Introduction
L'enseignement de la langue d'oc, longtemps négligée voire combattue par l'institution scolaire, a fait l'objet de revendications et d'initiatives diverses. Au-delà de la simple revendication, il s'agissait de définir les contenus et les méthodes pédagogiques adaptés à cette langue. Cet article se penche sur une association méconnue, "Lou Prouvençau à l'Escolo", fondée par Charles Mauron et ses amis, qui a œuvré pour l'enseignement du provençal mistralien. Nous explorerons la genèse de ce mouvement et son évolution jusqu'aux années 1970, période de changements significatifs pour l'occitan.
Le Félibrige et l'École : Une Interpellation Solennelle
Dès le début de la Troisième République, le Félibrige a revendiqué une place pour la langue d'oc à l'école. Cependant, cette revendication s'est souvent limitée à des interpellations solennelles au gouvernement, sans réelle réflexion sur la mise en œuvre concrète d'un enseignement de la langue sur le terrain. Mistral et ses successeurs n'étaient ni instituteurs ni professeurs, ce qui explique en partie cette approche.
Des tentatives isolées ont existé, comme les réflexions de Bernard Sarrieu dans les Pyrénées ou l'action d'enseignants tels que Henri Mouly et les époux Séguret en Aveyron. Toutefois, ces expériences sont restées limitées face à l'inertie et à l'hostilité de l'institution scolaire, tant publique que catholique.
Les Outils Pédagogiques : Une Offre Insuffisante
Les outils pédagogiques pour l'enseignement de la langue d'oc étaient également insuffisants. Le dictionnaire de Mistral, peu accessible, ne répondait pas aux besoins de l'enseignement élémentaire. La méthode d'apprentissage du français par le provençal du frère Savinien, bien que touchant quelques centaines d'élèves, misait sur la maîtrise de l'écrit. Les grammaires produites par des félibres provençaux étaient davantage destinées à l'apprentissage individuel qu'à une utilisation collective en classe.
Malgré la présence d'instituteurs félibres, il est difficile de déterminer s'ils ont réellement intégré leurs idées félibréennes dans leur enseignement, ou s'ils se sont contentés de parler "patois" en dehors de l'école. Célestin Freinet, bien qu'attaché au "patois", n'en a pas fait une priorité de sa pédagogie.
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L'arrêté Carcopino de décembre 1941 a pu favoriser un timide enseignement de l'occitan, mais les initiatives restaient éclatées et individuelles avant la Libération.
Lou Prouvençau à l'Escolo : Une Initiative Collective
L'association "Lou Prouvençau à l'Escolo" est née d'une volonté collective, malgré les divisions entre mistraliens et occitanistes. Elle a été officiellement fondée le 4 mai à Aix, suite à un stage organisé à Marseille en septembre 1946 par l'association Lou Calèn, dirigée par le poète Jòrgi Reboul.
Reboul, militant actif pour la langue, avait le souci d'une action menée au plus près des préoccupations de la société. Les stages qu'il organisait étaient des lieux de rencontre et de formation, contrairement à l'approche du Félibrige traditionnel.
L'initiative a bénéficié du soutien de l'inspecteur d'académie des Bouches du Rhône, qui a diffusé un appel aux maîtres dans le Bulletin départemental de l'Enseignement primaire. Cet appel soulignait la nécessité de sauver la langue provençale, menacée, en l'enseignant aux enfants. Il mettait en avant la richesse du patrimoine provençal et la nécessité de ne pas laisser les universitaires étrangers s'y intéresser seuls. L'association se positionnait également en faveur de la variété culturelle, en accord avec les sensibilités dominantes dans le milieu enseignant.
Cette profession de foi était habile et cohérente, en phase avec les arguments qui allaient être repris par la loi Deixonne.
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Charles Mauron : Un Intellectuel Engagé
Charles Mauron, né en 1899, était un homme aux multiples facettes. Scientifique de formation, il s'est tourné vers les études littéraires et la critique psychanalytique. Il était également poète d'oc et partisan du provençal mistralien.
Sa qualité de notable socialiste (maire et conseiller général de Saint-Rémy) lui a permis d'avoir accès aux pages du Provençal et de se positionner comme un défenseur de la langue. C'est sur sa proposition que le Conseil général des Bouches du Rhône a créé un cours de provençal à l'école normale d'Aix, lieu des assemblées générales de l'association.
Mauron était entouré de personnalités telles que Camille Dourguin, instituteur et secrétaire de l'association, Marcelle Drutel et Marius Jouveau, vice-présidents et félibres importants, ainsi que Charles Rostaing, professeur à l'université d'Aix.
Le Bulletin et le Manuel : Des Outils Pédagogiques Concrets
L'association s'est rapidement dotée d'outils efficaces : un bulletin, diffusé gratuitement aux enseignants, et un manuel, "Lou Prouvençau à l'escolo", regroupant des textes de grands écrivains provençaux. Le manuel a connu un grand succès, avec plusieurs rééditions. L'association a également publié une collection de petits classiques provençaux et des anthologies de textes dialectaux.
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