L'histoire et les styles du berceau lion gravure sont intimement liés à l'évolution de l'orfèvrerie et des arts décoratifs, notamment au XIXe siècle. Cet article explorera cette thématique en s'appuyant sur l'œuvre de Jean-Baptiste-Claude Odiot, orfèvre de renom, et sur le contexte artistique et culturel de son époque.

Jean-Baptiste-Claude Odiot : Un orfèvre au service des cours européennes

Jean-Baptiste-Claude Odiot (1763-1850) a bâti, au cours du premier quart du XIXe siècle, la maison d’orfèvrerie française la plus prospère et la plus fréquentée par toutes les cours européennes de son temps. Sa carrière fut officiellement consacrée par le succès qu’il rencontra à l’Exposition des produits de l’industrie de l’an X (1802), à laquelle participèrent pour la première fois des orfèvres. En octobre 1801, Odiot est chargé, avec le joaillier Marie-Étienne Nitot, d’exécuter l’épée consulaire de Bonaparte, utilisée par la suite lors de la cérémonie du sacre du 2 décembre 1804.

En 1810, à la demande du préfet de la Seine, Nicolas Frochot, Odiot réalise, avec le bronzier Pierre-Philippe Thomire, la toilette offerte à Marie-Louise par la Ville de Paris, à l’occasion de son mariage avec Napoléon. Ce somptueux mobilier en vermeil et en lapis-lazuli, exécuté d’après les dessins de Pierre-Paul Prud’hon, comprenait une grande psyché, une table de toilette avec deux candélabres, des vases, des coffres à bijoux, un fauteuil, un tabouret de pied et deux athéniennes. L’année suivante, en 1811, il réalise avec Thomire, sur les dessins de Prud’hon, le berceau du roi de Rome offert par la Ville de Paris pour la naissance de l’héritier impérial.

Les deux livres-journaux couvrant la période du 2 novembre 1814 au 16 décembre 1819 révèlent l’ampleur de la clientèle de Jean-Baptiste-Claude Odiot, qui ne cesse de s’accroître sous la Restauration. L’orfèvre s’assure des clients réguliers parmi les grandes familles françaises et européennes, avec des registres renfermant les noms des personnalités politiques et mondaines les plus en vue de la période.

Les dessins d'Odiot : Une source précieuse pour comprendre son art

Datés du premier quart du XIXe siècle, ces dessins, d’une grande finesse d’exécution, sont réalisés au graphite ou à la plume, rehaussés de lavis d’encre, d’aquarelle ou de gouache. Sur des feuilles de parfois plus d’un mètre de haut sont figurées, à grandeur réelle, des pièces relevant du domaine des arts de la table, ainsi que des objets de toilette et de bureau. Les dessins proposent différentes versions d’un même modèle en déclinant les appliques d’ornement, les anses ou les prises. Fontaines à thé, soupières, coupes, verrières, seaux à rafraîchir, huiliers, salières… Tout comme les dessins, les modèles en bronze relèvent de typologies variées.

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À la différence des dessins d’atelier d’orfèvrerie des XVIIe et XVIIIe siècles, généralement exécutés à la sanguine ou à la pierre noire, le fonds d’atelier de Jean-Baptiste-Claude Odiot est constitué de grands dessins à la plume sur papier blanc, souvent enrichis de lavis gris ou ocre. Délayées dans de l’eau, les encres noires, brunes ou jaunes, sont travaillées au pinceau et créent, selon les charges de pigments, de subtils jeux d’ombre et de lumière qui transcrivent le modelé de la pièce et l’éclat métallique de ses surfaces. Les pièces d’orfèvrerie sont le plus souvent dessinées en élévation et à l’échelle de la pièce, ce qui explique l’absence de mesures portées sur les feuilles. Rares sont les vues en plan ou en coupe. Les dessins lavés ont vocation à être soumis au client.

Un grand nombre de dessins du fonds sont également exécutés à la plume et à l’encre noire, sans lavis. N’offrant ni le fini ni les détails d’ornements des dessins lavés, ils figurent des projets à différentes étapes de leur élaboration au sein de l’atelier, depuis les premières recherches jusqu’à la mise au net pour exécution. Témoignant des processus de validations internes à l’atelier d’orfèvrerie, certains dessins sont ainsi parfois copiés et repris, avec de légers changements, par des mains variées et plus ou moins habiles. Les dessins réduits de moitié ou au quart par rapport à la taille de la pièce ont probablement été réalisés pour la gravure ou pour garder la mémoire des différents modèles. Enfin, le fonds du Musée des Arts Décoratifs recèle de rares dessins d’ébauches, exécutés au crayon graphite.

De nombreux dessins sont annotés du nom de leur typologie et d’un numéro, sans doute de série ou de service, qu’il est désormais impossible à identifier. Certains dessins comportent aussi des inscriptions indiquant la façon, la dédicace du projet ou le prix d’exécution de la pièce. La mention « approuvé » apparaît sur six dessins du fonds. On y reconnaît, à partir des documents manuscrits conservés, la graphie d’Odiot qui valide ici le modèle dessiné ou rapporte celle du commanditaire. Seuls dix dessins de la collection du Musée des Arts Décoratifs sont signés : sept par Garneray, deux par Cavelier, un par Fauconnier.

L'influence de l'Antiquité dans l'œuvre d'Odiot

Les prises, les anses, les pieds et les appliques d’ornement sont prétexte à déployer un vocabulaire ornemental foisonnant issu de l’Antiquité. Autour de Bacchus et de son cortège, central dans l’iconographie des pièces et dessins d’Odiot, sont présents Hébé, Cérès, Léda, Vénus, Adonis, Flore ou encore des allégories de la Victoire. Choisis pour leur plasticité, les serpents, cygnes et autres sirènes prêtent leur souplesse et leur sinuosité au dessin des anses, tandis que les sphinges ailées monopodes et les griffes de lion constituent des motifs désignés pour former les pieds des pièces.

Durant toute sa carrière, Odiot agence sur ses pièces, grâce à la technique du montage à froid, des ornements reconnaissables qui constituent sa marque. Répondant au goût de son époque, il développe un vocabulaire issu de l’Antiquité. Ces éléments sont issus du répertoire ornemental de la sculpture et de l’architecture grecque et romaine, diffusé par les recueils gravés depuis le XVIe siècle. Si certaines sources sont facilement identifiables - comme celle de la frise des danseuses Borghèse reprise du bas-relief du sarcophage néo-attique entré au Louvre en 1807 -, la plupart des motifs déclinés sur les dessins de l’atelier d’Odiot réinterprètent les modèles diffusés dans Le Traité des pierres gravées de Mariette, Le Voyage de Naples et de Sicile de l’abbé Saint-Non, et les recueils d’ornements plus contemporains de Durand, de Moreau, de Beauvallet, de Percier et Fontaine.

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Les modèles en bronze d'Odiot : Un don pour la postérité

Donnés par Odiot lui-même à la chambre des Pairs en 1835 dans le but d’œuvrer à sa propre postérité mais également de servir son art en suscitant l’émulation chez ses successeurs, les 31 modèles connaissent une histoire complexe. Lors de l’Exposition des produits de l’industrie de 1819, Jean-Baptiste-Claude Odiot présente des « modèles en bronze » qu’il projette d’offrir à l’État. Rien ne nous renseigne sur les conditions de fabrication de ces modèles. Ont-ils été exécutés avec pour seule fin une donation ou s’agit-il de prototypes pour la réalisation de pièces en argent ? Qualifiés de « pièces en bronze » par Odiot lui-même, ces modèles sont en fait, comme le révèlent de récentes analyses du Centre de recherche et de restauration des musées de France, exécutés en laiton. Ils témoignent d’une grande finesse d’exécution, le travail de ce métal nécessitant la même technicité que celui de l’argent ou du vermeil.

Dans une lettre du 6 août 1819 adressée au ministre de l’Intérieur, le comte Élie Decazes, Odiot indique avoir pensé « qu’il serait bien de laisser à la postérité la copie exacte des principales pièces d’orfèvrerie qui [lui] ont valu les éloges les plus satisfaisants ». Il propose donc de faire don au gouvernement de neuf pièces, la jouissance de celles-ci devant lui revenir après le décès de l’orfèvre. Cette démarche doit, selon Odiot, servir « à faire des comparaisons avec les ouvrages d’orfèvrerie qui se feront par la suite afin de juger les progrès de cet art et le goût des temps ». La volonté d’Odiot est double : œuvrer à sa propre postérité et servir son art en suscitant l’émulation chez ses successeurs.

L’itinérance des modèles d’Odiot au fil du XIXe siècle est le reflet d’une légitimité muséale à conquérir. La présence des modèles au Louvre est attestée dès 1857 par un échange épistolaire entre le comte de Nieuwerkerke, directeur des Musées impériaux, et A. Odiot. Par une lettre du 10 mars 1857, A. Odiot s’enquiert du nouveau lieu de conservation des modèles d’orfèvrerie donnés par son père Jean-Baptiste-Claude Odiot. La réponse nous apprend qu’ils « sont maintenant emmagasinés au Louvre où ils sont conservés avec le plus grand soin en attendant qu’ils reçoivent une destination définitive ». Le 23 mars 1857, A. Odiot rappelle au comte de Nieuwerkerke que par le don de ses modèles, son père « a voulu aider les orfèvres venant après lui à maintenir la supériorité de la France dans cet art de l’orfèvrerie que l’Europe nous envie. Il est donc indispensable pour atteindre ce but que [ses] œuvres […] soient exposées dans un endroit public et spécial ». Selon A. Odiot, les modèles trouveraient leur place « dans l’une des vitrines de la galerie qui touche au salon carré » du Louvre. Et pour cause, aucun lieu n’étant dédié à l’exposition des arts décoratifs, cette destination n’existe pas encore en 1857. Si le Louvre enrichit sa collection d’objets d’art au XIXe siècle, la présence de l’orfèvrerie contemporaine y demeure timide.

Le Musée des Arts Décoratifs et la conservation de l'œuvre d'Odiot

Parallèlement, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, sont lancées des initiatives ayant pour objet la création d’un Musée des Arts Décoratifs. Le musée du « beau dans l’utile » voit le jour en 1882, avec pour but de favoriser les liens entre culture et industrie en offrant modèles et références aux ouvriers et artisans. Entre le vœu d’Odiot et le nouveau musée, la convergence est évidente. En 1907, le Musée des Arts Décoratifs prend la décision de faire dorer et argenter les modèles en bronze. Réalisée par la maison Christofle en 1907-1908, cette opération devait conférer aux pièces l’aspect habituel de l’orfèvrerie. Les modèles témoignent d’une grande finesse d’exécution. Les différents éléments, assemblés par un système de fixation à froid par vis et écrous, ont été ciselés afin de mettre en valeur le relief des ornements, tandis que les fonds amatis jouent du contraste entre les surfaces mates et brillantes.

La richesse du fonds Odiot du Musée des Arts Décoratifs réside dans la complémentarité entre les pièces d’orfèvrerie et les dessins conservés. Le Musée des Arts Décoratifs propose d’approcher au plus près de l’œuvre de Jean-Baptiste-Claude Odiot au moyen d’une plateforme numérique intuitive et ludique présentant ses collections numérisées. Regroupées en trois chapitres, « les œuvres », « l’atelier d’orfèvrerie » et « les collections », chacune de ces dix rubriques abrite sa propre galerie d’œuvres que le visiteur peut sélectionner et agrandir. L’exposition « Dessiner l’or et l’argent. Odiot orfèvre (1763-1850) » propose la confrontation inédite des projets dessinés et des pièces exécutées au sein de l’atelier de Jean-Baptiste-Claude Odiot.

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