L'avortement, qu'il soit pratiqué par des professionnels de la santé ou par des méthodes traditionnelles, reste un sujet complexe et sensible. Cet article explore les méthodes traditionnelles d'avortement, leur utilisation actuelle, les raisons qui poussent les femmes à y recourir, ainsi que les risques et les alternatives existantes.
Un Retour aux Méthodes Traditionnelles ?
Dans un contexte où l'accès à l'avortement légal est parfois limité ou perçu comme inaccessible, certaines femmes se tournent vers des méthodes traditionnelles d'avortement. En 1971, Carol Downer a contribué à développer une méthode d'avortement précoce appelée « extraction menstruelle ». À une époque où l'avortement était illégal dans la majorité des États, elle est devenue, avec d'autres pionnières de l'auto-assistance, une héroïne féministe clandestine, apprenant aux femmes à utiliser un petit outil en plastique pour aspirer leur utérus. Après l'arrêt Roe v. Wade, l'intérêt pour les méthodes d'auto-avortement a inévitablement diminué, et Downer est devenue avocate. Cependant, à 77 ans, elle est de nouveau impliquée dans le monde des soins reproductifs faits maison. Des rapports récents montrent que les avortements auto-induits se poursuivent et ont même tendance à augmenter.
L'histoire d'Amber Abreu, arrêtée en 2007 pour avoir pris du misoprostol, un médicament anti-ulcéreux provoquant des contractions utérines utilisé conjointement avec le mifépristone (RU-486) pour provoquer un avortement médicamenteux, illustre les risques liés à ces pratiques. Elle avait accouché d'un minuscule enfant qui avait survécu quatre jours. Ces cas, bien que rares dans les reportages, soulèvent des questions sur la prévalence et les motivations derrière l'auto-avortement.
Prévalence et Raisons de l'Auto-Avortement
Deux études récentes ont permis d'éclairer ce phénomène. La première, publiée dans l'« American Journal of Obstetrics & Gynecology », a interrogé 9 493 femmes admises dans des établissements de santé proposant des avortements et a révélé que plus de 2 % d'entre elles avaient déjà tenté de s'avorter seules. La seconde étude confirme cette tendance.
Il est difficile de déterminer le nombre exact de femmes qui pratiquent l'auto-avortement, car elles sont souvent réticentes à en parler. Les études sont basées sur des femmes interrogées dans des établissements médicaux, que les femmes qui pratiquent l'auto-avortement évitent précisément.
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Plusieurs raisons peuvent expliquer ce choix :
- Confidentialité : Certaines femmes, comme une adolescente de 16 ans interrogée, souhaitent éviter que leur famille ne soit au courant de leur grossesse.
- Expériences négatives : D'autres ont eu de mauvaises expériences avec les cliniques d'avortement.
- Difficulté d'accès : L'accès aux cliniques peut être difficile pour des raisons géographiques ou logistiques.
- Raisons financières : Un tiers des femmes interrogées évoquent des raisons financières. En 2005, un avortement à 10 semaines coûtait en moyenne plus de 400 $. Une femme hospitalisée pour une hémorragie après avoir pris du misoprostol pendant 45 jours a déclaré : « Même si j'avais su à quoi m'attendre, je l'aurais probablement fait quand même… je n'avais pas assez d'argent. »
- Croyances personnelles : Certaines femmes préfèrent s'avorter elles-mêmes plutôt que d'aller dans des cliniques, car elles considèrent cette méthode plus facile, plus rapide et plus conforme à leurs croyances religieuses. Elles considèrent que provoquer une fausse couche ressemble plus à des règles qu'à un "avortement".
- Médecine holistique : La préférence pour des méthodes naturelles semble correspondre à un intérêt croissant pour la médecine holistique.
Méthodes Traditionnelles et Sources d'Information
Si les études ont initialement porté sur l'utilisation du misoprostol, l'étude de l'« American Journal of Obstetrics & Gynecology » a révélé qu'un peu moins de la moitié des femmes interrogées l'avaient utilisé. Les études ne précisent pas comment les femmes ont découvert ces méthodes, mais Internet semble jouer un rôle important, notamment depuis la diffusion de deux guides d'avortement à domicile. Le premier, publié par une herboriste amateur sous le pseudonyme de Sister Zeus, offre une « bibliothèque de savoirs interdits ». Elle se décrit comme une conseillère prudente qui encourage ses lectrices à consulter des médecins pour pratiquer leurs avortements. L'autre guide, « Natural Liberty: Rediscovering Self-Induced Abortion Methods », va au-delà des remèdes à base de plantes et mentionne l'extraction menstruelle (la technique d'aspiration enseignée par Downer), l'homéopathie, l'acupuncture, le yoga, les massages, l'hypothermie et, de manière plus inquiétante, les stratégies psychiques. Publié sur papier et en ligne en 2008 par un collectif féministe basé à Las Vegas, le livre donne l'impression de dater d'avant l'arrêt Roe. Une citation de Carol Downer en quatrième de couverture constate avec inquiétude que l'avortement pourrait redevenir illégal : « Gardez ce livre et votre spéculum en lieu sûr », écrit-elle.
Efficacité et Risques des Méthodes Traditionnelles
L'efficacité de ces méthodes traditionnelles reste incertaine. Il n'existe pas de données significatives et fiables sur l'efficacité de ces techniques non médicales. Selon la base de données de Sister Zeus, sur les 149 femmes qu'elle a suivies et qui avaient confirmé leur état par des tests de grossesse, 46 % ont réussi à avorter avec des plantes.
Lorsque les auto-avortements échouent, les femmes se tournent vers des cliniques d'avortement (avec un retard qui peut entraîner des coûts plus élevés) ou poursuivent leur grossesse, ce qui peut entraîner des malformations chez l'enfant.
Dans les pays où l'avortement est illégal, l'auto-avortement peut sembler être la meilleure option. Cependant, certains médecins estiment que les femmes devraient avoir un meilleur contrôle sur les moyens d'interrompre leur grossesse, surtout au début. "Un avortement très précoce n'est pas sorcier", déclare Beverly Winikoff, médecin et co-auteur de l'étude "Reproductive Health Matters". "Plus l'avortement est pratiqué tôt, plus une femme peut le faire seule."
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Alternatives et Accès à l'Avortement Sécurisé
Il est essentiel de rappeler que l'avortement médicalisé est une option sûre et légale dans de nombreux pays. En France, par exemple, une femme qui souhaite recourir à un avortement doit prendre rendez-vous avec un médecin (généraliste ou gynécologue) ou une sage-femme exerçant dans un établissement de santé (hôpital ou clinique), un cabinet de ville, un centre de santé ou un centre de santé sexuelle (anciennement centre de planification et d'éducation familiale) ayant signé une convention avec un établissement de santé.
La demande d'IVG se fait en deux temps :
- Consultation d'information : La femme exprime sa demande d'avortement et reçoit des informations sur les différentes méthodes d'IVG (instrumentale et médicamenteuse), les lieux de réalisation, les risques et les effets secondaires possibles. Un entretien psycho-social est également proposé (obligatoire pour les mineures).
- Consentement écrit : La femme remet son consentement écrit au médecin ou à la sage-femme. Elle choisit sa méthode d'IVG et son lieu de réalisation. C'est également l'occasion de discuter de la contraception post-IVG et de réaliser un dépistage des infections sexuellement transmissibles et du cancer du col de l'utérus.
Il existe deux méthodes d'avortement : médicamenteuse ou instrumentale. Jusqu'à la 7e semaine de grossesse, la femme a le choix entre les deux méthodes. Au-delà et jusqu'à la 14e semaine de grossesse, la méthode instrumentale est privilégiée.
Contraception d'Urgence : Une Alternative Préventive
Après un rapport sexuel non protégé, la contraception d'urgence peut prévenir une grossesse non désirée. La pilule du lendemain, à prendre dans les jours suivant le rapport, empêche la fécondation. Le dispositif intra-utérin (DIU) au cuivre est également une méthode de contraception d'urgence efficace.
L'Avortement Non Sécurisé : Un Problème de Santé Publique
L'avortement non sécurisé reste l'une des principales causes de mortalité maternelle dans le monde, en particulier dans les zones de conflit ou les contextes fragiles. Une étude menée en République centrafricaine et au Nigeria a révélé jusqu'à sept fois plus de complications graves à la suite d'avortements non sécurisés dans ces régions.
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Les complications observées peuvent être dues à un manque de compétences des personnes pratiquant l'avortement, au non-respect des normes médicales et à un accès limité aux soins post-avortement.
Témoignages et Réalités du Terrain
Les témoignages de femmes ayant recours à l'avortement non sécurisé révèlent les difficultés et les risques auxquels elles sont confrontées. Elles peuvent utiliser des méthodes dangereuses, telles que l'insertion d'objets dans le vagin ou l'ingestion de préparations à base de plantes potentiellement toxiques.
Les sources d'information sur l'avortement provoqué sont souvent informelles et proviennent de membres de la famille, d'amis ou de collègues. Le partenaire intervient souvent dans le processus de décision et dans le choix de la méthode d'avortement.
Les difficultés d'accès aux méthodes contraceptives sont également à l'origine de grossesses non désirées. La peur des effets secondaires et le manque de temps pour se procurer une contraception sont des obstacles fréquemment rencontrés.
L'étude AMoCo décrit également le parcours long et difficile des femmes pour accéder à des soins post-avortement, ce qui aggrave les complications et les risques encourus. Les retards d'accès aux soins sont renforcés par le manque d'informations sur les structures de santé adéquates, le manque de moyens financiers et les difficultés de transport.
L'anémie chronique des femmes vivant dans des régions rurales pauvres peut également aggraver les complications liées à l'avortement non sécurisé.
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