L'avortement clandestin, une réalité sombre et dangereuse, a marqué l'histoire des droits des femmes, particulièrement en France et dans d'autres pays où l'accès à l'IVG était restreint ou interdit. Cet article explore les outils utilisés dans ces pratiques clandestines, les conséquences tragiques pour les femmes, et la lutte acharnée pour la légalisation de l'avortement.
La Clandestinité et ses Dangers
Dans la France des Trente Glorieuses, où la contraception et l'avortement étaient interdits, les femmes se retrouvaient livrées à elles-mêmes, contraintes de recourir à des "faiseuses d'anges" dans la clandestinité. Ces pratiques, souvent réalisées sur des tables de cuisine ou dans des arrière-cours, étaient loin d'être médicales et entraînaient un long cortège de drames.
Les Instruments du Désespoir
La photographe Laia Abril, dans son exposition "On Abortion", met en lumière les dangers des avortements pratiqués hors du cadre légal. Elle présente une description clinique des objets utilisés, soulignant la froideur du métal acéré de cette panoplie d'instruments ayant servi à pratiquer des avortements clandestins tout au long des XIXe et XXe siècles. Parmi ces outils, on retrouve :
- Les aiguilles à tricoter : Utilisées pour percer la poche des eaux et provoquer une infection.
- Les cintres : Détournés de leur usage initial pour "nettoyer" l'utérus.
- Les sondes urinaires : Également utilisées pour "nettoyer" l'utérus.
- Les forceps et les spéculums : Servant à ouvrir le col de l'utérus.
Laia Abril rappelle l'extrême dangerosité de tels outils, en raison du risque élevé de perforation d'autres organes, comme la vessie et l'intestin.
Les Conséquences Tragiques
Dans les années soixante-dix, une femme mourait chaque jour des suites d'un avortement clandestin. D'autres en réchappaient mutilées, stériles. Pour avoir le droit à un curetage, méthode d’avortement propre à cette époque, il fallait déjà saigner, être en cours de fausse couche. Et pour saigner, il fallait infecter l’œuf, poursuit le médecin. La seule solution était de mettre une petite sonde dans l’utérus, un scoubidou ou n'importe quoi, de laisser en place jusqu'à ce que ça saigne et s'infecte. Cela donnait des catastrophes…". Les femmes qui en avaient les moyens partaient à l'étranger, en Angleterre, en Hollande ou en Suisse, où l'avortement était légal et sûr.
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La Lutte pour la Légalisation
Face à cette situation désastreuse, des mouvements féministes et des médecins militants se sont mobilisés pour revendiquer le droit à l'avortement. En France, la loi Veil du 17 janvier 1975 a dépénalisé l'IVG, marquant une étape cruciale dans la lutte pour les droits des femmes.
Le Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception (MLAC)
Le MLAC, créé en avril 1973, a joué un rôle essentiel dans la lutte pour l'avortement libre. Il regroupait des médecins, des militant.e.s du Planning familial, de la CFDT, de groupes d'extrême gauche, mais aussi des femmes et des hommes ordinaires. Le MLAC a notamment organisé des voyages pour aller avorter dans des cliniques en Hollande ou en Angleterre, et a pratiqué des avortements sur le sol français, à l'aide de la méthode Karman.
La Méthode Karman
La méthode Karman, mise au point par le psychologue américain Harvey Karman, consistait à aspirer le contenu de l'utérus à l'aide d'une canule souple reliée à une seringue. Cette méthode, simple et sécurisée, a permis de réduire considérablement le nombre de décès dus aux avortements clandestins.
L'Héritage de la Lutte
La lutte pour la légalisation de l'avortement a permis des avancées considérables en matière de droits des femmes. En France, l'IVG est désormais un droit garanti par la loi, et a même été constitutionnalisé le 8 mars 2024. Cependant, il est important de rester vigilant, car ce droit reste fragile et est remis en question dans de nombreux pays.
L'Avortement Aujourd'hui: Défis et Perspectives
Bien que l'avortement soit légal dans de nombreux pays, l'accès à l'IVG reste un défi pour de nombreuses femmes. Dans certains pays, l'avortement est soumis à des restrictions importantes, voire totalement interdit. Dans d'autres, les femmes rencontrent des difficultés d'accès à l'IVG en raison du manque de moyens financiers, de l'éloignement géographique ou de la stigmatisation sociale.
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Les Groupes Anti-Choix
Dans un contexte international alarmant, on voit resurgir des groupes anti-choix animés par des intentions malveillantes visant à remettre en cause des droits fondamentaux obtenus par la lutte pour l'émancipation des femmes. Il est donc essentiel de rester mobilisé pour défendre le droit à l'avortement et garantir l'accès à l'IVG pour toutes les femmes.
La Nécessité de l'Éducation et de la Sensibilisation
Pour le Planning Familial, l'avortement et la contraception sont les deux facettes d’un même droit pour les femmes, celui de décider d’être mères ou de ne pas l’être, de choisir sa vie, son ou sa partenaire, son rythme de vie. Il est donc essentiel de promouvoir l'éducation sexuelle et la contraception, afin de permettre aux femmes de faire des choix éclairés en matière de santé reproductive. Il est également important de sensibiliser le public aux enjeux de l'avortement, afin de lutter contre la stigmatisation et de garantir le respect des droits des femmes.
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