L'avortement, un sujet de débat éthique et sociétal complexe, est régi par des législations variées à travers le monde. Cet article se penche sur la situation en Lituanie, en la replaçant dans le contexte plus large de l'Europe, où les lois et les pratiques relatives à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) présentent une mosaïque de réglementations et d'accès.
La situation actuelle en Lituanie
En Lituanie, l'IVG est actuellement autorisée jusqu'à la 12e semaine de grossesse, sur simple demande de la femme. Environ 10 000 avortements sont pratiqués chaque année dans ce pays de 3 millions d'habitants. Cependant, cette situation pourrait évoluer. Une proposition de loi visant à interdire l'avortement, calquée sur la législation polonaise, a été soumise au Parlement par la minorité polonaise. Bien que renvoyée en commissions parlementaires pour un examen plus approfondi, cette initiative témoigne des tensions persistantes autour de cette question sensible.
Un panorama européen contrasté
La Lituanie se situe dans un contexte européen où l'accès à l'IVG est loin d'être uniforme. Sur 25 des 27 États membres de l'Union européenne, l'IVG est légalisée ou dépénalisée sans condition. Les délais maximaux pour avorter varient considérablement, allant de 10 semaines d'aménorrhée au Portugal à 24 semaines aux Pays-Bas (voire plus longtemps si le fœtus n'est pas considéré comme viable hors de l'utérus). La France, par exemple, a étendu le délai légal d'IVG à quatorze semaines de grossesse en 2022.
Certains pays ont récemment fait évoluer leur législation. Le Luxembourg a dépénalisé l'avortement en 2014, autorisant l'IVG jusqu'à 12 semaines. Chypre a suivi en 2018, permettant l'avortement jusqu'à 12 semaines sans justification. L'Irlande, autrefois l'un des pays les plus restrictifs d'Europe, a légalisé l'avortement en 2019, autorisant l'IVG sans condition jusqu'à 12 semaines et jusqu'à 24 semaines en cas de risque pour la vie ou la santé de la femme. La Finlande a également légalisé et rendu gratuit l'avortement sur demande au cours des 12 premières semaines de grossesse en 2023.
Les exceptions et les restrictions
Malgré cette tendance à la légalisation, des exceptions notables subsistent. L'Allemagne, par exemple, interdit théoriquement l'avortement sauf en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère, mais aucune sanction n'est prévue en cas d'avortement réalisé avant 12 semaines de grossesse. Malte, jusqu'en 2023, était le dernier État membre de l'UE où l'avortement était totalement interdit, mais a depuis autorisé l'avortement si la vie de la femme est en danger et que le fœtus n'est pas viable.
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La Pologne est un cas particulièrement préoccupant. Depuis 2021, l'avortement n'y est autorisé qu'en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère, suite à une décision controversée du Tribunal constitutionnel qui a supprimé la possibilité d'avorter en cas de malformation grave du fœtus. Cette restriction sévère a été critiquée par des organisations internationales comme une violation des droits de l'homme.
Les clauses de conscience et les obstacles pratiques
Même dans les pays où l'IVG est légale, son accès peut être entravé par divers obstacles. Les médecins peuvent invoquer la "clause de conscience" pour refuser de pratiquer un avortement, une disposition prévue dans 23 pays européens, dont la France. En Italie, par exemple, le taux de médecins objecteurs de conscience est très élevé, ce qui rend l'accès à l'IVG difficile dans certaines régions.
De plus, des obstacles pratiques tels que le manque d'établissements de santé pratiquant l'IVG, les délais d'attente, les coûts non remboursés et les exigences procédurales (périodes de réflexion, consultations psychologiques obligatoires) peuvent limiter l'accès effectif à l'avortement.
Les mouvements pro-choix et anti-IVG
La question de l'avortement est au cœur d'un affrontement entre les mouvements pro-choix, qui défendent le droit des femmes à disposer de leur corps et à choisir d'interrompre ou non une grossesse, et les mouvements anti-IVG, qui considèrent l'avortement comme un acte immoral et une atteinte à la vie humaine.
Les mouvements anti-IVG sont de plus en plus actifs en Europe, cherchant à restreindre l'accès à l'avortement par divers moyens : lobbying politique, campagnes de désinformation, pressions sur les professionnels de santé, etc. En Espagne, par exemple, un projet de loi visant à restreindre l'accès à l'IVG a été retiré en 2014 suite à de fortes mobilisations, mais une loi interdisant aux mineures d'avorter sans le consentement de leurs parents a été adoptée en 2015.
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La constitutionnalisation de l'IVG en France : un signal fort
Face à ces menaces, certains pays ont pris des mesures pour renforcer la protection du droit à l'avortement. En France, l'inscription de la "liberté garantie" à l'avortement dans la Constitution en 2024 constitue un signal fort. Cette décision vise à consolider le droit à l'IVG face aux remises en question potentielles et à envoyer un message de solidarité aux femmes du monde entier.
L'appel à une protection européenne
Dans le sillage de la constitutionnalisation de l'IVG en France, de nombreuses voix s'élèvent pour demander une protection européenne du droit à l'avortement. L'inscription du droit à l'avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne est perçue comme un moyen de garantir ce droit de manière irréversible pour toutes les femmes européennes.
Le Parlement européen a exprimé son souhait d'inclure le droit à l'avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l'UE. Des associations féministes et des syndicats appellent également à cette inscription, soulignant la nécessité de protéger les droits des femmes partout en Europe.
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