Introduction
La loi Veil du 17 janvier 1975 a marqué un tournant décisif dans l'histoire des droits des femmes en France, en légalisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Avant cette date, l'avortement était illégal, contraignant les femmes à recourir à des pratiques clandestines souvent dangereuses. Cet article explore l'évolution de l'accès à l'IVG, depuis les risques encourus avant la loi Veil jusqu'aux progrès réalisés dans la prise en charge des femmes souhaitant avorter, en mettant en lumière le rôle crucial des médecins généralistes et des sages-femmes dans ce parcours.
L'avant-loi Veil : clandestinité et risques
Avant la loi Veil, l'avortement était illégal, ce qui n'empêchait pas les femmes de chercher à interrompre une grossesse non désirée. Des médecins ont osé aider des femmes en détresse en pratiquant clandestinement des IVG. Ces interventions se déroulaient dans des conditions précaires, avec des risques considérables pour la santé des femmes. Daniel Balvet, jeune généraliste de 28 ans installé à Lyon, a réalisé clandestinement son premier avortement en 1972, avec un ami et confrère, Michel Debout. Ils utilisaient du matériel médical bricolé en suivant une technique transmise par des militants de Grenoble qui l'ont eux-mêmes apprise à Londres. Ils entendaient montrer que l'avortement pouvait être une pratique sûre et encadrée. Objectif : faire bouger la société.
La loi Veil : une avancée majeure
La loi Veil a mis un terme à cette situation en dépénalisant l'avortement. Quand la loi Veil est adoptée, "bien sûr, on s'est réjoui", dit l'ancien médecin. Elle a permis de sortir l'IVG de la clandestinité et d'offrir aux femmes un accès à des soins médicaux sûrs et légaux. Cette loi a été le fruit de mois de débats houleux, mais elle a finalement permis de reconnaître le droit des femmes à disposer de leur corps.
L'évolution de la prise en charge de l'IVG
Depuis 1975, la prise en charge de l'IVG a considérablement évolué. À Lyon, où les différents centres d'IVG des Hospices Civils de Lyon travaillent en réseau, les patientes bénéficient d'une prise charge intégrale. "Elles ont leur échographie de datation sur place. Elles n'ont pas besoin de voir des praticiens qui ne travailleraient pas dans un service d'IVG. Plus besoin du certificat initial. Elles ont leur entretien psychologique sur place et la visite de contrôle dans le service", détaille-t-elle. Le service d'orthogénie dispose d'un secrétariat dédié avec du personnel formé. Le docteur Julie Perlier, gynécologue médicale à l'hôpital Édouard Herriot de Lyon, pratique des IVG depuis 20 ans et a fait ses débuts à l'Hôtel-Dieu. Elle a vu la prise en charge évoluer, notamment aux HCL. Elle est aujourd'hui responsable du plus important centre IVG de Lyon. Au fil des années, ce médecin a constaté que la prise en charge des femmes souhaitant avorter avait fait d'importants progrès.
L'IVG instrumentale : un décret pour faciliter l'accès
Un décret fort contesté dans sa première version en décembre, désormais revu, devrait « faciliter l’accès » à l’avortement, sachant que les IVG instrumentales représentent environ 20 % des IVG pratiquées. Les sages-femmes spécialement formées pourront en effet pratiquer l’IVG instrumentale en établissement de santé, et ce dans les mêmes conditions de sécurité que les médecins, en vertu d’un décret paru ce mercredi. Ce dernier simplifie les procédures. Le décret « définit de nouvelles conditions de formation des professionnels et des conditions d’organisation plus simples », précise le ministère délégué à la Santé Frédéric Valletoux dans un communiqué. « Les modalités de prise en charge ainsi que la procédure en cas de complications seront désormais identiques quel que soit le professionnel réalisant l’acte d’IVG instrumentale, reconnaissant par là même pleinement le rôle et l’expertise des sages-femmes », poursuit-il.
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La première version du décret, publiée mi-décembre, avait été très critiquée par les organisations de sages-femmes car elle prévoyait des conditions d’exercice « restrictives », allant bien au-delà des garde-fous aujourd’hui exigés lorsque le geste est effectué par un gynécologue ou un médecin généraliste. Le décret de décembre requerrait notamment la présence simultanée dans l’établissement d’un médecin spécialiste en orthogénie, d’un gynécologue obstétricien, d’un anesthésiste et d’un plateau d’embolisation (pour gérer des complications rarissimes), des conditions auxquelles répondent seulement les grandes maternités, notamment celles des CHU…Ces conditions allaient aussi au-delà de celles exigées pour les accouchements, pourtant plus à risque selon les professionnelles. Les sages-femmes et des associations de lutte pour les droits des femmes avaient rapidement dénoncé un texte « contre-productif », allant « à l’encontre de ses objectifs », puisqu’il ne permettait pas de développer l’accès à l’avortement dans les déserts médicaux. Le nouveau décret supprime ces conditions restrictives.
Les enjeux actuels
Bien que des progrès considérables aient été réalisés, des défis persistent. Cette praticienne voit aujourd’hui arriver dans son service des jeunes filles qui ont de fortes interrogations sur la contraception hormonale et des craintes pour leur santé. Il est essentiel de continuer à informer et à accompagner les femmes dans leurs choix en matière de contraception et d'IVG. "Toute femme fertile peut être confrontée un jour à une grossesse non désirée. 40 % des femmes ont une grossesse non désirée dans leur vie. C'est un vrai enjeu de santé publique. On a tout intérêt à les informer, les accueillir, bien les prendre en charge. Ce sont souvent des gens qui n'ont pas eu accès à la contraception".
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