L'Argentine, pionnière de la "vague verte" en faveur de l'avortement en Amérique latine, a légalisé l'interruption volontaire de grossesse (IVG) en décembre 2020. Cette avancée significative, fruit d'une forte mobilisation féministe, a placé l'Argentine aux côtés de Cuba et de l'Uruguay en tant que l'un des rares pays de la région à garantir ce droit. Cependant, cette victoire est loin d'être définitive, car elle est confrontée à des contestations internes et à des menaces externes, notamment la montée des droites nationalistes.
Contexte Argentin : Entre Avancées et Dysfonctionnements
Depuis le 30 décembre 2020, l'IVG est légale en Argentine jusqu'à quatorze semaines de grossesse. Cette légalisation est le résultat d'une forte mobilisation féministe, tant dans les institutions que dans la rue. Des organisations telles que les Socorristas en red (Secouristes en réseau) ont joué un rôle crucial en aidant les femmes à avorter, même lorsque cela était illégal, en exploitant les exceptions juridiques existantes en cas de viol ou de danger pour la santé de la personne enceinte.
Toutefois, malgré cette avancée, des dysfonctionnements persistent. Les associations féministes dénoncent de nombreux obstacles à l'accès à l'IVG, tels que le manque d'information, les difficultés d'accès aux services de santé et l'objection de conscience des professionnels de santé. De plus, la montée de forces politiques conservatrices, comme le nouveau président ultralibéral Javier Milei, qui qualifie les partisans de la dépénalisation de l'avortement d'"assassins", menace de remettre en question ce droit acquis.
L'Avortement en Espagne : Un Droit Fragile
L'Espagne a connu une histoire mouvementée en matière d'avortement. L'IVG a été légalisée une première fois en 1936 en Catalogne, mais a été rapidement interdite par Francisco Franco en 1939. Il a fallu attendre 1985 pour que ce droit soit rétabli, mais sous certaines conditions restrictives : viol, mise en danger de la vie de la mère et malformation du fœtus.
En 2010, le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero a facilité l'accès à l'avortement en autorisant les femmes à interrompre librement leur grossesse jusqu'à la 14e semaine (22e semaine en cas de viol, malformation du fœtus ou mise en danger de la mère). Cependant, cette loi a suscité de vives contestations, et en 2013, le gouvernement de Mariano Rajoy a tenté de revenir aux conditions de 1985. Bien que ce projet de loi ait été abandonné, il témoigne de la division de la société espagnole sur la question de l'avortement.
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Aujourd'hui, les groupes "providas" continuent de lutter pour interdire l'avortement en Espagne. Des études montrent que de nombreuses femmes ayant souhaité avorter se sont senties harcelées ou menacées. De plus, des propositions controversées, telles que celle d'obliger les femmes à écouter les battements de cœur du fœtus et à visualiser une échographie en 4D avant d'avorter, illustrent les réticences persistantes d'une partie de la société espagnole à l'égard de l'IVG.
L'Avortement en Amérique Latine : La Vague Verte et ses Limites
En Amérique latine, la "vague verte" progresse, mais l'accès à l'avortement reste inégal. Si Cuba (1965), l'Uruguay (2012), l'Argentine (2020), la Colombie (2022) et le Mexique (2023) ont légalisé l'IVG, de nombreux pays, tels que le Salvador, le Nicaragua, la République Dominicaine, le Honduras et le Guatemala, l'interdisent toujours. Dans d'autres pays, comme le Venezuela, le Pérou, le Paraguay, le Panama, l'Équateur, le Costa Rica, le Chili, la Bolivie et le Brésil, l'avortement n'est autorisé qu'en cas de viol, de malformation du fœtus ou de danger pour la vie de la mère.
Même dans les pays où l'avortement est légal, des contestations et des régressions sont observées. Au Chili, une proposition de constitution rejetée en 2023 visait à "protéger la vie de toute personne à naître". En Argentine, le nouveau président Javier Milei a critiqué la dépénalisation de l'avortement. Dans les pays où l'IVG est interdite, les sanctions se durcissent, comme au Guatemala, où une loi punit de 10 ans de prison toute femme réalisant son propre avortement, et au Salvador, où les peines peuvent atteindre 50 ans de prison.
Ces oppositions s'expliquent en partie par l'influence de la religion, car la plupart des Latino-Américains sont catholiques ou évangéliques, et l'Église condamne fermement l'avortement. De plus, les sociétés latino-américaines restent patriarcales, et l'avortement est souvent perçu comme une contradiction avec une vision traditionnelle du rôle de la femme.
Malgré ces obstacles, la lutte pour la dépénalisation de l'avortement se poursuit en Amérique latine. Selon l'OMS, 3 des 4 avortements réalisés dans la région sont clandestins, ce qui met en danger la vie des femmes. La remise en cause du droit à l'avortement est un marqueur idéologique important pour la droite conservatrice et l'extrême droite.
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La "Marea Verde" : Un Mouvement Féministe Transnational
La "marea verde" (vague verte) est un mouvement social féministe qui a émergé en Amérique latine en 2015, avec l'Argentine comme point de départ. Ce mouvement, caractérisé par le port du "pañuelo verde" (foulard vert), a envahi les rues et les réseaux sociaux, revendiquant le droit à l'avortement libre, sûr et gratuit.
La "marea verde" s'inscrit dans un mouvement féministe plus large, qualifié de quatrième vague féministe latino-américaine. Ce mouvement se caractérise par la dimension transnationale des revendications, la centralité du rejet de la violence contre les femmes et la revendication du droit à l'avortement. La problématisation de la violence de genre comme structurelle, touchant tous les secteurs de la société, est un moteur de rassemblement pour les femmes latino-américaines.
La "marea verde" s'explique également par les conservatismes nationaux, l'héritage institutionnel des régimes dictatoriaux et les fortes disparités économiques et sociales résultant des politiques économiques néolibérales. La multiplication des collectifs et des ONG, due à l'attention nationale et internationale particulière qu'ont provoquée les changements politiques et les régimes dictatoriaux, a également contribué à l'essor de ce mouvement.
L'Impact de la "Vague Verte" sur l'Action Publique
La "vague verte" a eu un impact significatif sur l'action publique en Amérique latine. Le vote de la loi 27.610 en Argentine, légalisant l'IVG, est l'exemple le plus emblématique de cet impact. Cette loi, mise en place le 15 janvier 2021, a permis de réduire considérablement le nombre de décès maternels dans le pays.
Au Mexique, la dépénalisation de l'avortement a progressé dans plusieurs États, bien que la législation reste une compétence propre à chaque entité fédérative. En Colombie, la Cour constitutionnelle a reconnu l'IVG comme un droit fondamental et l'a dépénalisée jusqu'à vingt-quatre semaines.
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Cependant, dans d'autres pays, les avancées législatives ont été plus limitées. Au Chili, la dépénalisation partielle de l'avortement en 2017 est loin de représenter une victoire totale, car la procédure est très encadrée et l'objection de conscience est largement utilisée par les secteurs conservateurs.
Menaces et Défis pour le Droit à l'Avortement
Malgré les progrès réalisés, le droit à l'avortement est confronté à de nombreuses menaces et défis dans le monde hispanique et au-delà. La montée des droites nationalistes anti-droits, la persistance des conservatismes religieux et sociaux, et les obstacles à l'accès aux services de santé entravent la pleine réalisation de ce droit fondamental.
Les organisations anti-IVG, souvent d'inspiration religieuse, se professionnalisent, se transnationalisent et sont de plus en plus organisées et financées. Elles exercent une influence croissante, y compris au sein des instances multilatérales, et mettent en œuvre des stratégies pour limiter et bafouer le droit à l'avortement, telles que les campagnes de désinformation, les clauses d'objection de conscience et les contraintes administratives et matérielles à l'égard des médecins.
De plus, les crises et les conflits exacerbent les obstacles à l'accès à l'avortement, entraînant une augmentation des avortements à risque et des décès maternels. Les femmes précaires et marginalisées sont les plus touchées par ces difficultés.
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