Introduction

Depuis les années 1980, les grossesses tardives, définies comme celles survenant chez les femmes de 35 ans ou plus, connaissent une augmentation notable dans les pays à faible fécondité comme la France. Ce phénomène démographique soulève des questions importantes concernant les risques associés, les perceptions sociales et les enjeux éthiques. Cet article explore les différents aspects de la grossesse tardive, en mettant en lumière les risques potentiels de trisomie chez le bébé, les discours médiatiques entourant ce phénomène et les options disponibles pour les couples concernés.

Augmentation des grossesses tardives : un phénomène de société

Dans les pays à faible fécondité, les naissances dites tardives constituent un phénomène ancien. Par le passé, cette situation concernait surtout des familles nombreuses, au sein desquelles un dernier enfant pouvait arriver après 35 ou 40 ans. Le XXe siècle a toutefois vu ce type de familles diminuer, entraînant un déclin des naissances à des âges tardifs. À partir des années 1980, dans un contexte dans lequel les séparations sont plus fréquentes et l’entrée en parentalité reportée, ces naissances ont de nouveau augmenté. Elles correspondent désormais de plus en plus à des naissances au sein de secondes unions - en particulier pour les hommes - et à de premiers enfants. En France, la proportion de naissances issues de mères de 40 ans ou plus est passée d’environ 1 % à 5 % entre les années 1980 et 2010, et parmi ces naissances, la part des premiers enfants a augmenté de près de 17 % à 26 %. Dans le même temps, les profils socioéconomiques des parents tardifs ont aussi évolué. Tandis que la parentalité sur le tard au sein de familles nombreuses correspondait auparavant à des catégories populaires, aujourd’hui devenir parent à des âges relativement avancés caractérise plutôt les groupes moyens et supérieurs.

Cette évolution est influencée par plusieurs facteurs, notamment l'allongement des études, l'investissement des femmes dans leur carrière professionnelle et l'accès aux techniques de procréation médicalement assistée (PMA). Ces dernières offrent aux couples la possibilité de concevoir plus tard, même si elles ne compensent pas entièrement le déclin naturel de la fertilité lié à l'âge.

Risque de trisomie et âge maternel

L'un des principaux risques associés à la grossesse tardive est l'augmentation du risque de trisomie 21 (syndrome de Down) chez le bébé. La trisomie 21 est une anomalie chromosomique qui entraîne une déficience intellectuelle et physique à des degrés variables. Le risque de trisomie 21 augmente avec l'âge de la mère, en particulier à partir de 35 ans.

Ce risque accru est dû à la diminution de la qualité des ovocytes avec l'âge. Les ovocytes plus âgés sont plus susceptibles de présenter des anomalies chromosomiques, ce qui peut entraîner une trisomie chez l'enfant.

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Il est important de noter que le risque de trisomie 21 reste relativement faible, même chez les femmes plus âgées. Cependant, il est essentiel que les couples concernés soient informés de ce risque et qu'ils puissent prendre des décisions éclairées concernant le dépistage prénatal.

Dépistage prénatal de la trisomie 21

Plusieurs tests de dépistage prénatal sont disponibles pour évaluer le risque de trisomie 21 chez le fœtus. Ces tests peuvent être réalisés dès le premier trimestre de la grossesse.

  • Le test combiné du premier trimestre : ce test combine une échographie (mesure de la clarté nucale) et une analyse sanguine de la mère pour évaluer le risque de trisomie 21.

  • Le dépistage prénatal non invasif (DPNI) : ce test consiste en une simple prise de sang chez la mère. Il permet d'analyser l'ADN fœtal présent dans le sang maternel et de détecter les anomalies chromosomiques les plus fréquentes, dont la trisomie 21. Le DPNI est plus performant que le test combiné du premier trimestre, mais il est également plus coûteux.

Si le risque de trisomie 21 est élevé, des tests de diagnostic plus invasifs peuvent être proposés, tels que l'amniocentèse ou la choriocentèse. Ces tests permettent d'analyser directement les chromosomes du fœtus, mais ils comportent un faible risque de fausse couche.

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Discours médiatiques sur la grossesse tardive

Une étude a analysé les discours sur les maternités et paternités tardives dans les médias français contemporains, en interrogeant les principales thématiques à partir desquelles elles sont traitées et les acteurs et actrices portant ces discours. Les principaux registres lexicaux du traitement médiatique des parentalités tardives sont mis en évidence à partir d’une analyse textuelle d’un corpus de médias français en ligne, composé de 137 publications datant de 2001 à 2019 (principalement des années 2010).

Les résultats de cette étude révèlent que les médias abordent la grossesse tardive sous différents angles. Une première thématique renvoie aux risques d’une grossesse tardive, portée par une expertise médicale. Un autre registre, qui est majoritaire, rapporte la tendance à l’augmentation des naissances sur le tard en relayant une expertise démographique. Lorsqu’il s’agit de grossesses postménopauses, les maternités tardives restent particulièrement condamnées, tandis que la paternité tardive est moins traitée. Quand elle l’est, c’est au regard des risques de malformations du fœtus augmentant avec l’âge de l’homme et de cas de célébrités devenus pères tardivement.

Les mises en garde contre les risques médicaux associés aux parentalités tardives, participant à leur représentation en tant que « problème de santé publique », sont largement contrebalancées par des discours aux tonalités positives, présentant les parentalités sur le tard comme un « phénomène de société ».

Grossesse tardive : choix individuels et enjeux de société

Avoir un enfant au-delà de 40 ans n’est pas un phénomène nouveau en Europe, et pouvait ainsi ne pas tant être associé à un écart à la norme dans des contextes passés dans lesquels la fécondité tardive survenait souvent au sein de familles nombreuses. Des travaux anthropologiques donnent toutefois des indices d’un certain encadrement social de la procréation à des âges tardifs. Étudiant des générations de femmes nées dans la première moitié du XXe siècle en France en milieu rural, Fine et al. mettent en évidence une règle selon laquelle « la mère doit cesser de procréer lorsque ses propres enfants accèdent à la fécondité. […] Une grand-mère ne peut pas à nouveau devenir mère, ou, dit autrement, le pouvoir génésique ne peut être détenu en même temps par deux générations successives ». Cette crainte d’un « brouillage entre générations », alors que devenir parents aurait lieu à des âges auxquels les rôles familiaux attendus sont ceux de grands-parents, s’appliquerait plus aux femmes qu’aux hommes, pour lesquels une paternité à un âge avancé serait moins problématique qu’une maternité tardive. Auparavant, cet interdit était aussi soumis à un contrôle social exercé en particulier par l’entourage.

Depuis les années 1970, avoir un enfant relève plus de décisions individuelles que par le passé, l’accès aux moyens de contraception modernes permettant de choisir le moment auquel avoir un enfant. Si les normes sont moins prescriptives de comportements et de calendriers spécifiques, la famille reste relativement régie par des attentes sociales, notamment en ce qui concerne les « bons âges » auxquels les individus, et en particulier les femmes, ont un enfant. Les modalités de cet encadrement ont toutefois évolué, relevant à présent moins d’interdits sociaux et puisant largement dans des discours issus d’une expertise médicale. En témoigne le développement des techniques de dépistage de problèmes de santé depuis l’apparition de l’amniocentèse dans les années 1970. Cette technique consiste à prélever du liquide amniotique durant la grossesse pour réaliser des examens de dépistage d’anomalies chromosomiques. Au départ, elle était systématiquement pratiquée dans le cas de grossesses tardives (à partir de 38-40 ans), en raison de l’augmentation de risques de santé pour le fœtus avec l’âge de la femme, dont le plus communément connu est le risque de trisomie 21. La mise en place de ces protocoles médicaux a alors pu alimenter des représentations associant un âge tardif à la maternité au risque d’avoir un enfant « mongolien », terme aujourd’hui abandonné au profit d’« enfant trisomique ». Cette prégnance du discours médical a été renforcée par le développement de l’assistance médicale à la procréation (AMP) depuis les années 1980. Cette technique peut a priori permettre d’avoir un enfant (plus) tard, même si elle ne compense pas le déclin de la fertilité lié à l’âge. Si un âge paternel tardif a aussi des effets sur les risques de santé du fœtus, l’intérêt des travaux épidémiologiques pour ces aspects est relativement récent.

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Un « âge maternel avancé », véritable catégorie médicale, est aussi principalement associé à un discours sur les risques de grossesses, participant à nourrir des représentations négatives et stigmatisantes des maternités sur le tard. On trouve des indices de cela à plusieurs niveaux. Au niveau d’instances institutionnelles, l’augmentation des maternités à partir de 35 ans et les inquiétudes engendrées quant aux risques qui leur sont liés a ainsi conduit un rapport de 2005 du Haut conseil de la population et de la famille à qualifier ce phénomène de « problème de santé publique ». Au niveau individuel, Mazuy montre, à partir de l’enquête Intentions de fécondité (Ined-Insee, 1998), qu’une parentalité tardive, autant pour les hommes que pour les femmes, est plus associée aux risques liés à la grossesse qu’à d’autres aspects, tels que perdre ses parents tôt ou ne pas supporter la fatigue en s’occupant d’un enfant en bas âge.

Au côté de ces discours médicaux, certains travaux font état de représentations de la maternité tardive comme associée à des parcours de femmes dites « carriéristes » (appellation à connotation négative), très diplômées et de catégories supérieures. Ces femmes auraient privilégié leur épanouissement personnel dans les études puis le travail avant d’envisager une maternité sur le tard. En revanche, ces discours n’ont pas leur pareil concernant les hommes devenus pères tardivement.

L'exemple de Meghan Markle

L'intérêt médiatique pour la grossesse tardive est souvent amplifié par les grossesses de célébrités. L'exemple de Meghan Markle, duchesse de Sussex, est révélateur. Alors que Meghan Markle souhaitait un deuxième enfant, son âge (38 ans) a été perçu comme un obstacle potentiel. Les médias ont spéculé sur la possibilité qu'elle ait recours à une mère porteuse, en raison des risques accrus de complications liés à l'âge maternel, tels que les fausses couches, le diabète gestationnel, les naissances prématurées, le faible poids du bébé et les complications lors de l'accouchement. De plus, les médias ont souligné l'augmentation du risque de trisomie 21 avec l'âge de la mère.

Interruption médicale de grossesse (IMG)

Si le diagnostic de trisomie 21 est confirmé chez le fœtus, les parents peuvent être confrontés à la difficile décision de poursuivre ou non la grossesse. En France, l'interruption médicale de grossesse (IMG) est autorisée jusqu'au terme de la grossesse en cas de diagnostic de trisomie 21 ou d'autres anomalies fœtales graves.

La décision de recourir à une IMG est personnelle et complexe. Elle doit être prise en tenant compte des convictions personnelles, des valeurs éthiques et des informations médicales disponibles. Les parents peuvent bénéficier d'un accompagnement psychologique et médical pour les aider à prendre cette décision difficile.

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