Il y a de nombreux événements de la vie qui peuvent fragiliser le couple. Parmi eux, l’Interruption volontaire de grossesse (IVG). Si c’est une épreuve pour les femmes, cela peut aussi l’être pour l’homme. Quant au couple, il peut en pâtir et parfois mener à la rupture. Cet article vise à explorer en profondeur les conséquences de l'avortement sur le mariage et les relations de couple, en tenant compte des perspectives des deux partenaires et des dynamiques complexes qui peuvent en découler.

Une décision qui doit être prise à deux

Jeune couple ou déjà parent d’un ou plusieurs enfants, la décision d’avorter n’est pas toujours facile à prendre. Pas le bon moment, des enfants en nombre suffisant, il y a de multiples raisons qui nous mènent à faire ce choix. Si la décision finale nous revient souvent puisque c’est nous qui portons l’enfant, le choix de l’IVG se fait avant tout à deux. On ne peut pas imposer un enfant à un homme ni imposer une IVG à une femme quand on sait les conséquences psychologiques que cela peut présenter. L’important est donc de parler ensemble afin de trouver la meilleure solution pour le couple.

L'importance de la communication

La communication est essentielle pour naviguer dans cette situation délicate. Il est primordial de parler du jour en question, des émotions ressenties.

L'impact psychologique sur les partenaires

L'avortement peut avoir de graves conséquences psychiques pour l’homme quelle que soit la façon dont il s’est positionné pour la décision de cet acte. Quand l’IVG a eu lieu contre son gré, cela peut être une terrible souffrance pour lui, à la fois du fait de la mort de son propre enfant, et du fait de son désir de vivre la paternité, qui pour beaucoup d’hommes est un désir très profond. La propension des hommes à cacher leurs sentiments rend plus difficile l’estimation des conséquences psychiques de l’avortement pour les hommes.

Le vécu de l'homme face à l'IVG

Bien que souvent éclipsée, l'expérience masculine de l'avortement est marquée par une diversité d'émotions et de réactions.

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  • Le manque de soutien et de reconnaissance: Les hommes, eux, sont d’autant plus laissés-pour compte et ont encore moins le droit à la parole bien qu’ils puissent trouver des interlocuteurs dans les centres de planification : ils n’en sont tout simplement pas informés, mis à l’écart dans ce moment difficile. Pourtant, 50 % des hommes vivent cette expérience de manière douloureuse.
  • Le regret et la culpabilité: Quelle que soit la façon dont s’est décidé l’avortement, des hommes regrettent l’IVG de leur compagne, épouse, partenaire, et en souffrent. Tony, 39 ans : « Cela m’a laissé de profondes cicatrices. Il y a tout le temps une ombre dans l’arrière plan.
  • Le sentiment d'impuissance et de perte de contrôle: Carl, 50 ans : « Quand quelque chose de mauvais se produit, je ressens que je suis puni d’avoir forcé ma petite amie à avorter de l’enfant qu’elle voulait. Mais j’étais très jeune à l’époque - je ne réalisais pas que ce serait mon seul enfant.
  • Le deuil et la tristesse: Mickaël, dont la compagne a avorté un an plus tôt : « Dès que je vois un enfant, je me dis que ça pourrait être le mien. L’enfant que je lui avais donné n’a pas pu voir la vie et je n’ai pas pu le rencontrer sur terre.

Le vécu de la femme face à l'IVG

Virginie a fait une IVG (interruption volontaire de grossesse) il y a quelques jours et depuis, elle se sent terriblement mal. Pourtant, physiquement, tout s’est bien passé, et elle était sûre que son choix était le bon. Mais le moral n’est pas au beau fixe. La faute à la chute d’hormones ? A tout ce stress engendré par cette épreuve extrêmement compliquée ? Elle voudrait avoir votre soutien et votre avis.

  • Les émotions contradictoires: Même si le « papa » m’a reconfirmé qu’il ne voulait pas de cet enfant et qu’il ne m’aimait pas, moi je n’étais certaine de rien. J’ai 38 ans, et je n’ai pas d’enfant. L’horloge biologique ne s’était pas encore mise en route, mais je savais que je voudrai un enfant un jour. Mais j’avoue que je m’imaginais un enfant né de l’amour avec un schéma classique : un papa, une maman.
  • Le sentiment de solitude: Je me sens seule : mon ex compagnon m’a soutenu jusqu’à l’expulsion et je me sens seule à devoir gérer le post IVG….
  • Les troubles psychologiques: Mais malgré toutes ces choses positives, je suis très mal depuis une semaine : je pleure, j’ai des cauchemars horribles, je passe mes journées au lit, je me sens seule, impuissante et je n’ai pas la force de sortir de chez moi. Je suis épuisée, j’ai peur… tous les soirs, je me mets au lit à 19h et je me dis que demain je sortirai dehors, accepterai de voir une copine… mais je n’y arrive pas. J’ai peur, très peur de ne pas me relever.

L'impact sur la relation de couple

L'avortement peut engendrer des tensions et des conflits au sein du couple.

  • Le risque de rupture: Aucun accueil au couple est prévu. Il est donc important de parler avec son compagnon avant et après l’IVG pour ne pas laisser s’installer des incompréhensions et que cela devienne un sujet tabou qui mènera inévitablement à la rupture.
  • La remise en question des valeurs et des projets de vie: Poursuivre ou non une grossesse est une décision impactante pour un couple, explique Caroline Van Assche, thérapeute de couple. Pour celles et ceux qui n’ont pas encore d’enfant, soit on reste à deux, soit on prend la décision de devenir une famille, au sens classique du terme.
  • La communication altérée: Dans un couple qui a déjà une communication où l’un et l’autre échangent leur point de vue de manière apaisée, l’avortement ne va pas remettre en question le lien, bien qu’il puisse y avoir de la déception, de la tristesse. Mais chez les couples où l’on n’ose pas trop dire à l’autre ce qu’on ressent, cela peut être plus compliqué.

Les facteurs de résilience

Malgré les défis, certains couples parviennent à surmonter cette épreuve et à renforcer leur relation.

  • La communication ouverte et honnête: Il faut pouvoir entendre les ressentis de l’autre, ses arguments, ses peurs, et oser exprimer ses propres ressentis, conseille Caroline Van Assche. Et ça, on ne peut le faire que quand on a suffisamment ce sentiment de sécurité dans le lien à l’autre.
  • Le soutien mutuel et l'empathie: Justement, notre thérapeute de couple insiste sur le fait que, au-delà de la prise de décision et de l’avortement en lui-même, le plus décisif est la façon dont le couple se soutient dans cette épreuve. “Ce que j’entends souvent en consultation, c’est que la personne ne s’est pas sentie assez accompagnée, écoutée. Est-ce que le conjoint est venu le jour J ? Il y a des couples où la question ressort des années après, alors que la décision de pratiquer une IVG avait fait consensus. Parce que le souci c’est qu’elles ont eu le sentiment d’avoir vécu ça toute seule.“
  • La recherche d'aide professionnelle: Consulter un.e thérapeute de couple, se rendre ensemble aux rendez-vous médicaux, peuvent être de bonnes solutions pour dialoguer. “Une personne tierce va permettre de faciliter la compréhension de l’un et de l’autre.

Devoir conjugal et avortement

La notion de devoir conjugal fait l’objet de nombreuses spéculations et d’une grande désinformation. bien qu'il fasse partie des devoirs du mariage, il ne… Le divorce pour faute est indéniablement le plus connu. son succès tient surtout au fait qu'il s'agit du seul type de divorce pour lequel un époux peut reprocher…

Refus d'avoir un enfant

Le refus d'avoir un enfant pour un des époux sera facilement reconnu comme une faute. En effet, les juges estiment que la mariage entraine légitimement un devoir de procréation. Ainsi, il sera reconnu une faute contre une épouse ayant réalisée une IVG à l'insu de son mari (Cour d'appel de Caen, 25 novembre 1999). Mais il sera aussi reconnu une faute à l'encontre d'un mari qui aurait contraint sa femme à avoir recours à une IVG malgré son envie de poursuivre la grossesse (Cour d'appel de Nancy, 7 octobre 2002).

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Enfant conçu à l'insu du père

Par principe, la conception d'un enfant sans le consentement du père ou à son insu ne constitue pas une faute permettant de prononcer le divorce (Montpellier, 4 octobre 1994). En effet, les tribunaux considèrent que la conception d'un enfant est une conséquence normale du mariage. De plus, les juges invoquent le droit, pour l'épouse, de disposer librement de son corps.

Ressources et accompagnement

Il existe de nombreuses ressources pour les personnes et les couples confrontés à la question de l'avortement.

  • Centres de planification familiale: Ces centres offrent un accompagnement médical et psychologique, ainsi que des informations sur les différentes options disponibles.
  • Associations de soutien: Des associations comme Agapa, Mère de Miséricorde et La Vigne de Rachel proposent un accompagnement spécifique aux personnes souffrant de la perte d'un enfant in utero.
  • Thérapie de couple: Un thérapeute de couple peut aider les partenaires à communiquer, à gérer leurs émotions et à trouver des solutions pour surmonter les difficultés.

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