Introduction
L'article explore le rôle et les missions de l'auxiliaire de puériculture (AP) travaillant dans un environnement carcéral pour femmes, en particulier au sein d'une nurserie pénitentiaire. Ces professionnelles de la petite enfance évoluent dans un contexte unique, marqué par la détention, la maternité et les contraintes institutionnelles. L'objectif est d'analyser les pratiques, les relations de travail et les enjeux spécifiques auxquels elles sont confrontées.
Le Contexte des Nurseries Pénitentiaires en France
En France, une trentaine d'institutions pénitentiaires accueillent des bébés, soit dans des "cellules mère-enfant" intégrées à la détention pour femmes, soit dans des "quartiers nurserie" séparés. Seuls quatre quartiers peuvent accueillir plus de cinq enfants et disposent d'espaces communs. Ces structures visent à maintenir le lien mère-enfant, considéré comme essentiel au développement de l'enfant et à la réinsertion de la mère.
L'exemple d'une micro-crèche en milieu carcéral
Une micro-crèche a ouvert ses portes dans une nurserie pénitentiaire française, au sein d’une maison d’arrêt. Des femmes enceintes et des mères accompagnées de leurs jeunes enfants y vivent, car la loi permet à ces derniers de demeurer auprès de leurs mères jusqu’à leurs dix-huit mois.
Adaptation de l'environnement
Le quartier est entièrement adapté à la présence des enfants : il est gai et coloré, les espaces communs sont parsemés de tapis et de jouets, les dispositifs sécuritaires sont discrets, les lieux sont calmes et la circulation plus libre. Outre cela, la nurserie se caractérise par un personnel de surveillance hautement expérimenté et la présence de nombre d’intervenants extérieurs, notamment médico-sociaux et de la Petite Enfance.
Un partenariat pluridisciplinaire
Depuis peu, une partie de la nurserie a été transformée afin d’accueillir une micro-crèche, fruit d’un partenariat entre l’administration pénitentiaire (AP), la mairie de la ville, le département et la Caisse d’allocations familiales (CAF). Quatre professionnelles y travaillent : une éducatrice de jeunes enfants et trois auxiliaires de puériculture.
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Rôle et Missions de l'Auxiliaire de Puériculture en Prison
Missions générales
L'auxiliaire de puériculture est un professionnel de la petite enfance qui accompagne les enfants de la naissance jusqu'à l'âge de six ans. Son rôle est d'assister l'équipe médicale dans les soins quotidiens des nourrissons et des jeunes enfants, en veillant à leur bien-être physique et émotionnel. Les missions de l’auxiliaire puéricultrice sont variées et comprennent :
- Assister la sage-femme pendant l’accouchement
- Prodiguer des soins quotidiens aux bébés : pesée, mesures, toilette, préparation des biberons, alimentation…
- Nettoyer, entretenir et ranger le matériel médical utilisé
- Assurer les gardes pendant la nuit
- Assister le médecin pendant les consultations de pédiatrie
- Accueillir les enfants et les parents
- Tenir à jour les dossiers médicaux
- Participer à l’éveil des enfants
- Participer à l’intégration sociale des enfants malades ou handicapés
- Accompagner les tout-petits dans le développement de leur motricité et de leur autonomie (attraper, marcher, s’habiller, manger, aller aux toilettes…).
Missions spécifiques en milieu carcéral
Dans le contexte spécifique d'une nurserie pénitentiaire, l'AP adapte ses pratiques aux contraintes de l'environnement carcéral. Ses missions incluent :
- Accueil et garde des enfants: Accueillir les enfants, libérant ainsi les mères qui peuvent travailler, étudier ou se rendre à des activités culturelles ou sportives. La quantité d’enfants est très variable du fait de la dynamique propre à une maison d’arrêt.
- Soutien à la parentalité: Aider les mères détenues à maintenir un lien avec leur enfant, en les conseillant et en les accompagnant dans leur rôle parental.
- Création d'un environnement stimulant: Proposer des activités d'éveil adaptées aux jeunes enfants, favorisant leur développement psychomoteur et leur socialisation.
- Lien avec les partenaires: Travailler en collaboration avec les autres professionnels de la nurserie (surveillantes, éducatrices de jeunes enfants, psychologues, etc.) et les partenaires extérieurs (PMI, associations, etc.) pour assurer une prise en charge globale de l'enfant et de sa mère.
- Suivi médico-social: Assurer le suivi des soins aux enfants et leur transfert à l’hôpital en cas de besoin.
Les défis spécifiques du travail en nurserie pénitentiaire
Ces travailleuses sont confrontées à un univers très particulier, du point de vue de l’espace, des rapports hiérarchiques et des relations de travail. Dans les rapports quotidiens, les mères des enfants qu’elles accueillent sont détenues, ont commis ou sont suspectées d’avoir commis un délit, sont pour beaucoup étrangères, ont souvent des histoires difficiles. Il n’y a pas d’hommes. Détenues, enfants, surveillantes, auxiliaires évoluent dans un entre-soi très féminisé, à la fois espace de vie et de travail.
Les auxiliaires sont confrontées à des conditions de travail extra-ordinaires où elles doivent expérimenter de nouvelles pratiques, plus adaptées à cet univers particulier. Ici plus encore qu’ailleurs, la crèche se présente comme un « lieu laboratoire » où les professionnelles sont amenées, individuellement et collectivement, à créer « de nouvelles pratiques et de nouvelles compétences qui ne sont pas une simple duplication des savoirs spécialisés » ou des expériences précédentes.
- Tensions entre logiques: La prison est en soi un terrain où cohabitent, s’articulent, s’affrontent diverses logiques professionnelles et sociales. Si la prison est avant tout et in fine mue par des logiques sécuritaires, elle est à la fois traversée et interpellée par les logiques sociales de la société à laquelle elle appartient, et lieu de rencontre entre personnels pénitentiaires et agents sociaux non pénitentiaires.
- Relations avec les mères détenues: Construire une relation de confiance avec les mères détenues, souvent fragilisées par leur situation et méfiantes envers les institutions. Nombre de mères, non familiarisées avec ce type de structures, se montrent réticentes à y laisser leur enfant ; avec le temps, elles construisent une relation de confiance avec les auxiliaires et apprennent peu à peu à apprécier la petite « marge de liberté » que la crèche leur apporte.
- Gestion des émotions: Faire face à la souffrance des enfants et des mères, tout en maintenant une distance professionnelle nécessaire.
- Adaptation aux contraintes sécuritaires: Respecter les règles de sécurité de l'établissement pénitentiaire, qui peuvent parfois entraver le travail auprès des enfants.
- Travail en équipe: Collaborer avec des professionnels aux cultures et aux missions différentes (personnel pénitentiaire, personnel médical, etc.).
Compétences et qualités requises
Pour travailler au contact des bébés et exercer le métier d’auxiliaire de puériculture, il est important de posséder d’excellentes qualités humaines. Cette profession nécessite également la maîtrise de connaissances sanitaires et sociales ainsi que de notions fondamentales en biologie. Au quotidien, l’auxiliaire de puériculture doit être calme, doux et savoir faire preuve de patience auprès des jeunes enfants. Se montrer bienveillant, disponible et à l’écoute est essentiel pour être un bon professionnel. Garant de la sécurité et du bien-être des tout-petits, l’auxiliaire de puériculture doit être fiable et responsable. Il doit également être attentif aux besoins des nouveau-nés, surtout lorsqu’il évolue dans un hôpital, plus précisément en pédiatrie.
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L'importance du suivi et de l'accompagnement
Les nurseries pénitentiaires assurent dans un premier temps le suivi médical des femmes enceintes, dès lors qu’elles atteignent 8 mois de grossesse ainsi que les accouchements pendant une période de détention. Lorsque les premières contractions se font ressentir, les agents pénitentiaires assurent le transfert de la détenue vers l’hôpital le plus proche où elle pourra, sous escorte policière, accoucher de son bébé.
Les enfants grandissant en détention aux côtés de leur mère peuvent bénéficier du suivi de la PMI. La protection maternelle infantile veille au bien-être et contrôle de manière régulière les conditions de prise en charge des bébés en milieu carcéral. Lors d’entretiens collectifs ou individuels avec les mères écrouées, la PMI peut conseiller, soutenir et aider les femmes vivant mal la maternité en détention. Celles-ci subissent parfois un baby blues difficile ou souhaitent simplement être épaulées dans leur nouveau rôle de mère.
Les jeunes mamans incarcérées peuvent aussi compter sur le soutien du SMPR en cas de difficultés rencontrées pour élever leur enfant en prison.
Conclusion
Le rôle de l'auxiliaire de puériculture en milieu carcéral est essentiel pour assurer le bien-être et le développement des jeunes enfants vivant en détention avec leur mère. Ces professionnelles doivent faire preuve d'adaptation, de créativité et de résilience pour surmonter les défis spécifiques de cet environnement. Leur travail contribue à maintenir le lien mère-enfant, à favoriser la réinsertion des mères et à offrir aux enfants un environnement stimulant et sécurisant, malgré les contraintes de la détention. Il est essentiel de reconnaître et de soutenir ces professionnelles, qui jouent un rôle crucial dans la prise en charge des familles en milieu carcéral.
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