». Le texte et la musique, dans une chanson, sont deux éléments indissociables et d’importance égale, et c’est précisément l’association de ces deux éléments qui confère à ces œuvres musico-littéraires une force extraordinaire et, en même temps, des propriétés idéales pour l’apprentissage d’une nouvelle langue.
La chanson, un outil d'apprentissage et de communication
La chanson est un outil de communication orale très puissant. Nous pouvons l’écouter, la chanter et, en la dissociant de la musique, nous pouvons aussi la lire. La chanson est composée d’un texte - presque toujours en vers - fusionné avec une mélodie, et, évidemment, le texte, oral ou écrit, est la base de l’apprentissage de toute langue. Les paroles des chansons ont presque toujours une forme poétique. Bien que dans la poésie classique il y ait déjà des répétitions sonores ou rythmiques données par les rimes ou la métrique, la chanson utilise davantage de répétitions, données par la manière de structurer le texte dans son ensemble et également par des facteurs stylistiques qui mènent à insister sur certaines strophes, phrases, mots, syllabes ou sons. Ce n’est pas anodin que ce style musical, si populaire, soit devenu un art de la répétition. Nos ancêtres les troubadours savaient très bien que c’était en répétant des éléments de leurs chansons que le peuple mémorisait les histoires qu’ils chantaient et, cette façon d’écrire, a perduré avec le temps. Dans les chansons, la répétition n’est pas seulement donnée par le texte, la musique y joue également un rôle très important. En effet, habituellement on utilise une même mélodie pour tous les couplets et une autre pour tous les refrains (avec des variations possibles). Les interludes musicaux et les harmonies répétitives qui font aussi partie de la chanson et de sa musicalité contribuent à ancrer les chansons dans nos mémoires.
Les bienfaits des berceuses africaines
Les berceuses que l’on chante à un enfant aide non seulement à l’apaiser, mais participe aussi à améliorer durablement son bien-être, révèle une nouvelle étude. Les parents envoient à leur bébé un signal clair dans leurs berceuses : je suis tout près, je t’entends, je veille sur toi - donc la situation ne peut pas être si grave. Et même si l’étude n’avait pas pour objectif de mesurer les effets de la musique sur la santé mentale des parents, les chercheurs suggèrent que celle-ci pourrait aussi contribuer à atténuer leur stress, les aider à mieux dormir, voire réduire les symptômes de la dépression post-partum. Tous les parents savent que l’humeur d’un nourrisson influence son entourage. Si l’amélioration de l’humeur du nourrisson persiste, elle pourrait se généraliser à d’autres problèmes de santé.
Une étude menée auprès de 110 parents et leur bébé, montre que leur chanter des chansons les aide à réguler leurs émotions et participe à leur bien-être. Chanter est à la portée de tous, et la plupart des familles le font déjà. Cette pratique simple peut avoir de réels bienfaits pour la santé des bébés. Les parents utilisaient la musique dans un contexte précis : pour calmer leur bébé quand il était agité. Cela suggère donc que les parents sont intuitivement attirés par la musique comme outil de gestion des émotions des nourrissons, car ils comprennent rapidement l’efficacité du chant pour calmer un bébé agité.
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L'importance de l'émotion dans l'apprentissage
Selon les théories actuelles en neurosciences, il semble de plus en plus clair qu’il ne peut y avoir d’apprentissage réel s’il n’y a pas d’émotion qui l’accompagne. Par conséquent, on ne peut vraiment apprendre que ce qui nous interpelle plus directement, ce qui attire notre attention et génère des émotions en nous, ce qui est différent et qui se démarque de la monotonie. La chanson a beaucoup de ces ‘ingrédients’ émotionnels, car mis à part les émotions intrinsèques que peuvent contenir les paroles ou la mélodie, chaque chanson est inconsciemment associée à l’émotion du moment où elle a été apprise ou partagée et aux personnes avec qui on l’a apprise ou partagée. Pensez un moment à votre grand-mère. Est-ce qu’il vous vient une chanson à l’esprit ? Pensez maintenant aux colonies de vacances quand vous étiez petit. Y en a-t-il une autre qui vous vient ? Dans la plupart des cas, les chansons que nous avons apprises ont été liées à d’autres personnes et, la plupart du temps, à des moments agréables. Chanter avec les autres est une habitude qui, malheureusement, est en train de diminuer, ce qui est dommage, car il s’agit d’une action qui peut être émotionnellement très puissante. Sans émotion, il n’y a pas de curiosité, pas d’attention, pas d’apprentissage et pas de mémoire. Par conséquent, avec les chansons, où la dimension émotionnelle est si présente, l’apprentissage devient beaucoup plus facile.
Comment aborder les chansons dans l'apprentissage
La chanson est un art populaire et vivant. Ce genre musical a toujours été présent dans toutes les sociétés et a souvent été - parfois de manière inconsciente - un outil d’apprentissage ou au service d’actions concrètes de la vie quotidienne (les berceuses, les chants de travail, les chansons à compter, etc.). En tant qu’art populaire, il a été modifié au fur et à mesure que les circonstances le demandaient, afin d’être au service de ce qu’il était nécessaire de communiquer à chaque instant. Anciennement, par exemple, il était très commun d’utiliser une mélodie de chanson déjà connue et d’en changer les paroles en fonction de ce qu’on voulait expliquer. Alors, selon ce point de vue, on conclut qu’il s’agit d’un art ‘ouvert’ au service des personnes et avec de nombreuses possibilités d’adaptation en fonction des besoins de ceux qui veulent s’en servir. Quand il s’agit d’utiliser ces pièces musico-littéraires pour apprendre une langue, je suis favorable à la possibilité d’en ‘jouer’ au maximum et de ne pas s’en tenir aux paroles et mélodies créées par l’auteur et sa façon de les interpréter. Si l’objectif est de la mettre au service de l’apprentissage de la langue et non pas de devenir auteurs, compositeurs ou interprètes, la chanson doit pouvoir être ‘mise à l’envers’, s’il le faut, afin de pouvoir bénéficier de tout le potentiel qu’elle a en tant qu’outil pédagogique. Alors, on peut jouer à la chanter de différentes manières, à changer les paroles, à la dramatiser, à en chanter uniquement certaines phrases ou couplets, à simplement l’écouter et identifier certains mots, etc. Avoir comme objectif de comprendre et apprendre une chanson entière au premier abord, comme l’on faisait anciennement pour apprendre des poésies, peut sembler plutôt fastidieux pour les élèves, ce qui est dommage s’agissant d’une pièce artistique pleine de possibilités ludiques. L’apprentissage des chansons doit toujours être en contact avec le plaisir d’écouter ou de chanter. Peu importe si les chansons ne sont pas comprises et chantées complètement dans un premier temps, si l’on fait confiance à tous les éléments évoqués dans cet article, par répétition et imprégnation, le reste sera assimilé tôt ou tard. Veiller à ce que l’apprentissage soit simple et amusant, afin de faire en sorte que les élèves restent dans un état émotionnel positif à tout moment et que, par le biais du plaisir de chanter, du jeu et de la répétition, ils finissent par intégrer. Nous pouvons, bien sûr, nous arrêter pour analyser le texte plus en détail afin d’aider à sa compréhension, mais si nous voulons que les étudiants l’intègrent et le mémorisent, j’estime qu’il serait dommage de le forcer en faisant un travail de mémorisation ‘à l’ancienne’, qui les ferait déconnecter du facteur plaisir. Pour finir, comme le dit Stéphane Hirschi dans son livre, « la chanson est l’art de fixer l’air du temps ». En plus d’être un texte, une musique ou un phénomène scénique, la chanson est aussi un indicateur sociologique et historique.
Le portage africain : un élément important du maternage
Traditionnel, le portage africain pourrait être considéré comme celui qui nous est le plus familier, même si les méthodes et les dispositifs pour porter les bébés varient selon les cultures et les civilisations. Le portage est une technique utilisée de génération en génération dans de nombreuses cultures pour ses bienfaits. Le portage évolue selon l’âge du bébé et autour du corps de la mère ou du substitut maternel.À partir de 6 mois, le bébé est porté verticalement, tenu par les fesses et accolé à l’épaule de l’adulte. Le portage au dos débute au huitième jour, après la chute du cordon ombilical, il accompagnera pendant longtemps les autres formes de portage avec son cortège de rituels. Durant tout ce temps, on assiste à l’éveil sensoriel de bébé. On assiste depuis quelque temps à l’apparition d’une forme de portage : le portage dit « kangourou », qui a une visée à la fois thérapeutique et de transport de l’enfant. Cette forme de portage est interdite dans le milieu traditionnel, comme le dit l’adage « bote kanamwacceganaw ». L’interdit porte sur la prohibition de l’inceste. Cette évolution des formes de portage montre que le premier berceau du bébé, c’est le corps de la mère.
Le matériel du portage au dos est judicieusement choisi. Le premier pagne, mbotou, sorte d’utérus, symbolise la lignée maternelle. Il est taillé en forme de H renversé, permettant de maintenir le haut du corps du bébé au niveau de la poitrine de l’adulte. Les deux lanières du bas maintiennent le bas du corps du bébé au niveau des reins de l’adulte maternant. Le second pagne, roganti qui couvre le premier, mbotou, a une forme de pagne classique et est fourni par les sœurs du père. Il représente la lignée paternelle. Ce pagne est remis à la mère le jour du baptême, avec l’échange de beaucoup d’autres cadeaux. Il est personnel et accompagnera l’enfant jusqu’à l’âge adulte. On peut le voir comme un objet transitionnel parce qu’il est le lien entre la mère et l’enfant. L’enfant garde le premier pagne jusqu’au sevrage puis il est lavé, conservé jusqu’à la naissance de son puîné.
Quand la mère met son bébé au dos, elle se libère pour vaquer à ses occupations domestiques : vaisselle, pilage de mil, cuisine, linge, etc. En outre, il accélère et consolide l’acquisition de la position assise et de la marche. Hélène Stork (1986) a montré que les différents mouvements que la mère effectue stimulent le canal labyrinthique, accélérateur du développement psychomoteur. Les mouvements que la mère effectue constituent également un petit bercement qui permet à l’enfant d’entrer doucement dans le sommeil. Le portage ressemble à un processus de naissance : dans les premiers moments, on enveloppe tout le corps du bébé, puis on libère le cou, ensuite un bras ; ultérieurement encore on libère le second bras, enfin, la moitié du haut du corps. Ce processus favorise chez l’enfant un meilleur développement psychomoteur, une sécurité de base, un équilibre du corps et des mouvements. Madame Ly, pédiatre dans les années 1960 à la pmi de la Médina, a constaté que le portage au dos prévient et corrige la luxation de la hanche chez le bébé. Et un enfant porté à des rythmes réguliers fait preuve de plus de confiance en soi et de sérénité intérieure, ce qui justifie l’expression : « Ma mère ne m’a pas porté avec le journal Le soleil. » Le portage et son cortège de rituels et de significations nombreuses constituent d’abord un moyen facile de transport de l’enfant tant qu’il ne marche pas. Il permet aussi à l’enfant de construire une sécurité de base et une agréable sociabilité. Le portage joue aussi un rôle essentiel pour le développement du bébé : équilibre, motricité, éveil sensoriel… On voit bien que ce n’est pas seulement pratique pour les parents, mais aussi bénéfique sur le long terme pour l’enfant.
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Le massage bébé à la manière africaine : un héritage culturel
Le massage bébé à la manière africaine est bien plus qu'une simple pratique. C'est un héritage culturel imprégné d'amour, de connexion et de soins. Avant de commencer le massage, créez un environnement calme et apaisant. Assurez-vous que la pièce est à une température confortable, éteignez les sources de bruit et utilisez une lumière douce. Préparez une surface douce et sécurisée pour le bébé, comme un tapis de sol ou une table à langer équipée d'une serviette douce. Choisissez une huile naturelle pour le massage, comme l'huile de coco, d'amande douce ou de baobab. Ces huiles nourrissent la peau délicate du bébé tout en offrant un glissement doux pour les mouvements de massage. Assurez-vous que l'huile est à une température agréable avant de l'appliquer. Avant de commencer le massage, établissez un contact visuel avec votre bébé. Parlez-lui doucement, chantez-lui une berceuse ou utilisez des expressions faciales chaleureuses. Cette connexion visuelle crée un lien émotionnel important entre le parent et le nourrisson. Réchauffez vos mains avant de commencer le massage. Frottez-les doucement l'une contre l'autre pour générer de la chaleur. Des mains chaudes offrent un contact agréable et réconfortant pour le bébé.
Commencez le massage par les jambes. Utilisez des mouvements doux et rythmés, en partant des cuisses et descendant jusqu'aux pieds. Massez chaque orteil délicatement. Les mouvements descendant symbolisent l'ancrage et la connexion à la Terre. Les mouvements circulaires sur le ventre sont bénéfiques pour apaiser les inconforts digestifs. Utilisez une pression douce dans le sens des aiguilles d'une montre. Cette technique favorise la digestion et procure une sensation de soulagement. Le massage des bras et des mains libère les tensions et apporte une touche de tendresse. Utilisez des mouvements de lissage et de pétrissage doux, en accordant une attention particulière aux poignets et aux paumes. Ces gestes renforcent la coordination motrice. Le visage mérite une attention particulière. Utilisez des mouvements doux sur le front, les joues et le menton. Évitez le contour des yeux et du nez. Le massage facial apporte une douceur et une affection particulières. La tête et le cuir chevelu sont des zones importantes pour apaiser et relaxer le bébé. Utilisez des mouvements circulaires légers avec vos doigts. Cela stimule également la circulation sanguine et contribue à un sommeil apaisant. Intégrez des chants doux et des berceuses pendant le massage. La combinaison de l'harmonie sonore et du toucher crée une expérience sensorielle complète, favorisant un état de relaxation profonde chez le bébé.
Soyez réceptif aux signaux de votre bébé. S'il montre des signes d'inconfort ou de désintérêt, ajustez votre approche. Chaque bébé est unique, et le massage doit être adapté à ses besoins individuels. La durée du massage dépend du confort du bébé. Commencez par des sessions courtes et augmentez progressivement la durée au fil du temps. La fréquence peut varier, mais la constance est essentielle pour créer des habitudes apaisantes. Encouragez l'autre parent à participer au massage. Cela renforce les liens familiaux et permet à chaque parent de partager des moments intimes avec le bébé. L'échange de rôles crée une dynamique équilibrée. Apprenez les techniques traditionnelles auprès de membres plus âgés de la famille ou de praticiens de la communauté. Se connecter à la culture renforce l'authenticité de l'expérience et enrichit le rituel du massage. Après le massage, terminez par une étreinte et des mots doux. Cette clôture en douceur renforce le lien émotionnel créé pendant le rituel. Parlez à votre bébé avec amour et assurez-vous qu'il se sent en sécurité.
La gémellité en Afrique : entre ambivalence et culte
L’attention portée aux jumeaux dans les sociétés africaines est un fait dûment attesté. Ces êtres suscitent des réactions diverses, voire contrastées, sur tout le continent. Soit ils sont rejetés, soit ils font l’objet d’un culte. Or, même là où une attitude positive domine, une certaine ambivalence, emplie de crainte, se décèle. C’est sous le signe de cette ambivalence que se sont développées maintes interprétations anthropologiques portant sur les croyances et les rites relatifs aux jumeaux.
La naissance gémellaire constitue pour les Ndembu de la Zambie « un paradoxe, quelque chose qui entre en conflit avec des notions préconçues de ce qui est raisonnable ou possible ». Bref, elle suscite l’embarras dans les classifications. Dans les sociétés africaines les naissances gémellaires « mettent en pratique la négation des différences », qui « permettent l’intelligence du social ». Ce même constat de l’impossibilité de classifier les jumeaux domine la synthèse que Christophe Gros entreprend quant à la place et à la signification des jumeaux en anthropologie sociale. Les jumeaux sont à la fois mêmes et autres. Ils sont deux à occuper une seule place. Ils perturbent le droit d’aînesse et font preuve d’une rivalité illimitée. Leur naissance simultanée et issue d’un seul utérus les rend à la fois « plus et moins qu’humains », c’est-à-dire semblables à des êtres divins ou à des animaux. De ce fait, ils détiennent une « fonction de médiation entre l’animalité et la déité ».
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L’élaboration de rites importants dédiés à ces êtres paradoxaux se comprend à partir du besoin des cultures humaines de « couvrir des contradictions structurales, des asymétries et des anomalies par des couches de mythes, de rites et de symboles accentuant la valeur axiomatique de principes structuraux clés par rapport aux situations mêmes dans lesquelles ils semblent être les moins opératoires ». Pour la communauté c’est une occasion de célébrer des valeurs et des principes d’organisation cruciaux. Dans un même esprit, Gros met l’accent sur la nécessité d’endiguer la menace socialement perturbatrice des jumeaux. Dans certaines sociétés, la faculté des jumeaux de défaire un ordre différentiel n’est pas stigmatisée parce qu’elle permet de réaffirmer, par la négative, les structures et les principes d’organisation de l’ordre socioculturel. Elle contient alors une valeur positive en elle-même, en permettant notamment de renouer avec un monde de ressources originelles. Pour les Winye du Burkina Faso, qui vouent un culte aux jumeaux et les assimilent à des génies, « un ordre social n’est concevable dans la durée que parce que la logique des différences mise en place par les ancêtres est régulièrement battue en brèche, pour permettre à des contemporains de reprendre contact avec des entités spirituelles, normalement séparées du monde des hommes, et d’avoir ainsi accès, par leur intermédiaire, aux richesses du monde de l’origine ».
Les Punu affirment l’existence d’êtres aquatiques dénommés bayisi. Les peuples du nord-ouest de l’aire kongo se préoccupaient et se préoccupent encore avant tout des esprits de la nature et non du culte des ancêtres qui prévaut chez les peuples situés au sud-est de cette zone. Les Punu distinguent les génies de l’eau bayisi ba mambe, et les « génies de la terre » bayisi ba tandu. En français actuel, les génies de l’eau sont désignés par le terme de « sirènes ». On dit qu’ils séjournent dans les marigots et les rivières et se manifestent dans les vagues, les tourbillons et les crues. Chaque village compte un ou deux marigots principaux dans lesquels vit un génie de l’eau qui est le garant du bien-être et de la fertilité du village. Les marigots principaux comme les forêts environnantes appartiennent au matriclan dominant du village. Les génies de l’eau vivent par couple, soit dans deux marigots proches, soit dans un seul. Dans ce dernier cas, il se peut qu’ils y occupent des endroits ou des galeries distincts. Ils ne restent toutefois pas en permanence dans l’eau. Il est dit qu’ils aiment en sortir pour s’asseoir sur les rochers au bord. Les génies de l’eau sont très directement associés aux poissons. L’idée que les silures sont des génies ou les enfants d’un génie est récurrente chez les Punu. Les Punu rapportent également l’existence d’un énorme poisson nommé ngwangi qui aurait les allures d’un génie de l’eau. Il est dit qu’il nage en tête des autres poissons pour les mener en sifflant à l’endroit où ils peuvent pondre leurs œufs. Cependant, la représentation explicite de ces génies comme des êtres humains à queue de poisson reste récente. Les génies sont couramment représentés comme des êtres beaux et blancs, aux cheveux lisses et très longs. Ils se caractérisent par une attitude de grande fierté qui se manifeste dans la manière souple et ondulante avec laquelle ils bougent le cou. En dehors de ces génies territoriaux il y a une seconde catégorie de génies de l’eau qui ne sont pas liés à un territoire clanique et n’ont pas de lieu de séjour fixe.
Tous les enfants sont originaires de ce monde des génies de l’eau. Les Punu affirment qu’ « ils viennent dans l’eau ». Les « jumeaux » mavase et les « enfants nés avec une anomalie » bakite, tel qu’un handicap physique ou des cheveux très abondants, ont un rapport privilégié avec cet univers et le gardent toute leur vie. Ils sont regardés comme des génies de l’eau venus vivre parmi les humains. Ils viennent des marigots, arrivent dans des pirogues, souvent au moment des crues. Maintes fois, on m’évoqua les grandes pluies et les orages qui se déclenchèrent lors d’accouchements de jumeaux. Les jumeaux viennent d’un autre monde. Dès lors, quand ils meurent, on dit qu’ils retournent chez eux, dans leur univers aquatique. En raison de ce rapprochement entre génies et jumeaux, leurs parents, et surtout les mères, sont très respectés dans la société punu. Les mères bénéficient d’un statut particulièrement élevé, même si elles n’ont pas de privilèges par rapport aux autres femmes.
Tout comme les génies de l’eau, les jumeaux ont des rapports étroits avec nombre d’animaux et semblent même y être assimilés. Les serpents, les grands surtout, figurent au premier rang. Certains génies se font accompagner de serpents ou en envoient. En l’absence de la mère, certains jumeaux font surveiller la maison par le mamba et le naja. L’un des signes les plus communs révélant le contact avec les génies est la vue de serpents qui ne semblent pas vouloir attaquer, qui regardent sans méchanceté, qui s’enroulent autour des pieds ou qui pénètrent dans le lit. Un coup porté à ces serpents est une atteinte aux génies eux-mêmes. La vue du perroquet gris ou le privilège de ramasser une des plumes rouges qui ornent sa queue sont des indices tout aussi clairs de la proximité ou de la révélation des génies de l’eau. Les noms spécifiques désignant les jumeaux et qu’eux-mêmes révèlent après leur naissance par l’intermédiaire des rêves sont pour la plupart significatifs du lien intime de ces êtres avec des animaux et des phénomènes naturels.
Les jumeaux sont non seulement originaires du monde des génies de l’eau et associés aux animaux et phénomènes naturels liés à ce monde, mais ils partagent aussi les caractéristiques des génies. Tout d’abord, ils ont une nature très généreuse. C’est grâce aux génies et aux jumeaux que les chasses et les parties de pêche sont fructueuses, que les récoltes sont bonnes et que les grossesses sont nombreuses. Ainsi, les femmes stériles ont la possibilité d’aller s’asseoir sur une pierre à proximité du génie Vole et de lui demander un enfant en pleurant. Si la femme est sincère, sa demande sera exaucée. En outre, génies et jumeaux se révèlent aux humains au travers de rêves et de transes pour leur signaler où et comment ils peuvent « ramasser » un colis, du gibier ou du poisson à profusion.
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