L'histoire du berceau des rois est un sujet fascinant, empreint de symbolisme, de pouvoir et d'héritage. Des berceaux somptueux commandés pour la naissance du Roi de Rome, fils de Napoléon, aux carapaces de tortue transformées en berceaux légendaires, ces objets racontent des histoires de dynasties, d'ambitions et de traditions. Cet article explore l'histoire et l'origine de ces berceaux royaux, en mettant en lumière des exemples spécifiques et leur signification culturelle.
Naissance d'un Héritier: Le Berceau Impérial et le Roi de Rome
La naissance d'un héritier au sein d'une famille royale ou impériale est un événement d'une importance capitale. Napoléon Bonaparte, au sommet de sa puissance, cherchait à consolider sa dynastie. Après son divorce avec Joséphine, en raison de sa stérilité, il épousa Marie-Louise d'Autriche. La grossesse de Marie-Louise combla toutes les espérances et l'annonce officielle de cette grossesse se fit au château de Fontainebleau à l'automne 1810. La naissance du Roi de Rome, le 20 mars 1811 au palais des Tuileries, fut un événement considérable.
La ville de Paris offrit à l'empereur un berceau d'apparat d'une richesse inouïe. Conçu par le peintre Pierre-Paul Prud'hon à la demande du préfet de la Seine, il fut réalisé par l'orfèvre Jean-Baptiste-Claude Odiot, assisté du bronzier Pierre-Philippe Thomire et du sculpteur Victor Roguier. Près de 280 kg d'argent furent nécessaires pour sa réalisation. Le berceau, conçu comme un trône, était placé sur une estrade et sous un dais dans le Grand Salon de l'enfant, au palais des Tuileries. Ce meuble exceptionnel servit de modèle au berceau aujourd'hui conservé à Fontainebleau.
Le berceau, de forme arrondie à chaque extrémité, repose sur des pieds en X. L'ornementation du meuble est composée suivant un programme iconographique qui célèbre l'héritier du trône et l'Empire. Ainsi, sur chacun des côtés du berceau, des bas-reliefs en bronze représentent le Tibre et la Seine, références à Rome et à Paris. Le Tibre, figuré en dieu fleuve, tient les attributs signifiant les bienfaits qu'il prodigue à Rome : dans sa main gauche une rame, qui évoque la navigation, et dans sa main droite la corne d'abondance, rappelant les vertus nourricières du fleuve. À ses côtés, la louve allaite Romulus et Rémus, fondateurs de la ville. Chaque extrémité du berceau est ornée de deux cornes d'abondance encadrant, d'un côté, le génie de la force, tenant une massue, et, de l'autre, le génie de la justice, avec la balance. La tête du berceau, en forme de bouclier, est décorée de deux cercles de bronze entre lesquels s'inscrivent des guirlandes d'olivier et de laurier.
Le berceau apparaît dans un tableau de François Gérard représentant Marie-Louise et le Roi de Rome en 1812. Placée de biais, émergeant de l'obscurité, la nacelle en orme est éclairée par un jeu de lumière mettant en valeur les veines du bois et certains éléments de décoration en bronze. On voit la couronne d'étoiles, aujourd'hui disparue, qui soutenait les voilages. Marie-Louise, vêtue d'une robe de soie blanche, présente l'héritier à la nation dans un geste de soutien maternel. L'enfant a encore besoin de la main protectrice de sa mère pour se tenir debout. Il est ceint du Grand Cordon de la Légion d'honneur et tient la grenade, fruit qui symbolise l'unité de l'État en raison de ses grains admirablement rangés.
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L'éducation du Roi de Rome nécessitait toute une intendance dans laquelle la gouvernante jouait un rôle capital. Madame de Montesquiou, affectueusement surnommée Maman Quiou, en avait la charge. C'est par elle que passaient toutes les dépenses de la Maison, entre autres la commande du mobilier. Le couchage de l'enfant était sa première préoccupation, chaque résidence devant disposer d'un berceau. Elle commanda une berceolonnette et des lits en métal portatifs de conception simple, qui se rangeaient dans un étui de cuir.
On connaît plusieurs berceaux du roi de Rome dont celui qui est parti à Vienne à la demande de l’impératrice Marie-Louise en 1814 et qui avait été dessiné par Percier d’après Prud’hon et réalisé par Odiot avec des sculptures de Roguier. Ce berceau fut le berceau de la présentation et il est donc aujourd’hui à la Hofburg de Vienne. Il était un cadeau de la ville de Paris. Il provenait du palais des Tuileries et il était pour partie en vermeil. Tous ces berceaux étaient dus à Jacob-Desmalter et sont en forme de nacelle en loupe d’orme, c’est le cas du berceau qui était à Monaco et qui était aux armes de Charles de Bade et de Stéphanie Napoléon.
On trouve également un berceau inspiré de celui de la ville de Paris et qui est en vermeil et porte des médaillons latéraux représentant la Seine et le Tibre et qui sont dus au bronzier Pierre-Philippe Thomire (1751-1843). On appela sous l’Empire berceaux du roi de Rome également de grands chênes en cercle entourant un chêne plus majestueux et qui furent plantés pour la naissance du roi de Rome. Il en reste quelques uns.
Le Berceau Impérial à Monaco: Un Cadeau de Napoléon
Le berceau impérial qui était au palais princier de Monaco n’était pas une copie et venait de la famille grand-ducale de Bade. C’était un cadeau de l’empereur Napoléon Ier à la nièce de l’impératrice Joséphine qui était sa fille adoptive Stéphanie de Beauharnais devenue SAI la princesse Stéphanie Napoléon qui épousait le grand-duc héritier de Bade Charles-Frédéric qui deviendra Charles II. Il a été vendu avec les autres éléments du Musée napoléonien et adjugé à un collectionneur privé.
Tous ces berceaux étaient dus à Jacob-Desmalter et sont en forme de nacelle en loupe d’orme, c’est le cas du berceau qui était à Monaco et qui était aux armes de Charles de Bade et de Stéphanie Napoléon. Parmi les pièces qui figuraient dans le Musée napoléonien de Louis II de Monaco, les chaussons de baptême du roi de Rome qui ont été vendus avec leur vitrine aux enchères à Fontainebleau en novembre 2014 et adjugés à 64 000 €.
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La Carapace de Tortue: Berceau Légendaire d'Henri IV
L'histoire du berceau d'Henri IV est particulièrement intéressante. Au château de Pau, la carapace de tortue est l'objet emblématique des collections du Musée national. C'est autour de lui et de sa conservation dans le lieu de naissance d'Henri de Navarre que furent pensées les restaurations du château menées sous Louis-Philippe. C'est lui que des milliers de visiteurs vinrent vénérer au XIXe siècle. C’est lui qui, aujourd'hui encore, suscite curiosité, étonnement, admiration… ou amusement.
En 1561-1562, la présence d'une carapace de tortue est attestée au château de Pau dans le trésor des rois de Navarre. Deux siècles plus tard, en 1776, un ouvrage cite comme une évidence qu'une carapace de tortue conservée dans ce palais a servi de berceau au futur Henri IV. Le 14 juillet 1790, la carapace-berceau tient une place éminente lors des fêtes révolutionnaires de la Fédération. Le 1er mai 1793, une carapace de tortue est brûlée en place publique à Pau, sur ordre de représentants du comité de Salut public. En 1814, la carapace-berceau, miraculeusement préservée pendant toute la période Révolution-Empire, est solennellement remise au duc d'Angoulême qui la dépose au château de Pau. En août 1822, elle est dotée d'un décor tout symbolique de lances et drapeaux. En juin 1825, elle est promenée en procession dans les rues de la ville de Pau à l'occasion des cérémonies du couronnement du roi Charles X. C’est la dernière fois qu’elle quittera les murs du château. Entre 1845 et 1847, le décor d'une « chambre natale d'Henri IV » est recréé au deuxième étage du palais et le berceau-carapace y trouve sa place définitive.
C'est une carapace de tortue verte, de type Chelonia mydas. Ses dimensions montrent qu’il s’agit d’un spécimen adulte. On trouve ce type de tortues dans toutes les eaux sub-tropicales des océans et même en Méditerranée. Il n’est donc pas possible de déterminer sa provenance géographique exacte. On constate que les éléments d’ossature intérieure de la carapace ont été soigneusement coupés, de façon à dégager une cavité sans aspérité et que l’on a percé deux trous d’un côté.
La carapace-berceau est posée sur une table recouverte de velours d’un bleu profond semé de fleurs de lys et portant un H entouré d’une couronne de lauriers, le tout brodé avec des fils d’or. Au-dessus, le décor est composé d’un faisceau de six lances de bois doré ornées de drapeaux aux armes de France et de Navarre, surmonté d’un casque empannaché de vingt-deux plumes d’autruche et encerclé d’une couronne de lauriers et d’une écharpe de soie blanche.
Ce décor guerrier pour le berceau du futur roi fut créé au XIXe siècle seulement. L’initiative en revint à un concierge du château de Pau, Alexandre Bossu. En 1821, il prit la plume pour exposer à Thierry de Ville d’Avray, intendant du Garde Meuble de la Couronne, la nécessité de créer pour la carapace-berceau un décor digne d’un « monument aussi précieux pour tous les bons français ».
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