Le berceau, meuble ancestral, a toujours occupé une place centrale dans les foyers, symbolisant l'accueil et la protection du nouveau-né. Au XIXe siècle, le berceau en bois connaît une évolution significative, tant dans sa conception que dans sa perception sociale. Cet article explore l'histoire et les caractéristiques du berceau en bois au XIXe siècle, en tenant compte des influences médicales, morales et esthétiques de l'époque.

L'imagerie populaire et le berceau

L'imagerie d'Épinal, née au XVe siècle, témoigne de la place du berceau dans l'imaginaire collectif. Ces images populaires, diffusées par des colporteurs, abordaient des sujets variés tels que la religion, l'histoire et la vie quotidienne. Les scènes de famille y étaient fréquentes, et le berceau y figurait souvent comme un élément essentiel de la chambre parentale.

Les images d'Épinal étaient initialement gravées sur bois, puis colorées au pochoir. Au XIXe siècle, l'introduction de la lithographie permit une plus grande finesse des détails et une production accrue. Ces images, destinées à un public souvent illettré, contribuaient à diffuser des représentations idéalisées de la famille et de l'enfance, où le berceau jouait un rôle central.

Le rôle du berceau : confort ou nécessité ?

Dans les représentations traditionnelles, le berceau a toujours joué un rôle d’accueil du petit enfant. Associé au bercement, il assure le bien être de l’enfant et le prépare à un sommeil réparateur, nécessaire à son repos et à celui de sa famille. Le berceau joue alors au sens propre, comme au sens figuré, un rôle essentiel de protecteur.

Pourtant, en se penchant sur les traités de soins pour les nouveau-nés et les traités d’éducation rédigés par des médecins dans la première moitié du XIXe siècle, on comprend que la place du berceau dans la cellule familiale est source de différents enjeux. La question d’employer un berceau pour faire reposer l’enfant, si elle semble évidente, n’a pas toujours répondu à une volonté d’assurer plus de confort à l’enfant. Elle correspond au contraire à une demande forte de la part des différentes autorités (médecins, théologiens, moralisateurs) de bannir la cohabitation au sein du même lit entre enfants et parents, afin de proscrire les risques d’étouffement et d’infanticide. Pour autant, faire reposer un enfant dans un berceau, nécessite de bien définir les rôles de chacun (mère, nouveau-né, nourrice, père).

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Une caricature d'Honoré Daumier, intitulée « Voilà le moment (passé minuit), où le calme et la paix règnent véritablement dans les heureux mariages », illustre cette vision du berceau comme garant du repos familial. Le bébé, confortablement installé dans son berceau, permet aux parents de trouver enfin le sommeil.

Le berceau : entre tradition et modernité

Le Dictionnaire de l’Académie Française le rappelle en 1835, une mère doit pouvoir allaiter son enfant à tout moment de la nuit, et il s’agit de la fonction principalement rappelée dans la définition du mot « berceau » : « Sorte de petit lit où l’on couche les enfants à la mamelle1. » Par ailleurs, la deuxième fonction qui est attribuée à ce petit meuble tient bien entendu au fait (comme on peut le voir notamment sur la caricature de Daumier), qu’il est « porté sur deux pieds arrondis en forme de croissant, de manière qu’on peut le balancer aisément2. » Irrémédiablement, le bercement apparaît d’une aide indispensable pour assurer un sommeil tranquille à l’enfant.

Au-delà de la question matérielle (positionnement du berceau, forme, structure, composition…), son usage implique aussi de définir son rôle et son utilité. L’idée d’employer un berceau pour faire reposer l’enfant, si elle semble évidente, n’a pas toujours répondu à une volonté d’assurer plus de confort à l’enfant. Elle correspond au contraire, à une demande forte de la part des différentes autorités (médecins, théologiens, moralisateurs) de proscrire la cohabitation au sein du même lit entre enfants et parents. Les risques d’étouffement sont bien connus, mais au début du xixe siècle, ils occupent encore une très grande place, notamment dans les traités d’éducation. Dans l’esprit des érudits qui s’intéressent à la question, la présence des berceaux dans les foyers n’est jamais remise en cause, ignorant ainsi toutes les contraintes matérielles pour les ménages d’avoir la capacité financière d’en posséder un. Dans les familles les plus pauvres, le berceau, même rudimentaire est un luxe ignoré, et le petit enfant n’a d’autre lit que celui de ses parents3. Souvent, il n’existe qu’une couchette, donc tout le monde partage la même chaleur, les mêmes puces et les mêmes épanchements.

L'éducation à l'usage du berceau : un enjeu médical et moral

L’objectif de cet article est tout autre, puisqu’il ne s’agit pas de traiter l’aspect matériel du berceau, mais bien de cerner cette « éducation à l’usage du berceau » dont on trouve l’écho dans des traités d’éducation et de conseils aux familles, souvent rédigés par des médecins. Ces derniers ont démontré un intérêt très vif - et qui n’a pas été étudié par les historiens - pour la place du berceau dans les intérieurs français du premier xixe siècle, même s’il faut noter qu’à la fin du siècle des Lumières, la question de l’allaitement et de l’utilisation raisonnée d’un berceau avait gagné les esprits. Sages-femmes et médecins accoucheurs s’étaient arrogé le privilège de définir les soins à apporter aux nouveau-nés, pour leur propre sécurité, mais aussi dans le but de construire une relation mère-enfant pleine de respect et préparatrice à une éducation élémentaire. C’est dans ce contexte particulier qu’ont été rédigés les traités de Jean-Charles Desessartz6, et d’Angélique Marguerite Le Boursier du Coudray7, qui connurent un vif succès, et qui ne se démentira pas puisqu’ils seront réédités encore dans la première moitié du xixe siècle. Et c’est bien cette époque qui nous intéressera, puisqu’aux rééditions de ces auteurs que nous venons de citer viennent s’jouter d’autres plaidoyers de médecins comme Alfred Donné8 ou Claude Martin Gardien9. Cette période marque irrémédiablement l’affirmation d’une préoccupation pour le bien-être des nouveau-nés et leur accueil dans les foyers, à un moment où la valorisation de la maternité s’amplifie10, même si l’on peut remarquer qu’elle est plus vive pour les familles des classes moyenne et haute de la société. Il semble indéniable que le berceau ait été répandu dans leurs intérieurs, surtout quand l’arrivée d’un nouveau-né nécessite l’emploi d’une nourrice. Cette dernière s’en occupera particulièrement la nuit et elle le trouvera endormi dans son berceau. Dans tous les traités d’éducation et de soin à apporter aux jeunes enfants consultés, il est fait état de la présence d’un berceau.

Le berceau : un rempart contre l'infanticide et l'étouffement

Au-delà même de la question du confort de l’enfant, la nécessité de généraliser la présence du berceau dans les foyers français du début du xixe siècle, répond avant tout à la nécessité de préserver la sécurité du nouveau-né, voire d’assurer sa survie. Le berceau permettait de dissiper toute inquiétude quant aux risques d’infanticides, qui étaient souvent dénoncés par certains ecclésiastiques et médecins à la fin de l’époque moderne. Il était très déconseillé, voire interdit aux mères et aux nourrices, de coucher un bébé dans leur lit, de peur de le retrouver étouffé le lendemain matin. L’insistance avec laquelle les autorités civiles et ecclésiastiques rappellent cette interdiction depuis l’Ancien Régime tendrait à prouver qu’il s’agit d’une habitude très enracinée, en dépit des risques évidents qu’elle fait courir aux nourrissons.

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Angélique-Marguerite Le Boursier du Coudray, célèbre sage-femme qui s’était engagée dans un tour de France obstétrical durant 25 ans, s’intéresse aussi dans son célèbre Abrégé de l’Art des accouchements, à la question du partage du lit entre la mère et l’enfant, ou plus particulièrement de la cohabitation entre nourrice et nouveau-né. Avant un an, il n’est pas question d’envisager cette situation. L’expérimentée sage-femme détaille avec minutie les risques encourus.

La nourrice et le berceau : une relation complexe

Mais avant de voir comment cette question a été traitée dans notre corpus, il faut rappeler que si les parents sont particulièrement visés par ces différentes interdictions, ce sont surtout les nourrices qui sont au cœur des réserves des médecins et moralisateurs. Si l’omniprésence de la nourrice dans leurs écrits peut nous étonner, en fait il n’en est rien. Comme nous le montre Marie-France Morel, cette mise à distance de l’enfant, par l’emploi d’une nourrice, n’est pas signe de désamour de la mère pour sa progéniture. S’il peut s’agir d’une pratique déroutante, il faut aussi la replacer dans les mentalités de l’époque. La mise en nourrice, telle qu’elle se pratique dans les grandes villes françaises des xviiie et xixe siècles (qui ne représentent que 10 à 15 % de la population), consiste à envoyer à la campagne, pour y être allaité et élevé, un nouveau-né qu’on ne reverra pas avant un ou deux ans18. Cette pratique est justifiée, soit par les occupations mondaines de la mère dans les milieux favorisés, soit par la nécessité de son travail dans les milieux populaires.

Dès lors, les médecins qui adressent des conseils aux familles pour bien élever leurs enfants, insistent particulièrement sur la redéfinition des rôles et des fonctions de la nourrice. Ces dernières ne doivent plus suivre des pratiques séculaires et ignorantes, et sont pressées d’acquérir des méthodes répondant plus au besoin de l’enfant.

Évolution du berceau au XIXe siècle

Au XIXème siècle, on conçoit des berceaux suspendus, plus particulièrement dans les maisons les plus riches, doté d’un pilier en col de cygne permettant de fixer un tissu léger protégeant l’enfant des moustiques.

Au début du 19ᵉ siècle, certains berceaux de style Restauration étaient dotés de mécanismes de balancement automatique. Cependant, ces mécanismes, bien qu’innovants, n’étaient pas toujours silencieux.

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Dans les foyers les plus populaires, le berceau désigne bien souvent une caisse ou d’une auge en bois léger destiné à être placé sur un autre meuble plus en hauteur afin de protéger l’enfant du froid et des animaux. Très populaire, le berceau à patins incurvés permet à la mère de bercer l’enfant grâce à un mouvement de main ou au pied.

Si les foyers les plus riches élevèrent les berceaux au fil des années en les faisant élaborer par les ébénistes, les plus pauvres conservent la tradition de concevoir eux-mêmes le berceau en évidant la moitié d’un tronc ou en utilisant un demi-tonnelet garni de tissus.

Le berceau : symbole d'une époque

Dans la foulée au XIXᵉ siècle, pour définitivement bannir la cohabitation au sein du même lit entre parents et enfants propice aux risques d’étouffement des nouveau-nés, les berceaux vont investir progressivement tous les foyers. Louis-Philippe Iᵉʳ fut le dernier Roi des Français. Son règne appelée la « Monarchie de Juillet » prit place entre 1830 et 1848, au cœur d’un XIXᵉ siècle particulièrement mouvementé. Cette période sera caractérisée par l’enrichissement rapide de la bourgeoisie manufacturière et financière, au détriment des classes ouvrières maintenues dans une extrême misère.

Les petits plaisirs et missions du quotidien trouvent aussi leur mobilier dédié : commode-toilette, coiffeuse, barbière, table tricoteuse, table de nuit ou de salon, console d’appui, guéridon, meubles à écrire, bureau plat ou de ministre, et bibliothèque font leur apparition. Les bois chauds et sombres sont à la mode.

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