L'avortement clandestin, une pratique risquée et lourde de conséquences, continue d'être une réalité préoccupante dans le monde entier. Malgré les progrès législatifs dans de nombreux pays, l'accès limité à l'avortement sûr et légal pousse de nombreuses femmes à recourir à des interventions pratiquées dans des conditions dangereuses. Cet article se penche sur les risques et les conséquences de l'avortement clandestin, en mettant en lumière les enjeux de santé publique, les inégalités sociales et les implications pour les droits des femmes.

Les dangers des avortements clandestins

Les avortements pratiqués hors du cadre légal sont associés à des risques majeurs pour la santé et la vie des femmes. L'artiste espagnole Laia Abril met en lumière les dangers des avortements pratiqués hors du cadre légal dans « On Abortion », une exposition qui voyage dans le monde depuis 2016. Ces interventions sont souvent réalisées par des personnes non qualifiées, dans des environnements insalubres et avec des instruments rudimentaires. Les conséquences peuvent être désastreuses :

  • Hémorragies : Elles surviennent pendant et dans l'heure qui suit l'intervention. Leur fréquence est plus importante si anesthésie générale et augmente avec l'âge gestationnel. Les hémorragies dans les suites immédiates de l'IVG, outre la plaie du col, sont dues soit à une atonie utérine, soit à une rétention ovulaire.
  • Infections : Les infections post-IVG ont une expression clinique similaire à l'ensemble des infections génitales. Elles peuvent aller d'une simple réaction fébrile à des tableaux plus sévères comme l'endométrite.
  • Lésions des organes internes : L'utilisation d'instruments pointus ou tranchants, tels que des sondes urinaires ou des cintres détournés, peut entraîner la perforation de l'utérus, de la vessie ou de l'intestin.
  • Rétention placentaire : La rétention placentaire complique 0,75 % des IVG. Elle se manifeste par des métrorragies, des pelvialgies et une absence d'involution de l'utérus et s'accompagne d'une élévation du risque infectieux.
  • Décès : Dans les cas les plus graves, l'avortement clandestin peut entraîner la mort de la femme.

La photographe Laia Abril rappelle l’extrême dangerosité de tels outils « en raison du risque élevé de perforation d’autres organes, la vessie et l’intestin notamment ». Elle illustre cette triste réalité, par une description clinique, aussi bien pour les objets qu’elle donne à voir que pour les textes qui les accompagnent. La couleur sépia de ses photos n’empêche pas de ressentir la froideur du métal acéré de cette panoplie d’instruments ayant servi à pratiquer des avortements clandestins tout au long des XIXe et XXe siècles. « Les forceps et les spéculums ouvrent le col de l’utérus (…). Des instruments pointus et tranchants, comme la sonde urinaire, étaient utilisés pour nettoyer l’utérus, de même que des objets ménagers détournés, tels que des cintres », indique Laia Abril en légende. Il n’y a qu’à observer attentivement cet autre cliché représentant une coupe sagittale d’un bassin de femme dans lequel a été introduite une aiguille à tricoter par le vagin. Une méthode ancestrale et « potentiellement mortelle », est-il rappelé.

Conséquences à long terme sur la santé et la fertilité

Outre les risques immédiats, l'avortement clandestin peut avoir des conséquences à long terme sur la santé et la fertilité des femmes. Les infections non traitées peuvent entraîner des douleurs pelviennes chroniques, des grossesses extra-utérines et la stérilité. Les traumatismes physiques et psychologiques liés à l'avortement clandestin peuvent également avoir des répercussions durables sur la santé mentale des femmes.

  • Retentissement sur la fertilité : La stérilité post-avortement est difficile à apprécier.
  • La méconnaissance d'une grossesse ectopique et molaire: Même si cette éventualité est extrêmement rare, elle est toujours à redouter.
  • Séquelles psychoaffectives : Le traumatisme psychique subi par la patiente et très variable en fonction de sa personnalité, de son histoire individuelle mais aussi de la prise en charge et du déroulement de l'IVG. De nombreuses femmes éprouvent un sentiment de culpabilité. Il est communément admis que pour les femmes en bonne santé physique et mentale l'IVG n'a que très peu de conséquences psychologiques, mais il n'en va pas de même pour les patientes atteintes d'une pathologie psychiatrique, notamment du registre psychotique.

Inégalités sociales et accès à l'avortement

L'accès à l'avortement sûr et légal est une question d'égalité et de justice sociale. Les femmes les plus vulnérables, notamment celles qui vivent dans la pauvreté, les migrantes et les jeunes filles, sont les plus touchées par les conséquences de l'avortement clandestin. Elles sont souvent contraintes de recourir à des pratiques dangereuses en raison du manque d'information, du coût élevé des services médicaux ou des restrictions légales.

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L’impact de l’interdiction du droit à l’avortement n’est pas le même en fonction de la catégorie sociale à laquelle on appartient. Ainsi, limiter l’IVG ne remet pas seulement en cause le droit des femmes à disposer de leur corps mais contribue aussi plus largement à l’augmentation des inégalités au sein des populations.

L'importance de l'accès à la contraception et à l'éducation sexuelle

La prévention de l'avortement clandestin passe par l'amélioration de l'accès à la contraception et à l'éducation sexuelle. Il est essentiel de fournir aux femmes et aux jeunes filles des informations complètes et objectives sur la contraception, les risques de grossesse non désirée et les options disponibles en cas de grossesse. Les programmes de planification familiale doivent être accessibles à tous, en particulier aux populations les plus vulnérables.

«Pour prévenir l'avortement, il faut aussi envisager le droit à l'éducation, à l'information et aux services de planification familiale et de santé reproductive dans leur ensemble», affirme Luisa Cabal, avocate au Center for Reproductive Law and Policy aux Etats-Unis.

Les menaces sur le droit à l'avortement

Depuis quelques années, le droit à l'avortement fait l'objet de menaces régulières dans de nombreux pays. Des mouvements conservateurs et anti-genre cherchent à restreindre ou à interdire l'accès à l'avortement, en diffusant de fausses informations et en exerçant des pressions politiques sur les gouvernements. Il est crucial de rester vigilant et de défendre le droit à l'avortement comme un droit fondamental des femmes.

Le 24 juin 2022, la Cour Suprême des États-Unis provoquait la stupeur partout dans le monde en annulant l’arrêt Roe vs Wade, qui avait ouvert le droit à l’avortement en 1973. Depuis le jeudi 15 septembre 2022, en Hongrie, les femmes souhaitant avoir recours à une IVG (interruption volontaire de grossesse) doivent désormais être confrontées «aux fonctions vitales du fœtus», en écoutant les battements de son cœur. L’Italie pourrait être le prochain pays sur la liste de ceux limitant ou interdisant ce droit fondamental. Les évolutions juridiques constatées en Europe, et outre-Atlantique, doivent nous alerter sur les ambitions des mouvements conservateurs envers le droit à l’avortement. Entre 2009 et 2018, le financement européen du mouvement anti-genre a augmenté de près de 200% (1). Ces mouvements disséminent, également, de nombreuses fausses informations via des outils de communication modernes, mettant en danger de façon indéniable le droit à une information juste et vraie auprès de publics divers, et de plus en plus jeunes. Sur les réseaux sociaux, à travers des sites dédiés et des “lignes d’écoute” qui font concurrence à une information claire et objective.

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Le rôle des organisations et des professionnels de santé

Les organisations de défense des droits des femmes, les professionnels de santé et les associations de planification familiale jouent un rôle essentiel dans la lutte contre l'avortement clandestin. Ils fournissent des informations, des services de contraception et d'avortement sûr, ainsi qu'un soutien aux femmes qui ont subi un avortement clandestin. Il est important de soutenir ces organisations et de renforcer leur capacité à agir.

Le Planning familial est un réseau de plus de 80 associations qui informent et orientent sur des questions liées aux sexualités, la contraception, l’avortement, la prévention des violences sexistes et sexuelles et la promotion de l’égalité de genre, sur tout le territoire français.

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