L'étude du développement psychologique du bébé est un domaine complexe mais passionnant, essentiel pour comprendre l'adulte en devenir et ses éventuelles difficultés. Parmi les concepts fondamentaux, le "stade du miroir" occupe une place centrale.
Introduction au concept du bébé miroir
À la naissance, le bébé est équipé pour communiquer, mais son développement dépend de l'interaction avec son environnement. Le bébé "parle" avec son corps, et l'adulte, par un effet miroir, renvoie à l'enfant ses émotions, ses mouvements, ce qu'il aime ou non. Ce miroir verbal permet à l'enfant de se connecter à lui-même, de comprendre ses émotions et de connaître son corps.
Le développement psychosexuel et le stade du miroir
Les psychanalystes divisent le développement de l'enfant en stades, chacun ayant ses propres caractéristiques et enjeux. Ces stades prégénitaux doivent être traversés par l’enfant avant d’atteindre sa « majorité » psychosexuelle. Le stade du miroir se situe pendant le stade oral, qui s'amorce dès la naissance et se prolonge jusqu’à environ 6 mois.
Le stade oral et ses composantes
Durant le stade oral, le nourrisson est animé par un principe de plaisir et de toute-puissance. Sa réalité se limite à ce qu'il ressent. Mélanie Klein décrit une position schizo-paranoïde où le bébé clive le sein en "bon" et "mauvais" pour gérer ses angoisses. Cette phase est suivie de la phase dépressive, où l'enfant réalise qu'il aime et déteste le même objet (sa mère), engendrant culpabilité et tentative de "recoller" la relation fusionnelle. René Spitz parle de "stade symbiotique," où le bébé est fusionné avec sa mère.
L'émergence du stade du miroir
Jacques Lacan situe le stade du miroir entre 6 et 18 mois. À cet instant, l’enfant parvient à distinguer le Moi du non-Moi, et qu’il lui apparaît la possibilité de se détacher de la figure principale pour aller s’attacher à d’autres.
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Le stade du miroir : une étape clé dans la construction de l'identité
Le stade du miroir est une étape imagée du développement où se joue la question du "je", de l'individu, de l'unicité et de la construction du corps, impliquant ainsi la construction du moi. "Subjectiver" signifie avoir la conscience d’être un être distinct de l’autre, marquant une transition fondamentale du « stade symbiotique » (fusion avec l’autre) vers le « stade anaclitique » (reconnaissance de l’autre comme différent, mais avec un besoin de lui).
Symbiose et différenciation
Durant la phase symbiotique décrite par René Spitz, lorsque le bébé se présente devant le miroir, il n’a pas conscience de son propre corps. Bien qu’il ait des perceptions intéressantes dès l’âge de 4 mois, explorant son corps et celui des autres de manière sensorielle et morcelée, il n’a pas encore intégré complètement les limites corporelles. Plus tard, lors du stade anaclitique, l’enfant pourra s’observer avec une fascination jubilatoire. Il voit son corps pour la première fois dans son intégralité. Et il peut même le vérifier puisque quand il bouge, qu’il recule, qu’il ferme les yeux, qu’il fait des mimiques, etc…. Il a la réciprocité de ce corps complet. Donc il y a vraiment une construction à partir de la perception réelle de l’imaginaire, de son propre corps. C’est-à-dire que l’image va permettre de construire une représentation dans sa tête. Il ne se voit pas morcelé de sa différenciation, et il n’est pas l’autre. L’enfant perçoit une image unifiée et complète de lui-même, même si en réalité son corps est fragmenté et désorganisé (de par son organisation psychique précédente basée sur les « sensations »).
Le miroir comme outil de différenciation
Pour Françoise Dolto, le miroir est un outil comme un autre de différenciation et d’individuation, entre soi et l’autre. Pour elle, le Stade du Miroir n’est pas seulement une expérience visuelle, mais aussi une étape où l’enfant commence à utiliser le langage pour exprimer ses besoins et ses désirs. Pour Jacques Lacan, ce stade représente un moment crucial où l’enfant éprouve une unité imaginaire et narcissique avant d’entrer dans le registre symbolique et linguistique.
Le désir et le manque
Le Stade du Miroir est, pour Lacan, une expérience qui a des implications profondes sur la formation du moi et du désir. Lacan parle de désir car le Stade du Miroir introduit la notion du manque dans le psychisme de l’enfant. En voyant son image complète dans le miroir, il expérimente un moment de bien être imaginaire. Cependant, ce bien être est trompeur, car il cache le manque fondamental qui caractérise le désir humain (manque de l’unité avec la mère). Il met en avant le concept d’aliénation, soulignant la division entre l’image idéalisée du moi (l’idéal du moi) et la réalité subjective de l’individu. L’accès au symbolique est un processus plus complexe qui implique la capacité de l’enfant à entrer dans le langage, à utiliser des symboles, à participer à des échanges symboliques avec les autres, et à intégrer les structures symboliques de la société.
Le rôle du père
Le Nom-du-Père est une notion clé introduite par Lacan pour expliquer le rôle symbolique du père dans le développement psychique de l’enfant. Après avoir dit que l’enfant découvre le Moi et le non-Moi, son idéal du Moi, et à la possibilité de se trouver de nouvelles figures d’attachements : la place du père est toute désignée. Tout ceci prévient contre la psychose, bien que pour être atteint de ce trouble, c’est principalement du côté de la vulnérabilité génétique que cela se passe, même si c’est sujet à débat. Ce trouble peut aussi être déclenché / stimulé par des facteurs environnementaux (stress, traumas, difficultés, …). La psychose est vue comme un trouble où le sujet a des difficultés à s’inscrire dans l’ordre symbolique. Le « Nom-du-Père » intervient généralement dans le contexte du complexe d’Œdipe. Sans cette introduction, la barrière entre le monde interne du sujet et le monde externe peut devenir floue, entraînant des perturbations dans la construction de la réalité. Et, effectivement, La psychose est souvent associée à des ruptures dans la structure symbolique, et à une difficulté à distinguer la réalité de l’imaginaire. Dans la psychose, on retrouve aussi une relation de continuité avec les objets, et une difficulté à intégrer la capacité à tolérer la frustration liée à l’absence de l’objet aimé. Le Moi est en conflit avec le monde extérieur.
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Conséquences positives du stade du miroir
Le Stade du Miroir contribue à la création d’individus distincts et autonomes. De l’autre, ces individus pourront ainsi jouer leur rôle dans la dynamique sociale et contribuer à la diversité et à la complexité de la société. Prendre conscience de son propre corps, réaliser sa singularité et découvrir la possibilité d’interagir avec les autres représente une opportunité enrichissante vers le monde extérieur. L’utilisation du miroir devient une puissante image métaphorique pour illustrer le processus de reconnaissance et de construction de l’identité. C’est une étape décisive où l’enfant commence à s’insérer dans le monde symbolique, à percevoir sa propre image comme distincte des autres et à entamer le voyage complexe de la compréhension de soi.
Le fait de se reconnaître dans le miroir nourrit un sentiment d’unité (le 1), construisant ainsi les fondations de l’estime de soi, du Moi, et l’installation des bases de la subjectivité. L’enfant apprend à s’apprécier en tant qu’individu distinct, séparé des autres, ce qui est crucial pour développer un amour propre / construire son narcissisme. Paradoxalement, prendre conscience qu’il est différent de sa mère lui infligera sa première blessure narcissique. L’enfant pourra sortir du narcissisme primaire en se confrontant à son idéal (son reflet) auquel il doit se mesurer. En acquérant la capacité de se détacher et d’investir d’autres objets, sa libido pourra se tourner vers autrui. Lacan pense que ce détachement sera possible si la mère laisse la place au Nom-du-Père (décrit plus haut). Autrement dit, il est possible que le stade du miroir ne « fonctionne » pas comme observé si la mère ne laisse pas la place au père. Enfin, il y a un lien entre le développement du langage et le stade du miroir, puisqu’en se percevant comme une entité distincte, l’enfant développe également la capacité de se distinguer verbalement des autres.
L'utilisation du miroir en petite enfance : un outil d'éveil et d'autonomie
Dans un miroir, on observe son reflet, les reflets des autres et des objets. Ainsi, les miroirs nous aident à construire notre idée et notre perception du monde. On découvre à travers eux la perspective et la symétrie. Le miroir est souvent un allié du quotidien pour le bébé, l’enfant et sa famille.
Favoriser le développement sensori-moteur
À partir de 2 ou 3 mois, le bébé commence à avoir une bonne tenue de tête et il peut tenir en appui sur ses avant-bras (en position sphinx). En mettant un miroir face à lui, cela l’incitera à lever sa tête pour observer son reflet et l’aidera à gagner en aisance en décubitus ventral. Vers 4 mois, l’enfant va de plus en plus s’intéresser à son environnement proche en lien avec ses compétences sensori-motrices qui évoluent. Il sera attiré, pour se diriger, par son reflet dans le miroir. Ainsi, il peut être intéressant de mettre sur les côtés des miroirs pour que cela l’incite à se mouvoir, c’est-à-dire d’abord rouler sur les côtés, puis à se retourner (via notamment le regard). Attention toutefois, aux bébés ayant soit un torticolis congénital et/ou une déformation crânienne, à ce que le miroir ne vienne pas accentuer cette position préférentielle.
Encourager l'autonomie
Le miroir est généralement quelque chose de très ludique et apprécié des enfants, il peut donc être un outil intéressant pour aider à gagner en autonomie. On pourra mettre à disposition près du coin repas un miroir pour que le jeune enfant (voir même le bébé avec un miroir mobile) puisse se débarbouiller seul. C’est particulièrement efficace chez les enfants avec des particularités sensorielles ou des troubles de la modulation sensorielle qui apprécieront d’avoir du « contrôle » sur cette tâche. Il en est de même avec la toilette et le brossage des dents. Ludique, il pourra servir, à la fois, de distraction lorsque l’enfant est réticent à se laver ou à se brosser les dents, mais aussi tout simplement aider l’enfant dans la réalisation de la tâche. Plus tard, il pourra être intéressant d’installer un plus grand miroir à la verticale pour que l’enfant puisse se voir en entier.
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Les étapes de la reconnaissance de soi
Très jeune, Bébé n'a pas vraiment conscience de son corps, il fusionne encore avec celui de sa maman, sans y voir de distinction réelle, on appelle ça le stade miroir. Quand il bouge ses membres, il n'a pas réellement conscience de ce qu'ils sont et ces derniers apparaissent surtout comme de "drôles de jouets". La reconnaissance de soi via le reflet dans le miroir est une étape importante du développement chez les nourrissons. Cette capacité émerge généralement autour des 6 mois, mais cela peut varier d'un tout-petit à l'autre. Pour passer cette étape du stade miroir, qui est essentielle du développement et marquer ainsi la phase d'un nouvel éveil vers la notion de soi, Bébé devra apprendre à se reconnaître seul devant le miroir.
Si les spécialistes s'accordent à dire que chaque Bébé se développe à son rythme, il y a quelques étapes qui marquent un point de rencontre avec le miroir. La capacité de Bébé à se reconnaître dans un miroir est souvent associée à son développement cognitif et émotionnel. À l'âge 4 mois par exemple, le petit commence à s'observer tranquillement dans le miroir en s'esclaffant ! Un peu comme s'il imaginait que son reflet était celui d'un autre enfant, un potentiel ami. En se dirigeant vers le miroir, la main tendue, il souhaite toucher ce qu'il pense être extérieur à lui. À partir de sept mois, l'éveil chez bébé est beaucoup plus accentué, il manipule les objet, découvre son visage avec les mains… Et découvre de l'intérêt pour le miroir !
Pour savoir si Bébé se reconnait dans le miroir et qu'il acquiert des premiers signes de prise de conscience, plusieurs petits exercices peuvent être mis en place :
- Réalisez une petite tâche de rouge à lèvre sur le front de bébé sans qu'il s'en aperçoive. Puis, si face au miroir il se touche le front pour retirer cette trace rouge, c'est qu'il a réalisé que c'est son image qu'il a en face de lui. Il a ainsi dépassé ce fameux stade, dit du "miroir".
- Quand bébé est assis face au miroir, avancez derrière lui sans un bruit pour ne pas qu'il se retourne. Une fois qu'il vous aperçoit dans le miroir, s'il se retourne pour vous regarder, c'est qu'il a compris le rôle du reflet ! Une étape est franchie…
L'importance du miroir dans la construction psychologique de l'enfant
Après Darwin et Henri Wallon, qui pensaient que le miroir avait un rôle important dans la construction psychologique de l'enfant, c'est Jacques Lacan qui a fait de ce concept un élément central. "Pour Lacan, le stade du miroir, entre 6 mois et 18 mois, est formateur de la fonction sujet, le " je " qui ne peut pas se mettre en place sans la présence de l'autre. Le stade du miroir marque la séparation du corps de la mère et la naissance de l'enfant en tant que personne. Pour Dolto, le stade du miroir est un structurant symbolique, réel et imaginaire. C'est l'inscription définitive du bébé dans son corps biologique.
Les étapes clés de la reconnaissance de soi dans le miroir :
- De 2 à 4 mois : c'est au travers du regard et des expressions de ses parents que l'enfant prend connaissance des premiers indices de son identité personnelle et de ses émotions.
- De 9 à 15 mois : bébé aime jouer devant un miroir. Il essaye de découvrir ce qu'il considère comme un autre enfant derrière le miroir mais sans succès.
- De 15 à 18 mois : durant cette période, les enfants peuvent ressentir une certaine gêne face à un miroir.
- De 18 à 24 mois : l'enfant se reconnaît dans un miroir mais aussi sur une photo ou dans une vidéo. Il a compris qu'il est une personne à part entière. C'est à cet âge que bébé développe une co-conscience de lui et des autres. Cette étape prépare au développement de la pensée symbolique. Ce sont les prémices de la théorie de l'esprit.
Vous pouvez proposer à bébé de jouer devant le miroir, mais n'insistez pas s'il n'en manifeste pas l'envie.
Les enfants, baromètres des émotions parentales
Votre enfant pleure, tape du pied, refuse d’aller au lit ou rechigne à faire des choses qui d’habitude ne posent pas problème ? Bien sûr vous êtes désemparé, car en apparence tout semble aller bien et ces comportements sont source de tension à la maison… La réponse va peut-être vous surprendre : bien souvent, l’unique raison de ces comportements est votre état émotionnel à vous, parents. Votre enfant ressent mieux que quiconque votre stress, vos peurs ou votre tristesse. Mais attention, loin de moi l’idée de vous culpabiliser : ce mécanisme est naturel.
L'enfant, une éponge émotionnelle
Aux premières semaines de sa vie, le système nerveux du bébé est immature. Il est un petit être profondément instinctif qui ne vit et n’évolue que grâce au lien d’attachement qu’il tisse avec ses parents. Il dépend d’eux pour sa sécurité et pour comprendre le monde qui l’entoure. Cet enfant qui décode le langage du corps bien avant de comprendre les mots, est une véritable éponge, capable de sentir la moindre tension, la moindre expression ou le moindre geste qui sonne faux. L’absence de filtre cognitif est normale : le cerveau infantile est en construction et en apprentissage jusqu’à environ 7 ans, notamment les zones liées à la gestion émotionnelle et à la prise de recul. Il absorbe le monde émotionnel de ses parents et le vit comme le sien. Dès lors, un trouble intense, même silencieux, génère de l’anxiété, de l’excitation ou de la colère…
La transmission émotionnelle et les neurones miroirs
Cette hypersensibilité est un instinct de survie primitif, ancré dans les gènes. Les scientifiques expliquent ce mécanisme par les neurones miroirs. Ceux-ci sont responsables de la manière dont l’enfant capte les émotions. Ils s’activent dès que l’une d’entre elles pointe le bout de son nez chez le parent. S’il observe quelqu’un sourire, il va sourire, mais un stress ou une colère va se communiquer aussi vite et tout aussi inconsciemment. Sans oublier que le corps parle aussi, c’est d’ailleurs 93 % de la communication. Revenons à nos bambins : un parent tendu, c’est un enfant qui s’active intérieurement en parfait miroir. Pour apaiser l’atmosphère et surtout l’enfant, le parent doit comprendre comment il peut gérer ses émotions. Lorsque le parent se calme, l’enfant se calme.
Parents : ni coupables, ni impuissants
Il convient de ne pas culpabiliser, l’enfant ne réagit pas contre vous, mais avec vous. Vous le savez tous, le parent parfait n’existe pas, chacun fait du mieux qu’il peut. Ce qui est essentiel pour votre enfant, c’est l’amour que vous lui donnez. Néanmoins, il est essentiel de bien comprendre le système émotionnel pour mieux canaliser et exprimer votre état intérieur, vous apaiser et par la même occasion, apaiser votre enfant.
Comprendre et exprimer les émotions
Les 6 émotions de base sont : la peur, la colère, la surprise, la joie, le dégoût et la tristesse, mais il existe des centaines de nuances ou de combinaisons. Rappelez-vous qu’elles ne doivent pas être refoulées, mais comprises et extériorisées pour pouvoir lâcher-prise et revenir à la paix intérieure. Par ailleurs, comme celui-ci apprend beaucoup par mimétisme, il s’approprie cette compétence qui lui permettra d’éviter de nombreuses difficultés, notamment relationnelles, au cours de sa vie. Un cercle vertueux s’enclenche, sous la forme de l’équation suivante : parent calme = enfant calme = maison calme.
L'importance de la verbalisation des émotions
Ils découvrent leur registre émotionnel en entendant le reflet verbal qu’on leur renvoie. Lorsqu’il l’entend, il prend conscience de la validité de ces émotions, du soutien affectif de ses parents/enseignants et nourrit son langage interne pour accepter ce qu’il ressent. Ainsi, il parvient peu à peu à identifier et verbaliser ce qui est réel à l’intérieur de lui. En reconnaissant ses émotions, on lui permet de reconnaitre celles des autres et de mieux se « connecter ».
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