Située sur les bords de la mer Méditerranée, Alger, chef-lieu de la wilaya du même nom, possède une histoire riche et complexe, façonnée par les différentes civilisations qui s'y sont succédé. Son évolution, de l'Antiquité à la colonisation française, témoigne d'un passé mouvementé et d'une identité plurielle.

Préhistoire : Les premières traces de présence humaine

Les premières traces de présence humaine dans la région d'Alger remontent au Paléolithique inférieur. Un biface découvert près de Mahelma témoigne de cette période, attribué à un Acheuléen moyen, voire supérieur. Les deux gisements les plus importants du Sahel d'Alger datent du Paléolithique moyen (cité Malki à Ben Aknoun) et du Néolithique (grotte du Grand Rocher à Aïn Benian). D'autres gisements ont également livré des restes attribués à l'Ibéromaurusien, datant du Néolithique et du Néolithique pauvre. Au XIXe siècle, Adrien Berbrugger a mis au jour une nécropole mégalithique importante à Beni Messous, s'étendant sur les deux rives de l'Oued Beni Messous.

Antiquité : D'Ikosim à Icosium

À l'origine, la localité était appelée Ikosim par les Puniques, un nom signifiant "l'île aux mouettes" ou "l'île aux épines". Comptoir phénicien d'importance, Ikosim existait déjà avant le IVe siècle av. J.-C. Des débris de vases campaniens datant du IIIe siècle av. J.-C. témoignent de cette présence. En -202, la ville passa sous influence romaine suite à l'alliance entre Massinissa et Scipion l'Africain contre Carthage. Les tribus berbères Maghraouas étaient nombreuses dans les environs d'Icosium et Ptolémée de Maurétanie dut les contenir. Ptolémée transféra une partie des Maghraouas vers le Chlef et combattit les résistants berbères menés par Tacfarinas. Sous Vespasien, une colonie fut envoyée à Icosium pour réprimer les révoltes. Le christianisme s'introduisit à Icosium vers le Ve siècle. En 429, la ville passa sous domination vandale lors de leur conquête de l'Afrique du Nord.

Moyen Âge : La fondation d'Alger

En 710, la conquête musulmane introduisit l'islam en Afrique du Nord. Le territoire d'Alger appartenait aux Maghraouas, une tribu berbère zénète. Ziri ibn Menad, vassal des Fatimides, vainquit les Berbères zénètes kharidjites. Après la mort d'Abu Yazid en 947, Ziri ibn Menad s'empara de la région du centre et fonda Achir comme capitale des Zirides. Selon Ibn Khaldoun, la région d'Alger fut occupée par les Sanhadjas avec la dynastie des Zirides. Bologhine ibn Ziri, fils de Ziri ibn Menad, fonda trois villes, dont Beni Mezghenna (Alger), Médéa et Miliana, après avoir chassé les Zénètes. Il reconstruisit Icosium au milieu du Xe siècle, fortifiant et agrandissant le site occupé par les Beni Mezghenna, et la baptisa "Djezaïr Beni Mezghenna" en 960. Il fonda ainsi le cœur historique d'Alger, la Casbah, comme débouché maritime pour la ville d'Achir. La guerre continua entre les Zénètes et les Sanhadjas. Ziri ibn Menad fut tué en 971 dans une bataille contre les Maghraouas.

Moez, calife fatimide, désigna Bologhine ibn Ziri comme calife du Maghreb. Ce dernier continua le combat contre les Zénètes, qui demandèrent l'aide des Omeyyades de Cordoue pour reprendre leur territoire et leurs villes, y compris Alger. Bologhine possédait toutes les villes du Maghreb et avait pour ordre de tuer tous les Zénètes et de collecter l'impôt des Berbères sous l'emprise de l'épée, ce qui provoqua une contestation des autres tribus. Les Kutama devinrent jaloux des Zirides et la guerre éclata entre les deux tribus. Les Omeyyades acceptèrent d'aider les Zénètes à reconquérir leurs territoires. En 983, Bologhine ibn Ziri mourut, marquant le début d'une longue période de défaite pour les Zirides. Les Maghraouas regagnèrent leurs territoires et leur souveraineté dans le Maghreb central et dans l'Ouest grâce à Ziri Ibn Attia.

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Les Almoravides prirent Alger en 1082 grâce à Youssef Ibn Tachfin, qui défit tous les Zénètes. La première grande mosquée du rite malikiste, Djamaâ el Kebir ou la Grande Mosquée (de 1097), fut construite par Youssef Ibn Tachfin. En 1151, Abd al-Mumin (Almohades) reprit Alger ainsi que tout le Maghreb et l'Andalousie aux Almoravides. Par la suite, Alger fut rattachée aux capitales des dynasties Zianides, Hafsides et Mérinides pour de courtes périodes.

Époque moderne : Alger, port et capitale de la Régence

Alger était alors un port peuplé d'environ 20 000 habitants, dont la population s'était accrue avec l'arrivée des Juifs et des Maures expulsés d'Andalousie après la chute de Grenade. En 1510, les Espagnols soumirent Alger et bâtirent une forteresse sur un îlot de la baie, le Peñon d'Alger, pour défendre et surveiller la ville. À la mort du roi Ferdinand le Catholique en 1516, les habitants se révoltèrent et imposèrent à l'émir Salim at-Toumi de faire appel au corsaire turc Barberousse. Ce dernier devint maître de la ville après avoir assassiné Salim at-Toumi, mais les Espagnols conservèrent la forteresse du Peñon.

En 1516 et 1518, Alger fut attaquée par des expéditions espagnoles qui échouèrent. Par la suite, Khayr ad-Din Barberousse fut évincé d'Alger par le chef kabyle Sidi Ahmed ou el Kadhi, mais s'y rétablit à la fin des années 1520 avec le soutien du gouvernement ottoman et réussit à prendre et à détruire la forteresse du Peñon. Il fit construire la jetée Kheir-Eddine, reliant les îlots à la terre ferme et constituant ainsi le premier abri du port d'Alger. Cette date marque le début de la régence d'Alger, qui fit d'Alger la capitale d'un État vassal de l'Empire ottoman, quoiqu'assez indépendant de facto. La ville, El Djazaïr en arabe, donna son nom au pays entier, tandis que la citadelle perchée en haut de la ville ancienne, la casbah, donna son nom à la ville.

En octobre 1541, l'empereur Charles Quint réunit une flotte de guerre pour attaquer Alger, alors sous l'autorité de Hassan Agha. Hassan Agha renforça les fortifications et les arsenaux de la ville. Lors du siège, un orage violent éclata, rendant inutilisable la poudre pour les canons et les arquebuses. Les troupes impériales furent décimées par les troupes d'Hassan Agha et les irréguliers venus des campagnes environnantes. L'armée impériale battit en retraite vers le cap Matifou, subissant de grandes pertes à cause d'une crue de l'Oued El-Harrach et du harcèlement des troupes algéroises. Les survivants se réfugièrent à Béjaïa, alors aux mains des Espagnols. Après cette débâcle, Alger devint la plus puissante des villes neuves de la Méditerranée.

La régence d'Alger

Sous la régence turque, la ville était administrée par un fonctionnaire : le Cheikh-el-Bled. Celui-ci avait entre autres attributions : celle de lever une contribution hebdomadaire sur les boutiques et sur les corps de métiers ; de fournir par voie de réquisition, les mulets et les chevaux de transport nécessaires aux troupes turques envoyées au dehors ; et de défrayer, pendant leur séjour à Alger, les envoyés de l'intérieur. Au début du XVIIIe siècle, Laugier de Tassy décrivait la population d'Alger comme étant principalement composée de Maures chassés d'Espagne. Au début du XIXe siècle, on comptait à Alger une centaine d'écoles primaires et quatre collèges supérieurs. À la veille de la conquête française, Alger était une ville très cosmopolite, composée de Turcs, de Maures mêlés de Berbères et d'Arabes avec un fort apport andalou, de Kouloughlis, de Kabyles, de noirs affranchis, d'esclaves, de Juifs et de Beranis qui se composaient de minorités régionales : les Biskris, les Laghouatis et les Mozabites. La ville fut plusieurs fois bombardée sous la Régence. La marine royale française, sous le commandement d'Abraham Duquesne, bombarda Alger en 1682 puis plusieurs autres fois durant ce conflit. En 1815, la Seconde Guerre barbaresque s'acheva par la défaite du dey Omar Agha, et Américains et Algériens signèrent un accord permettant la libre circulation des navires américains en Méditerranée.

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Colonisation française : Transformation et développement d'Alger

En 1830, après 3 ans d'un blocus, le roi Charles X envoya un corps expéditionnaire commandé par le général de Bourmont pour prendre possession de la ville, qui tomba le 5 juillet 1830. Les troupes du général de Bourmont s'emparèrent du trésor d'Alger qui s'élevait à 500 millions de francs de l'époque. La ville, bâtie en amphithéâtre sur un rocher, s'étendait alors entre la rue Benganif, le boulevard Hahkad, la casbah et le port, soit 3 200 mètres de remparts avec cinq portes. Les faubourgs constituaient la campagne avec de belles villas et de vastes jardins.

Au lendemain de la colonisation, la ville fut maintenue comme capitale de la nouvelle colonie d'Algérie. Une commission de gouvernement et un conseil municipal institués par Bourmont remplacèrent l'administration turque. La colonisation française commença par le refoulement des indigènes, qui furent chassés du Sahel algérois, puis évolua vers leur cantonnement. Dès 1848, Alger devint le siège de la préfecture du département du même nom, permettant ainsi un développement rapide grâce à l'arrivée d'émigrants européens.

Pour investir la ville, les colons occupèrent les habitations mauresques ou en démolirent certaines pour construire des voies carrossables et des places. La topographie de la ville favorisa les transformations dans la partie est, où l'on commença par des démolitions entre Bab-Azoun et la Marine, ainsi que dans la rue des Souks, pour faciliter la circulation. On continua le tracé des rues "Bab-Azoun", "Bab El Oued" et "de la Marine", en construisant des rues à arcades pour lutter contre le soleil. À partir de 1840, le Génie élabora un projet d'ensemble de fortifications modernes. L'architecte Pierre Auguste Guiauchain rédigea en 1845 un schéma général de voirie et d'alignements concernant les terrains à édifier à l'intérieur de la nouvelle enceinte. Il installa les nouveaux bâtiments publics : hôtel de ville, palais du Gouverneur, théâtre, palais de justice, hôtel des postes et du trésor. En 1860, le projet de Chassériau dessina l'ensemble de la structure soutenant le boulevard et les rampes entre les quais et la ville.

Les Français s'installaient principalement dans les faubourgs, comme le quartier populaire de Bab El Oued, tandis que l'on poursuivait l'européanisation de la ville musulmane. Dès 1839, la partie basse de la ville commença à disparaître, et démolitions et expropriations contribuèrent à donner un aspect nouveau à ce quartier. L'immigration d'Européens était importante, et les nouveaux venus occupèrent les maisons mauresques, qui furent transformées. Lors de son voyage, Napoléon III fit une enquête personnelle qui eut pour résultat d'arrêter les démolitions de la vieille ville, la haute ville devant rester telle quelle. On commença à s'apercevoir qu'il était difficile de greffer une ville européenne sur une ville musulmane, et le temps seul se chargea de modifier l'aspect de la cité.

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