L'avortement est un sujet complexe, tant sur le plan médical qu'éthique. Il est essentiel de comprendre les différences entre embryon et fœtus pour appréhender les enjeux liés à l'interruption de grossesse, qu'elle soit spontanée ou volontaire. Cet article vise à éclairer ces distinctions et à présenter les différents aspects de l'avortement, en France et dans le monde.
Fausse couche : Avortement Spontané
La fausse couche, également appelée avortement spontané, est une complication fréquente de la grossesse. On estime que 15 à 20 % des grossesses s'interrompent spontanément au cours du premier trimestre.
Définition
On parle de fausse couche ou d'avortement spontané lorsque l'embryon ou le fœtus est expulsé spontanément avant qu'il ne soit viable, c'est-à-dire avant 22 semaines d'aménorrhée. Si l'avortement spontané survient avant 12 semaines d'aménorrhée, il s'agit d'une fausse couche précoce. Passé le premier trimestre de grossesse et jusqu'au seuil de viabilité (22-24 semaines d'aménorrhée), on parle de fausse couche tardive.
Symptômes et Diagnostic
Le médecin constate l'interruption de la grossesse grâce à une échographie. Souvent, la grossesse passe inaperçue en raison d'une fausse couche survenue très précocement.
Traitements
Si la fausse couche survient de façon très précoce (avant 8 semaines d'aménorrhée), l'expulsion complète de l'œuf se fait généralement de façon naturelle. Dans d'autres cas, un curetage peut être nécessaire. Le curetage est une intervention chirurgicale pratiquée par un gynécologue-obstétricien qui consiste à retirer par aspiration le contenu de l'utérus après une fausse couche ou un œuf clair. Généralement réalisée en ambulatoire et sous anesthésie générale, l'opération dure en moyenne 30 minutes.
Lire aussi: L'avortement aux États-Unis : une analyse juridique
Grossesse après une fausse couche
Du point de vue technique, une grossesse est tout à fait possible après un avortement spontané. Toutefois, un curetage peut provoquer des lésions de l'endomètre.
Interruption Volontaire de Grossesse (IVG)
L'interruption volontaire de grossesse (IVG), ou avortement, est un droit fondamental pour les femmes en France. La loi encadre strictement les conditions dans lesquelles une IVG peut être pratiquée.
Législation Française
La loi autorisant l'interruption volontaire de grossesse ou « Loi Veil » est entrée en vigueur en France le 17 juillet 1975. La condition sous laquelle une femme pouvait recourir à l’IVG était alors la « situation de détresse » et le délai fixé à dix semaines de grossesse. Depuis 2001, ce délai a été repoussé à douze semaines et depuis 2014, la notion d’état de détresse a été supprimée. La loi du 4 août 2014 a supprimé définitivement la « situation de détresse ».
La législation française distingue l’avortement comme interruption volontaire de grossesse (IVG), qui se pratique par voie médicamenteuse ou par une opération chirurgicale, de l’avortement comme interruption médicale de grossesse (IMG) ou « avortement thérapeutique ». L’IMG est autorisée en France depuis 1994 sans restriction de délai et peut être pratiquée uniquement pour motif médical, lorsque la vie de la mère est en danger, ou que l’enfant à naître présente ou est susceptible de présenter une anomalie sévère.
Méthodes d'IVG
Il existe deux méthodes d'IVG :
Lire aussi: Tout savoir sur les caillots après une interruption de grossesse
- IVG médicamenteuse : Elle repose sur deux médicaments, la mifépristone et le misoprostol. La mifépristone bloque la progestérone, une hormone essentielle à la poursuite de la grossesse, et le misoprostol déclenche des contractions pour expulser l'embryon.
- IVG chirurgicale : Elle consiste en une aspiration du contenu utérin.
En l'absence de contre-indication médicale, les femmes doivent pouvoir choisir la méthode de l'IVG, en fonction du terme de la grossesse, et recevoir une information détaillée pour faire ce choix de manière éclairée.
Idées reçues sur l'IVG
De nombreuses idées fausses circulent sur l'IVG. Il est important de les déconstruire pour une information claire et objective :
- "L'IVG rend stérile ou diminue la fécondité" : FAUX. L'avortement (IVG), réalisé dans de bonnes conditions (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme cela est possible en France, n'a pas d'impact sur la fertilité de la femme. La fertilité revient rapidement après un avortement, c'est pour cette raison que l'utilisation d'une contraception doit être envisagée dès le premier jour de l'interruption de la grossesse, si besoin.
- "L’IVG produit un dérèglement hormonal." : FAUX. Le système hormonal se régule rapidement après une IVG, et les règles reviennent dans un délai de 4 à 6 semaines.
- "L'avortement provoque des troubles psychiques" : FAUX. Il n'existe pas de pathologie psychologique spécifique au décours d'une IVG.
- "L'IVG est utilisée seulement par les femmes qui n'ont pas de moyen de contraception" : FAUX. Dans un peu plus de deux cas sur trois, les femmes qui ont recours à une IVG utilisaient un moyen de contraception qui n'a pas fonctionné (rupture de préservatif, oubli de pilule, etc.).
- "Les mineures doivent demander l'accord de leurs parents" : FAUX. En France, une femme mineure, enceinte et qui souhaite interrompre sa grossesse, peut demander une IVG auprès d'un médecin ou d'une sage-femme. Aucune justification n'est nécessaire et aucun accord d'une autre personne (parent ou conjoint) que la femme elle-même n'est requis. La seule obligation pour les femmes mineures est d'être accompagnée d'une personne majeure de son choix.
- "L'IVG médicamenteuse est une méthode plus simple que l'IVG instrumentale" : FAUX. Pas pour toutes les femmes. En effet, chacune des méthodes présente des avantages et des inconvénients qui seront à discuter avec le professionnel de santé.
Accès à l'information et au soutien
En France, de nombreuses ressources sont disponibles pour les femmes qui s'interrogent sur l'IVG. Le Planning familial est un réseau de plus de 80 associations qui informent et orientent sur des questions liées aux sexualités, la contraception, l’avortement, la prévention des violences sexistes et sexuelles et la promotion de l’égalité de genre, sur tout le territoire français.
Embryon et Fœtus : Définitions et Différences
Il est crucial de distinguer les termes d'embryon et de fœtus pour comprendre les enjeux liés à l'avortement.
Embryon
Un embryon est un organisme en cours de développement, depuis la première division du zygote (l’œuf fécondé) jusqu’à la formation des principaux organes. Dans l’espèce humaine, cette période dure huit semaines (ce qui correspond à dix semaines d’aménorrhée).
Lire aussi: Front Uni pour l'Avortement
Fœtus
Passée cette date, et jusqu’à l’accouchement, l’embryon devient un fœtus. Le passage de l’embryon au fœtus se fait quand l’organogénèse (formation des tissus et des organes) est terminée, soit à la fin de la 8ème semaine.
Statut moral et juridique
La question éthique centrale posée au sujet de l’avortement concerne principalement celle de la détermination du statut moral de l’embryon humain ; il s’agit en effet de savoir si les entités anténatales humaines ont un statut moral, si ce statut moral leur donne droit à la vie, et s’il est par conséquent moralement permis ou non de mettre un terme à leur développement.
Du point de vue légal, l’avortement est toujours réputé volontaire : la notion juridique d’interruption involontaire de grossesse n’existe pas. En cas d’erreur médicale, de violences commises par un tiers sur une femme enceinte ou d’un accident de la route entraînant la mort de l’enfant à naître, aucune poursuite pénale ne sera encourue pour homicide sur ce dernier. La raison est que les entités anténatales ne jouissent pas de droits civiques puisque la personnalité juridique ne s’octroie qu’à la naissance. Le fait que la vie de l’embryon/foetus dépende de celle de sa mère empêche de lui conférer le statut juridique de personne et les droits civils qui en découlent. Parce qu’il n’est pas considéré comme une personne, l’autorité parentale sur l’embryon/fœtus humain n’existe pas légalement.
En France, l’embryon/fœtus ne bénéficie pas d’un droit légal à la vie. Cependant, un deuxième principe juridique selon lequel « infans conceptus pro nato habetur quoties de ejus commodis agitur » (« l’enfant simplement conçu est considéré comme né s’il y va de son intérêt ») vient nuancer le premier. Par exemple, un enfant qui n’est pas encore né peut, si cela est dans son intérêt, avoir le droit d’hériter de son père décédé avant sa naissance. Cependant, il faudra attendre la naissance pour que la qualité d’héritier lui soit effectivement reconnue.
Le Débat Philosophique et Éthique sur l'Avortement
La question de l'avortement suscite de vifs débats philosophiques et éthiques, notamment en ce qui concerne le statut moral de l'embryon et du fœtus.
Arguments en faveur de l'avortement
Les arguments en faveur de l'avortement mettent en avant le droit des femmes à disposer de leur corps et à choisir si elles souhaitent mener une grossesse à terme. Ils soulignent également les difficultés économiques et sociales que peuvent rencontrer les femmes qui ne souhaitent pas avoir d'enfant.
Arguments contre l'avortement
Les arguments contre l'avortement mettent en avant le droit à la vie de l'embryon et du fœtus, considérés comme des êtres humains dès la conception. Ils soulignent également les conséquences psychologiques négatives que peut avoir un avortement sur les femmes.
La notion de personne
La notion de personne renvoie traditionnellement à une entité capable de manifester certaines propriétés mentales : être conscient de soi, vouloir, prendre des décisions et faire des choix pour le futur, communiquer, transmettre son savoir mais aussi exprimer de la frustration à être privé de liberté, ou encore entretenir des liens affectifs. Ces critères sont néanmoins discutables en ce qu’ils excluent les jeunes enfants, les individus dans le coma ou ayant un handicap cognitif sévère.
L'histoire de l'avortement
Historiquement, le début du questionnement moral au sujet de l’embryon ne coïncide pas avec la pratique de l’avortement qui était courant dans l’Antiquité gréco-romaine, une période où la notion de personne est encore absente des textes. Platon était favorable à l’avortement et aux infanticides des nouveau-nés malformés en raison de leur inutilité et de leur nuisance pour la Cité. Selon Aristote, l’avortement devait avoir lieu au début de la grossesse car à partir de quarante jours le fœtus commence à sentir et à se mouvoir donc à être vivant.
L’intérêt moral pour l’embryon et le lien entre homicide et avortement serait apparu pour la première fois à partir de l’ère Chrétienne. En effet, l’avortement et l’infanticide sont interdits légalement dès le IVème siècle après J.-C au motif que l’embryon est une créature de Dieu et qu’il est un être humain potentiel.
L'Avortement dans le Monde : Un Droit Menacé
Le droit à l’avortement est un droit fondamental, constitutif avec la contraception de l’émancipation des femmes, donc de leur liberté et de la lutte pour l’égalité femmes-hommes. Interdire le droit à l’IVG n’empêche pas les femmes d’avorter, mais les place dans l’illégalité et les conduit à la clandestinité.
Depuis quelques années, ce droit fait l’objet de menaces régulières. Le 24 juin 2022, la Cour Suprême des États-Unis provoquait la stupeur partout dans le monde en annulant l’arrêt Roe vs Wade, qui avait ouvert le droit à l’avortement en 1973. Depuis le jeudi 15 septembre 2022, en Hongrie, les femmes souhaitant avoir recours à une IVG (interruption volontaire de grossesse) doivent désormais être confrontées «aux fonctions vitales du fœtus», en écoutant les battements de son cœur. L’Italie pourrait être le prochain pays sur la liste de ceux limitant ou interdisant ce droit fondamental.
Ces évolutions juridiques constatées en Europe, et outre-Atlantique, doivent nous alerter sur les ambitions des mouvements conservateurs envers le droit à l’avortement.
En France, 8 personnes sur 10 sont favorables à la constitutionnalisation du droit à l’avortement. Depuis de nombreuses années, la Fondation des Femmes et les associations de défense de droits des femmes travaillent activement auprès du gouvernement pour faire de l’inscription de ce droit dans la Constitution, une réalité.
Grossesse non évolutive
La grossesse non évolutive est un phénomène qui touche une femme sur quatre au moins une fois dans sa vie. On parle couramment de fausse couche spontanée ou fausse couche, de mort foetale in utero ou de mort périnatale, selon le terme auquel survient le décès du foetus ou du nouveau né. Aussi appelé « œuf blanc » ou grossesse non embryonnée, l’œuf clair désigne l’arrêt du développement avant même l’apparition de l’embryon. La femme possède donc un sac ovulaire dépourvu d’embryon. Une autre cause de grossesse non évolutive est la mort embryonnaire. Le cœur de l’embryon cesse de battre.
Pour détecter une grossesse non évolutive, un examen par imagerie est nécessaire. Cet examen peut être effectué dès la 4ème semaine de grossesse, soit 6 semaines d’aménorrhée. Les critères posés pour un diagnostic ont été fondés dans le but d’éviter les erreurs de diagnostic.
Lorsque l’expulsion du sac gestationnel n’est pas complète, une intervention médicale est nécessaire pour éviter des complications. Il va vous prescrire un traitement médicamenteux au misoprostol. Cette molécule est la version synthétique de la prostaglandine E1. A partir de 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d’aménorrhée, une intervention chirurgicale est nécessaire. Cette intervention peut être réalisée jusqu’à environ 22 semaines. Après vous avoir administré du misoprostol, une anesthésie générale est effectuée.
La perte de la grossesse peut provoquer une certaine angoisse. D’autant plus si la perte survient à un stade avancé de grossesse. Certaines femmes peuvent développer un syndrome dépressif. Un professionnel de santé peut vous aider à mieux traverser cette épreuve.
tags: #avortement #embryon #foetus #difference
