L'histoire des soins de santé à Nouméa est intimement liée à l'évolution de ses structures hospitalières. Des générations de Calédoniens ont vu le jour au Centre Hospitalier Territorial (CHT) Gaston-Bourret, autrefois hôpital militaire puis colonial, qui a longtemps abrité une maternité. Cet article explore le parcours des services de pédiatrie et de maternité à Nouméa, de l'époque rustique du CHT Gaston-Bourret, en passant par le confort de l'hôpital de Magenta, jusqu'aux défis actuels rencontrés au Médipôle.
Le CHT Gaston-Bourret : Les premiers pas
Nombreux sont les Calédoniens qui ont vu le jour entre les murs du CHT Gaston-Bourret. Ancien hôpital militaire, puis colonial, le CHT Gaston-Bourret, situé à l'entrée de Nouméa, a abrité une maternité durant de longues années, avant que celle-ci ne déménage à l'hôpital de Magenta en 1984. Pour Françoise, qui y a donné naissance à deux enfants dans les années 1970, la maternité de Gaston-Bourret était "rustique" avec "l’essentiel", mais sans grand confort, rappelant encore un hôpital militaire. Rose*, aide-soignante au CHT, qui y a accouché au début des années 1980, partage ce sentiment : "On venait pour accoucher, pas pour être à l’hôtel".
Sur le plan médical, les moyens étaient bien différents d'aujourd'hui. Josée Laborie, sage-femme de 1980 à 1984, se souvient de l'absence de gynécologues spécialisés : "Il y avait des médecins militaires et cette spécialité n'existait pas chez eux. Quand il fallait faire une césarienne, on faisait appel à un chirurgien qui n'était pas spécialisé en obstétrique." Malgré ces conditions, elle garde le souvenir d'une équipe soudée.
L'Hôpital de Magenta : Une transition vers le confort et la modernité
En 1983, le CHT rachète la clinique privée de Magenta. Françoise, qui y accouche en 1980, décrit un lieu luxueux, tant au niveau des chambres que de la nourriture. "C’était neuf. C’était beau. On était choyé. C’était l’esprit d’une clinique privée." Une fois acquise par le CHT, la structure devient l'hôpital de Magenta.
Certaines patientes ont vécu le déménagement du CHT Gaston-Bourret à l'hôpital de Magenta. C'est le cas de Rose. En mars 1984, quelques jours seulement après avoir accouché dans le premier établissement, elle fait sa valise avec le reste du service, direction l'hôpital de Magenta. Le trajet se fait en taxi pour certaines mamans, en ambulance pour d'autres. Rose se souvient : "Je suis montée à bord d’un taxi avec mon bébé. Il n'y avait de pas siège adapté, pas de coque. Je l'avais dans les bras. Les mamans qui avaient des bébés prématurés en couveuse, ont fait le trajet en ambulance. On était tous escorté par les motards de la police."
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L'hôpital de Magenta offrait des locaux plus grands, plus confortables et plus accueillants, avec davantage de salles d’accouchement et de matériel. Rose, qui y a travaillé de 1984 jusque dans les années 90, décrit : "Au rez-de-chaussée, il y avait ces salles, la maternité et les grossesses à risque. Au premier étage, on trouvait la gynécologie. Au deuxième, la pédiatrie." Josée Laborie précise que toutes les chambres avaient leurs commodités. Pour Rose, l’esprit de l’établissement a changé : "L’humain était au centre de l’hôpital. Il était beaucoup plus respecté. Il n’y avait plus ces vestiges de l’histoire coloniale. Avec le service d'urgences pédiatriques, on a gagné en qualité, en moyens humains et en compétences".
Anne-Marie Mestre, gynécologue-obstétricien arrivée à l'hôpital de Magenta en 1984, se souvient des difficultés rencontrées pendant les Événements : "quand on était appelé au milieu de la nuit, il fallait passer les barrages de policiers. Parfois on passait la nuit à l'hôpital compte tenu du sous-effectif qui prévalait à l'époque." Elle souligne que les semaines étaient "denses" et que les accouchements à risque étaient orientés vers l'hôpital. Rose ajoute qu'après les Événements, "on a donc vu les mamans affluer à l’hôpital", car les accouchements de brousse dans les dispensaires étaient devenus plus difficiles. Le Dr Catherine Charlier, gynécologue-obstétricien, se remémore une ambiance "beaucoup plus intime qu'au Médipôle" où "on connaissait les personnes qui travaillaient" et où l'atmosphère était "plus conviviale".
Sylvana, qui y a accueilli sa petite sœur en 2015, se souvient de l'hôpital de Magenta comme d'un lieu chaleureux : "On n'avait pas l’impression de rentrer dans un hôpital. À part cette fameuse odeur. Toujours la même dans les hôpitaux. C’était sympa. Ça ne faisait pas peur." Marie-Anne, une de ses sœurs, ajoute : "on voyait toujours les mêmes têtes", ce qui rendait l'établissement familier.
L'hôpital de Magenta a été le théâtre de moments de joie, mais aussi de peine. Alizé Goxe, qui a perdu sa fille aînée en 2014, témoigne : "Je n'ai pas de souvenirs avec ma première fille. C'est à l'hôpital que je l'ai rencontrée et que je lui ai dit aurevoir. Tous mes souvenirs avec elle sont liés à ce lieu." Malgré la douleur, elle reconnaît que "Face au deuil périnatal, il y aurait eu beaucoup de choses à faire à l'hôpital. Mais je n'en veux pas aux équipes. Ça a évolué depuis." Alizé Goxe, elle-même née à Magenta, a choisi d'y donner naissance à sa deuxième fille en 2015 et se souvient avoir été traitée "comme une reine" lors du suivi de sa grossesse.
La fermeture de l'hôpital de Magenta a suscité de l'émotion. Pour Alizé Goxe, cela a été "drôle". Rose estime que "Cet hôpital, c’est un peu de ma vie. Là-bas, on a vu naître et mourir." Les soignants ont également ressenti beaucoup de nostalgie, comme en témoignent les rassemblements conviviaux et les petits messages laissés par les équipes avant de quitter les lieux.
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Le Médipôle : Les défis actuels
Après la fermeture de l'hôpital de Magenta début 2017, les équipes ont pris leurs quartiers au Médipôle. Bien que cette nouvelle structure offre des installations modernes, des défis persistent, notamment en ce qui concerne les effectifs et l'organisation des services.
Aux urgences pédiatriques, le Dr Jean-Baptiste Guiset se sent parfois "le petit oublié du Médipôle". Il souligne qu'un seul médecin y exerce à la fois, avec trois infirmières, pour un nombre de patients allant de trente à quatre-vingts par jour. Il revendique notamment la présence d'une infirmière d'accueil 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Le personnel des urgences au service pédiatrie réclame une augmentation des effectifs depuis un an.
En ce début d'année, la pédiatrie et la néonatologie connaissent une situation compliquée. Les consultations non urgentes en néonat et en neuropédiatrie sont annulées pour faire face à un afflux de jeunes malades, alors qu’une partie du personnel est absente. Le docteur Harisoa Ramaholimihaso, pédiatre en néonatologie, explique que cette situation "arrive régulièrement parce qu'on est le seul service de néonatalogie du territoire, avec des patients très prématurés pour certains, qui restent donc hospitalisés longtemps." Elle assure que la priorité est donnée à la continuité et à la qualité des soins pour les hospitalisations.
Malgré ces difficultés, des initiatives sont mises en place pour améliorer la prise en charge des patients. Les réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) dédiées aux Ultramarins de Polynésie française et de Nouvelle-Calédonie permettent aux professionnels de santé locaux de bénéficier de l’expertise de Gustave Roussy en cancérologie. Ces télé-RCP ont permis de réduire de moitié les évacuations sanitaires (EVASAN) en oncologie vers la métropole.
L'avenir des anciens sites hospitaliers
Les locaux du CHT Gaston-Bourret et de l'hôpital de Magenta ne sont pas appelés à rester vides. Les premiers accueillent déjà certaines directions du gouvernement. Quant aux seconds, ils seront réinvestis, en partie cette année, par le CHT qui en reste le propriétaire. Deux structures ont déménagé en janvier dernier sur le site de l'hôpital de Magenta, vers l'ancien service d'hémodialyse : l'hôpital de jour des enfants et le Centre médico-psychologique.
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