Les morsures entre enfants, un sujet récurrent dans les milieux collectifs, notamment entre 6 mois et 2 ans, laissent souvent les adultes, parents et professionnels, perplexes. Il est crucial de comprendre pourquoi un enfant mord et comment accompagner au mieux ces enfants.
Comprendre les Raisons Derrière les Morsures
Il est essentiel de comprendre que ni la morsure, ni les griffures, ni les coups ne sont des actes de violence ou de méchanceté. Un jeune enfant n’a pas l’intention ni la compréhension de faire mal à l’autre. Ces manifestations peuvent avoir différentes origines.
Expression d'une Pulsion ou d'une Émotion
Ces conduites peuvent être la manifestation d’une pulsion, d’une excitation positive comme négative. Cela peut être une manière pour l’enfant de se décharger d’une frustration, mais aussi de communiquer avec un autre enfant.
La Bouche : Un Outil de Découverte
La bouche est pour l’enfant un organe de découverte du monde qui l’entoure, un peu comme une troisième main. Si la morsure est aussi récurrente, c’est en partie pour cette raison.
Immaturité du Contrôle des Pulsions
Un jeune enfant n’est pas encore en capacité d’inhiber ses pulsions, ni ses émotions, et encore moins de les raisonner. Certaines parties de son cerveau ne sont pas assez matures pour cela, notamment la partie frontale. Il est important de noter qu’un cerveau n’est pas pleinement mature avant l’âge de 25 ans.
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Moyen d'Expression
Plus la parole va se développer, moins l’enfant aura besoin de mordre pour s’exprimer ou entrer en communication. En cas de grande frustration, l’enfant s’exprime avec l’outil qu’il maîtrise le plus : son corps. Bien souvent, quand il est empreint à une émotion forte, il sollicite spontanément sa main, sa bouche ou son pied, et non de la parole comme on pourrait l’espérer.
Besoin d'Attention
De nombreux comportements « inadaptés » du jeune enfant en section, comme à la maison, sont le résultat d’un manque d’attention ou de contenance de la part de l’adulte. C’est en partie pour cette raison qu’un enfant se comporte souvent différemment quand un adulte lui accorde toute son attention, à l’occasion d’une observation soutenue et individualisée.
Phase Temporaire
Cette phase de « morsures » est temporaire. Elle peut durer quelques jours comme quelques mois. Celle-ci dépend de nombreux facteurs, dont le développement de l’enfant, sa vie à la maison mais aussi et surtout, de votre propre manière d’accompagner l’enfant et le groupe durant la journée. La collectivité peut être une source de stress importante pour les très jeunes enfants, d’autant plus s’ils sont nombreux à se déplacer dans un même espace et si les professionnels sont eux-mêmes stressés.
Poussées Dentaires
Entre 3 et 12 mois, un bébé peut mordre en raison des poussées dentaires. Le fait de mordre ou d’exercer de la pression sur ses gencives peut soulager l'inconfort qu’il ressent. Un anneau de dentition peut être utile pour apaiser la douleur.
Affirmation de la Personnalité
En grandissant, l’enfant commence à affirmer sa personnalité, à connaître ses qualités, ses défauts et à tester son entourage et ses limites. Il peut donc mordre pour exprimer un besoin d’expérimentation des relations cause/conséquence, un besoin de pouvoir, comprendre ses limites physiques personnelles, attirer l’attention des adultes, obtenir ce qu’il veut, exprimer un besoin d’espace ou une sensation de mal-être face à une situation.
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Surstimulation Sensorielle
L'immaturité émotionnelle, motrice et cognitive, ainsi qu'une surstimulation sensorielle (bruit, lumière, mouvement, activité…), peuvent également conduire à des morsures.
Comment Réagir Efficacement Face aux Morsures
Il est crucial d'adopter une approche adaptée pour gérer les situations de morsure, en tenant compte de l'âge et du développement de l'enfant.
Sur le Plan Individuel
- Consoler l’enfant qui a été mordu : Prodiguez les soins habituels à l’enfant qui a été mordu, frappé ou griffé tout mettant des mots sur ses émotions : « Tu pleures car tu as sans doute mal et peut-être même as-tu été surpris(e). C’est normal, tout est arrivé si vite. Je vais maintenant m’occuper de la petite marque sur ton bras ».
- Accompagner l’enfant qui a mordu : Inutile de le gronder, de l’isoler ou de le forcer à dire pardon. D’autant plus que l’enfant n’est pas encore intellectuellement en mesure de comprendre qu’il a fait mal à l’autre (il ne le sera pas avant 4 ans environ, âge auquel il parvient à se décentrer).
- Rappeler la règle d’or : « Tu n’as pas le droit de faire du mal à l’autre tout comme personne n’a le droit de te faire du mal ». Pourquoi ne pas lui montrer les larmes perler sur le visage de l’enfant, ne serait-ce que pour le sensibiliser à l’émotion qui a été induite par cette morsure.
- Adopter une posture ferme mais bienveillante : Elever la voix ou être nerveuse et agressive ne peut que cultiver la frustration et la tension de l’enfant. Alors que l’enfant a justement besoin d’être apaisé. Si vous sentez la moutarde vous monter au nez, passez le relais ! Rappelez-vous que la douceur reste le meilleur antidote de la frustration.
- Identifier la cause : Gardez en tête que son comportement reste une réaction à un besoin. Votre objectif numéro 1 va donc être de traiter la cause de cette manifestation d’agressivité (c’est-à-dire de répondre aux besoins de l’enfant) plutôt que la conséquence. Dès que le comportement se présente, prenez le temps de vous poser cette question : « que se passe-t-il ? De quoi l’enfant a-t-il besoin ? »
- Anticiper : Bien souvent, les enfants nous adressent des signes précurseurs d’inconfort ou de nervosité avant de se mettre à mordre ou à taper un autre enfant. Soyons donc vigilants. Lorsque vous sentez que l’enfant devient trop excité, trop tendu, trop agité, n’hésitez pas à lui proposer une nouvelle stimulation pour capter son attention et/ ou lui proposer un câlin réconfortant (à condition que vous soyez vous-même détendu !).
- Offrir du contact physique : Proposer régulièrement à l’enfant de le prendre dans vos bras. Le contact physique bienveillant avec l’adulte permet de l’apaiser, par la sécrétion naturelle et spontanée de l’ocytocine, l’hormone de l’attachement. Cet anti-stress naturel va favoriser un sentiment de bien-être chez l’enfant.
- Accorder une attention visuelle positive et souriante : (contenance visuelle). Un rapport chaleureux et individuel avec l’adulte permet de ressourcer l’enfant.
- Confier des petites missions : N’hésitez pas à lui confier des petites missions quand vous le sentez trop nerveux : celles-ci vont capter son attention, cultiver une estime positive de lui-même, d’autant plus si vous l’encouragez et le félicitez à la fin !
- Éviter de stigmatiser l’enfant : Cultiver un nouveau regard sur l’enfant peut avoir tendance à engendrer, de sa part, un nouveau comportement. C’est sans doute en partie pour cette raison qu’au lendemain des réunions d’équipe, il arrive que l’enfant change spontanément de comportement !
- Observer l'enfant : Réaliser une observation fine de l’enfant dans différents contextes (en repas, en jeu libre, en activité dirigée, à l’accueil, en sieste…) vous permettra d’adopter un regard nuancé et objectif sur cet enfant.
- Privilégier le « Stop ! » plutôt que le « Non! »: Tous deux ne provoquent pas la même réaction chez l’adulte, et chez l’enfant. Le « Stop » vient stopper un comportement tandis que le «Non» vient instaurer un rapport de force, et ainsi une dynamique plus agressive.
- Rester calme : Expliquez calmement et simplement à l'enfant qu’il faut éviter de mordre et montrez-lui les conséquences de son geste. Vous pouvez par exemple lui dire qu’une morsure reçue peut être douloureuse, que cela peut engendrer des pleurs.
- Aider l’enfant à exprimer ses émotions : Enseignez-lui des phrases courtes telles que : “Je ne veux pas”, “Je n’aime pas”, “C’est à moi”.
- Incitez-le à réparer son geste : Accompagnez-le dans cette démarche en lui donnant les clés pour qu’il puisse s’excuser auprès de l’enfant ou l’adulte mordu. Vous pouvez l’aider à formuler ses regrets verbalement ou par des gestes (proposer un doudou ou un jouet à un enfant par exemple, faire un câlin ou une petite caresse sur la blessure…).
- Intervenir Immédiatement : Il vous faut intervenir au moment même où la morsure a lieu. Cela ne sert à rien de reprendre votre enfant le soir après la crèche ou l’école. Sa journée est derrière lui, et il mesure encore moins la gravité de son geste.
- Utiliser des mots simples : Trouvez les mots qu’il faut pour lui expliquer qu’on ne doit pas mordre. Apprenez-lui à dire son mécontentement avec les mots plutôt qu’avec les dents : « Tu peux dire à ton cousin que tu ne veux pas lui prêter ce camion… mais si tu le mords, il ne voudra plus jouer avec toi et tu risques d’être triste ! » « Ca me fait mal quand tu me mords. Tu as le droit d’être en colère, mais on ne mord pas. »
- Canaliser l'énergie : Vous pouvez trouver des solutions pour l’aider à se canaliser : pourquoi pas tenter le bocal de sérénité ?
- Valoriser les comportements positifs : Félicitez votre enfant pour ses gestes « positifs ». Cela valorisera votre enfant et l’aidera à comprendre quel comportement est acceptable ou pas.
- Aider à la compréhension des émotions : Il existe aujourd’hui de nombreux livres et outils qui permettent de travailler sur les émotions. Ce sera une occasion supplémentaire pour apaiser votre bébé en passant du temps en tête à tête avec lui.
Sur le Plan Collectif
- Séparer les enfants : Plus le nombre d’enfants dans un même espace est important, plus le risque de morsures et d’autres manifestations d’agressivité s’accroît. Dès que possible, sélectionnez un petit groupe d’enfants et invitez-les à explorer la salle de motricité ou une activité, en dehors de la section.
- Analyser le contexte : Jouez au détective et prenez bien le temps d’analyser le contexte précis, quand un enfant mord, tape, griffe : combien y a-t-il d’enfants dans la pièce ? Combien d’adultes ? Les adultes sont-ils posés au sol, debout ou en mouvement ? Sont-ils réunis dans un même coin ou répartis dans la section ? Un point important : l’ambiance est-elle rassurante ou au contraire source de stress ?
- Repenser l’environnement : En fonction de vos observations, repensez l’environnement. L’environnement influence considérablement les comportements des enfants.
- Prévoir des jeux en double : Dans une fratrie de jeunes enfants, on peut prévoir des jeux et jouets identiques en plusieurs exemplaires pour limiter les conflits. Pour un tout-petit c’est souvent le jouet qu’a « l’autre » dans les mains qui est le plus intéressant.
- Encourager la rencontre : Et surtout, pensez à encourager la rencontre avec l’autre. Même si c’est encore maladroit, la morsure est souvent une approche pour créer un lien avec un autre enfant.
- Ne pas laisser passer l'acte : Reprenez-le en lui disant qu’il n’a pas fait exprès de faire mal mais qu’il a fait mal, qu’il ne faut pas mordre.
- Apprendre à exprimer les émotions : Mettez-vous à sa hauteur pour lui expliquer les choses. "Les jeux de rôle sont très utiles" souligne le psychologue.
Quand Consulter un Professionnel de Santé
Le fait de mordre est un des comportements que l’enfant expérimentera sans doute à un moment et qu’il doit apprendre à contrôler. Ce comportement est habituellement passager, il n’est donc pas nécessaire dans la majorité des cas de consulter. Montrez-vous ferme et patient pour l’accompagner au mieux durant cette phase.
Cependant, si ce comportement dure ou qu’il s’accompagne d’autres agissements agressifs voire dangereux pour l’enfant ou les autres, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé. Un pédopsychiatre peut également être consulté si la situation se détériore en raison d'une phase de stress.
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