L'avortement est un sujet complexe et controversé, suscitant des débats passionnés et des opinions divergentes. Cet article vise à explorer les arguments éthiques entourant l'avortement, en tenant compte des différentes perspectives et en analysant les enjeux moraux, juridiques et sociaux impliqués.

Introduction

L’avortement est un sujet de débat éthique et sociétal important depuis des siècles. Il s’agit d’un acte qui soulève des questions fondamentales sur le statut moral de l’embryon/fœtus, les droits des femmes, et le rôle de l’État dans la protection de la vie humaine.

Par avortement, nous entendons toute interruption délibérée d’une grossesse mettant un terme au développement d’un embryon/fœtus humain in utero. La question éthique centrale posée au sujet de l’avortement concerne principalement celle de la détermination du statut moral de l’embryon humain ; il s’agit en effet de savoir si les entités anténatales humaines ont un statut moral, si ce statut moral leur donne droit à la vie, et s’il est par conséquent moralement permis ou non de mettre un terme à leur développement.

Définitions et Terminologie

Afin de bien comprendre les enjeux éthiques liés à l'avortement, il est essentiel de définir certains termes clés :

  • Avortement : Interruption délibérée d'une grossesse, mettant fin au développement d'un embryon ou d'un fœtus in utero. Pour être considérée comme un avortement, la mort d’un embryon/fœtus doit avoir été causée délibérément, c’est-à-dire intentionnellement. Accoucher d’un fœtus humain mort-né n’est pas considéré comme un avortement, pas plus que ne l’est la fausse couche (nommée aussi « interruption spontanée »), ou la destruction d’embryons humains in vitro.
  • Embryon : Terme utilisé pour désigner l'enfant à naître pendant les huit premières semaines de grossesse. Le terme donné à l’enfant à naître qui se développe entre la conception et la huitième semaine de grossesse est « embryon ».
  • Fœtus : Terme utilisé pour désigner l'enfant à naître après la huitième semaine de grossesse et jusqu'à la naissance. Après la huitième semaine, et jusqu’au terme, il prend le nom de « fœtus ».
  • Personne : Entité capable de manifester certaines propriétés mentales, telles que la conscience de soi, la volonté, la capacité de prendre des décisions, de communiquer et d'entretenir des liens affectifs. La notion de personne renvoie traditionnellement à une entité capable de manifester certaines propriétés mentales : être conscient de soi (McMahan, 2002), vouloir (Quinn, 1984), prendre des décisions et faire des choix pour le futur, communiquer, transmettre son savoir mais aussi exprimer de la frustration à être privé de liberté, ou encore entretenir des liens affectifs (Jaworska, 2007). Ces critères prennent principalement leur source dans des textes de philosophie moderne où la notion de personne humaine renvoie à « un être pensant intelligent, qui a une raison et une réflexion, et qui peut se considérer lui-même, comme étant la même chose pensante à différents moments, et en différents lieux ; ce qui ne peut se produire que par la conscience, qui est inséparable de la pensée, et qui lui est essentielle…» (Locke, 1689, II, XXVII, §9, p. 335, ma traduction).

Aperçu historique et philosophique

Historiquement, le début du questionnement moral au sujet de l’embryon ne coïncide pas avec la pratique de l’avortement qui était courant dans l’Antiquité gréco-romaine (Platon, Théétète, 149d ; Hippocrate, Des Chairs, 19 ; Gourevitch, 1984, p. 220), une période où la notion de personne est encore absente des textes. Platon était favorable à l’avortement et aux infanticides des nouveau-nés malformés (La République, V, 461c) en raison de leur inutilité et de leur nuisance pour la Cité. Cette recommandation concernait aussi les enfants nés de parents de catégorie inférieure qui, dans l’intérêt de la Cité, ne devaient pas être en surnombre. Selon Aristote, l’avortement devait avoir lieu au début de la grossesse car à partir de quarante jours le fœtus commence à sentir et à se mouvoir donc à être vivant (La Politique, VII, 7, 1335b22-26 et VII, 16, 1335b23 ; De la Génération des Animaux, V, 1, 778b32-34). Tant que l’embryon ne sent pas, l’avortement peut avoir lieu. Pour Aristote, l’avortement devait être réalisé en cas de surnombre d’enfants dans une famille, le dépassement du nombre d’enfants entraînant un déficit de patrimoine, puis une hausse de la pauvreté mettant en péril l’équilibre de la Cité (La Politique, II 6, 1265b6-12 et II 7, 1266b11-13). Aristote considérait également que les parents ne devaient pas non plus avoir le droit d’élever un enfant malformé. Dans l’Antiquité, l’avortement est toujours envisagé en vertu de ce qui est le plus avantageux pour la Cité et donc comme un devoir de citoyen. Si l’avortement était interdit, ce n’était pas en raison d’un intérêt pour un droit à la vie de l’enfant à naître mais uniquement en vertu de ce que cette interdiction pouvait apporter comme avantage à la Cité (Crahay, 1941, p. 23 ; Val Viljoen, 1959 ; Bernard et al., 1989, p. 186), comme l’équilibre démographique et la paix (Bernard et al., 1989, p. 187) ; ou bien en raison du danger que l’enfant représentait pour la vie de la mère (Bernard et al., 1989, p. 190). D’ailleurs l’avortement ne devient un délit non pas en raison d’une volonté de protéger l’enfant à naître, mais uniquement lorsque cet acte ne respecte pas le droit du père à disposer de sa descendance (Glotz, 1906 ; Crahay, 1941, pp. 10 et 21-22). Le droit de vie du nouveau-né passe en effet par la reconnaissance de son père et sa volonté de l’élever, donc par sa reconnaissance sociale. L’avortement n’est pas encore associé dans l’Antiquité à un homicide puisque l’embryon est considéré comme une partie de la mère et qu’il n’est humain qu’à sa naissance ; tout comme notre droit contemporain, le Digeste de Justinien ne considère pas le fœtus comme une personne juridique (Eyben, 1980, p.

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L’intérêt moral pour l’embryon et le lien entre homicide et avortement serait apparu pour la première fois à partir de l’ère Chrétienne (Bernard et al., 1989, p. 193 ; Connery, 1977 ; Noonan, 1970). En effet, l’avortement et l’infanticide sont interdits légalement dès le IVème siècle après J.-C au motif que l’embryon est une créature de Dieu et qu’il est un être humain potentiel. Le critère aristotélicien de quarante jours, également repris par Thomas d’Aquin, est adopté officiellement par l’Église romaine catholique au Concile de Vienne (Rachels, 1993, p. 59) jusqu’en 1869. Ce n’est qu’après cette date que tout avortement effectué avant quarante jours sera condamné moralement par l’Église.

Les préoccupations morales au sujet de l’embryon prennent véritablement leur essor dans les années 60-70 au moment où la bioéthique fait son apparition et où des lois autorisant l’avortement sous certaines conditions sont votées. A cette époque, les cas juridiques mettant en conflit les droits des femmes et ceux de l’enfant à naître se multiplient (Rachels, 1989).

Aspects juridiques de l'avortement en France

La loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse ou « Loi Veil » est entrée en vigueur en France le 17 juillet 1975. La condition sous laquelle une femme pouvait recourir à l’lVG était alors la « situation de détresse » et le délai fixé à dix semaines de grossesse. Depuis 2001, ce délai a été repoussé à douze semaines et depuis 2014, la notion d’état de détresse a été supprimée.

La législation française distingue l’avortement comme interruption volontaire de grossesse (IVG), qui se pratique par voie médicamenteuse ou par une opération chirurgicale, de l’avortement comme interruption médicale de grossesse (IMG) ou « avortement thérapeutique ». L’IMG est autorisée en France depuis 1994 sans restriction de délai et peut être pratiquée uniquement pour motif médical, lorsque la vie de la mère est en danger, ou que l’enfant à naître présente ou est susceptible de présenter une anomalie sévère.

Du point de vue légal, l’avortement est toujours réputé volontaire : la notion juridique d’interruption involontaire de grossesse n’existe pas. En cas d’erreur médicale, de violences commises par un tiers sur une femme enceinte ou d’un accident de la route entraînant la mort de l’enfant à naître, aucune poursuite pénale ne sera encourue pour homicide sur ce dernier (Dekeuwer-Défossez, 2018, p. 10). La raison est que les entités anténatales ne jouissent pas de droits civiques puisque la personnalité juridique ne s’octroie qu’à la naissance. Le fait que la vie de l’embryon/foetus dépende de celle de sa mère empêche de lui conférer le statut juridique de personne et les droits civils qui en découlent.

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Parce qu’il n’est pas considéré comme une personne, l’autorité parentale sur l’embryon/fœtus humain n’existe pas légalement. Par conséquent, une femme peut prendre la décision d’avorter sans l’accord du père de l’enfant en vertu du principe hérité du droit romain qu’ « Infans pars viscerum matris » (« l’enfant (non né) est une partie du corps de la mère »). En d’autres termes, l’embryon/fœtus ne bénéficie pas en France d’un droit légal à la vie. Le Digeste de Justinien duquel est issu notre droit positif, avait posé le même principe mais pour un motif différent. Du point de vue du droit contemporain, donner un statut juridique à l’enfant qui n’est pas encore né reviendrait à mettre en péril le droit des femmes à recourir à l’IVG et à l’IMG. La question du droit légal à l’avortement est intimement reliée à celle des droits des femmes.

Cependant, un deuxième principe juridique selon lequel « infans conceptus pro nato habetur quoties de ejus commodis agitur » (« l’enfant simplement conçu est considéré comme né s’il y va de son intérêt ») vient nuancer le premier. Par exemple, un enfant qui n’est pas encore né peut, si cela est dans son intérêt, avoir le droit d’hériter de son père décédé avant sa naissance. Cependant, il faudra attendre la naissance pour que la qualité d’héritier lui soit effectivement reconnue (elle sera dans ce cas datée au moment du décès du père).

Depuis 2008, il est possible légalement d’inscrire à l’état civil français tout embryon ou fœtus mort in utero en tant qu’enfant mort-né. De plus, l’avortement est un délit en France s’il ne respecte pas certaines conditions : après douze semaines de grossesse, sauf contrainte médicale pour la mère ou l’enfant, il n’est plus permis de procéder à une IVG. A ce stade, la loi française reconnaît donc que la vie du foetus doit être respectée, sauf si la grossesse met en danger la vie de la femme, ou que le fœtus présente des anomalies graves.

S’il n’existe pas dans les textes juridiques de droit à la vie pour l’embryon/foetus, dès le début de sa vie, l’embryon a droit au respect de sa dignité et l’avortement doit rester une nécessité médicale. L’article 1er de la loi sur l’IVG affirme que « la loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie. Il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu’en cas de nécessité et selon les conditions définies par la présente loi ». De même, l’article 16 du Code Civil énonce que « la loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie ».

Arguments en faveur de l'avortement

Plusieurs arguments sont avancés pour défendre le droit à l'avortement :

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  • Autonomie corporelle : Chaque femme a le droit de décider ce qui arrive à son corps. Forcer une femme à mener une grossesse à terme viole son autonomie et son droit à disposer de son propre corps. La liberté des femmes d’avoir recours à l’avortement est aussi liée à leur capacité de contrôler leur propre sexualité.
  • Bien-être de la femme : La grossesse et l'accouchement peuvent avoir des conséquences physiques, émotionnelles et psychologiques importantes pour la femme. L'avortement peut être nécessaire pour protéger la santé et le bien-être de la femme, surtout si la grossesse est le résultat d'un viol, d'un inceste, ou si elle met sa vie en danger. Bien que les activistes anti-avortements imaginent que les femmes font souvent des décisions frivoles et irresponsable au sujet de l’avortement, les féministes reconnaissent que les femmes ont recours à l’avortement pour diverses raisons. Certaines femmes se retrouvent sérieusement malade et invalide pendant la grossesse ; elles ne peuvent pas continuer leurs emplois et font face à d’énormes difficultés pour remplir leurs responsabilités à la maison. Beaucoup d’employeur et d’écoles ne toléreront pas de grossesse chez leurs employées ou leurs étudiantes, et ce ne sont pas toutes les femmes qui peuvent suspendre leur emploi, leur carrière, ou leurs études. Les femmes ayant des moyens limités peuvent être incapables de prendre soin des enfants qu’elles ont déjà porté et elles peuvent savoir qu’avoir une autre bouche à nourrir va réduire leur capacité à pourvoir à leurs enfants existants. Des femmes qui souffrent de maladie chronique ou qui se sentent trop jeunes, ou trop vieilles, ou qui ne sont pas capable de maintenir une relation durable peuvent reconnaître qu’elle ne peuvent pas s’occuper d’un enfant pendant ce temps. Certains sont sans logis, ou dépendante aux drogues, ou sont diagnostiquées du SIDA et peuvent ne pas vouloir permettre à un enfant d’entrer dans ce monde en de telles circonstances. Si la grossessse est le fruit d’un viol ou d’un inceste, la douleur psychologique de porter l’enfant jusqu’au terme peut être insupportable, et la femme peut reconnaître que son attitude envers l’enfant après la naissance sera toujours teintée d’amertume. Certaines femmes peuvent apprendre que leurs foetus portent des anomalies chromosomiques sérieuses, et considèrent qu’il vaut mieux les prévenir plutôt que de naître dans une condition destinée à la souffrance. D’autres, sachant que les pères sont brutaux et violents, peuvent désirer ne pas soumettre l’enfant aux bastonnades et agressions incestueuses qu’elles anticipent. Certaines n’ont pas de moyens réalistes de retirer l’enfant ou elles-même de ces relations.Ou alors une femme peut simplement croire que porter un enfant est incompatible avec ses plans de vie du moment, vu qu’une grossesse a de grandes chances d’avoir des répercussions profondes sur toute la vie de la femme. Si la femme est jeune, une grossesse va très certainement réduire ses chances d’éducation et ainsi limiter sa carrière et ses opportunités de vie : “Plus une femme est enceinte tôt, et plus il y a de risques qu’elle arrête l’école. Moins elle est éduquée, plus elle est chichement payée, à la marge du marché du travail, ou au chômage, et plus elle aura d’enfants - jusqu’à trois fois plus que ses congénères employées et sans enfants. (Petchesky, 1984, p. 150) Dans beaucoup de circonstances, avoir un enfant va exacerber les forces sociales et économiques qui sont déjà alignées contre elles à cause de son sexe (et sa race, classe, âge, orientation sexuelle, handicap éventuel etc). L’accès à l’avortement est une option nécessaire pour beaucoup de femmes si elles veulent échapper aux conditions oppressantes de la pauvreté.
  • Qualité de vie de l'enfant : Si l'enfant à naître risque de souffrir de graves problèmes de santé, de handicaps sévères, ou de vivre dans des conditions de pauvreté extrême, l'avortement peut être considéré comme un acte de compassion pour éviter une vie de souffrance. Jonathan Glover soutient que nous devrions considérer comme cruciale la qualité de vie dont l’enfant à naître est susceptible de bénéficier. Autrement dit, si le fait de mettre un enfant au monde ne peut qu’entraîner pour lui une souffrance importante, un handicap très grave ou une vie de privation, Glover suggère qu’il peut être moralement justifié de choisir l’avortement, quand bien même le fœtus aurait un statut moral. Par exemple, si un fœtus se voit diagnostiquer une maladie génétique grave, entraînant des douleurs terribles ou une qualité de vie drastiquement réduite, la logique conséquentialiste justifie alors l’avortement en vue d’éviter une vie que personne, à l’évidence, ne souhaiterait mener (ou voir son enfant la mener). À ses yeux, il n’est donc pas intrinsèquement bon de mettre un enfant au monde si cette vie sera marquée par des difficultés et des souffrances insupportables.
  • Liberté de choix : Le droit à l'avortement est considéré comme un élément essentiel de la liberté de choix et de la capacité des femmes à planifier leur vie et à décider du nombre d'enfants qu'elles souhaitent avoir.

Objections aux arguments en faveur de l'avortement

Les arguments en faveur de l'avortement se heurtent à plusieurs objections :

  • Statut moral de l'embryon/fœtus : Les opposants à l'avortement soutiennent que l'embryon ou le fœtus est un être humain doté d'un droit à la vie dès la conception. Ils considèrent que l'avortement est un acte immoral qui met fin à une vie humaine innocente. L’avortement est, de loin, par le nombre, la manifestation la plus grave du mépris de la vie de l’innocent. « Dès le moment de sa conception, la vie de tout être humain doit être absolument respectée » (Donum vitae, introduction). Le concile Vatican II affirme que l’avortement est un crime abominable (cf.
  • Alternatives à l'avortement : Les opposants à l'avortement mettent en avant les alternatives telles que l'adoption, qui permet à la femme de mener sa grossesse à terme et de confier son enfant à une famille aimante.
  • Conséquences psychologiques : Certaines études suggèrent que l'avortement peut avoir des conséquences psychologiques négatives pour certaines femmes, telles que la dépression, l'anxiété et le regret. Néanmoins, il est important de noter que ces conséquences ne sont pas systématiques et que de nombreuses femmes vivent l'avortement comme une expérience positive ou neutre.

Arguments contre l'avortement

Les arguments contre l'avortement reposent principalement sur la conviction que l'embryon ou le fœtus est un être humain doté d'un droit à la vie. Cette conviction peut être fondée sur des considérations religieuses, philosophiques ou morales.

  • Sacralité de la vie : Pour certains, la vie humaine est sacrée et inviolable dès la conception. Ils considèrent que l'avortement est un acte immoral qui viole ce principe fondamental. A l’époque où Glover rédigeait son ouvrage sur les « questions de vie ou de mort » (avortement, infanticide, suicide, euthanasie, peine de mort…), un certain consensus était de mise, tant chez les esprits religieux que laïcs, pour affirmer le caractère « sacré » de la vie humaine.
  • Potentiel de vie : D'autres soutiennent que même si l'embryon ou le fœtus ne possède pas encore toutes les caractéristiques d'une personne, il a le potentiel de devenir un être humain pleinement développé. Ils considèrent que ce potentiel lui confère un droit à la vie. Glover examine par ailleurs l’argument selon lequel un embryon ou un fœtus mériterait notre considération morale la plus complète dès le moment de la conception, dans la mesure où il possède le potentiel de devenir un être humain pleinement développé.
  • Dignité humaine : Certains estiment que l'embryon ou le fœtus possède une dignité humaine intrinsèque, qui doit être respectée et protégée. Ils considèrent que l'avortement est un acte qui porte atteinte à cette dignité.

Objections aux arguments contre l'avortement

Les arguments contre l'avortement se heurtent également à des objections :

  • Droits de la femme : Les défenseurs du droit à l'avortement mettent en avant les droits de la femme à disposer de son propre corps et à prendre des décisions concernant sa santé et sa vie. Ils considèrent que l'interdiction de l'avortement viole ces droits fondamentaux.
  • Cas de viol et d'inceste : Dans les cas de viol et d'inceste, l'avortement peut être considéré comme une option justifiable pour éviter à la femme de porter l'enfant de son agresseur.
  • Qualité de vie : Si l'enfant à naître risque de souffrir de graves problèmes de santé ou de vivre dans des conditions de pauvreté extrême, l'avortement peut être considéré comme un acte de compassion pour éviter une vie de souffrance.

L'approche métaphysique et ses limites

Le fait que, d’une part, aucune position n’apparaisse plus raisonnable que l’autre et que, d’autre part, chaque position repose sur une certaine conception métaphysique de l’identité personnelle nous conduit à évaluer, la pertinence de l’approche métaphysique dans le débat sur l’avortement. Bien que la métaphysique puisse éclairer les enjeux de l’avortement de façon neutre, elle ne peut à elle seule résoudre ce débat en raison d’autres aspects essentiels d’ordre éthique, pragmatique et empirique.

La position nuancée de Jonathan Glover

Les thèses de Jonathan Glover sur l’avortement et le statut moral des embryons et des fœtus comptent, selon nous, parmi les plus nuancées et les plus convaincantes de la bioéthique contemporaine. Son approche, développée notamment dans les chapitres IX à XI de Questions de vie ou de mort, repose sur l’idée d’un gradualisme, autrement dit d’une acquisition progressive du statut moral par l’individu humain.

Une telle conception s’oppose d’emblée aux positions absolutistes souvent adoptées de part et d’autre dans les débats sur l’avortement. D’un côté, elle se démarque des thèses « pro-vie » rigoureuses défendues par certains auteurs chrétiens comme Paul Ramsey, pour qui la vie humaine possède un caractère sacré dès la conception. De l’autre, elle s’oppose aux positions ultra-permissives portées, par exemple, par Michael Tooley, qui soutient que ni les fœtus ni même les nouveau-nés ne possèdent de droit moral à la vie en l’absence d’une conscience de soi. Glover critique ces deux approches en soulignant leurs excès respectifs : l’une en absolutisant la vie embryonnaire sans considération pour la complexité des situations vécues, l’autre en négligeant les intuitions morales que suscitent certains stades de développement. En ce sens, le cadre gradualiste qu’il propose, fondé sur l’émergence progressive de certaines capacités morales (comme la sensibilité, la mémoire ou la conscience), le conduit à reconnaître que l’acceptabilité morale de l’avortement varie en fonction du moment où il intervient.

Glover plaide donc en faveur d’une reconnaissance progressive du statut moral, qui augmente à mesure que le fœtus se développe. S’il juge absolument vaine toute tentative de déterminer le moment précis où advient une personne, cela ne le conduit pas pour autant au scepticisme au sujet de l’avortement. Au contraire, ce gradualisme lui permet de valider un jugement largement partagé aujourd’hui, à savoir « qu’un avortement précoce ne comporte rien d’immoral en soi, mais que les avortements sont d’autant plus graves qu’ils ont lieu plus tardivement ».

L’approche de l’avortement développée par Glover s’avère globalement conséquentialiste. Plutôt que de considérer l’avortement comme intrinsèquement bon ou mauvais en fonction d’un principe moral intangible (comme la « sacralité de la vie »), Glover préfère évaluer l’acceptabilité morale de l’avortement en considérant les conséquences de la poursuite ou de l’interruption d’une grossesse. Cela le conduit à prendre en compte la qualité de vie probable de l’enfant à naître, les conséquences d’un avortement pour la mère, ainsi que certaines répercutions sociales et éthiques plus larges.

Privilégier la qualité de la vie sur le simple fait d’être en vie, c’est reconnaître qu’il peut exister des conditions dans lesquelles une vie n’est pas (ou ne serait pas) « digne d’être vécue » (ou « ne vaudrait pas la peine d’être vécue »). Glover n’hésite pas à affirmer que si la vie de l’enfant à naître a toutes les chances de se situer en dessous d’un tel seuil, il est alors plus moral d’avorter que de condamner un être à une vie qu’il n’éprouvera probablement pas lui-même comme désirable.

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