Henri d’Artois, connu sous le nom de Comte de Chambord ou Henri V, est une figure marquante de l'histoire française. Son parcours, depuis sa naissance miraculeuse jusqu'à son exil et son rôle manqué dans la restauration de la monarchie, offre une perspective unique sur les enjeux politiques et symboliques de son époque.

Naissance d'un Espoir : L'Enfant du Miracle

Le 29 septembre 1820, au palais des Tuileries à Paris, naît Henry Charles Ferdinand Marie Dieudonné d'Artois. Sa venue au monde est perçue comme un véritable miracle, car son père, le duc de Berry, a été assassiné quelques mois auparavant par Louis Louvel, un bonapartiste fanatique déterminé à « détruire la souche des Bourbons ». Lamartine le qualifiera d' « enfant du miracle », car sa naissance donne un nouvel espoir à la dynastie des Bourbons. Louis XVIII annonce aux Parisiens la naissance de son petit-neveu.

Cet événement suscite une immense émotion dans toute la France. Louvel est condamné à mort pour son geste. La duchesse de Berry présente son fils, le futur comte de Chambord, à la cour et à l'armée, en présence de son oncle, le roi Louis XVIII.

Un Roi de Quelques Jours et un Long Exil

Entre l’abdication de son grand-père, Charles X, et la proclamation de Louis-Philippe d’Orléans comme roi des Français, Henri est roi de jure pendant quelques jours - du 2 au 9 août 1830. Le petit prince grandit en exil, de l’Écosse à l’Autriche, élevé par « des vieillards tisonnant les siècles, au coin du feu, enseignant à l’enfant des jours dont rien ne ramènera le sommeil ».

Il est assez vite éloigné de sa mère, la duchesse de Berry, et vit auprès de Charles X, de son oncle et surtout de sa tante, la duchesse d’Angoulême (la fille de Louis XVI). En 1844, au décès de son oncle, qui aurait pu être Louis XIX, il fait acte public de prétendant, en adressant une protestation à Louis-Philippe : « Je ne renoncerai jamais aux droits que, d’après les antiques lois françaises, je tiens de ma naissance. Ces droits sont liés à de grands devoirs qu’avec la grâce de Dieu, je saurai remplir. Toutefois je ne veux les exercer que lorsque, dans ma conviction, la Providence m’appellera à être véritablement utile à la France. »

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Le prince s’installe alors, avec sa tante, la duchesse d’Angoulême, à Frohsdorf, au sud de Vienne. Il utilisera désormais le titre d’attente de comte de Chambord, en souvenir du célèbre château qui lui avait été offert en souscription publique, une reconnaissance du peuple français à son futur roi.

Un Mariage Sans Héritier

En 1846, à 26 ans, il épouse l’archiduchesse Marie-Thérèse d’Autriche-Este, fille du duc François IV de Modène. Une femme pieuse, mais au physique ingrat, qui se révélera incapable de donner un héritier à la dynastie. Ce blocus matrimonial est d’ailleurs pas du goût de la Reine Victoria.

L'Impossible Restauration et la Question du Drapeau Blanc

La chute de Louis-Philippe apparaît au comte de Chambord comme un juste châtiment de son usurpation. Sous la IIe République, et malgré une Chambre à majorité conservatrice, il ne fait rien pour s’opposer à l’ascension du prince-président, Louis Napoléon Bonaparte. En octobre 1852, il prône l’abstention au plébiscite visant à rétablir l’empire. Il rappelle simplement que « la monarchie en France, c’est la maison royale de France indissolublement unie à la nation ».

Confiant dans son droit d’essence divine, le comte de Chambord s’enferme alors dans l’isolement. Il demande à ses partisans de s’abstenir de collaborer avec le second Empire, mais avec un succès mitigé. Quant à lui, il lit chaque jour la presse internationale, entretient une abondante correspondance, chasse avec ardeur et reçoit de nombreux visiteurs. Il voyage en Europe, et accomplit, en 1861, un pèlerinage en Terre sainte et en Égypte.

Le 8 février 1871, l'Assemblée, élue, compte près de 400 députés royalistes sur 638 sièges, donnant à penser que l’heure d’une restauration a sonné. Le comte de Chambord est le principal prétendant au trône de France. Si les légitimistes lui sont acquis, le prétendant devra conquérir les suffrages des orléanistes, attachés à la forme moderne de monarchie voulue par Louis-Philippe.

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Cependant, le comte de Chambord se montre d’une maladresse insigne. Dogmatique, engoncé dans son idéologie contre-révolutionnaire, il sera incapable de composer avec les réalités sociales et politiques de son temps. Le débat se focalise autour de la question du drapeau blanc, que le prétendant refuse d’abandonner. Mais au-delà du symbole, c’est le régime parlementaire et le principe démocratique que le prince condamne. Il souhaite restaurer le drapeau blanc et se débarrasser du drapeau tricolore, malheur de sa famille.

Le 8 juillet 1871, il émet cette mise au point, dont il ne variera plus : « Le seul sacrifice que je ne puis faire, c’est celui de mon honneur. […] Je ne laisserai pas arracher de mes mains l’étendard d’Henri IV, de François Ier et de Jeanne d’Arc. […] Je l’ai reçu comme un dépôt sacré du vieux roi mon aïeul, mourant en exil ; il a toujours été pour moi inséparable du souvenir de la patrie absente ; il a flotté sur mon berceau, je veux qu’il ombrage ma tombe. »

Le 25 janvier 1872, il insiste : « Rien n’ébranlera mes résolutions, rien ne lassera ma patience, et personne, sous aucun prétexte, n’obtiendra de moi que je consente à devenir le roi légitime de la Révolution. »

L'Échec de la Fusion et la Naissance de la République

La condition préalable du retour à la monarchie était la réconciliation des deux branches des Bourbons français. Le 5 août 1873, Philippe d’Orléans, comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe, rend visite à son intraitable cousin, au château de Frohsdorf, le saluant comme « seul représentant du principe monarchique ». Plus rien ne devrait donc s’opposer à ce que le comte de Chambord devenu Henri V monte sur le trône. Une commission parlementaire avait déjà fixé au 5 novembre 1873 la proclamation de « la monarchie nationale, héréditaire et constitutionnelle ». Le carrosse était prêt pour l’entrée du roi dans Paris.

Mais Chambord fait tout échouer par son intransigeance répétée sur la question du drapeau. « Ma personne n’est rien, mon principe est tout, dit-il. Je suis le pilote nécessaire, le seul capable de conduire le navire au port, parce que j’ai mission et autorité pour cela. »

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Pourtant, le 9 novembre suivant, alors que tout espoir s’est envolé, il tente une triste et ultime démarche à la préfecture de Versailles, où se trouve le nouveau président de la République, le maréchal de Mac-Mahon (élu président de la République à la suite de Thiers, le 24 mai 1873), pour que celui-ci retourne la situation en sa faveur.

La loi du septennat est votée, le 20 novembre 1873, pour laisser Mac-Mahon à la présidence en attendant la disparition du comte de Chambord, « Monsieur de Trop », disent les orléanistes, qui font cette malicieuse prière : « Mon Dieu, de grâce ouvrez les yeux du comte de Chambord, ou bien fermez-les lui ! » Les lois constitutionnelles de 1875, complétées par l’amendement Wallon voté à une voix de majorité par une Assemblée dominée par les royalistes, introduisent la notion de président de la République. La France cherche sa république et ses républicains.

Fin de Vie et Héritage

À Frohsdorf, celui qui ne sera jamais Henri V n’en finit pas de mourir. Le 24 août 1883, s’éteint avec lui, à l’âge de 62 ans, l’ultime prince de l’Ancien Régime.

Le comte de Chambord est mort en exil, sans jamais renoncer à ses principes. Un monument à la mémoire du comte de Chambord sera érigé par les légitimistes. Son histoire, marquée par l'intransigeance et le refus du compromis, reste un sujet de débat et de fascination, témoignant des profondes divisions qui ont traversé la France au XIXe siècle.

Annexes

Anecdotes

  • Le château de Chambord prépare une prochaine exposition sur Henri V.
  • Une bannière datant de la fin du XIXe siècle, réalisée par des responsables légitimistes pour le Val de Loire, a été pieusement conservée dans une famille depuis l'origine. Elle sera présentée à Cheverny et peut être estimée à 1.000 euros.

Citations

  • « J’ai reçu le drapeau blanc comme un dépôt sacré, du vieux roi mon aïeul. »
  • « Ma personne n’est rien, mon principe est tout. »

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