L'aveu de paternité, ou reconnaissance de paternité, est un acte juridique important qui établit un lien de filiation entre un père et son enfant. En droit français, les conditions de l'aveu de paternité et les possibilités de contestation sont encadrées par le Code civil et la jurisprudence. Cet article explore en détail ces aspects, en tenant compte des évolutions législatives et des enjeux liés à la filiation.
Établissement de la filiation paternelle
En matière de filiation, le lien entre l’enfant et les parents s’établit par le biais d’une reconnaissance effectuée auprès de l’officier d’état civil. La filiation paternelle peut être établie de différentes manières :
- Par l'acte de naissance : L'acte de naissance de l'enfant mentionne le nom du père, établissant ainsi la filiation.
- Par une reconnaissance de paternité : Le père peut reconnaître l'enfant volontairement, avant ou après la naissance.
- Par la possession d'état constatée par acte de notoriété : La possession d'état est une situation de fait où une personne se comporte comme le parent de l'enfant et est reconnue comme tel par la société. Elle peut être constatée par un acte de notoriété établi par un notaire.
La présomption de paternité
En droit français, la présomption de paternité joue un rôle central au sein du mariage. En vertu de l’article 312 du Code civil : « L’enfant conçu ou né pendant le mariage a pour père le mari. » Cette présomption signifie que le mari de la mère est automatiquement considéré comme le père de l'enfant, sauf preuve contraire.
L'enfant conçu durant le mariage est présumé avoir pour père le mari de la mère. Cette présomption n'est écartée que dans des cas spécifiques :
- Si l'enfant est né plus de trois cent jours après la dissolution du mariage (divorce, décès).
- Si l'enfant est né plus de trois cent jours après la disparition du mari déclaré absent.
- Si l'enfant a été déclaré à l'état civil sans l'indication du nom du mari et s'il n'a de possession d'état qu'à l'égard de sa mère.
Si tel n'est pas le cas, il reste au mari d'intenter une action en " désaveu ", qui consiste à combattre la présomption et donc à faire juger qu'il n'en est pas le père de l'enfant dont sa femme a accouché. La recevabilité de l'action est subordonnée à des conditions très strictes de circonstances, de délais et de preuve.
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Reconnaissance volontaire de paternité
La reconnaissance de paternité peut intervenir avant ou après la naissance de l'enfant. Elle produit des effets civils et parentaux importants, notamment l'attribution de l'autorité parentale et les obligations liées à l’entretien et à l’éducation de l'enfant.
Pour reconnaître un enfant, il suffit de se rendre en mairie au service de l’état civil et de déclarer être le père de l’enfant. Il est possible de faire une reconnaissance prénatale, donc avant la naissance de l’enfant. Elle sera alors confirmée lors de la naissance. On peut aussi faire cette reconnaissance par acte notarié et il est même possible dans ce cas de demander le secret de cette reconnaissance.
Reconnaître un enfant, c’est faire l’aveu de sa paternité et s’engager pour l’avenir. C’est un acte irrévocable, vous ne pouvez donc pas vous rétracter par votre seule volonté, il va falloir faire une procédure en justice en contestation de paternité étant précisé d’une part qu’il y a des délais, d’autre part cela peut être refusé si le tribunal considère que c’est contraire à l’intérêt de l’enfant.
Reconnaissance de paternité : Cas particuliers
Seul le parent biologique a le droit de reconnaître l’enfant.
- Reconnaissance prénatale : Il est possible de faire une reconnaissance prénatale, donc avant la naissance de l’enfant. Elle sera alors confirmée lors de la naissance. On peut aussi faire cette reconnaissance par acte notarié et il est même possible dans ce cas de demander le secret de cette reconnaissance.
- Reconnaissance par une autre personne : Vous devez reconnaître l’enfant puis faire une procédure en contestation de la paternité de l’autre homme et en reconnaissance de la vôtre. Un test ADN sera ordonné qui déterminera qui est réellement le père de l’enfant.
- Reconnaissance forcée : Oui, absolument. La mère peut, au nom de l’enfant faire une procédure en reconnaissance de paternité forcée. Un test ADN sera alors ordonné. La mère a un délai de 10 ans à compter de la naissance de l’enfant, après elle ne peut plus agir.
Possession d’état
La filiation peut également être établie par possession d’état (article 311-1 du Code civil) notamment lorsque le père a élevé l’enfant durant toute sa vie, sans pour autant avoir reconnu ce dernier.
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- Le lien filial doit être connu et reconnu par les tiers.
- Le Juge doit d’abord s’assurer que l’enfant n’a pas de filiation établie.
Contestation de paternité : Conditions et Procédures
La contestation de paternité est une action en justice qui vise à démontrer qu’un lien de filiation ne correspond pas à la réalité. La paternité peut être contestée par ceux qui ont un intérêt direct. Une action en contestation de paternité peut être engagée par la personne déclarée comme père, par celui qui se dit père biologique ou par l’enfant lui-même.
La procédure de contestation de paternité est une action en justice portée devant le tribunal judiciaire.
Motifs de contestation
Plusieurs motifs peuvent justifier une action en contestation de paternité :
- Doute sur la paternité biologique : La personne déclarée comme père a des doutes sérieux sur sa paternité biologique.
- Revendication de paternité par un autre homme : Un homme se dit être le père biologique de l'enfant et souhaite faire établir sa filiation.
- Intérêt de l'enfant : L'enfant lui-même peut contester sa filiation s'il estime que cela est dans son intérêt.
Preuves et Expertise ADN
En matière de contestation de paternité, la preuve de la filiation s’établit par une expertise ADN ordonnée par le juge, par les titres établie (l’acte de naissance de l’enfant, la reconnaissance, ou encore l’acte de notoriété constatant la possession d’état). Le juge peut prescrire une expertise biologique ADN lorsqu’elle est utile et proportionnée. Expertise certifiée. Prix transparents.
En France, il est illégal de faire un test ADN sans qu’il ait été ordonné par le tribunal. Toutefois, les tests ADN sont libres dans de nombreux pays frontaliers de la France, vous pouvez si vous le souhaitez, vous rendre dans l’un de ces pays avec l’enfant et faire le test.
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Si le juge rejette la demande, le lien de filiation reste intact. Le père légal conserve son autorité parentale et ses obligations alimentaires.
Délais pour agir
Les délais pour agir varient selon les situations.
Si la filiation est établie par un acte de naissance ou un acte de reconnaissance de l'enfant, le délai pour agir est de 10 ans à compter de la naissance de l'enfant ou de la date de reconnaissance.
Si la filiation est établie par un titre et par une possession d'état inférieure à 5 ans (acte permettant d'établir l'existence d'un lien de filiation et de parenté entre un parent et son enfant qui se comportent comme tels dans la réalité, même s'ils n'ont aucun lien biologique) : il faut agir dans les 5 ans qui suivent la cessation de la possession d'état ou le décès du parent dont le lien de filiation est contesté.
Si la filiation est établie par un acte de notoriété (établi par un notaire) : il faut agir dans un délai de 10 ans à compter de la délivrance de l'acte.
Tribunal compétent et assistance d'un avocat
Le tribunal judiciaire compétent est celui du domicile de l'enfant, de la mère ou du mari (ou de ses parents en cas de décès). L'assistance d'un avocat est nécessaire. Un avocat spécialisé en droit de la famille établit votre intérêt à agir, identifie les bons délais à compter du jour où les faits ont été connus, organise la preuve utile et sécurise le déroulé au long de la procédure.
Conséquences de la contestation de paternité
Si la contestation de paternité aboutit, le juge ordonne la rectification de l’acte de naissance et met à jour les éléments liés au nom et à la filiation. Les conséquences sur l’autorité parentale, l’entretien et l’éducation sont ajustées dans l’intérêt de l’enfant.
Lorsqu'une action en désaveu de paternité aboutit, la filiation paternelle est annulée de manière rétroactive ainsi que tous ses effets, notamment le nom (changement de nom de l'enfant mineur). Lorsqu'il s'agit d'un enfant majeur, la modification du nom de famille ne peut être faite qu'avec son consentement.
L'autorité parentale liée à la filiation disparaît également, qu'il s'agisse de son exercice ou des droits et devoirs. Les actes d'état civil sont mis à jour dès que la décision est devenue définitive, et celui dont la filiation a été contestée peut obtenir le remboursement des sommes versées pour l'entretien et l'éducation de l'enfant.
Questions fréquentes
- Puis-je reconnaitre un enfant qui n’est pas le mien ?
- Quand dois-je reconnaître l’enfant ?
- Peut-on me forcer à reconnaître un enfant ?
- La mère peut-elle m’interdire de reconnaître mon enfant ?
- Comment savoir d’abord si c’est mon enfant ?
- Que faire si j’ai 40 ans et ma mère vient de m’avouer que mon père n’est pas celui qui m’a reconnu ? Malheureusement rien, les délais sont prescrits. Vous ne pourrez en aucun cas changer la paternité indiquée à l’état civil.
- Est-ce que je dois continuer à payer la pension alimentaire pendant la procédure de contestation de paternité ? Non. Tant que le juge n’a pas rendu sa décision définitive, les obligations d’entretien de l’enfant demeurent.
- Un test ADN réalisé sans autorisation judiciaire a-t-il une valeur probante ? Non. En droit français, un test ADN réalisé sans autorisation judiciaire n’a aucune valeur probante. Pire, il peut constituer une atteinte à la vie privée.
- L’enfant peut-il contester sa paternité ? Oui, mais il doit agir dans un délai strict de cinq ans à compter de ses 18 ans. L’action reste possible.
- Peut-on faire un test ADN sur une personne décédée ? Oui. Si la filiation paternelle est annulée, le nom de l’enfant peut être modifié. Il reprendra celui de sa mère, sauf si une nouvelle filiation est établie avec un autre père.
Particularités liées au mariage entre personnes de même sexe
Au regard des effets du "mariage pour tous" résultant de la Loi n°2013-404 du 17 mai 2013, la Circulaire du Ministre de la Justice du 29 mai 2013 (BOMJ n°2013-05 du 31 mai 2013) a tiré les conséquences du mariage entre personnes homosexuelles sur les règles de la filiation. La Circulaire rappelle que le nouvel article 6-1 du Code civil, énonce que « Le mariage et la filiation adoptive emportent les mêmes effets, droits et obligations reconnus par les lois, à l'exclusion de ceux prévus au titre VII du livre 1er du présent code, que les époux ou les parents soient de sexe différent ou de même sexe. ». La filiation d'un enfant à l'égard d'un couple de personnes de même sexe ne peut que résulter d'un jugement d'adoption et pas de la reconnaissance par la compagne de la mère qui accouche. Donc la présomption de paternité ne peut être étendue à l'épouse de la mère qui accouche. Les règles du désaveu de paternité restent donc sans application dans ce cas.
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