Il est fréquent que les jeunes parents soient confrontés à des difficultés lors de l'alimentation de leur bébé, que ce soit au sein ou au biberon. Un bébé qui boit mal peut rapidement devenir une source de désespoir pour sa mère. Il arrive souvent que l'enfant soit agité et gêné pendant ou après les prises de lait. Au début, pendant le séjour en maternité, les choses se passaient plutôt bien, le bébé apprenant assez vite à téter le sein maternel ou à boire le biberon. Il était calme en buvant et dormait ensuite tout aussi calmement. Mais de retour à la maison, les choses peuvent commencer à se dégrader. Cet article explore les causes potentielles de ce comportement, en particulier lorsque le bébé se jette en arrière pendant le biberon, et propose des solutions pratiques pour aider les parents à gérer cette situation délicate.
Comprendre le Comportement de Refus du Biberon
Un bébé qui refuse le biberon peut manifester différents comportements :
- L’enfant chipote, s’arrête de boire, puis reprend, puis s’arrête à nouveau. Parfois tout semble revenir à la normale, mais le phénomène reprendra bientôt à la tétée ou au biberon suivants.
- À un stade supérieur, l’enfant qui a faim, prend volontiers quelques gorgées de lait, mais s’arrête brusquement, lâche la tétine, se jette en arrière, devient tout rouge en hurlant de douleur et frustration.
- Dans tous les cas, l’enfant boit chaque fois une quantité de lait moindre par rapport à ses besoins; et du coup il réclamera plus souvent.
- Quant au sommeil, il est souvent perturbé par des geignements ou des pleurs brutaux.
- Finalement, quand l’enfant pleure, on ne sait plus très bien s’il a faim ou s’il a mal. On lui donne à boire pour voir; et là, déception, l’enfant tétouille mais boit peu en continuant à s’agiter.
La mère très vite n’en peut plus ! Entre la déception, l’angoisse, la fatigue, la culpabilisation de ne pas savoir s’y prendre, c’est vite la grosse déprime. Et si se surajoutent les réflexions de la famille ou des copines telles que: « ton lait n’est pas assez riche » ou « pour le mien les coliques ont duré 2 mois » le soutien est très relatif et l’optimisme en berne.
Causes Médicales Possibles
Reflux Gastro-Œsophagien (RGO)
Le RGO est une cause fréquente de pleurs et d'inconfort chez les nourrissons. Il désigne la remontée d’une partie du contenu de l’estomac dans l’œsophage (dont la muqueuse n’est pas conçue pour être en contact avec des remontées gastriques), et ce de manière involontaire. Chez les petits, le dernier muscle rond situé à la jonction entre l’œsophage et l’estomac (le cardia) n’est pas toujours suffisamment développé pour se contracter efficacement et maintenir le contenu à l’intérieur de l’estomac.
- Œsophagite: Dans les cas sévères, le RGO peut entraîner une œsophagite, une inflammation de l'œsophage due à la remontée acide des sécrétions lactées et gastriques de l'estomac. Ce tuyau, l’œsophage, étant rendu sensible par cette acidité, le lait qui y descend, quand l’enfant boit, ou qui remonte, quand l’enfant est allongé, déclenche douleur et agitation.
Symptômes du RGO :
- Cris suraigus ou pleurs violents avec bébé arqué en arrière.
- Troubles de l’alimentation : refus du sein ou au contraire bébé au sein en continu (le lait apaise la douleur), cris en cours d’alimentation (au sein ou au biberon).
- Stagnation ou perte de poids selon la courbe de bébé (mais ce n’est pas toujours le cas !). Ceci est un signe d’alerte quel que soit ce qui se passe pour votre bébé : une stagnation de poids chez un bébé équivaut à une perte de poids chez l’adulte. Pour les bébés qui s’alimentent très goulument afin de s’apaiser, la courbe de poids est bonne, voire au-dessus de sa courbe malgré le RGO. Cela peut retarder le diagnostic.
- Toux et troubles ORL. Le reflux sensibilise les muqueuses du fait de l’acidité : cela engendre alors des bébés souvent enrhumés.
- Beaucoup de rots / gaz / constipation. La constipation demande un effort de poussée ; l’effort de poussée fait contracter les abdominaux qui ne sont pas fixés avant l’âge de 6 ou 7 ans ; cet effort majore les reflux.
- Bébé qui ne se calme pas dans les bras du parent. Attention : cela peut aussi être un signe d’un bébé en manque de sommeil (pleurs de décharge).
Solutions pour le RGO :
- Consultation pédiatrique: Il est impératif de consulter un pédiatre pour un diagnostic précis et un plan de traitement.
- Médicaments: Le médecin peut prescrire des antisécrétoires tels que le Mopral® ou l’Inexium® pour contrer l’acidité. La durée du traitement sera d’au moins 15 jours. Mais très souvent le traitement devra être prolongé pendant plusieurs semaines.
- Positionnement: La position sur le dos favorise les reflux liquidiens acides. Avant de prolonger un traitement médicamenteux, il faut donc faire l’essai de la position latérale, à droite juste après la prise de lait, puis à gauche. Avec un cale-bébé adapté posé par sécurité sur un matelas « respirant ».
- Gaviscon: Le Gaviscon est le pansement gastrique utilisé en premier soutien. Avec son effet mécanique, il vient agir comme un pansement sur la brûlure de l’œsophage et l’acidité de l’estomac, et surtout forme une nappe au-dessus du bol alimentaire pour éviter les remontées (ce que les études sur le sujet nomment “l’effet radeau”). Attention : dans la notice du Gaviscon, il est conseillé de l’ingérer après le repas. Pourtant, il a été prouvé par de nombreuses études que ce médicament est à administrer AVANT chaque prise alimentaire.
- Polysilane: Pour les bébés qui refusent complètement le Gaviscon, le Polysilane est un petit gel qui a surtout un effet pansement. Administrez la quantité d’une noisette avant les repas, appliquée sur la tétine (d’un biberon), sur le doigt ou sur le sein. Le Polysilane est souvent utilisé pour traiter les gastralgies.
- Inhibiteurs de la pompe à protons (IPP): En dernière intention ou en cas de grande urgence, il existe aussi des inhibiteurs de la pompe à protons : il s’agit de l’Inexium et du Mopral. Ceux-ci sont des antiacides et n’ont donc aucun effet sur les remontées du contenu de l’estomac. Ils se présentent sous forme de granules gastro protégées (à ne pas écraser). Les IPP sont vraiment destinés aux cas de RGO très compliqués.
Allergie aux Protéines de Lait de Vache (APLV)
Une allergie ou une intolérance aux protéines de lait de vache peut également provoquer des pleurs et un rejet du biberon. Au cas où le traitement serait peu efficace, une recherche d’allergie aux protéines du lait de vache(APLV) doit être envisagée.
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Freins Buccaux Restrictifs
Montrer votre bébé à une personne très bien formée en détection des freins restrictifs permettra d’éliminer l’une des causes possibles des symptômes que vous observez. Il faut différencier les freins de langue, de joue et de lèvre ; il y a également des freins antérieurs et des freins postérieurs. Les deux freins qui posent le plus souvent problème sont celui sous la langue et celui sous la lèvre supérieure. Certains sont très faciles à repérer : par exemple, quand bébé essaie de tirer la langue, n’y parvient pas, et que sa langue prend la forme très reconnaissable d’un cœur. Les freins trop restrictifs entraînent donc évidemment des difficultés alimentaires : douleurs au sein, rejet de certains types de tétine, prise de biberon longue, succion au sein ne permettant pas une bonne stimulation du sein.
Causes Liées à l'Alimentation
Réflexe d’Éjection Fort (REF)
Un certain nombre de mamans semble souffrir de ce problème. Elles ont un reflexe d’éjection fort (REF) ce qui signifie que le lait sort très fort du sein et incommode votre bébé. Pour faire face à ce débit intense, votre bébé peut se retirer du sein (et parfois on voit alors le lait jaillir), ou bien il s’étrangle, déglutit bruyamment, s’agite au moment du réflexe d’éjection…mais parfois on ne voit aucun de ses signes. Ce problème de REF peut être associé à un trop de lait qui a pour conséquence un déséquilibre entre le lait de début de tétée (plus aqueux, riche en lactose, et irritant s’il n’est pas associé au reste de la tétée) et le lait de fin de tétée qui est plus riche en graisse. Ce déséquilibre peut aussi provoquer des coliques et donner des selles vertes explosives. Le REF est souvent associé à une forte prise de poids du bébé, alors que le bébé peut sembler sans cesse affamé.
Solutions :
- Allaiter en utilisant les positions qui vont à l’encontre de la gravité (pour limiter le REF) : Allongés, ventre contre ventre (sur le côté, ou bien maman sur le dos et bébé au dessus d’elle). Ou bien bébé porté droit dans l’écharpe, ou bien bébé assis qui tète le buste droit…
- Pour rétablir l’équilibre entre lait de début de tétée et lait de fin de tétée, vous pouvez exprimer un peu de lait (ou beaucoup selon votre lactation) juste avant de donner le sein. On se rend vite compte si c’est un lait aqueux ou au contraire « riche ». Cette situation est temporaire, le temps que la lactation s’ajuste aux besoins du bébé. Vous pouvez également enlever votre bébé du sein juste au moment où il a amorcé le réflexe d’éjection et laisser couler votre lait sur une serviette éponge que vous aurez gardée à proximité.
- Une autre proposition souvent très efficace est de proposer le même sein au cours d’une même tétée, voir même sur plusieurs tétées d’affilée, si la production de lait est vraiment importante. En parallèle, il faut veiller à ce que l’autre sein ne s’engorge pas (pour ce faire, on peut par exemple, tirer un peu du surplus de lait). Certaines mamans souffrant d’une importante hyperlactation vont même jusqu’à proposer le même sein sur toute la journée (en veillant à ce que l’autre sein ne s’engorge pas). Dans ce cas il est recommandé d’y aller progressivement : 1 seul sein pour une tétée, puis 1 seul sein pour 2 tétées consécutives et si pas d’amélioration poursuivre…faire pas à pas sur plusieurs jours. Heureusement cette situation est souvent temporaire et le couple maman/bébé finit par retrouver des tétées paisibles.
- L’éviction des protéines de lait de vache (PLV) semble aussi très efficace pour supprimer le REF et retrouver des tétées paisibles. Vous ne serez pas carencée en calcium, malgré la suppression de tous les produits laitiers, si d’autre part, vous avez une alimentation équilibrée. Il faut souvent attendre entre 10 et 15 jours pour constater les effets positifs de l’éviction sur le REF (d’une manière générale, il faut jusqu’à 3 semaines pour éliminer toutes traces de PLV dans le corps…).
Débit de la Tétine Inadapté
Une tétine avec un débit trop lent fatigue le bébé. Une tétine avec un débit trop rapide le « noie ». Il est important de vérifier la taille de la tétine et de s'assurer qu'elle correspond à l'âge et aux besoins de votre bébé. Le débit est trop lent : Le bébé doit téter très fort, se fatigue, s’énerve et abandonne avant d’être rassasié. Le test : retournez le biberon, le lait doit couler en un goutte-à-goutte rapide et continu. Le débit est trop rapide : Le bébé « boit la tasse », s’étouffe, avale beaucoup d’air et est obligé de se retirer.
Réflexe Gastro-Colique Exagéré
L’agitation pendant les biberons peut être due à un réflexe gastro-colique exagéré, d’autant plus que votre bébé semble glouton. Il s’agit d’une accélération du péristaltisme intestinal (mouvements de la paroi) en particulier au niveau du côlon, après le remplissage de l’estomac. Ce réflexe, chez certains enfants, peut être exagéré et devenir douloureux, surtout si l’enfant est glouton, et s’il avale beaucoup d’air en buvant son lait, sans faire de pauses ni de rots.
Mauvaise Préparation du Lait
Je vous invite à prêter une attention particulière à la reconstitution du lait : mettez d’abord l’eau, puis ajoutez la poudre. Pour un biberon de 120 ml, mettez 120 ml d’eau + 4 mesurettes de poudre, même si vous dépassez les 150 ml en volume final. Les grosses prises de lait très étalées dans la journée ne sont pas une solution pour que bébé boive moins durant la nuit, au contraire ! Je vous encourage à garder à l’esprit que plus bébé est petit, plus petite est sa capacité de stockage, donc plus il est préférable de le nourrir souvent et en petite quantité.
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Facteurs Environnementaux et Comportementaux
Position Inconfortable
Lorsqu’il prend un biberon, un bébé peut se tortiller ou pleurer pour plusieurs raisons. Parmi celles-ci, il y a le fait que la position dans laquelle on lui donne son lait n’est pas optimale : « Souvent, les parents ne donnent pas le biberon correctement. Bébé est allongé dans leur bras alors qu’il est préférable de le mettre assis et d’incliner le biberon à l’horizontal pour avoir du lait dans la tétine » précise Célia Levavasseur, pédiatre et auteure du livre « Bébé est là !
Positions recommandées :
- Position semi-verticale : Asseyez-vous avec le bébé en position semi-assise sur vos genoux, soutenant sa tête et son dos.
- Position inclinée : Utilisez un oreiller ou un coussin pour incliner légèrement le bébé lorsqu’il est allongé sur votre genou ou dans un transat.
- Position de bercement : Tenez le bébé dans vos bras et bercez-le doucement d’un côté à l’autre.
- Changement de bras : Si vous tenez déjà le bébé dans un bras, essayez de le changer de bras.
Fatigue ou Stress
Un bébé fatigué ou stressé peut avoir du mal à prendre son biberon. Assurez-vous que ses quotas de sommeil soient suffisants en fonction de son âge.
Distraction
Vers 3 ou 4 mois, le monde devient fascinant ! Le bébé préfère regarder ce qui se passe autour de lui plutôt que de se concentrer sur son repas. C’est une phase normale.
Besoin de Faire un Rot
Un rot coincé est très inconfortable et donne une fausse sensation de satiété. Pensez à faire une pause au milieu du biberon pour aider votre bébé régurgite à évacuer l’air.
Solutions et Conseils Pratiques
Observer Attentivement Bébé
Il est nécessaire de bien observer votre bébé afin d’identifier la cause de ses pleurs pendant le biberon. Écoutez attentivement les signaux de votre bébé pour comprendre ses besoins et ses inconforts.
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Réguler l’Alimentation
En attendant vos rendez-vous, je vous invite à réguler l’alimentation de votre enfant avec des prises alimentaires régulières plus petites toutes les 2 à 3 heures.
Verticaliser Après le Biberon
Derrière chaque temps d’alimentation, au biberon comme au sein, verticalisez votre enfant minimum 20 à 30 minutes. C’est sportif, mais cela va vraiment changer la vie de votre bébé ! Évitez par ailleurs le transat et/ou toutes les positions entraînant des compressions abdominales.
Maximiser et Autonomiser le Sommeil
En parallèle, je vous encourage vivement à maximiser et autonomiser le sommeil de votre bébé. Assurez-vous que ses quotas de sommeil soient suffisants en fonction de son âge.
Massage Doux
Un massage peut parfois aider à soulager bébé. Trouvez une position confortable pour vous et votre enfant. Vous pouvez le tenir contre votre poitrine ou le placer sur une surface douce, telle qu’un tapis de jeu ou une table à langer. Si votre bébé pleure pendant le biberon, il peut y avoir des zones de tension ou d’inconfort spécifiques. Vous pouvez masser délicatement ces zones pour soulager l’inconfort. Prenez le temps de calmer votre bout de chou en utilisant des techniques apaisantes telles que le fait de le bercer doucement, de lui parler doucement ou de lui donner des petites caresses. Le bercement a un effet apaisant sur le système nerveux du bébé, aidant à réduire le stress et l’anxiété. Bercer bébé peut par ailleurs aider à soulager les gaz emprisonnés dans son estomac.
Créer un Environnement Calme
Dans un premier temps, Il faudra tenter de câliner bébé et de le rassurer dans un endroit calme.
Ne Pas Forcer Bébé à Manger
Non, jamais. Forcer un bébé à manger est totalement contre-productif. Cela peut créer une aversion pour le biberon et perturber sa capacité à reconnaître ses propres signaux de faim et de satiété. Un bébé sait quelle quantité il lui faut.
Quand Consulter un Professionnel de Santé ?
Si les pleurs et le rejet du biberon persistent, ou si vous observez des symptômes inquiétants tels qu'une stagnation de poids, des régurgitations importantes, ou des troubles respiratoires, il est essentiel de consulter un pédiatre. Au moindre doute, il est préférable de demander conseil à un professionnel de santé, car parfois on pense bien faire, mais ce n’est pas le cas.
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