L'avortement, un acte médical banal pour mettre fin à une grossesse, reste un sujet de controverse intense, oscillant entre droit acquis et éternel débat. En France, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est dépénalisée depuis la loi Veil du 17 janvier 1975, une avancée majeure pour le droit des femmes à disposer de leur corps et à maîtriser leur fécondité. Cependant, des mouvements "pro-vie" persistent à remettre en question ce droit, propageant la désinformation et cherchant à restreindre l'accès à l'avortement. Cet article vise à déconstruire les principaux arguments anti-avortement et à réaffirmer l'importance de ce droit fondamental.

L'IVG : Un Droit Acquis Fragile

La légalisation de l'IVG en France a été un processus long et difficile. Après la Première Guerre mondiale, le gouvernement français a mis en place une politique nataliste pour compenser les pertes humaines, criminalisant l'avortement par la loi du 31 juillet 1920. Il a fallu attendre 55 ans pour que la loi Veil autorise l'IVG sous conditions, notamment une situation de détresse pour la femme enceinte et une pratique avant la fin de la dixième semaine de grossesse.

Au fil des années, des lois successives ont élargi et amélioré le cadre de prise en charge de l'avortement, garantissant l'accompagnement de l'État, des conditions d'avortement sûres, l'accès anonyme à l'IVG et la gratuité. En 2022, la loi a été modifiée pour allonger le délai légal de l'IVG de 12 à 14 semaines de grossesse et autoriser les sages-femmes à pratiquer des IVG instrumentales en établissement de santé (à titre expérimental).

Le 4 mars, le Parlement réuni en Congrès à Versailles a voté l’inscription dans la Constitution de la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse faisant de la France le premier pays au monde à inscrire dans sa Constitution la liberté de recourir à l’IVG.

Déconstruire les Arguments Anti-Avortement

De nombreux arguments sont avancés par les opposants à l'avortement. Examinons les principaux et déconstruisons-les un par un.

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1. L'IVG, c'est un meurtre

Cet argument central des militants anti-avortement considère la conception comme le début de la vie humaine. Ils assimilent l'IVG à un meurtre, qui implique la mort d'un être vivant. Cependant, la définition de la vie et de la mort est complexe.

Du point de vue biologique, un être vivant se caractérise par des fonctions vitales telles que la respiration, la circulation sanguine, la nutrition, l'excrétion, la capacité à répondre aux stimuli, la croissance et la reproduction. D'un point de vue philosophique, la conscience de soi, la capacité à raisonner et à ressentir des émotions sont des éléments clés de la définition d'un être humain.

La loi française stipule que la mort est déclarée lorsqu'un individu présente un arrêt cardiaque irréversible ou une cessation irréversible de toute activité cérébrale.

Or, les recherches montrent qu'à 14 semaines de grossesse, le fœtus n'est pas capable de respirer de manière autonome, son système nerveux central est encore en développement et son système immunitaire est immature. Les chances de survie d'un fœtus de 14 semaines en dehors de l'utérus sont donc quasi nulles. La viabilité du fœtus est généralement fixée à 20 semaines de grossesse (22 semaines d'aménorrhée).

Par conséquent, on ne peut pas considérer un fœtus de 14 semaines comme un être vivant autonome, mais plutôt comme un être qui progresse vers la vie autonome. Tant qu'il ne naît pas, il ne peut mourir et donc encore moins subir un meurtre. De plus, le délai maximum légal pour pratiquer une IVG en France étant de 14 semaines de gestation, tout risque de perception de la douleur par le fœtus peut donc être écarté.

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2. Il faut se protéger si on ne veut pas d'enfant

Cet argument sous-entend que les femmes qui avortent sont irresponsables et ne prennent pas les précautions nécessaires pour éviter une grossesse. Or, l'enquête COCON (Cohorte Contraception) de 2000-2004 montre que 2 fois sur 3, les femmes ayant eu recours à une IVG étaient sous contraception. Et qu’une fois sur deux, il s’agissait d’un contraceptif médical (théoriquement d’une grande efficacité). Un fait corroboré en 2009 par l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) dont le rapport révélait que 72% des femmes ayant eu recours à une IVG utilisaient un moyen de contraception et que dans 42% des cas, la méthode utilisée était médicale. Les obstacles à la contraception incluent un manque d'éducation à la santé sexuelle, un manque d'informations sur les dispositifs disponibles et la précarité. De plus, la contraception n'est jamais fiable à 100%. Les échecs surviennent souvent lorsque la méthode employée ne correspond pas au mode de vie de la personne en charge de la contraception. Notons également que de plus en plus de personnes aimeraient se tourner vers des contraceptions définitives après avoir eu un ou plusieurs enfants ou parce qu’il n’y a pas de volonté d’enfanter et se heurtent à un refus médical. Enfin, n'oublions pas les cas d'agressions sexuelles que subissent de nombreuses personnes. Selon une enquête de NousToutes en 2020, 1 femme sur 3 déclare qu'un partenaire lui a déjà imposé un rapport sexuel non protégé malgré son désaccord.

3. Il y a trop d'avortements de confort

L'expression "avortement de confort" suggère que les femmes ont recours à l'IVG par commodité, tel un caprice. En réalité, avoir recours à une IVG est loin d'être une décision qu'on prend à la légère. Généralement ce choix est le résultat d’une réflexion sérieuse où de nombreux paramètres sont pris en compte. Loin d’être un comportement « égoïste », choisir d’avorter montre au contraire un véritable sens des responsabilités. Reconnaître ses limites (émotionnelles, mentales, physiques, financières…), c’est faire preuve de bon sens quand on sait à quel point il est essentiel d’accueillir un enfant (qui n’a pas demandé à naître) dans les meilleures conditions possibles. De plus, parler d'avortement de "confort" c'est mal connaître la procédure d'une interruption volontaire de grossesse. Une grossesse non désirée peut causer un véritable stress émotionnel pour de multiples raisons. S'en suit alors un véritable combat contre la montre pour pouvoir avoir recours à une IVG (prise de sang, échographie, rendez-vous médicaux, choix de la procédure, etc.). L'intervention peut ensuite causer pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines des symptômes désagréables tels que des crampes abdominales, des saignements abondants et d'autres effets secondaires liés à l'anesthésie ou aux médicaments utilisés.

4. L'avortement est traumatisant (syndrome post abortif)

Un des arguments anti-IVG qui revient le plus est l’existence d'un syndrome post abortif.

L'IVG : Un Droit Menacé à l'Échelle Mondiale

L'inscription de l'IVG dans la Constitution ne doit pas masquer les menaces qui pèsent sur ce droit fondamental à travers le monde. L'annulation de l'arrêt Roe v. Wade aux États-Unis en 2022 a permis à de nombreux États d'interdire l'avortement. En 2020, la Pologne a durci sa législation sur l'IVG en l'interdisant en cas de malformation du fœtus. En Italie, l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir a entraîné une augmentation des propositions de loi anti-IVG et une pression accrue des associations anti-avortement.

Tant qu'il subsistera de la mésinformation et de la désinformation, il y aura toujours des individus cherchant à restreindre nos droits.

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