En France, la loi Veil de 1975 a dépénalisé l'interruption volontaire de grossesse (IVG), mais cinquante ans plus tard, des femmes françaises se rendent encore à l'étranger pour avorter, car elles ont dépassé le délai légal. Cet article explore les raisons de ce phénomène, les difficultés rencontrées par ces femmes et le rôle des Pays-Bas comme destination privilégiée pour l'IVG tardive.
Pourquoi l'IVG à l'étranger ?
Plusieurs facteurs expliquent pourquoi des Françaises choisissent d'avorter à l'étranger. Le principal est le dépassement du délai légal français, qui est de 14 semaines de grossesse depuis le 2 mars 2022. Avant cette date, il était de 12 semaines. Cette limite peut être trop courte pour certaines femmes, notamment celles qui :
- Font un déni de grossesse.
- Se trouvent dans des situations sociales difficiles (violences, viols).
- Ont des règles irrégulières et ne se rendent pas compte rapidement qu'elles sont enceintes.
- Confondent les règles avec des saignements liés à d'autres causes.
- Sont issues de familles maltraitantes et ont du mal à parler de leur grossesse.
- Croient à des rumeurs infondées sur la stérilité liée à la contraception d'urgence ou aux IVG antérieures.
En France, il s'écoule en moyenne trois semaines entre le premier rendez-vous et l'intervention, ce qui peut poser problème si la femme se présente juste avant la date limite, surtout en été.
Les Pays-Bas : Une Destination Clé
Les Pays-Bas sont une destination privilégiée pour les Françaises souhaitant avorter au-delà du délai légal français. Le délai légal aux Pays-Bas est de 22 semaines d'aménorrhée. De plus, les Pays-Bas ont une longue tradition d'ouverture et de libéralisme en matière de droits reproductifs.
La Beahuis & Bloemenhovekliniek, située à Heemstede près de Haarlem, est un établissement de référence pour l'IVG tardive. En 2008, cette clinique pratiquait 68 % des IVG du deuxième trimestre réalisées aux Pays-Bas, et 30 % de ses patientes étaient françaises, soit 1 238 interventions. La clinique dispose d'un site web en sept langues et son personnel parle français.
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La Méthode Finks
La Beahuis & Bloemenhovekliniek est la seule clinique qui utilise la "méthode Finks" pour les IVG tardives du deuxième trimestre (entre 18 et 22 semaines d'aménorrhée). Cette technique se déroule en deux temps :
- Premier temps : Administration de misoprostol pour dilater le col de l'utérus et provoquer des contractions. Le médecin coupe ensuite le cordon ombilical et rompt la poche des eaux, ce qui provoque la mort du fœtus et une fausse couche. La patiente est sous anesthésie générale légère ("narcose").
- Second temps : Dilatation du col et extraction du fœtus et du placenta à la pince. Vérification de la vacuité utérine à l'échographie. Cette étape dure environ 15 minutes.
Pour les femmes qui n'ont pas dépassé 18 semaines d'aménorrhée, la technique est similaire, mais elles peuvent quitter la clinique trois heures après l'intervention.
Les Coûts et les Difficultés Financières
Avorter à l'étranger représente un coût important pour les femmes concernées. Bien que l'IVG soit gratuite en France depuis 2016, ce n'est pas le cas lorsque l'intervention est pratiquée à l'étranger. Les coûts comprennent :
- L'intervention elle-même (entre 780 et 965 euros aux Pays-Bas en 2022, selon le stade de la grossesse).
- Le transport (bus, train, essence, péages).
- L'hébergement.
- Les repas.
Certaines femmes se retrouvent dans des situations financières précaires et doivent trouver des solutions pour financer leur IVG. Des associations comme le Planning Familial mettent en place des caisses de solidarité pour les aider, mais ces fonds sont limités. Il a été supposé que certaines femmes se prostituent afin de payer leur IVG.
Le Rôle du Planning Familial
Le Planning Familial joue un rôle essentiel dans l'information, l'orientation et l'accompagnement des femmes souhaitant avorter, y compris celles qui doivent se rendre à l'étranger. L'association :
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- Fournit des informations sur les délais légaux et les cliniques pratiquant l'IVG à l'étranger.
- Oriente les femmes vers les cliniques adaptées à leur situation.
- Met en place des caisses de solidarité pour aider financièrement les femmes.
- Plaide pour l'allongement du délai légal d'avortement en France.
Défis et Menaces
L'accès à l'IVG aux Pays-Bas n'est pas sans défis. Thea Schipper, directrice de la Beahuis & Bloemenhovekliniek, s'inquiète du manque de relève chez les médecins pratiquant l'IVG. Elle craint qu'à terme, il ne soit plus possible de pratiquer des IVG aux Pays-Bas. De plus, l'arrivée de l'Union chrétienne au gouvernement néerlandais menace le droit à l'IVG.
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