Introduction
L'avortement auto-induit, une pratique consistant à interrompre une grossesse par ses propres moyens sans supervision médicale directe, est un sujet complexe et sensible. Bien que l'accès à l'avortement légal et médicalisé se soit amélioré dans de nombreux pays, l'avortement auto-induit persiste, souvent motivé par des facteurs tels que des restrictions légales, des difficultés financières, le manque d'accès aux services de santé ou des préférences personnelles. Cet article examine les risques associés à l'avortement auto-induit, les méthodes utilisées et les perspectives actuelles sur cette pratique.
Risques Associés à l'Avortement Auto-Induit
L'avortement auto-induit comporte des risques significatifs pour la santé et la sécurité des femmes. Ces risques peuvent varier en fonction de la méthode utilisée, du stade de la grossesse et des conditions sanitaires. Les complications potentielles incluent :
- Hémorragie: Une perte de sang excessive peut survenir, nécessitant une intervention médicale d'urgence. Une femme arrivée à l'hôpital avec une hémorragie, après 45 jours à avoir pris, tous les jours, du misoprostol, déclare: «Même si j'avais su à quoi m'attendre, je l'aurais sans doute quand même fait…je n'avais pas assez d'argent.»
- Infection: L'utilisation de méthodes non stériles ou invasives peut entraîner des infections graves, pouvant affecter l'utérus, les trompes de Fallope et d'autres organes reproducteurs.
- Avortement incomplet: Si l'avortement n'est pas complet, des tissus peuvent rester dans l'utérus, entraînant des saignements prolongés, des douleurs et un risque d'infection.
- Lésions: L'utilisation d'objets pointus ou contondants pour tenter d'interrompre la grossesse peut causer des perforations utérines, des lacérations cervicales ou d'autres blessures graves.
- Complications à long terme: Dans certains cas, l'avortement auto-induit peut entraîner des problèmes de fertilité, des douleurs chroniques ou d'autres complications à long terme.
- Décès: Bien que rare, l'avortement auto-induit peut entraîner la mort en raison d'une hémorragie sévère, d'une infection non traitée ou d'autres complications.
Méthodes d'Avortement Auto-Induit
Les méthodes utilisées pour l'avortement auto-induit varient considérablement en fonction des connaissances, des ressources et des croyances des femmes. Certaines méthodes sont relativement sûres lorsqu'elles sont utilisées correctement, tandis que d'autres sont extrêmement dangereuses et peuvent entraîner des complications graves. Les méthodes courantes incluent :
- Misoprostol: Le misoprostol est un médicament anti-ulcéreux qui provoque des contractions utérines. Il est utilisé par les médecins conjointement avec le mifépristone (RU-486), pour provoquer un avortement médicamenteux, au tout début d'une grossesse. Bien que le misoprostol soit relativement sûr et efficace lorsqu'il est utilisé conformément aux directives médicales, son utilisation incorrecte peut entraîner des complications.
- Plantes et herbes: Certaines femmes utilisent des plantes et des herbes réputées avoir des propriétés abortives. Cependant, l'efficacité et la sécurité de ces méthodes ne sont pas prouvées, et certaines plantes peuvent être toxiques.
- Méthodes mécaniques: Les méthodes mécaniques impliquent l'insertion d'objets dans l'utérus pour tenter d'interrompre la grossesse. Ces méthodes sont extrêmement dangereuses et peuvent causer des lésions graves.
- Extraction menstruelle: En 1971, Carol Downer contribuait à la mise au point d'une méthode d'avortement précoce, l'«extraction menstruelle.» A l'époque, comme l'avortement était illégal dans la majorité des États, elle devint, aux côtés d'autres pionnières de l'auto-assistance, une héroïne féministe underground en apprenant aux femmes comment se servir d'un petit truc en plastique et s'aspirer l'utérus les unes les autres.
Études et Statistiques
Plusieurs études ont examiné la prévalence et les motivations de l'avortement auto-induit. Une étude publiée dans l'«American Journal of Obstetrics & Gynecology» a interrogé 9,493 femmes, admises dans des établissements de santé proposant des avortements, et a trouvé que plus de 2% d'entre elles avaient déjà tenté de s'avorter toutes seules. Une deuxième étude portant sur 1 425 femmes a conclu que 4,6% d'entre elles auraient également cherché à interrompre seules leur grossesse.
Ces études révèlent que les femmes qui tentent de s'avorter elles-mêmes le font souvent en raison de difficultés financières, du manque d'accès aux services de santé ou de la volonté d'éviter les cliniques.
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L'Avortement Auto-Induit et la Télémédecine
Une étude sur la télémédecine appliquée à l’IVG médicamenteuse à domicile a été publiée fin septembre 2011 dans ACTA Obstetricia et Gynecologica Scandinavica, la revue de la Nordic Federation of Societies of Obstetrics and Gynecology. Selon les conclusions de cette étude menée sur plus de 2 300 femmes dans le monde, les femmes vivant dans des pays sans accès à des "services sécuritaires" sont, pour une majorité, capables de s’auto-effectuer une IVG médicamenteuse efficacement chez elles via la télémédecine. Les auteurs ont observé des différences régionales importantes dans les taux d’intervention chirurgicale suite à des avortements médicamenteux pratiqués à domicile avec télémédecine. Selon eux, ces différences sont liées à la diversité de pratiques cliniques et de directives locales sur l’IVG plutôt qu’à des complications post-avortement nécessitant une intervention. Ils estiment que l’avortement médicamenteux effectué par les femmes elles-mêmes, à la maison et avec télémédecine, est "sécuritaire".
L'Avortement Auto-Induit et l'Internet
L'Internet joue un rôle de plus en plus important dans l'avortement auto-induit. Les femmes peuvent trouver des informations sur les méthodes d'avortement, commander des médicaments en ligne et communiquer avec d'autres femmes qui ont vécu des expériences similaires. Cependant, il est important de noter que toutes les informations disponibles en ligne ne sont pas exactes ou fiables, et que certaines sources peuvent promouvoir des méthodes dangereuses.
Si les études ne disent pas comment les femmes ont eu l'idée de toutes ces méthodes, l'Internet, sans surprise, semble jouer un rôle important, surtout depuis que deux guides d'avortements faits-maison ont commencé à circuler. Le premier, publié par une herboriste amatrice au pseudonyme de Sister Zeus (Sœur Zeus), offre une «bibliothèque de savoirs interdits.». Comme son nom ne le laisse pas présager, elle est une conseillère prudente qui encourage ses lectrices à se tourner avant tout vers des médecins pour pratiquer leurs avortements. L'autre guide, Natural Liberty: Rediscovering Self-Induced Abortion Methods (Liberté naturelle: redécouvrir les méthodes d'avortement auto-induit), va au-delà des procédés à base de plantes, et mentionne l'extraction menstruelle (la technique de succion qu'enseignait Downer), l'homéopathie, l'acupuncture, le yoga, des massages, l'hypothermie et, de façon assez inquiétante, des stratégies psychiques. Publié sur papier et en ligne en 2008, par un collectif féministe basé à Las Vegas, le livre se lit comme s'il daterait d'une époque antérieure à l'arrêt Roe. A juste titre, une citation de Carol Downer, en quatrième de couverture, constate avec préoccupation que l'avortement pourrait à nouveau redevenir illégal: «Gardez ce livre et votre spéculum en lieu sûr», écrit-elle. Mais est-ce que ces outils fonctionnent réellement, la question reste ouverte.
L'Avortement Auto-Induit au Japon
L’arrêt rendu par la Cour suprême des États-Unis en 2022 qui a remis en cause la protection fédérale du droit à l’avortement a conduit nombre d’États à s’interroger sur la place reconnue à ce droit dans leur ordre juridique. Si la France y a réagi en inscrivant l’interruption de grossesse dans sa constitution, le Japon ne s’est pas engagé dans une telle voie. L’arrêt Dobbs rendu en 2022 aux États-Unis a relancé dans de nombreux pays le débat sur le droit à l’IVG, et le Japon n’y a pas échappé. Le débat nourri y a conduit, contrairement aux États-Unis et à l’instar de la France où ce droit vient tout juste d’être inscrit dans la Constitution, à une amélioration de la situation pour les femmes japonaises. Cette évolution positive consiste principalement en une démocratisation des méthodes d’avortement les plus sûres.
Paradoxalement, l’une des raisons pour lesquelles la législation japonaise en matière d’avortement a pris un tel retard par rapport à celles d’autres pays est que cet acte, y est considéré « libre de facto ». L’IVG a été reconnue au Japon en 1948, ce qui est relativement tôt si l’on compare avec la France où il aura fallu attendre 1975. Mais les conditions de son « autorisation » sont particulières.
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Bien qu’un exemple récent d’application de ces dispositions ait eu lieu en 2021 lorsqu’un médecin a pratiqué l’avortement sur une femme enceinte sans son consentement, l’infraction d’auto-avortement n’avait quant à elle plus été appliquée après 1948 et cet article est devenu lettre morte. La pénalisation de l’auto-avortement n’est ainsi pas discutée dans le cas concret, mais elle est encore un objet d’étude des criminalistes.
Cette loi sur la protection de la maternité prescrit exceptionnellement les conditions de l’interruption volontaire de grossesse (art.14) au cours de la période où « le fœtus est non viable en dehors du corps maternel » (art.2). À propos de cette période, la circulaire de 1990 du vice-ministre de la santé précise qu’elle s’étale en principe jusqu’à 22 semaines, mais chaque médecin peut juger de cette période légale à partir suivant le cas concret. En outre, son article 14 dispose que la femme peut recourir à l’IVG sous la supervision d’un médecin désigné avec son consentement et celui de son conjoint dans des cas précis dits « motifs d’indication ». Cela correspond aux cas dans lesquels la poursuite de la grossesse ou de l’accouchement pose un risque physique ou économique de nuire gravement à la santé de la femme (alinéa 1) ou dans lesquels la grossesse a été provoquée par des voies de fait, ou des menaces, ou par l’adultère alors que la femme n’était pas en mesure de résister à la menace ou de la rejeter (alinéa 2).
Ces pilules abortives orales furent heureusement autorisées en 2023, permettant aux femmes d’avoir accès à l’IVG par voie médicamenteuse. Mais l’IVG n’est cependant toujours pas couverte par l’assurance maladie et, en incluant le coût du médicament, du traitement médical et de l’hospitalisation, l’avortement médicamenteux coûte environ 100 000 yens ; l’avortement précoce coûte entre 100 000 et 200 000 yens et un avortement à mi-parcours, c’est-à-dire après 12 semaines d’aménorrhée, coûte environ 400 000 yens. En outre, l’accès aux pilules abortives connaît d’autres obstacles que son prix, notamment du fait du faible nombre d’établissements hospitaliers le pratiquant.
Quoique le nombre d’IVG pratiquées chaque année n’est pas faible, l’avortement reste un tabou dans la société japonaise et est partout considéré comme « une mauvaise conduite de salope ».
Recommandations et Accès aux Soins
Afin d’améliorer l’offre de soins proposée aux femmes souhaitant recourir à une IVG, la HAS actualise ses recommandations concernant l’intervention par méthode médicamenteuse. Trois quarts des IVG médicamenteuses sont assurées par les établissements de santé, où elles sont possibles jusqu’à 9 semaines d’aménorrhée, quand un quart le sont en ville, où le droit commun ne prévoit leur autorisation que jusqu’à 7 semaines d’aménorrhée. La HAS considère que les IVG médicamenteuses peuvent être réalisées jusqu’à 9 semaines d’aménorrhée par un médecin ou une sage-femme, dans le cadre de son activité en cabinet de ville, dans un centre d’éducation et de planning familial (CPEF) ou dans un centre de santé. L'accès à l'IVG doit être simple et rapide : chaque femme doit obtenir un rendez-vous dans les 5 jours suivant son appel.
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La HAS recommande de ne pas administrer le misoprostol par voie vaginale mais par voie transmuqueuse orale ou sublinguale. Afin de garantir la sécurité de la femme, la HAS recommande aux professionnels d’évaluer la possibilité pour celle-ci de se rendre ou de joindre rapidement 24h/24 un établissement de santé qui puisse prendre en charge les complications de l’IVG.
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