Introduction
La désertification médicale est devenue une préoccupation majeure en France, suscitant l'inquiétude de nombreux citoyens depuis plusieurs années, comme l'a démontré le Grand débat national en 2018. La situation est critique, avec 11,6 % des Français vivant dans un désert médical, soit environ 10 millions de personnes confrontées à une qualité des soins inférieure à la moyenne nationale. Cette situation, déjà préoccupante, s'aggrave chaque année, menaçant le droit fondamental à la santé, garanti par le code de la santé publique et des textes internationaux. Les inégalités territoriales en matière d'accès aux soins ne sont pas spécifiques à la France, mais se manifestent dans divers pays à des degrés différents.
Raréfaction de l'Offre de Soins : Un Constat Officiel
De nombreuses publications officielles mettent en évidence la raréfaction de l'offre de soins en France. La direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) du ministère des solidarités et de la santé a publié un état des lieux de la démographie médicale en mars 2021. En 2021, la France comptait 214 000 médecins de moins de 70 ans en activité.
Évolution du Nombre de Médecins Généralistes et Spécialistes
Il est essentiel de noter les évolutions divergentes entre le nombre de médecins généralistes et de spécialistes. Alors que le nombre de médecins généralistes a diminué de 5,6 % depuis 2012 (94 500 en 2021), celui des médecins spécialistes a augmenté de 6,4 % sur la même période, atteignant 120 000.
Rajeunissement de la Profession Médicale
Une évolution démographique notable est le rajeunissement de la profession médicale. L'âge moyen des médecins était de 49,3 ans en 2021, contre 50,7 ans en 2012, en raison de l'augmentation du numerus clausus au milieu des années 2000. Cependant, la France reste l'un des pays de l'OCDE où les médecins sont les plus âgés, avec 45 % ayant plus de 55 ans, contre 34 % en moyenne dans les pays de l'OCDE.
Déclin de l'Exercice Libéral
L'exercice libéral de la médecine est de moins en moins attractif. En 2012, 109 000 médecins exerçaient en libéral exclusivement, contre seulement 93 000 en 2021, soit une diminution de 15 %. Les médecins exclusivement libéraux ne sont plus majoritaires, contrairement à 2012. La montée en puissance du salariat et de l'exercice mixte explique ce phénomène, qui devrait s'accentuer. La DREES prévoit une progression continue de l'exercice salarié chez les médecins, dépassant le nombre de médecins libéraux ou ayant un exercice mixte dès la fin de la décennie 2020. À l'horizon 2050, la profession serait salariée à 55 %.
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Densité Médicale Insuffisante et Inégale
Diminution de la Densité de Médecins Généralistes
La France souffre d'une densité de médecins généralistes insuffisante sur son territoire, en raison de la raréfaction de l'offre de soins. Cette densité a diminué entre 2012 et 2021, passant de 153 à 140 médecins généralistes pour 100 000 habitants, malgré l'augmentation et le vieillissement de la population française. Ce constat ne s'applique pas aux médecins spécialistes, dont la dynamique démographique a compensé l'augmentation de la population. La France est ainsi passée de 172 à 178 médecins spécialistes pour 100 000 habitants entre 2012 et 2021.
Comparaison avec l'OCDE
La France n'est pas particulièrement bien positionnée par rapport aux autres États de l'OCDE, avec une densité médicale de 3,2 médecins pour 1 000 habitants en 2017, contre une moyenne de 3,5 dans l'OCDE.
Densité Médicale Standardisée
Il est crucial de prendre en compte la consommation de soins pour déterminer la « densité médicale standardisée ». Celle-ci a diminué entre 2012 et 2021, passant de 331 à 312 pour 100 000 habitants. En raison du vieillissement de la population, la consommation de soins médicaux ne cessera d'augmenter. Les projections démographiques du ministère ne sont pas rassurantes. Même en tenant compte de la réforme de 2019, le nombre de médecins généralistes devrait continuer à diminuer jusqu'en 2026 (passant de 95 400 à 92 300), en raison de l'introduction de deux nouvelles spécialités en 2017 (gériatrie et médecine d'urgence). La densité médicale pondérée par la consommation de soins ne devrait retrouver son niveau de 2021 qu'en 2035.
Inégalités Territoriales
La densité médicale varie considérablement selon les régions, les départements et les bassins de vie. Le ministère des solidarités et de la santé a créé en 2012 un indicateur d'« accessibilité potentielle localisée » (APL) pour déterminer si une commune est située dans un « désert médical ». L'indicateur d'APL reflète l'activité des médecins pour mesurer l'offre de soins et le taux de recours différencié par âge des habitants pour mesurer la demande.
Répartition Inégale des Médecins
La France présente des disparités significatives dans l'accès aux soins. Le taux de personnes résidant dans une commune ayant accès à moins de 2,5 consultations de médecine générale par an et par habitant (la moyenne nationale étant de 4) est passé de 8,6 % en 2015 à 11,6 % en 2019. Treize départements ont une densité de médecins généralistes inférieure de 25 % à la moyenne nationale, tandis que cinq ont une densité supérieure de 25 % à la moyenne nationale. La raréfaction médicale ne se manifeste pas de la même manière sur l'ensemble du territoire, relativisant l'idée d'une désertification médicale généralisée.
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Disparités Selon les Zones
L'IRDES montre qu'en 2017, la densité de médecins généralistes pour 100 000 habitants était en moyenne de 112 médecins généralistes libéraux dans les espaces les mieux dotés, contre 68 pour les zones périurbaines et 69 pour les zones rurales. Tous les départements, à l'exception de ceux de la Bretagne, sont concernés par la diminution de la densité de médecins généralistes, malgré des inégalités persistantes. Les médecins généralistes et spécialistes sont concernés par cette répartition inégale sur le territoire, malgré des dynamiques démographiques opposées.
Concentration des Spécialistes
Au total, 52 départements ont une densité de médecins spécialistes inférieure de plus de 25 % à la moyenne nationale. 15 d'entre eux ont même une densité de médecins spécialistes inférieure à 100 pour 100 000 habitants, alors que la moyenne nationale est de 189. À l'inverse, 11 départements ont une densité de médecins spécialistes supérieure de plus de 25 % à la moyenne nationale. L'Île-de-France concentre 24 % des médecins spécialistes, alors que seuls 18 % de la population française y réside.
Impact du Vieillissement de la Population
Alors que la génération dite du « baby-boom » constitue une population dont la demande de soins médicaux augmente, les difficultés pour les médecins généralistes à trouver des remplaçants vont créer des obstacles encore plus massifs à l'accès aux soins pour les populations qui en ont le plus besoin. Les régions Aquitaine et Provence-Alpes-Côte d'Azur représentent les régions les mieux pourvues.
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