Gisèle Halimi, née Zeiza Gisèle Élise Taïeb à La Goulette, en Tunisie, d'un père berbère et d'une mère juive, est une figure incontournable du féminisme et de la lutte pour les droits des femmes. Avocate, militante et femme politique, elle a marqué l'histoire par son engagement indéfectible en faveur de l'égalité et de la justice. Son nom reste indissociable de la dépénalisation de l'avortement en France, notamment grâce à son rôle déterminant lors du procès de Bobigny en 1972. Décédée le 28 juillet 2020 à Paris, son héritage continue d'inspirer les générations actuelles et futures. Un hommage national lui a été rendu le 8 mars 2023, lors de la Journée internationale des droits des femmes.

Une jeunesse marquée par la lutte contre les inégalités

Dès son plus jeune âge, Gisèle Halimi s'intéresse à la cause féminine, aux droits des peuples et aux libertés fondamentales. À 11 ans à peine, elle se dresse déjà contre la domination masculine au sein de sa famille et entame une grève de la faim pour ne pas avoir à servir ses frères. Le patriarcat ne lui imposera pas non plus de se marier à 15 ans. Elle étudiera ! Cette soif de justice et de liberté la pousse à poursuivre des études de droit. Elle devient avocate en 1948, s’inscrit en 1949 au barreau de Tunis et en 1956 au barreau de Paris.

L'engagement pour les droits des peuples et contre la torture

Gisèle Halimi politise son action, s’engage dans la défense des militants des mouvements de libération nationale en Tunisie et en Algérie, et dénonce les crimes de la décolonisation. À partir de 1956, elle s’engage pour la défense des militants du mouvement national algérien. Elle fait effondrer le système des aveux en dénonçant les tortures pratiquées par l’armée française. Elle devient alors l’une des avocats principales du Front de Libération National (FLN). Elle défendra d’ailleurs Djamila Boupacha, militante du MNA (Mouvement National Algérien), violée et torturée par des soldats de l’armée française. Avec Simone De Beauvoir, elles mobiliseront l’opinion publique notamment sur les tortures endurées par Djamila Boupacha. Elle fait effondrer le système des aveux en dénonçant les tortures pratiquées par l’armée française.

Le procès de Bobigny : un tournant décisif dans la lutte pour l'avortement

Les années 1970 marquent un tournant dans l'engagement de Gisèle Halimi en faveur des droits des femmes, notamment en matière de contraception et d'avortement. En 1971, elle est signataire du « Manifeste des 343 » femmes qui déclarent avoir avorté et réclament le droit à l’accès aux moyens de contraception et à l’avortement. Cette même année, elle fonde avec Simone de Beauvoir, le mouvement féministe « Choisir la cause des femmes ».

C'est en 1972 que Gisèle Halimi se distingue lors du procès de Bobigny. Il y a 49 ans, durant l'automne 1972, à 13 km d'ici, au tribunal de Bobigny, cinq femmes dont une mineure sont inculpées et jugées pour avortement illégal. Elle assure la défense de Marie-Claire Chevalier, une jeune fille de 16 ans ayant avorté suite à un viol, ainsi que de sa mère, Michèle Chevalier, et de trois autres femmes majeures accusées de complicité. À l'époque, l'avortement est illégal en France, et plus de 500 femmes sont condamnées chaque année pour cet acte. Marie-Claire risquait jusqu’à 2 ans de prison et 20 000 francs d’amende.

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Gisèle Halimi transforma ce "fait divers" en véritable procès politique en faveur de la légalisation de l'avortement. Durant ce procès très médiatisé et dans un contexte post-soixante-huitard où la lutte des femmes est croissante, Gisèle HALIMI réalise une plaidoirie magistrale devenue historique pour réclamer la relaxe de ses clientes. Elle insiste notamment sur l'aspect d'inégalité sociale du problème. « C’est toujours la même classe, celle des femmes pauvres, vulnérables économiquement et socialement, cette classe des sans-argent et des sans-relations qui est frappée ». Elle convoque à la barre des témoins reconnus : des hommes et des femmes de lettres, des femmes politiques de tous bords. Rapidement, le procès gagne la rue. L’enjeu du procès devient celui de la culture du viol, à l’opposé des rapports homme-femme fondés sur l’amour, le respect et l’égalité.

Relaxée ! Le 11 octobre 1972, Marie-Claire Chevalier, 16 ans, et son avocate, Gisèle Halimi, remportent une première victoire dans le combat pour la légalisation de l’IVG (interruption volontaire de grossesse). C’est une victoire au goût amer. Certes, Marie-Claire Chevalier ressort libre de la salle d’audience, car les juges considèrent qu’elle a souffert de contraintes d’ordre moral, social, familial, auxquelles elle n’avait pu résister, qui l’ont poussée à interrompre sa grossesse. Mais les quatre femmes qui l’ont soutenue dans son avortement, dont sa mère, restent inculpées pour complicité. L'IVG est toujours illégal. Quant au viol, il n’a alors pas de définition dans le droit français. Le statut de victime de Marie-Claire n’est pas reconnue. Au final, même si elle n'obtient pas la relaxe pleine et entière pour les cinq prévenues, trois seront relaxées. Les deux peines prononcées par ailleurs sont si symboliques que le verdict ne peut que faire jurisprudence pour la suite : il sera désormais impossible, en France, de condamner l'avortement.

Elle défend alors une adolescente de 17 ans, Marie-Claire Chevalier, jugée pour avoir avorté après un viol, ainsi que sa mère, qui l’avait aidée dans cette procédure, alors illégale en France. Quand Marie-Claire Chevalier est finalement relaxée, Gisèle Halimi le clame haut et fort devant les caméras : « Ce jugement est (…) un pas irréversible vers un changement de la loi. » A la suite de cette victoire, les condamnations pour avortement vont chuter en France, jusqu’à sa légalisation, en 1975, avec la loi Veil.

L'engagement politique et la lutte pour la parité

Par la suite, c’est dans la sphère politique qu’elle s’investit en tant que députée entre 1981 et 1984 avec, notamment, la bataille pour l’abolition de la peine de mort en 1981. Élue députée de l’Isère (liée au PS) en 1981, Gisèle Halimi poursuit son combat à l’Assemblée, pour le remboursement de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), finalement voté en 1982. Avant de prendre ses distances avec le Parti socialiste après son élection à l’Assemblée, elle y votera, avec un amendement établissant des quotas de femmes aux élections (parité). Elle consacre les années suivantes à se battre aux côtés du mouvement pour la parité homme/femme en politique, un combat qui lui tenait à cœur. En 1985, elle est nommée ambassadrice de France auprès de l’UNESCO, servant d’avril 1985 à septembre 1986. Elle a présidé le Comité de l’UNESCO sur les conventions et recommandations jusqu’en 1987.

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