La fécondation in vitro (FIV) est devenue une technique de procréation assistée de plus en plus courante depuis la naissance de Louise Brown, le premier bébé conçu par FIV, en 1978. En France, le nombre de naissances par FIV ne cesse d’augmenter, atteignant 3,6 % des naissances en 2019. Avec plus de 8 millions d'enfants conçus de cette manière dans le monde, il est naturel de s'interroger sur les implications à long terme de la FIV sur la santé de ces enfants. Cet article explore les recherches actuelles sur le développement des bébés conçus par FIV, en mettant en lumière les risques potentiels, les préoccupations et les résultats rassurants.

Qu'est-ce que la FIV ?

Un cycle de traitement de l’infertilité par FIV implique un enchaînement très précis d’actes cliniques et biologiques. La FIV est une technique complexe qui implique plusieurs étapes clés :

  1. Stimulation ovarienne : La femme reçoit des traitements hormonaux pour stimuler ses ovaires afin de produire plusieurs ovocytes matures (10 en moyenne). L’objectif de la stimulation est d’obtenir le développement simultané de plusieurs follicules et de pouvoir prélever des ovocytes avant l’ovulation. Ce traitement est surveillé de façon adaptée par des échographies et des dosages hormonaux.
  2. Ponction ovarienne : Les ovocytes sont ensuite prélevés par ponction ovarienne, une procédure réalisée par voie vaginale sous contrôle échographique, et sous anesthésie ou analgésie. Après la ponction, les liquides folliculaires contenant les ovocytes (ou ovules) sont transmis au laboratoire.
  3. Fécondation : Les ovocytes sont fécondés en laboratoire. Les spermatozoïdes sont simplement déposés au contact des ovocytes dans une boîte de culture contenant un milieu liquide nutritif et placée dans un incubateur à 37° C. Les spermatozoïdes mobiles viennent spontanément, sans aide extérieure, au contact de l’ovocyte. Dans certaines situations, la technique de la FIV peut être associée à l’ICSI : un seul spermatozoïde est introduit dans l’ovule pour permettre une fécondation.
  4. Culture embryonnaire : Les ovocytes fécondés (ou zygotes) sont identifiables par la présence de 2 noyaux, appelés pronucleï : l’un provient de l’ovocyte, l’autre du spermatozoïde. Tous les ovocytes ne sont pas forcément fécondés. Les zygotes deviennent des embryons de deux à quatre cellules en 24 heures, puis de six à huit cellules 24 heures plus tard.
  5. Transfert embryonnaire : Les embryons sont transférés dans l’utérus, généralement deux à trois jours après la ponction. Le transfert embryonnaire est un geste simple et indolore qui est parfois pratiqué sous contrôle échographique. Il est réalisé au moyen d’un cathéter fin et souple introduit par voie vaginale dans l’utérus, la patiente étant allongée en position gynécologique. L’embryon est déposé à l’intérieur de l’utérus.
  6. Congélation embryonnaire (optionnelle) : Le nombre d’embryons obtenus peut être supérieur au nombre d’embryons transférés. Dans ce cas, les embryons non transférés dits « surnuméraires » et qui présentent des critères de développement satisfaisants peuvent être congelés. Ces embryons, après décongélation, pourront être placés dans l’utérus.

Risques Potentiels et Préoccupations

Les premières étapes du développement embryonnaire sont particulièrement sensibles aux influences extérieures. Les traitements hormonaux de stimulation ovarienne, les conditions de culture in vitro et la congélation embryonnaire sont des procédures suspectées d’affecter la santé des enfants conçus par FIV. Ces manipulations pourraient avoir un impact sur les phénomènes épigénétiques, c’est-à-dire la manière dont est régulée l’expression des gènes.

Cancers Pédiatriques

Concernant les cancers pédiatriques, les études existantes sont mitigées. Certaines rapportent que les leucémies et les tumeurs du système nerveux central ont été en général observées avec la même incidence, selon les conditions de conception. Mais d’autres rapportent une fréquence de cancers plus élevée en cas de FIV, particulièrement s’il y a eu aussi congélation embryonnaire. La France a lancé une vaste étude sur la question, basée sur une cohorte de 100 000 enfants conçus par FIV, dont 40 000 issus d’un transfert de congélation embryonnaire.

Troubles Cardiovasculaires

Concernant les troubles cardiovasculaires suspectés depuis longtemps, les quelques études disponibles présentent de nombreuses limites : les échantillons sont faibles, les données de naissance peu documentées, les facteurs de santé des parents peu renseignés… néanmoins, un risque modéré d’anomalies cardiovasculaires n’est pas exclu. Une piste d’explication est donnée par le stress oxydant induit sur les embryons lors des manipulations et conditions de culture impliquant des modifications de pH, température, taux d’oxygène etc. Les résultats de plusieurs études suggèrent que les enfants et jeunes adultes nés de FIV ou d’ICSI ont un risque modéré d’hypertension artérielle et une fonction endothéliale vasculaire altérée.

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Troubles du Comportement et du Neurodéveloppement

Concernant les troubles du comportement et de neurodéveloppement (déficit intellectuel, troubles du spectre de l’autisme, difficultés d’apprentissage, hyperactivité, troubles de l’attention, troubles obsessionnels compulsifs, anxiété etc.), là aussi les quelques études disponibles se contredisent et leurs auteurs tempèrent leurs conclusions. Pour les explications, les auteurs évoquent aussi les modifications épigénétiques liées aux milieux de culture des embryons. Par ailleurs, les liens entre ces troubles et les conditions de naissance passent aussi par les risques accrus, dans le cadre des PMA, de grossesses multiples et de prématurité. La conception par FIV ou ICSI ne semble pas avoir d’effet délétère sur le développement neurologique et cognitif des enfants. Certains des troubles décrits sont plutôt associés aux grossesses multiples et à la prématurité.

Troubles de la Croissance et du Métabolisme

Concernant la croissance et le métabolisme, les résultats qu’ils ont étudiés sont disparates mais plutôt rassurants. Une croissance staturo-pondérale légèrement plus faible a parfois été observée au cours des premiers mois chez les enfants conçus par FIV par rapport à ceux conçus naturellement ; la différence s’estompe néanmoins par la suite ou à l’adolescence. Si des différences du même type ont aussi été observées pour les marqueurs cliniques (adiposité) et biologiques des fonctions métaboliques, les résultats des études effectuées chez les enfants sont plutôt rassurants.

Fertilité

Il est encore trop tôt pour apprécier précisément les conséquences de l’AMP sur la fertilité de jeunes adultes. La méthode de fécondation elle-même ne semble pas être en cause, la plupart des études ne trouvant pas de différence entre la FIV standard et l’ICSI. En revanche, les traitements hormonaux utilisés pour obtenir le nombre d’ovocytes désirés pour la FIV, les conditions de la culture embryonnaire et la congélation des embryons sont plus souvent suspectés d’être à l’origine des troubles observés.

Risque de Mortalité Infantile

Les chercheurs du Karolinska Institutet relèvent un risque légèrement accru de décès au cours des toutes premières semaines de vie et associent ce risque à l’incidence plus élevée, chez ces bébés, de la naissance prématurée. Au cours de la première semaine de vie, les enfants conçus par transfert d'un embryon congelé présentent un risque de décès deux fois plus élevé que les enfants conçus de manière naturelle. Les chercheurs suggèrent que plus d'enfants FIV naissent prématurément que ceux conçus naturellement, ce qui pourrait avoir des conséquences négatives. Il est également possible que l'infertilité sous-jacente entraîne un risque plus élevé de complications.

Résultats Globalement Rassurants

Malgré ces préoccupations, de nombreuses études ont donné des résultats globalement rassurants. Les enfants conçus par FIV peuvent être atteints de troubles de la santé et de pathologies les plus diverses, sans qu’un ne domine particulièrement. Leur incidence est relativement modérée et, quand la différence est significative, elle n’est pas beaucoup plus importante que chez les enfants conçus naturellement. La conception par FIV ou ICSI ne semble pas avoir d’effet délétère sur le développement neurologique et cognitif des enfants.

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Facteurs de Confusion

Il est important de noter que les altérations observées chez les enfants ne sont pas forcément imputables à la FIV en elle-même. Les couples infertiles peuvent être plus à risque de transmettre à leurs enfants des facteurs responsables de perturbations de santé. Par exemple, certains garçons nés à la suite d’une FIV avec micro-injection de spermatozoïdes dans l’ovocyte (ICSI), faite pour pallier l’infertilité masculine d’origine génétique de leur père, risquent eux aussi d’être stériles. D’autres facteurs, tels que les conditions de grossesse et de naissance (prématurité), peuvent également jouer un rôle. Un certain nombre d’études menées chez les couples infertiles suggèrent que ceux-ci sont plus à risque d’avoir des enfants présentant des altérations de santé, qu’il s’agisse de troubles métaboliques, pulmonaires, cardiovasculaires ou autres, pouvant être transmis à leurs enfants. D’autres facteurs environnementaux agissant pendant la période périconceptionnelle sont aussi parfois évoqués. Les responsabilités respectives de ces différents facteurs ne sont pas faciles à mettre en évidence, surtout dans des études rétrospectives.

Nécessité de Recherches Supplémentaires

De nombreuses incertitudes demeurent, les résultats ne sont pas tous pertinents ni concordants, par manque de données, variations méthodologiques, effectifs trop faibles… il est par ailleurs parfois difficile d’imputer directement des anomalies constatées aux techniques de PMA elles-mêmes. Le suivi des enfants devrait être accru, jusqu’à un âge avancé. Pour mieux comprendre l’impact du rôle des conditions de culture, des méthodes de congélation-décongélation etc. sur les événements épigénétiques, il serait aussi fondamental que les procédures utilisées pour la conception d’un enfant soient documentées, ce qui est rarement le cas.

Les recherches devraient s’attacher à préciser la responsabilité des différentes procédures utilisées et leurs mécanismes d’action. Quoi qu’il en soit, les recherches menées sur cette population particulière d’enfants permettront de mieux connaître les conséquences à moyen et long termes des événements se produisant autour de la conception.

Information et Suivi

Malgré les incertitudes, l’Académie Nationale de Médecine plaide pour qu’une meilleure information soit donnée aux personnes ayant recours à la FIV, notamment sur l’absence de risque authentifié mais aussi sur les risques potentiels de ce mode de procréation pour la santé à moyen et à long terme des enfants qui naîtront. Et pour qu’en cas d’apparition de troubles de la santé chez leur enfant, la prise en compte des conditions de conception puisse conduire à une meilleure prise en charge. Par exemple, étant donné le risque cardio vasculaire, les parents pourraient être incités à informer leurs enfants, à mettre en place un suivi précoce et des habitudes hygiéno-diététiques appropriées.

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