L'avortement, qu'il soit volontaire (IVG) ou thérapeutique (IMG), est une intervention médicale encadrée par des lois et des protocoles précis. Cet article vise à informer sur les aspects essentiels de l'avortement tardif, en abordant les risques potentiels, les procédures impliquées et les considérations légales en France et à l'étranger.

Introduction

En France, la loi Veil de 1975 a dépénalisé l'avortement, et depuis, plusieurs lois ont élargi et amélioré la prise en charge de l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Il est crucial de disposer d'une information fiable et complète sur ce sujet, notamment en ce qui concerne les avortements tardifs.

Définition et contexte

Un avortement tardif se réfère généralement à une interruption de grossesse effectuée après le délai légal standard pour une IVG. En France, ce délai a été étendu à 14 semaines de grossesse (16 semaines d'aménorrhée) grâce à la loi du 2 mars 2022. Au-delà de ce délai, une interruption médicale de grossesse (IMG) peut être envisagée sous certaines conditions.

Interruption Volontaire de Grossesse (IVG)

Délais légaux et procédures

En France, la loi fixe le délai maximal pour une IVG à 14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d'aménorrhée. Il existe deux méthodes principales pour réaliser une IVG :

  • IVG médicamenteuse : Possible jusqu'à 7 semaines de grossesse (9 semaines d'aménorrhée), elle repose sur la prise de deux médicaments : la mifépristone, qui bloque la progestérone, et le misoprostol, qui provoque des contractions pour expulser l'embryon.
  • IVG instrumentale : Réalisée par aspiration du contenu utérin après dilatation du col de l'utérus. Elle peut être pratiquée jusqu'à 14 semaines de grossesse. Une préparation médicamenteuse du col de l'utérus est souvent indiquée avant l'aspiration.

Procédure d'IVG instrumentale (13-22 semaines)

Pour les grossesses de 13 semaines ou plus, l'IVG instrumentale est réalisée avec des instruments médicaux. L'intervention se déroule généralement sous sédation profonde, sauf contre-indication médicale.

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  • Préparation : Une heure avant l'intervention, un médicament (misoprostol) est administré pour ramollir le col de l'utérus.
  • Anesthésie : Un somnifère à courte durée d'action est administré par perfusion.
  • Intervention : Le médecin orthogéniste utilise un spéculum pour rendre visible le col de l'utérus, puis retire le fœtus et vide l'utérus à l'aide d'instruments chirurgicaux.

Après l'intervention, une surveillance est effectuée en salle de repos pendant environ une heure. Des antibiotiques sont prescrits pour prévenir les infections. Des maux de ventre et des saignements peuvent survenir pendant quelques jours ou semaines.

IVG instrumentale (18-22 semaines)

Cette méthode est pratiquée dans des centres spécialisés. La durée de l'hospitalisation est plus longue, en moyenne de 6 à 8 heures. La procédure est similaire à celle utilisée pour les IVG entre 13 et 17 semaines, avec une sédation profonde et l'administration de misoprostol pour ramollir le col de l'utérus.

Interruption Médicale de Grossesse (IMG)

Conditions et motifs

Une IMG, également appelée avortement thérapeutique, peut être réalisée à tout moment de la grossesse si :

  • La poursuite de la grossesse met gravement en péril la santé de la femme.
  • Il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic.

Procédure de décision

La procédure de décision d'une IMG dépend du motif (santé de la mère ou de l'enfant).

  • Santé de l'enfant : L'équipe médicale d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal examine la demande de la femme.
  • Santé de la femme : La demande est examinée par une équipe pluridisciplinaire composée d'un gynécologue-obstétricien, d'un spécialiste de l'affection dont la femme est atteinte, et d'un médecin ou sage-femme choisi par la femme, ainsi que d'une personne qualifiée (assistant social ou psychologue).

Dans tous les cas, la femme enceinte doit bénéficier d'une information complète et donner son accord.

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Déroulement de l'IMG

L'IMG se déroule dans le cadre d'une hospitalisation. Elle peut être réalisée par voie médicamenteuse, chirurgicale ou en déclenchant l'accouchement par les voies naturelles. Des soins sont apportés à la femme, incluant un suivi physique et psychologique.

Mineures et IMG

Une mineure non émancipée peut demander une IMG. Le consentement de l'un de ses parents ou de son représentant légal est requis. Si la mineure souhaite garder le secret, le médecin s'efforce d'obtenir son accord pour que l'un de ses parents ou le représentant légal soient consultés.

Risques et complications potentiels

Il est essentiel de noter que l'IVG, réalisée dans de bonnes conditions, n'a généralement pas d'impact sur la fertilité de la femme. La fertilité revient rapidement après un avortement, d'où l'importance d'envisager une contraception dès le premier jour de l'interruption de la grossesse.

Contrairement à certaines idées reçues, l'IVG ne produit pas de dérèglement hormonal durable et ne provoque pas de troubles psychiques spécifiques. Cependant, l'impact psychologique de l'avortement varie d'une femme à l'autre. Un soutien psychologique est disponible avant et après l'IVG si besoin.

Avortement à l'étranger

Si une femme a dépassé les délais légaux autorisés en France, il est possible de réaliser un avortement à l'étranger. En Angleterre, au Pays de Galles et en Écosse, les femmes enceintes peuvent avorter jusqu'à la 24e semaine de grossesse. Aux Pays-Bas, le délai est de 22 semaines. Toutefois, partir à l'étranger pour avorter engendre des coûts.

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Prise en charge après un avortement tardif

Les patientes présentant un avortement tardif ou un accouchement très prématuré (2-3 % des grossesses) nécessitent une prise en charge spécifique lors d'une grossesse ultérieure. Cette prise en charge doit rechercher une infection, une cause fœtale (aneuploïdie, syndrome polymalformatif, mort in utero) ou une pathologie de type vasculaire (pré-éclampsie, RCIU, mort in utero).

Plusieurs thérapeutiques préventives de la prématurité sont proposées, notamment :

  • Le cerclage ou le pessaire pour isoler la cavité utérine.
  • Le traitement d'une vaginose en début de grossesse.
  • L'administration de progestérone en début de 2e trimestre.

Idées reçues sur l'IVG

Il est important de déconstruire certaines idées fausses concernant l'IVG :

  • "L'IVG rend stérile ou diminue la fécondité" : FAUX. L'IVG, réalisée dans de bonnes conditions, n'a pas d'impact sur la fertilité.
  • "L'IVG produit un dérèglement hormonal" : FAUX. Le système hormonal se régule rapidement après une IVG.
  • "L'avortement provoque des troubles psychiques" : FAUX. Il n'existe pas de pathologie psychologique spécifique au décours d'une IVG.
  • "L'IVG est utilisée seulement par les femmes qui n'ont pas de moyen de contraception" : FAUX. La majorité des femmes qui ont recours à une IVG utilisaient un moyen de contraception qui n'a pas fonctionné.
  • "Les mineures doivent demander l'accord de leurs parents" : FAUX. Une femme mineure peut demander une IVG sans l'accord de ses parents.
  • "L'IVG médicamenteuse est une méthode plus simple que l'IVG instrumentale" : FAUX. Chaque méthode présente des avantages et des inconvénients à discuter avec un professionnel de santé.

Soutien et informations

Plusieurs ressources sont disponibles pour les femmes confrontées à une décision d'IVG :

  • Les centres de santé sexuelle (ex-centres de planification et d'éducation familiale - CPEF) et les EVARS (Espaces vie affective, relationnelle et sexuelle).
  • Le numéro vert national d'information (0800 08 11 11), piloté par le Mouvement français du planning familial (MFPF).
  • Le site ivg.gouv.fr, qui propose une information fiable et complète sur l'IVG.
  • Le Planning familial, qui peut aider les femmes en difficulté à choisir une clinique pour un avortement à l'étranger.

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