Introduction

La berceuse africaine oussa, bien plus qu'une simple mélodie, est un héritage culturel profond, ancré dans les traditions et les pratiques ancestrales du continent africain. Cet article explore l'origine, la signification et l'importance de cette tradition, en mettant en lumière son rôle dans le maternage, le développement de l'enfant et la transmission des valeurs culturelles.

L'origine et l'évolution du portage africain

Le portage africain est une pratique ancestrale, transmise de génération en génération. Les méthodes et les dispositifs varient selon les cultures et les civilisations. Le portage évolue selon l’âge du bébé et autour du corps de la mère ou du substitut maternel. Traditionnellement, le portage africain est considéré comme celui qui nous est le plus familier.

Le portage comme élément essentiel du maternage

Le portage est bien plus qu'une simple méthode de transport ; il est un élément central du maternage en Afrique. Il permet de répondre aux besoins fondamentaux du bébé, tels que le contact physique, la chaleur, le bercement et l'alimentation.

Bébé Amina : Trois jours après la naissance, un observateur rend visite à Mme Fall et la trouve berçant son bébé à la façon traditionnelle.Bébé Raby, 5 semaines 5 jours : Mémé (la grand-mère) est assise sur un banc, bébé Raby à ses genoux. L'enfant, habillé de blanc, est éveillé et agité, semblant ressentir la présence de l'observateur.

Les bienfaits du portage pour la santé et le développement du bébé

Le portage offre de nombreux avantages pour la santé physique et émotionnelle du bébé. Il favorise l'éveil sensoriel, accélère l'acquisition de la position assise et de la marche, et contribue au développement psychomoteur. Madame Ly, pédiatre dans les années 1960 à la PMI de la Médina, a constaté que le portage au dos prévient et corrige la luxation de la hanche chez le bébé.

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Hélène Stork (1986) a montré que les différents mouvements que la mère effectue stimulent le canal labyrinthique, accélérateur du développement psychomoteur. Les mouvements que la mère effectue constituent également un petit bercement qui permet à l’enfant d’entrer doucement dans le sommeil. Le portage ressemble à un processus de naissance : dans les premiers moments, on enveloppe tout le corps du bébé, puis on libère le cou, ensuite un bras ; ultérieurement encore on libère le second bras, enfin, la moitié du haut du corps. Ce processus favorise chez l’enfant un meilleur développement psychomoteur, une sécurité de base, un équilibre du corps et des mouvements. Un enfant porté à des rythmes réguliers fait preuve de plus de confiance en soi et de sérénité intérieure, ce qui justifie l’expression : « Ma mère ne m’a pas porté avec le journal Le soleil. » Cela fera de certains, plus tard, de grands sportifs.

Les différentes formes de portage et leurs significations

Le portage africain se manifeste sous différentes formes, chacune ayant une signification particulière et répondant à des besoins spécifiques.

Le portage ventral

Dans les premiers mois, le bébé est porté ventralement, face à sa mère, ce qui favorise le contact peau à peau et renforce le lien affectif.

Le portage à l'épaule

À partir de 6 mois, le bébé est porté verticalement, tenu par les fesses et accolé à l'épaule de l'adulte.

Le portage dorsal

Le portage au dos débute au huitième jour, après la chute du cordon ombilical. Il permet à la mère de vaquer à ses occupations tout en gardant son enfant près d'elle. Sophie met Amina au dos pour la calmer, et elle finit par s’endormir. Sa maman sort de la chambre, me retrouve au petit salon et me serre la main. Elle porte Amina au dos, et dit qu’elle vient juste de s’endormir. Elle était très excitée tout à l’heure.

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Les rituels associés au portage

Le portage au dos est souvent accompagné de rituels spécifiques, visant à assurer la protection et le bien-être de l'enfant. Le matériel du portage au dos est judicieusement choisi. Le premier pagne, mbotou, sorte d’utérus, symbolise la lignée maternelle. Il est taillé en forme de H renversé, permettant de maintenir le haut du corps du bébé au niveau de la poitrine de l’adulte. Les deux lanières du bas maintiennent le bas du corps du bébé au niveau des reins de l’adulte maternant. Le second pagne, roganti qui couvre le premier, mbotou, a une forme de pagne classique et est fourni par les sœurs du père. Il représente la lignée paternelle. Ce pagne est remis à la mère le jour du baptême, avec l’échange de beaucoup d’autres cadeaux. Il est personnel et accompagnera l’enfant jusqu’à l’âge adulte. On peut le voir comme un objet transitionnel parce qu’il est le lien entre la mère et l’enfant. L’enfant garde le premier pagne jusqu’au sevrage puis il est lavé, conservé jusqu’à la naissance de son puîné.

Le rituel du bain de la naissance

Le bébé est lavé dans trois eaux tièdes, avec l'ajout de mil, de sel, de sucre, d'or et d'argent. Le mil est gardé sous le lit de la mère, et l'or et l'argent sont offerts à une femme âgée sage.

Le rituel de la première mise au sein

La mère fait couler quelques gouttes de son lait par terre pour honorer les ancêtres, puis donne le sein à l'enfant. Une boisson d'eau bénite, miel et lait de chèvre est également administrée.

Le rituel du premier portage au dos

Une fille aînée prépubère porte l'enfant pour la première fois au crépuscule, après un rituel impliquant un couteau et des brins de balai.

L'évolution du portage et les nouvelles formes

On assiste depuis quelque temps à l’apparition d’une forme de portage : le portage dit « kangourou », qui a une visée à la fois thérapeutique et de transport de l’enfant. Cette forme de portage est interdite dans le milieu traditionnel, comme le dit l’adage « bote kanamwacceganaw ». L’interdit porte sur la prohibition de l’inceste. Cette évolution des formes de portage montre que le premier berceau du bébé, c’est le corps de la mère.

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La berceuse africaine : un accompagnement musical du portage

En Afrique, le portage est souvent accompagné de berceuses, des chants doux et mélodieux qui apaisent l'enfant et renforcent le lien maternel. Ces berceuses, transmises oralement de génération en génération, sont un élément essentiel du patrimoine culturel africain.

L'exemple de Yom et Léo Jassef

Le duo Yom (clarinette) et Léo Jassef (piano) offre un exemple contemporain de la richesse des sonorités africaines. Leur album "Célébration", composé en studio pour la naissance du fils de Yom, mêle piano, percussions et clarinette, créant des sonorités douces et oniriques.

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