Introduction

Dans un monde où l'accès à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est loin d'être uniforme et où les droits des femmes sont constamment remis en question, des organisations telles qu'Avortement Sans Frontières jouent un rôle crucial. Cet article explore le fonctionnement de ce réseau international, son impact, en particulier dans des contextes restrictifs comme la Pologne, et les défis auxquels il est confronté.

Le Contexte Global de l'IVG

L'accès à l'IVG est un enjeu de santé publique et de droits humains. Une femme enceinte qui ne souhaite pas mener à terme une grossesse est prête à tout pour libérer son corps d’une maternité non consentie. Tous les pays du monde qui ont légiféré en faveur de l’avortement ont immédiatement vu la santé des femmes de leur pays s’améliorer et par voie de conséquence la santé des enfants.

Malheureusement, trop de pays dans le monde privent encore les femmes de cette liberté en leur en interdisant l’accès : une femme meurt toutes les 9 minutes dans le monde des conséquences d’un avortement clandestin. Aux États-Unis, la révocation par la Cour Suprême de l’arrêt Roe vs Wade en juin 2022, qui garantissait depuis 1973 le droit à l’avortement sur l’ensemble du territoire des États-Unis, a marqué une régression significative.

En France, la loi Veil de 1975 a dépénalisé l’avortement jusqu’à 10 semaines de grossesse, mettant un terme aux gestes désespérés de certaines femmes et réduisant considérablement la mortalité féminine. Le 8 mars 2024, la France est devenue le premier pays au monde à reconnaître, dans sa Constitution, la liberté de recourir à l’avortement afin d’empêcher qu’à l’avenir cette liberté soit remise en cause par une loi.

Avortement Sans Frontières : Un Pilier de l'Accès à l'IVG

Créée en 2009, Avortement Sans Frontières (ASF) est une organisation caritative qui met en lien les femmes en demande d’IVG avec des structures pratiquant l’avortement, en leur fournissant des informations, une aide financière et un soutien pratique pour voyager si nécessaire. Initialement créée pour les femmes vivant en Irlande, en Irlande du Nord et sur l’île de Man, ASF a étendu ses services à Malte et à Gibraltar, et a lancé « Avortement Sans Frontières » en Pologne en décembre 2019.

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Le collectif Avortement sans frontières n’avait jamais été autant sollicité. Il permet notamment aux femmes en Pologne d’accéder à des IVG médicamenteuses à domicile (grâce à l’envoi de pilules) ou de rejoindre des cliniques et hôpitaux à l’étranger - en cas de nécessité, les voyages peuvent être pris en charge. En deux ans, l’organisme a ainsi reçu plus de 78 000 sollicitations de femmes ayant besoin d’avorter, révèle le quotidien économique Gazeta Prawna. D’après le journal, quelque 2 300 femmes ont pu avorter à l’étranger.

Les Actions d'ASF en Pologne

La Pologne est l’un des pays d’Europe où la législation sur l’IVG est la plus restrictive. Depuis janvier 2021, suite à une décision du Tribunal constitutionnel polonais, l’IVG n’est légale qu’en cas de danger pour la vie de la femme enceinte ou en cas de viol. Cette situation a conduit à une augmentation significative des demandes d’aide auprès d’Avortement Sans Frontières.

Depuis le début de l’agression russe en Ukraine, plusieurs centaines de femmes ukrainiennes déplacées en Pologne font face à des restrictions de leur droit fondamental à l’avortement. Depuis le début du conflit, Avortement sans frontières a prêté assistance à près de 500 femmes ukrainiennes souhaitant recourir à une IVG sur le territoire polonais.

Dans ce contexte, ASF joue un rôle essentiel en aidant les femmes à accéder à des IVG médicamenteuses à domicile ou en les orientant vers des cliniques et hôpitaux à l’étranger. Entre mars et mi-avril, l’organisation a aidé 267 femmes déplacées en Pologne à accéder à des avortements, souvent en leur fournissant des pilules abortives.

Les Défis Rencontrés

Les activistes pro-choix ont également envoyé une adolescente de 14 ans en consultation à Berlin de peur qu’en Pologne la police n’intervienne. Les profils des femmes qui avortent avec l’aide d’Avortement sans frontières sont divers : “Cela va des adolescentes aux femmes qui voulaient avoir un enfant, mais dont les examens ont montré une malformation du fœtus.”

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La peur que la police intervienne, c’est aussi un frein. Une femme enceinte de trente-sept semaines a notamment pu avorter en Belgique, dans une clinique spécialisée dans les avortements tardifs. Son fœtus, atteint d’une acrânie avec anencéphalie, n’aurait pas pu vivre plus de quelques jours après la naissance. “Ce n’est que très tard que la femme l’a su”, indique Gazeta Prawna. “En Pologne, les médecins n’étaient pas sûrs de ce qu’il convenait de faire”, regrette Natalia Broniarczyk du collectif Abortion Dream Team, entité constitutive d’Avortement sans frontières, citée dans l’article.

L'aide de la France

Face à cette situation, la France a réaffirmé son engagement envers les droits des femmes. Par le biais de la Fédération internationale pour la Planification familiale, les ministères soutiendront les actions d’information et d’assistance auprès des femmes ukrainiennes déplacées en Pologne.

Brigitte Bourguignon, ministre de la Santé et de la Prévention, a déclaré : « Depuis le début de l’agression russe, le ministère de la Santé soutient l’Ukraine et les victimes du conflit par un soutien aux réfugiés présents en France, la prise en charge de patients ukrainiens et un appui sanitaire massif à l’Ukraine et aux pays limitrophes. Par cette aide à la Fédération internationale pour la Planification familiale, avec Isabelle Rome et Clément Beaune, nous souhaitons aussi réaffirmer notre aide aux femmes ukrainiennes déplacées, et notre attachement indéfectible au droit à l’IVG, droit fondamental pour la santé et la liberté des femmes.

Isabelle Rome, ministre déléguée auprès de la Première ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances, a ajouté : « Depuis le début de l’agression injustifiée par la Russie, la France se tient résolument aux côtés du peuple ukrainien. Les femmes sont particulièrement exposées aux violences sexuelles. C’est pourquoi, avec Brigitte Bourguignon et Clément Beaune, nous avons décidé d’accompagner les Ukrainiennes déplacées en Pologne. L’accès à l’interruption volontaire de grossesse est un droit fondamental inaliénable.

Clément Beaune, ministre délégué auprès de la ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, chargé de l'Europe, a également souligné : « Les femmes ukrainiennes déplacées en Pologne, dont certaines ont été victimes de violences sexuelles, ne sont pas en mesure d’avoir accès à l’IVG. L’initiative que nous portons avec Isabelle Rome et Brigitte Bourguignon s’inscrit dans le cadre de notre défense sans relâche des droits des femmes. Nous devons être à l’avant-garde de ce combat pour l’égalité en Europe. Nous continuerons ainsi de défendre l’inscription du droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

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Les Organisations Complémentaires

Outre Avortement Sans Frontières, d'autres organisations jouent un rôle crucial dans l'accès à l'IVG à travers le monde.

Women on Web et Women on Waves

Women on Wave, fondée en 1999 par une médecin néerlandaise, Rebecca Gomperts, est une organisation à but non-lucratif consacrée aux droits des femmes avec pour mission d’éviter les grossesses non désirées et les avortements dangereux dans le monde entier.

Women on Web est un service d’avortement médicamenteux sûr, basé sur la confiance faite aux femmes pour prendre des décisions réfléchies et être informées sur leur corps. Cet accès à un avortement médicamenteux autogéré jusqu’à la fin du premier trimestre tel que l’OMS le recommande, avec l’envoi des médicaments par voie postale mais aussi par drones ou tout autre moyen sécurisé pour atteindre le lieu de vie de ces femmes, est étendu à la France depuis 2020 et a permis, notamment pendant la crise sanitaire COVID, un accès différent à l’avortement en France.

Le Rôle de la Contraception

La contraception joue un rôle essentiel dans la prévention des grossesses non désirées. La loi Neuwirth du 28 décembre 1967 a légalisé l’accès à la contraception en France et a abrogé celle de 1920 qui interdisait non seulement toute contraception, mais aussi l'information sur les moyens contraceptifs.

En France, des mesures sont prises pour faciliter l'accès à la contraception, notamment pour les jeunes. Toutes les personnes mineures peuvent accéder gratuitement et sans prescription à des préservatifs internes ou externes en pharmacie. De plus, toutes les personnes de moins de 26 ans peuvent accéder gratuitement sur prescription à un panel de contraceptifs.

Les Mouvements Anti-Choix et leurs Stratégies

Il est essentiel de comprendre les stratégies des mouvements anti-choix qui cherchent à restreindre l'accès à l'IVG. Ces mouvements sont structurés, organisés et disposent de moyens financiers importants. Ils utilisent divers arguments, tels que la liberté de religion, le droit des parents et la protection de l'enfance, pour camoufler leurs intentions.

Ils s'attaquent aux droits sexuels et reproductifs, aux droits des personnes LGBT et aux droits des personnes migrantes. Leur objectif est de promouvoir une politique des valeurs basée sur la famille traditionnelle, patriarcale et hétérosexuelle.

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