Introduction

L'histoire des Phéniciens, peuple de navigateurs et de commerçants de l'Antiquité, est riche et complexe. Cet article se propose d'explorer les origines de cette civilisation, son développement et son influence sur le monde méditerranéen. L'exposition "La Méditerranée des Phéniciens, de Tyr à Carthage" à l'Institut du Monde Arabe offre un aperçu fascinant de cette culture souvent méconnue, à travers une collection de près de 460 objets datant du XIIe au IVe siècle avant J.-C.

Phénicie : Notice Historique

Selon une tradition rapportée par Hérodote, le temple de Melkarth à Tyr aurait plus de quarante-six siècles d'existence. L'hégémonie des villes phéniciennes serait passée de Sidon à Tyr quinze siècles plus tard. La fondation de Cadix daterait de plus de 3 000 ans, et le règne de Hiram, associé à Salomon dans les expéditions d'Ophir, se situerait environ mille ans avant le début de l'ère vulgaire. Tyr a souvent reconnu la souveraineté d'un vainqueur approchant, mais elle n'a pas toujours acheté la paix. De 23 à 32 (ère de Nabonassar), elle a résisté aux Assyriens, et de 160 à 173 aux armées de Nabuchodonosor. Sidon a été détruite par Artaxerxès Okhis en 389, et Tyr a été prise après sept mois de siège par Alexandre en 415 de l'ère chaldéenne.

Anatolie et Syrie du Nord

Les dates relatives au premier cycle de l'histoire ancienne de ces pays sont peu nombreuses. Le peuple des Hittites apparaît il y a trente-cinq siècles dans les annales des civilisations plus anciennes. La bataille de Kadech, où cette nation balança la puissance égyptienne, aurait eu lieu 3 288 ans avant notre ère (-1383 ans avant le début de l'ère vulgaire). Les luttes des Hittites et des Assyriens se situent entre le règne d'Assurnazirpal (vers -873) et la prise de Karkhemich en l'an 143 de l'ère de Nabonassar (-604), peu d'années avant la disparition de Ninive.

Relief d'Anatolie et Remous Ethniques

Le mot grec Anatolie, synonyme du mot latin « Oriens », présente un sens vague, correct seulement pour les Grecs d'Europe. Aucune expression d'usage constant n'évoque un sens précis pour la péninsule terminale du continent comprise entre la mer de Cypre et le Pont-Euxin, car la contrée ne fut jamais « une ». Ce rectangle presque régulier de l'Asie Mineure, se prolongeant à l'ouest de l'Arménie, entre l'angle sud-oriental de la mer Noire et le golfe d'Alexandrette, semble constituer une unité géographique. Cependant, à l'étude de la structure et du relief, on reconnaît que le pays est dépourvu de cohésion, privé de tout centre naturel et divisé en régions distinctes. Les montagnes côtières et les massifs extérieurs divisent la contrée en domaines particuliers, dont aucun ne fut assez favorisé pour acquérir une suprématie durable, mais offrant assez d'éléments de force vive pour se maintenir dans une certaine autonomie de mœurs, d'usages et de vie originale.

La Cilicie, parvis des provinces de l'intérieur qu'avait à traverser la grande voie diagonale de la péninsule, se trouve séparée de l'Asie Mineure proprement dite. Elle regardait surtout vers l'île de Cypre et vers le littoral de la Syrie avec laquelle les habitants avaient leurs relations principales. Des Phéniciens fondèrent des colonies dans cette région, et la civilisation y prit un caractère essentiellement punique. Les hautes montagnes du Taurus formaient une frontière presque infranchissable, si ce n'est au défilé de la « Porte ». De même, l'amphithéâtre de la Pamphylie ne se rattachait aux autres districts de la presqu'île que par des chemins très âpres, et son rôle historique dans ses rapports avec les populations limitrophes était presque entièrement annulé. Là comme en Cilicie, vinrent s'établir des colons des îles et du littoral syrien. Quant aux langues de terre du sud-ouest de la péninsule, elles constituent un ensemble à peine différent de celui des îles voisines. Aussi étaient-elles peuplées de pirates, les Cariens.

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De l'autre côté de la péninsule Anatolienne, sur le rivage du nord, l'étroit versant désigné autrefois comme le « Pont » est limité au sud par les arêtes de ses montagnes, reliant son histoire aux autres bords de la mer Noire, jusqu'au pays des Scythes. Les marchands de Milet avaient semé de leurs comptoirs les rives du Pont-Euxin jusqu'à Trébizonde et Dioscurias d'un côté, de l'autre jusqu'à Olbia et à travers le Bosphore kimmérien jusqu'à la bouche du Tanaïs. La seule région de l'Asie Mineure qui présente un caractère d'unité géographique marqué est le grand ovale de plaines et de plateaux qui comprend le bassin supérieur de l'Halys et qui se continue au sud vers les montagnes côtières en embrassant la haute Cappadoce et la Lycaonie. Ce vaste territoire, entouré de hautes montagnes, ne peut recevoir qu'une proportion de pluies insuffisante pour de riches cultures et n'a pas d'issue naturelle vers la mer.

Au point de vue de sa forme géométrique, l'Asie Mineure a deux foyers : à l'ouest, la Phrygie, et à l'est, la Cappadoce. Ces deux « foyers » ont eu à diverses époques une grande importance économique ou politique répondant à leur heureuse situation. Quant aux dentelures extrêmes de l'Asie Mineure, découpées par les cours d'eau en péninsules secondaires et traversées de seuils, elles appartiennent à une formation géographique spéciale, la même que celle des îles de l'Archipel. Toutes les villes du versant anatolien de la mer Égée ont des noms qui résonnent à nos oreilles avec la même sonorité que ceux de la Grèce européenne, et de tout temps elles eurent une population sinon hellénique, du moins hellénisée.

Le manque d'unité politique dans les contrées riveraines des deux mers se présentait sous forme de morcellement absolu, par suite du manque de communications faciles. Lors de la constitution des grands empires assyriens, persan, macédonien, tous ces petits États secondaires en étaient quittes par le paiement d'impôts. Avant le deuxième siècle de l'ère vulgaire, l'Asie Mineure ne se trouva jamais sous une domination unique. Il semble que les deux rivages péninsulaires contrastent par leurs remous ethniques. Au sud, le mouvement de migration s'est produit surtout dans le sens de l'orient à l'occident. Au nord de la péninsule, c'est en sens contraire que se portèrent les émigrants.

L'Invention de l'Alphabet

L'un des héritages les plus importants des Phéniciens est sans aucun doute l'invention de l'alphabet. Cet alphabet, composé de vingt-deux caractères correspondant à des consonnes, a révolutionné l'écriture et a permis une diffusion plus large du savoir. L'absence de voyelles, caractéristique des langues sémitiques, n'a pas empêché cet alphabet de devenir le fondement de nombreux systèmes d'écriture modernes.

Expansion Maritime et Commerciale

Les Phéniciens étaient d'habiles navigateurs et commerçants. Leur expertise maritime leur permettait de construire des flottes de guerre en quelques semaines. Ils ont exploré la Méditerranée, fondant des colonies et établissant des comptoirs commerciaux. On dit même qu'ils ont fait le tour de l'Afrique vers la fin du VIIe siècle avant J.-C., et que Hannon a fondé la colonie de Cerne dans le golfe de Guinée. Certains avancent qu'ils sont parvenus en Bretagne et peut-être dans les îles britanniques.

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Les Phéniciens étaient également de remarquables artisans, exportant des métaux précieux, des tapis, des textiles peints ou brodés, etc. Leur influence artistique se retrouve dans toute la Méditerranée, influençant les artistes locaux à travers des bas-reliefs et des sarcophages.

Les Phéniciens étaient-ils noirs ?

Une théorie avance que les Phéniciens ou Cananéens étaient initialement noirs, avant l'arrivée de populations blanches. Canaan, la Phénicie ou Djahi, serait la première civilisation à avoir prospéré dans la vallée du Jourdain, correspondant aujourd'hui au Liban, à la Palestine, à Israël, à la Syrie et à la Jordanie. Cette théorie s'appuie sur des analyses craniométriques et génétiques. Les Natoufiens, considérés comme les Cananéens-Phéniciens primitifs, auraient migré d'Afrique du Nord ou subsaharienne. Le terme "Phénicien", d'origine grecque, signifierait "peau sombre". Des sculptures carthaginoises représentant des têtes noires ont été retrouvées dans leurs colonies. Certains textes antiques situent les origines des Phéniciens en Égypte, renforçant l'idée d'une origine africaine.

Cependant, cette théorie est contestée et ne fait pas l'unanimité parmi les historiens et les archéologues. Des études génétiques ont montré une arrivée de populations eurasiennes plus tardivement, mais cela n'exclut pas un métissage antérieur.

Religion et Cosmogonie

Les Phéniciens étaient monothéistes, professant l'existence d'un Dieu unique, d'essence masculine et féminine, ayant plusieurs formes et manifestations. Leur religion était étroitement liée à celle de l'Égypte ancienne, avec des similitudes dans la cosmogonie et les croyances.

Cadmus et la Colonisation de la Grèce

La légende de Cadmus, fondateur de Thèbes, est souvent interprétée comme un symbole de la colonisation phénicienne de la Grèce. Cadmus, venu de Phénicie, introduit l'alphabet et de nouveaux cultes en Grèce. Son nom, d'origine sémitique, signifie "l'Oriental".

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Les Phéniciens ont établi des colonies dans de nombreuses îles de la mer Égée, telles que Rhodes, Théra (Santorin), Mélos, Cythère et Syros. Ces colonies étaient souvent des comptoirs commerciaux, mais elles ont également contribué à la diffusion de la culture phénicienne en Grèce.

Théra (Santorin) et Mélos : Témoins de l'Occupation Phénicienne

Les fouilles archéologiques à Théra et à Mélos ont révélé des vestiges de l'occupation phénicienne. À Théra, les tombes de la nécropole du cap Couloumbos ont pour base la coudée phénicienne. Des scarabées phéniciens découverts à Milo témoignent également de la présence de ce peuple.

L'éruption volcanique de Théra, qui a eu lieu vers le XVe siècle avant J.-C., a eu un impact important sur la civilisation minoenne en Crète. Certains auteurs pensent que les Phéniciens ont profité de cette catastrophe pour s'établir dans l'île.

Cythère : L'Île de la Pourpre

Cythère, située au sud du Péloponnèse, était un important centre commercial pour les Phéniciens. L'île était réputée pour sa pourpre, une teinture précieuse extraite de coquillages. Le culte d'Aphrodite, associé à la mer et à la fertilité, s'est répandu dans tout le pays à partir de Cythère.

Autres Indices de la Présence Phénicienne en Grèce

Outre les colonies et les vestiges archéologiques, d'autres indices témoignent de la présence phénicienne en Grèce. Certains noms de lieux, tels que l'îlot de Cothen à côté de Cythère, sont d'origine phénicienne. Des traditions et des cultes grecs, tels que le culte de Palémon ou Mélicerte à Corinthe, pourraient également avoir des origines phéniciennes.

Thasos : L'Île aux Mines d'Or

Thasos, une île située au nord de la mer Égée, était riche en mines d'or. Les Phéniciens ont occupé l'île et ont exploité ses ressources. Selon Hérodote, ils ont construit un temple consacré à l'Hercule Thasien, représentant héroïque des colons phéniciens.

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