Introduction

Cet article explore l'histoire et l'atmosphère du Pays de Retz, en s'appuyant sur des souvenirs personnels et des descriptions pittoresques. À travers les yeux de Marcel Elder, nous découvrons un paysage riche en émotions et en histoire, où le passé et le présent se confondent.

Un Paysage de Souvenirs

Une route serpente à travers le Pays de Retz, reliant Pornic à Bourgneuf-en-Retz. Cette route, bordée de clochers et de chapelles, offre des vues imprenables sur l'océan. Pour l'auteur, cette route est bien plus qu'un simple chemin; c'est un voyage dans sa jeunesse, un lieu où ses souvenirs sont éparpillés comme la lumière. Cette carte du cœur, rarement dépliée, est trop intime pour être oubliée.

La Carte du Cœur

Contrairement à une géographie savante, la carte du Pays de Retz est humble, tremblante, à la manière des levées anciennes. Elle est peuplée d'images parlantes, d'un enfant, d'un adolescent, d'un homme - l'auteur lui-même. Le pays se révèle comme une histoire lente, sans souci des frontières. La mer est animée de petits bateaux et de poissons, la rivière de baigneurs, et sous bois, un chasseur se cache tandis que derrière une haie, des amoureux s'enlacent. La maison, l'église, le chêne se confondent avec les personnages, leurs soupirs, leurs rires et leurs larmes. Tout se trouble, tout se meut, mêlant la chair à la terre.

Les Ancêtres et la Terre

L'auteur se découvre, année après année, sous le voile d'une personnalité fallacieuse, avec ses ancêtres. Tout ce qui n'est pas eux est poussière, la poussière de ce sol qui lui a permis de se dresser. Ce pays, immense dans son cœur, est pourtant un atome, une région qu'un œil embrasse, à la mesure de ses sentiments.

Le Chambaraud: Un Lieu de Transition

Un peu au-delà de la Bernerie, au lieu-dit le Chambaraud, se trouve une vigne, un cellier, héritage d'un ancien voilier. Cet homme, dont le visage ressemblait à un soleil couchant sur la neige, aimait le vin blanc. Il finit sa vie dans le faste d'un petit bourgeois glorieux, ajoutant le yachting et l'auto à sa propriété. Il trônait dans les auberges, « toujours le verre en main », comme les maréchaux de France brandissant leur bâton de commandement. Sa dépouille fut convoyée par la marine à voile du port de Nantes, qui l'avait enrichi, et ses neveux monnayèrent l'héritage.

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Deux Faces d'une Contrée

Le Chambaraud marque la charnière entre les deux faces du Pays de Retz. Au nord, le paysage s'inspire des campagnes courantes, avec des moulins à vent. Au sud, le marais naît aux dernières ondulations des vignes et se perd dans les brumes tendres. Les bourgs y marquent des îlots balisés par un clocher, les fermes des traits roses, et les mulons de sel des points blancs. Là, dans les sables, commence la Vendée rase, toute en eau et en ciel.

Les Limites Imprécises

Les limites du Pays de Retz sont difficiles à définir. L'auteur prend conseil de ses souvenirs, non des archives, car ce qui importe est la couleur du ciel, l'odeur du vent de mer, sa trace, non une frontière.

Vannes: Les Souvenirs d'un Collège Jésuite

Les vacances d'antan ramenaient l'auteur à Vannes, dans le vieux collège des Pères Jésuites. Monseigneur présidait la distribution solennelle des prix, et l'orchestre jouait l'ouverture du Calife de Bagdad. Deux adolescents chantaient le duo de Mendelssohn: « D'un cœur qui t'aime, Seigneur, qui peut troubler la paix ». Les élus, sanglés dans leur veste à boutons de cuivre, fléchissaient le genou devant Monseigneur. L'air était empli de sourires et de fiertés.

Ne Pas Détruire la Féerie

L'auteur ne souhaite pas retourner à Vannes, de peur de confronter le souvenir et la réalité. Chaque âge a sa féerie qu'il ne faut point détruire. Son Vannes, son collège, celui de ses treize ans, est un mensonge bâti de toutes pièces, une œuvre d'art qui soumet la réalité aux doigts déformants de l'imagination. Il sent l'aigreur du cidre vert dans les ruelles, l'odeur blanche du parloir de Saint-François-Xavier.

Une Vie Extérieure Large et Guindée

Au fond du parc, une Vierge bleue rayonnait parmi les rocailles et les fleurs. Les allées réservaient la surprise d'une image de saint. À droite, les serres abritaient les chenilles du maître de sciences. À gauche, les membres de la Congrégation donnaient leur fête aux lampions. Le parfum crémeux des acacias se mêlait à la fadeur des cierges, aux voix insexuées d'une jeunesse livrée aux appels de Dieu et aux soupirs de la nuit. M. Clément, avec son à-propos psychologique, déchaînait les cuivres de la musique militaire.

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Les « Cœurs Sucrés » et le Vin de Sarzeau

Les enfants de chœur, les « cœurs sucrés », avaient le privilège de déguster un verre de vin de Sarzeau avant l'office, un vin doré qui mettait l'esprit debout et la langue souple. L'organiste, un gros Saxon, relevait ses manches au-dessus des claviers. Un vieux sourd à la flûte partait parfois avant son tour. La garnison suivait les grand-messes en musique, et un capitaine d'artillerie chantait Minuit, chrétiens au retour de Noël. Ces solennités, les séances récréatives, les représentations théâtrales, les fêtes des jeux, le séjour à la villa de Penboc'h, les sorties en fanfare, les promenades sur mer, contribuaient à entretenir une atmosphère mondaine au collège.

L'Art de Caresser les Penchants

Les grands noms d'une noblesse flétrie puisaient dans cette gestion flatteuse de leurs illusions l'encouragement à serrer les liens traditionnels autour de leurs préjugés. Les éperons sonnaient sur les dalles au nom d'Henri V. On ne discutait pas le trône. Les maîtres n'avaient pas pour méthode de traverser les penchants de leurs élèves, mais de les caresser. Ils possédaient l'habileté dangereuse d'investir leurs faiblesses et de donner du champ à leurs ardeurs. Tout le prix de l'éducation tenait dans l'attachement spontané. Sur la plaie d'une punition publique, ils étendaient le vin et le miel de l'indulgence secrète.

Les Exécutions de Parade

Les exécutions de parade avaient lieu à l'étude du matin. Le Père Préfet paraissait corpulent, rougeaud, terrible, suivi du frère Lemeur armé d'un fouet. La victime sortait sans résistance. Lemeur, un Breton râblé, troussait le patient d'un bras et frappait de l'autre. On apprenait au moins à mépriser la douleur sous les regards.

La Découverte du Goût pour les Lettres

À Vannes, le goût de l'auteur pour les lettres fut découvert et encouragé. Il trouva une muse en la personne d'un jésuite qui composait des poèmes et des articles de propagande. Victor Hugo était sa bête noire, et il avait composé une étude pour écraser le poète sous le génie de Louis Veuillot. L'auteur chantait la source, les bois, les éphémères, et la pyramide de Chéops sous sa direction. Ses succès en composition française firent des envieux.

Hors de Toute Mystique

Bien qu'il ait eu le privilège de répondre la messe le matin dans les chapelles froides, l'auteur ne perçut jamais le souffle du mystère. Les nourritures célestes ne profitaient point à un esprit inondé par les humbles clartés humaines et suralimenté par la provende des sens. La Bretagne, à elle seule, n'était-elle point une féerie sans cesse renouvelée pour des yeux avides ?

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Les Promenades et les Amitiés de Collège

Les promenades par trois, au gré de cet instinct léger et charnel qui noue les amitiés de collège, menaient à travers les landes, les bois, les étangs pensifs, et les toits de chaume.

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