Introduction
Le berceau et le landau, objets autrefois omniprésents dans les foyers, évoquent la nostalgie de l'enfance et témoignent d'un savoir-faire artisanal souvent oublié. Cet article explore l'histoire de ces objets, en particulier dans le contexte alsacien, et aborde les aspects liés à leur restauration, tout en glanant quelques anecdotes au passage.
Woerth : Un berceau historique alsacien
Pour illustrer l'histoire et l'importance culturelle des berceaux et des landaus, on peut se pencher sur le cas de Woerth, une commune alsacienne riche en histoire.
Histoire locale de Woerth
Woerth, dont le nom signifiait autrefois "île" en vieil allemand (Werda), en raison de sa situation géographique entre la Sauer et la Soulzbach, a une histoire riche et mouvementée. Occupée par les Romains, la ville a ensuite été rattachée à la France par Clovis en 496, intégrant la circonscription administrative du Norgau puis le duché d'Alsace.
Au fil des siècles, Woerth a connu de nombreux conflits et changements de propriétaires. Elle appartenait aux seigneurs de Boland, qui l'ont vendue au comte Frédéric, qui l'a ensuite cédée à Jean de Lichtenberg en 1303. Ce dernier érigea Woerth en ville en 1327 et fit construire une première enceinte de fortification en 1328, dont subsiste encore la tour du château et la tour du manoir. L'empereur Louis IV accorda aux habitants de Woerth les mêmes droits que ceux de Haguenau en 1330, notamment le droit de marché.
Les guerres successives ont causé la perte du château, qui a été reconstruit en 1555 par Jacques 1er de Deux-Ponts-Bitche. Philippe IV de Hanau-Lichtenberg, son gendre, donna à la ville son enceinte définitive, dont certains vestiges sont encore visibles aujourd'hui. Il introduisit également la Réforme protestante dans le bailliage et favorisa l'expansion de l'atelier monétaire à partir de 1587, jusqu'à son pillage par les Suédois en 1633.
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Comme l'ensemble de l'Alsace, Woerth a subi de nombreuses destructions et occupations en raison des guerres, notamment la guerre de Trente Ans. Dépeuplée par la famine et la peste, la ville a été reconstruite à plusieurs reprises. Elle a été occupée une dernière fois par les troupes révolutionnaires françaises, prussiennes et impériales, avant que le général Hoche ne livre bataille devant Frœschwiller en 1793, repoussant l'ennemi jusqu'à Landau et sauvant ainsi l'Alsace d'une nouvelle occupation germanique pendant 77 ans.
Woerth est également connue comme le berceau historique de la bataille du 6 août 1870, également appelée "bataille de Reichshoffen". Ce jour-là, 38 000 soldats français commandés par le général Mac-Mahon affrontèrent 90 000 soldats allemands dirigés par le futur empereur Frédéric II. Malgré la vaillance des soldats français, la bataille fut perdue, ouvrant la porte des Vosges et permettant l'occupation de l'Alsace pendant 48 ans. Un musée situé au deuxième étage du château commémore cet événement historique.
Lors des deux guerres mondiales, Woerth a subi peu de dommages. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville n'a pas été évacuée car elle était située derrière la ligne Maginot. Cependant, les jeunes hommes du village ont été enrôlés de force dans l'armée allemande après la défaite française de 1940. L'occupant a cherché à détruire systématiquement tous les souvenirs de la France et de sa civilisation, comme en témoigne la destruction de l'ossuaire situé sur la route de Frœschwiller en 1941. Une stèle a été érigée en mémoire de cet événement en 1996 par le Souvenir Français.
Au début du siècle, les habitants de Woerth vivaient de l'agriculture, de l'arboriculture et de l'exploitation minière à Pechelbronn. Un tourisme de mémoire attirait de nombreux vétérans et leurs familles sur le champ de bataille chaque week-end. L'hôtellerie, la restauration et le commerce étaient florissants. Les environs bucoliques attiraient également les citadins, qui arrivaient en train par la ligne Walbourg-Lembach jusqu'à la gare de Woerth. Cette ligne a été remplacée par une piste cyclable reliant Haguenau à Lembach, avec un détour possible par le champ de bataille et ses monuments.
Le Musée du Landau de Saint-Aubin-de-Scellon
Pour illustrer la richesse et la diversité des landaus anciens, on peut évoquer l'exemple du Musée du Landau de Saint-Aubin-de-Scellon, dans l'Eure. Ce musée, fondé il y a 20 ans, rassemble une collection de plus de 400 landaus français et étrangers datant de 1850 à 1980.
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L'histoire de ce musée est intimement liée à la passion de Florence et Pierre, les fondateurs. Dans les années 90, Pierre, alors maire du village, organise une exposition intitulée "10 ans de vie en Normandie", rassemblant des objets des années 40 et 50. Florence restaure alors deux landaus pour l'occasion, ce qui marque le début de leur passion commune.
En 2002, l'idée d'un musée du landau voit le jour, dans le but de promouvoir le canton et d'attirer les touristes. Dès la première année, le musée bénéficie d'un coup de projecteur grâce à l'émission "Combien ça coûte" de Jean-Pierre Pernaut. Par la suite, le musée a fait l'objet de reportages sur France 2 et France 3.
Le musée attire des visiteurs de toutes nationalités, des Belges aux Anglais en passant par les Néerlandais et les Allemands. Des collectionneurs de voitures, de motos et même de téléphones viennent également visiter le musée.
Au fil des années, Florence et Pierre ont voyagé en France et ont enrichi leur collection de landaus. Chaque landau raconte une histoire, qu'il s'agisse d'histoires familiales ou de l'Histoire de France.
Parmi les pièces les plus remarquables de la collection, on peut citer une charrette d'origine datant de l'époque de Napoléon, un landau-luge transformé par des artisans, un landau pivotant de gauche à droite, un landau ayant participé au film "Archimède le Clochard" avec Jean Gabin, une charrette pour personnes handicapées ressemblant à celle du Château de Chantilly, et un landau pouvant s'attacher à un vélo datant de 1936, conçu pendant les premiers congés payés.
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Florence et Pierre connaissent une histoire à partager pour chaque landau de leur collection. Ils ont décidé de ne pas démanteler le musée et la mairie de Thiberville reprendra le flambeau.
Le Musée du Landau est ouvert d'avril à octobre et la visite se fait uniquement sur réservation.
La restauration des landaus anciens
La restauration des landaus anciens est un travail minutieux qui nécessite des compétences spécifiques. Il s'agit de redonner vie à des objets souvent usés par le temps, tout en respectant leur authenticité.
Florence, la fondatrice du Musée du Landau de Saint-Aubin-de-Scellon, est une experte en la matière. Elle restaure elle-même les landaus de sa collection dans son atelier.
La restauration d'un landau ancien peut impliquer plusieurs étapes, telles que le nettoyage, la réparation de la structure, la réfection de la sellerie et la restauration de la peinture. Il est important d'utiliser des matériaux et des techniques appropriés pour ne pas dénaturer l'objet.
Anecdotes et histoires de landaus
Les landaus anciens sont souvent porteurs d'histoires et d'anecdotes intéressantes. Par exemple, un landau exposé au Musée du Landau de Saint-Aubin-de-Scellon a été photographié à Caen pendant la Seconde Guerre mondiale, après avoir été projeté à sept mètres de hauteur par une bombe. L'enfant qui se trouvait à l'intérieur n'a eu que quelques égratignures.
Une autre anecdote raconte l'histoire d'une femme qui a retrouvé au musée le landau de poupée qu'elle avait dû abandonner pendant l'exode de la Seconde Guerre mondiale. Sa mère avait offert ce landau à une femme rencontrée sur la route, qui avait un bébé dans les bras.
Les Mennweg : Une famille alsacienne liée à Landau
L'histoire des berceaux et des landaus peut également être abordée à travers l'histoire des familles. La famille Mennweg, originaire de Ferrette dans le Sundgau, en Alsace, est un exemple intéressant. Le patronyme Mennweg apparaît dès l'ouverture des registres paroissiaux en 1583. Pendant 200 ans d'Ancien Régime, on dénombre près d'une centaine de baptêmes Mennweg. Les Mennweg étaient principalement des artisans et des employés de l'administration, et comptaient souvent parmi les notables de la cité.
Parmi les membres notables de cette famille, on peut citer :
- Hans Jegli Mennweg, Baumeister, père de plusieurs personnalités importantes.
- Un préteur royal de Wissembourg (1636-1694), également bailli de Germersheim.
- Un curé-doyen de la collégiale Notre-Dame de Landau et commissaire épiscopal pour Wissembourg et le Palatinat méridional.
- Un doyen du Conseil souverain d'Alsace (1685-1754).
- Un prêtre (1688-1736).
- Un prêtre (1715-1777).
L'histoire de la famille Mennweg témoigne de l'importance des familles alsaciennes dans la vie locale et de leur contribution à l'histoire de la région.
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