Introduction

L'avortement sélectif, également appelé interruption sélective de grossesse (ISG), est une procédure qui consiste à interrompre le développement d'un ou de plusieurs fœtus dans une grossesse multiple, tout en préservant la gestation des autres. Cette pratique est envisagée dans des situations où la poursuite de la grossesse multiple met en danger la santé de la femme, des embryons ou des fœtus, ou lorsqu'un des fœtus est atteint d'une pathologie grave. Cet article explore les risques associés à l'avortement sélectif en cas de grossesse gémellaire à 11 semaines, ainsi que les considérations éthiques et légales qui l'entourent.

Définition et Types de Grossesses Gémellaires

Une grossesse gémellaire se caractérise par le développement simultané de deux fœtus dans l'utérus. Il existe deux principaux types de grossesses gémellaires :

  • Grossesse bichoriale et biamniotique : Issue de la fécondation de deux ovocytes différents par deux spermatozoïdes différents. Les jumeaux, souvent appelés "faux jumeaux", ne sont pas nécessairement du même sexe et ne se ressemblent pas plus que des frères et sœurs nés de grossesses différentes.

  • Grossesse monochoriale et monoamniotique : Provient de la fécondation d'un seul ovocyte par un seul spermatozoïde, suivi d'une division du zygote en deux parties égales. Les jumeaux, appelés "vrais jumeaux", sont toujours du même sexe et partagent le même patrimoine génétique.

Indications de l'Avortement Sélectif

L'avortement sélectif peut être envisagé dans les situations suivantes :

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  • Grossesse multiple avec risque pour la santé maternelle : Une grossesse multiple peut entraîner des complications pour la mère, telles que le diabète gestationnel, l'hypertension artérielle, ou un risque accru d'accouchement prématuré. Dans ces cas, l'avortement sélectif peut être proposé pour réduire le nombre de fœtus et diminuer les risques pour la mère.
  • Anomalie fœtale : Lorsqu'un des fœtus est atteint d'une anomalie morphologique ou chromosomique grave, incurable au moment du diagnostic, un avortement sélectif peut être pratiqué sur ce fœtus afin de préserver la santé de l'autre jumeau.
  • Grossesses hypermultiples : Bien que rares dans la nature, les grossesses de triplés ou de quadruplés sont plus fréquentes dans le cadre de la procréation médicalement assistée (PMA). L'être humain n'étant pas conçu pour porter un tel nombre de fœtus, l'avortement sélectif peut être proposé pour réduire le nombre de fœtus et augmenter les chances de naissance d'enfants en bonne santé.

Procédure d'Avortement Sélectif à 11 Semaines

L'avortement sélectif est généralement pratiqué entre 11 et 14 semaines d'aménorrhée, période à laquelle l'échographie permet d'évaluer l'état de santé des fœtus. La procédure consiste à injecter une substance létale, telle que du chlorure de potassium ou de la lidocaïne, dans le cœur du fœtus dont le développement doit être interrompu. La technique varie en fonction de la chorionicité :

  • Grossesse bichoriale : Injection intracardiaque de lidocaïne pour arrêter le cœur du fœtus.

  • Grossesse monochoriale : Coagulation du cordon ombilical du fœtus.

Le fœtus dont le développement a été interrompu reste dans l'utérus jusqu'à l'accouchement et est généralement résorbé par l'organisme.

Risques Associés à l'Avortement Sélectif

L'avortement sélectif comporte des risques, tant physiques que psychologiques :

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  • Risques physiques :
    • Fausse couche : L'avortement sélectif augmente le risque de fausse couche spontanée, estimé entre 5 et 10 %. Ce risque est plus élevé en cas de grossesse monochoriale.
    • Rupture prématurée des membranes : L'introduction d'une aiguille à travers la poche des eaux peut provoquer une rupture prématurée des membranes et entraîner un accouchement prématuré.
    • Infection : Une infection au niveau du placenta (chorioamniotite) peut survenir après la procédure et entraîner une fausse couche.
  • Risques psychologiques :
    • Culpabilité : Les parents peuvent éprouver un sentiment de culpabilité d'avoir dû se séparer d'un fœtus, même si celui-ci était atteint d'une pathologie.
    • Deuil : L'avortement sélectif peut être vécu comme un deuil périnatal, nécessitant un accompagnement psychologique.
    • Anxiété et dépression : La décision de recourir à l'avortement sélectif peut entraîner de l'anxiété et de la dépression chez les parents.

Considérations Éthiques et Légales

L'avortement sélectif soulève des questions éthiques complexes, notamment en ce qui concerne le statut moral du fœtus, le droit à la vie, et l'autonomie de la femme.

  • Statut moral du fœtus : Les opinions divergent quant au moment où un fœtus acquiert un statut moral et des droits. Certains considèrent que la vie commence à la conception, tandis que d'autres estiment que le fœtus n'acquiert un statut moral qu'à un stade plus avancé de développement, par exemple lorsqu'il devient viable ou conscient.

  • Droit à la vie : L'avortement sélectif soulève la question du droit à la vie du fœtus dont le développement est interrompu. Certains considèrent que tout fœtus a droit à la vie, tandis que d'autres estiment que ce droit peut être limité dans certaines circonstances, par exemple lorsque la poursuite de la grossesse met en danger la santé de la mère ou des autres fœtus.

  • Autonomie de la femme : L'avortement sélectif est une décision personnelle qui relève de l'autonomie de la femme. Les femmes ont le droit de prendre des décisions concernant leur propre corps et leur propre santé, y compris la décision de poursuivre ou d'interrompre une grossesse.

En France, l'avortement sélectif est encadré par la loi de bioéthique du 2 août 2021. Cette loi stipule que l'avortement sélectif ne peut être pratiqué qu'avant la fin de la douzième semaine de grossesse, si deux médecins membres d'une équipe pluridisciplinaire attestent que les conditions médicales, obstétricales et psychologiques sont réunies. L'équipe pluridisciplinaire doit comprendre au moins un médecin qualifié en gynécologie-obstétrique membre d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal, un praticien spécialiste de l'affection dont la femme est atteinte, un médecin ou une sage-femme choisi par la femme, et une personne qualifiée tenue au secret professionnel, qui peut être un assistant social ou un psychologue.

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Alternatives à l'Avortement Sélectif

Dans certaines situations, il peut exister des alternatives à l'avortement sélectif, telles que :

  • Accompagnement néonatal : Pour les couples dont les bébés sont atteints de maladies létales, un accompagnement néonatal peut être proposé afin de leur permettre de passer du temps avec leur enfant après la naissance.
  • Diagnostic préimplantatoire (DPI) : Le DPI est une technique qui permet de dépister des anomalies génétiques sur les embryons avant leur implantation dans l'utérus lors d'une fécondation in vitro (FIV). Cette technique peut permettre d'éviter la naissance d'enfants atteints de maladies génétiques.

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