Introduction

La question des origines des Romanichels, ou Gitans, est un sujet fascinant qui a captivé les chercheurs pendant des siècles. Leur histoire est un voyage complexe, marqué par la migration, l'adaptation et la préservation d'une identité culturelle unique. Cet article explore les théories sur leur berceau d'origine, leurs itinéraires de migration et leur présence actuelle à travers le monde.

Le Berceau Indien : Preuves Linguistiques, Historiques et Anthropologiques

L'origine indienne des Romanichels est aujourd'hui largement acceptée par les historiens et les linguistes. Plusieurs preuves convergent vers cette conclusion :

  • Linguistique : Les Romanichels ont un langage à eux, un même langage qu’ils parlent avec de légères nuances dans les diverses contrées de la terre où ils se trouvent, et ils se trouvent partout. Dans les rues de Moscou et de Madrid, de Londres et de Constantinople, dans les plaines de la Hongrie et dans les brûlantes solitudes du Brésil, le vent disperse les sons étranges de cet idiome qui présente partout dans ses traits principaux un caractère d’unité. Ce langage a été analysé par les philologues, qui y ont retrouvé les racines plus ou moins corrompues du sanskrit. L'étude de la migration des Gitans est un parfait exemple de ce que permettent les méthodes complémentaires que sont la linguistique, l'archéologie et l'anthropologie.
  • Historique : « Un philologue allemand, Büttner, soupçonna le premier que les gypsies sortaient de la souche antique de l’Inde : cette origine indienne fut ensuite prouvée et démontrée par Grellmann. L’historien des races humaines, Prichard, ne doutait point d’une telle filiation : aux lumières de l’histoire et de la linguistique il ajouta même celles de la physiologie. Les traits des gypsies se rapportent au type hindou : Prichard fait seulement observer que ces tribus errantes, quoique relativement très brunes en Europe, sont d’une couleur beaucoup moins foncée que les Hindous des classes abaissées, lesquels sont quelquefois aussi noirs que les nègres de la Guyane. Il attribue ce changement de couleur à l’influence du climat.
  • Anthropologique : Les traits physiques des Romanichels présentent des similitudes avec ceux des populations du nord-ouest de l'Inde.

L'Énigme de la Migration : Scénarios et Théories

« Non contents de rechercher le berceau des gypsies, quelques écrivains allemands et anglais ont voulu pénétrer la nature de l’événement qui les a dispersés dans le monde. » La raison exacte de leur départ d'Inde reste un sujet de débat. « L’opinion la plus généralement reçue est que les gypsies furent séparés de la souche nationale et jetés comme une branche morte dans le torrent de leur destinée vagabonde par une des plus terribles invasions dont l’histoire ait enregistré le souvenir. De 1408 à 1409, l’Inde fut ravagée par un conquérant resté fameux sous le nom de Timour-Bey ou Tamerlan. Tout ce qui opposa une résistance fut détruit : on parle d’une boucherie de cinq cent mille hommes. Ceux qui tombèrent aux mains du vainqueur furent faits esclaves, et souvent l’esclavage même ne les couvrit point contre des recrudescences de fureur homicide. Les gypsies, d’après Grellman, auraient été arrachés de leur mère-patrie par les désastres de cette guerre.

Itinéraires Migratoires

Les Romanichels ont migré vers l'ouest, traversant le Moyen-Orient et atteignant l'Europe. « On remarque dans le langage des gypsies une infiltration de mots persans ; or la langue moderne de la Perse, fille de l’ancien zend, ne s’est introduite dans l’Inde qu’à la suite des nouveaux sectateurs de Mahomet, les Arabes, les Perses, les Afghans, qui portaient la parole du prophète à la pointe de leurs cimeterres. [..] Ce même monument, la langue, est encore le seul qui puisse nous mettre sur la trace du chemin qu’ont suivi les gypsies pour entrer d’Asie en Europe. Sur le fond indien et persan du dialecte des races nomades, tel qu’il se parle aujourd’hui en Angleterre, en Allemagne, en Italie, sont venus se fixer, à une époque relativement récente, un grand nombre de mots slaves, grecs et roumains. La conséquence à tirer de cette immixtion est que la langue primitive et tout orientale des gypsies a ramassé çà et là quelques mots des régions qu’elle a traversées, comme le torrent se teint en courant de la couleur des terres et des racines qu’il entraîne avec lui. »

  • Première étape : Perse (Iran actuel), où leur langue a intégré des éléments persans.
  • Deuxième étape : Territoires de l'Empire byzantin, où ils ont acquis des influences grecques.
  • Troisième étape : Les gypsies venant du pays des Bulgares [ont] fait halte dans la Roumanie, après avoir traversé le Danube. De la terre des Roumains, comme d’une ruche, un assez grand nombre d’essaims voyageurs se sont répandus sur les différentes contrées de l’Europe. Les uns, tournant au nord-est, parcoururent la Russie ; d’autres se jetèrent à l’ouest, étendant leur course jusqu’à l’Espagne et jusqu’à l’Angleterre. En Valachie et en Moldavie, on retrouve encore aujourd’hui un grand nombre de zingarri. Leur nombre est estimé à deux cent mille au moins ; ce sont les restes de la grande caravane, qui, à mesure qu’elle s’avançait vers l’ouest, laissait derrière elle divers détachements.

Apparition en Europe

En 1417, ils apparurent dans la Germanie. En 1427, des hordes de prétendus bohémiens se montrèrent en France. Leur arrivée fut un événement. Ils se donnèrent comme venant de la Basse-Égypte. À les entendre, le pape, après avoir ouï leur confession, les avait condamnés pour leurs péchés à errer sept ans par le monde, « sans coucher en un lit ». On jugea toutefois à propos, vu leur état de dénuement et leur mauvaise mine, de ne point les laisser entrer dans Paris : ils furent logés, par ordre de justice, à la Chapelle-Saint-Denis. Tout le monde courut pour les voir ; presque tous avaient un ou deux anneaux d’argent à chaque oreille, « disant que c’était gentillesse en leur pays. » Les hommes étaient noirs et avaient les cheveux crêpés ; les femmes étaient encore plus noires qu’eux et avaient les cheveux droits comme la queue d’un cheval. C’étaient les plus pauvres créatures qu’on eût jamais vues en France. Sous ce manteau de pénitents, les soi-disant enfants d’Égypte obtinrent néanmoins la permission de rôder dans le royaume, et il faut croire que leur expiation n’a pas été méritoire, puisqu’aux sept années de vie errante bien d’autres ont succédé.

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Diversité Culturelle et Adaptation

Au fil des siècles, les Romanichels se sont dispersés à travers le monde, s'adaptant aux cultures locales tout en conservant leur identité propre.

Métiers Traditionnels

En Europe, les Tsiganes deviennent sujets de seigneurs féodaux. Ils sont chaudronniers, forgerons, maréchaux-ferrants, bourreliers, fabricants de clous et de ceintures, quelques-uns se mettent même à cultiver la terre. S’installant progressivement à travers le continent, ils conservent leur mode de vie originel, engagés dans des activités qui leur sont de plus en plus propres.

Musique et Danse

La musique est l’élément fédérateur des Tsiganes du monde entier, il semblerait que tous aiment jouer, danser, chanter. De leurs prouesses musicales émanent les plus gros tourments, les émois et l’aventure de leur vie. Au fil des siècles, à travers les multiples étapes de leur voyage, ils ont conservé une partie des traditions de chaque pays d’accueil. D’ailleurs, il n’existe aucun style musical propre à l’entité Tsigane. Les genres les plus connus se sont développés là où des Gitans se sont installés à demeure. Depuis leurs premières migrations vers l’Ouest, les Tsiganes venus de l’Inde ancienne n’ont cessé de contribuer à notre vie culturelle par une multitude d’aspects. En Andalousie, où leur route semblait s’achever, la danse flamenca gitane est la manifestation flagrante des pays traversés. Issue de cette rencontre entre les différents courants artistiques, il est aisé de remarquer cette manière d’être, imprégnée d’un Orient à la fois indomptable et chaleureux, profond et tribal. Leur statut était différent selon les pays. En Roumanie, les musiciens étaient esclaves alors que dans la Russie des tsars, les chanteurs étaient souvent couverts d’or. Ils sont célèbres dans toute l’Europe Orientale, où ils jouaient dans la cour du roi de Pologne mais aussi aux mariages des paysans et à la tête des régiments partant en guerre. Que ce soient les Bohémiens ou les Tsiganes d’Europe de l’Est, les Gypsies d’Andalousie, les Saperas du désert du Thar ou les Kalbelia de Pushkar, tous exercent sur les sédentaires une fascination historique.

Langue Romani

La vallée du Gange, dans le nord de l'Inde, est le berceau historique du peuple rom ou tsigane qui migra très tôt en Asie, puis en Europe comme l'atteste sa présence sur notre continent depuis le 11ème siècle. La langue appartient au groupe aryen de la branche indo-iranienne de la famille indo-européenne, mais s'est morcelée en de multiples variantes dialectales en fonction des pays et des langues où la population s'est installée. Même si le fonds commun des variantes du romani a conservé le patrimoine lexicographique des langues du nord de l'Inde, son morcellement est dû au contact des nombreuses autres langues que le romani a rencontrées durant son long parcours sur les divers continents. En fait de langue standard, on dénombre pas moins de 80 dialectes, mais aucune reconnaissance officielle à l'échelon national d'un pays n'a été entreprise même si des tentatives de standardisation ont vu le jour dans certaines régions de Roumanie et de Serbie. Des efforts ont même été réalisés pour publier dans cette langue depuis les années 30 grâce à l'existence de divers alphabets latins dont une écriture standard récemment proposée qui ne fait pas encore l'unanimité. De tous les dialectes en usage, le kalderash est le plus connu dans le monde entier. Implanté à l'origine dans l'ancienne Russie dès le 19ème siècle, il s'est répandu à travers le monde sous la forme de diverses variantes influencées essentiellement par le russe, le hongrois, le roumain et l'allemand.

Défis et Préjugés

Boucs émissaires de notre monde sédentarisé, objets de persécutions transnationales et du rejet social le plus primaire, ils poursuivent leur quête au-delà de nos bouleversements technologiques et sociaux.

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