L'autorité parentale est un concept juridique fondamental qui encadre les droits et les devoirs des parents envers leurs enfants mineurs. En pédiatrie, cette notion prend une dimension particulière, car elle concerne directement la santé, la sécurité et le bien-être de l'enfant. Cet article vise à définir l'autorité parentale dans le contexte pédiatrique, à explorer ses enjeux et ses limites, et à examiner les situations complexes qui peuvent se présenter dans la pratique médicale.
Définition et Fondements de l'Autorité Parentale
L'autorité parentale, définie à l'article 371-1 du Code civil, est un ensemble de droits et de devoirs visant à protéger l'enfant dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, à assurer son éducation et à permettre son développement, dans le respect dû à sa personne. Elle appartient aux parents jusqu'à la majorité ou l'émancipation de l'enfant. Les parents doivent associer l'enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité.
Exercice de l'Autorité Parentale
En principe, l'autorité parentale est exercée conjointement par les deux parents. Cela signifie qu'ils doivent prendre ensemble les décisions importantes concernant la vie de leur enfant. Toutefois, il existe des situations où l'autorité parentale peut être exercée par un seul parent :
- Décès d'un parent : Si l'un des parents décède, l'autre exerce seul l'autorité parentale.
- Reconnaissance tardive de l'enfant : Lorsque la filiation est établie à l'égard du deuxième parent plus d'un an après la naissance de l'enfant, le premier parent reste seul investi de l'exercice de l'autorité parentale, sauf décision contraire du juge.
- Présence d'un parent hors d'état de manifester sa volonté : Le parent qui est hors d'état de manifester sa volonté, en raison de son incapacité, de son absence ou de toute autre cause, est privé de l'exercice de l'autorité parentale.
- Décision judiciaire : Un juge peut décider de confier l'exercice de l'autorité parentale à un seul parent, notamment en cas de conflit grave entre les parents ou si l'un d'eux est considéré comme inapte à exercer ses responsabilités parentales.
Actes Usuels et Non Usuels
Dans le cadre de l'exercice conjoint de l'autorité parentale, il est important de distinguer les actes usuels des actes non usuels.
- Actes usuels : Il s'agit des actes de la vie quotidienne, sans gravité, qui n'engagent pas l'avenir de l'enfant ou ses droits fondamentaux. Un parent peut accomplir seul un acte usuel, étant présumé avoir l'accord de l'autre parent. Les soins courants (blessures superficielles, infections bénignes, soins dentaires de routine, traitement des maladies infantiles ordinaires), vaccinations imposées par la loi, sorties scolaires à la journée sont des exemples d'actes usuels.
- Actes non usuels : Il s'agit des actes importants qui nécessitent l'accord des deux parents. Par exemple, un traitement médical lourd, une hospitalisation prolongée, une intervention chirurgicale prévue, un changement d'orientation scolaire, ou la pratique d'un sport dangereux sont considérés comme des actes non usuels.
En cas de désaccord entre les parents sur un acte, ils peuvent saisir le juge aux affaires familiales (JAF) qui tranchera.
Lire aussi: Enjeux PMA en France
Autorité Parentale et Soins Médicaux
L'autorité parentale joue un rôle central dans les décisions médicales concernant l'enfant. En principe, les parents ont le droit et le devoir de consentir aux soins nécessaires pour leur enfant. Cependant, ce droit n'est pas absolu et connaît des limites.
Consentement aux Soins
Le consentement des parents est requis pour tout acte médical concernant leur enfant mineur. Ce consentement doit être libre et éclairé, c'est-à-dire que les parents doivent être informés de manière claire et compréhensible des bénéfices, des risques et des alternatives possibles aux soins proposés.
Dans le cas des parents séparés, l'autorité parentale est maintenue pour chacun d'eux, sauf décision contraire du juge. Ainsi, les deux parents doivent être informés et consultés sur les décisions médicales concernant leur enfant. Pour les actes médicaux courants et bénins (vaccinations, soins dentaires courants…), on considère que chaque parent agit avec l’accord de l’autre. Toutefois, pour les actes non usuels, l'accord des deux parents est nécessaire.
Refus de Soins
Les parents ont le droit de refuser des soins pour leur enfant, mais ce droit est limité par l'intérêt supérieur de l'enfant. Si le refus de soins met en danger la santé ou la vie de l'enfant, le médecin peut passer outre l'avis des parents et dispenser les soins nécessaires. Dans ce cas, il doit en informer le procureur de la République, qui peut saisir le juge des enfants aux fins de mise en œuvre d'une mesure d'assistance éducative temporaire.
L'article L. 1111-4 du code de la santé publique précise que « Dans le cas où le refus d'un traitement par la personne titulaire de l'autorité parentale ou par le tuteur si le patient est un mineur, ou par la personne chargée de la mesure de protection juridique s'il s'agit d'un majeur faisant l'objet d'une mesure de protection juridique avec représentation relative à la personne, risque d'entraîner des conséquences graves pour la santé du mineur ou du majeur protégé, le médecin délivre les soins indispensables ».
Lire aussi: Le Poisson Fécond et l'Autorité : Analyse détaillée
Consentement du Mineur
L'article L. 1111-4 du code de la santé publique reconnaît également le droit du mineur à être informé et à participer aux décisions concernant sa santé, d'une manière adaptée à son degré de maturité. Son consentement doit être systématiquement recherché, s'il est apte à exprimer sa volonté et à participer à la décision.
L'article L1111-5 va plus loin, en autorisant le mineur à garder le secret sur les soins à l’égard de ses parents, et donc à y consentir seul :"Par dérogation à l’article 371-2 du Code Civil, le médecin peut se dispenser d’obtenir le consentement du ou des titulaires de l’autorité parentale sur les décisions médicales à prendre lorsque le traitement ou l’intervention s’impose pour sauvegarder la santé d’une personne mineure, dans le cas où cette dernière s’oppose expressément à la consultation du ou des titulaires de l’autorité parentale afin de garder le secret sur son état de santé.
Toutefois, le médecin doit, dans un premier temps, s’efforcer d’obtenir le consentement du mineur à cette consultation. Dans le cas où le mineur maintient son opposition, le médecin peut mettre en œuvre le traitement ou l’intervention.
Dans ce cas, le mineur se fait accompagner d’une personne majeure de son choix.
Protection de l'Enfance et Signalement
En dehors des cas de refus de soins, le médecin peut être amené à relever des éléments qui lui laissent supposer ou craindre que l'intérêt de l'enfant est mal compris par son entourage et qu'il se trouve en situation de danger ou de risque de danger. Dans ce cas, il a le devoir de signaler cette situation aux autorités compétentes.
Lire aussi: Normes PMI
Information Préoccupante
La loi n°2007-293 du 5 mars 2007 réformant la protection de l'enfance donne un cadre légal au partage des informations préoccupantes concernant les enfants en danger ou en risque de danger, entre les professionnels chargés de la protection de l'enfance. Les dispositions de l’article L. 226-2-2 du code de l’action sociale et des familles autorisent le partage de telles informations entre professionnels concernés par la protection de l’enfance.
Lorsqu’il est préoccupé par la situation d’un enfant, le médecin peut contacter le médecin de la cellule départementale de recueil, de traitement et d’évaluation de l’information préoccupante (CRIP). La CRIP a pour mission de centraliser les informations qui laissent craindre que la santé, la sécurité du mineur sont en danger ou que les conditions de son éducation, de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises.
Signalement Judiciaire
Lorsqu’un médecin constate des sévices ou privations, le 2° de l’article 226-14 du code pénal s’applique et il doit directement procéder à un signalement judiciaire au Procureur de la République, avec information de la démarche faite auprès de la cellule.
Autorité Parentale dans les Établissements d'Accueil du Jeune Enfant (EAJE)
L'autorité parentale se manifeste également dans les établissements d'accueil du jeune enfant (EAJE), tels que les crèches. Les EAJE doivent veiller à respecter les droits et les devoirs des parents, tout en assurant le bien-être et la sécurité de l'enfant.
Obligations des EAJE
Les EAJE ont plusieurs obligations vis-à-vis de l'autorité parentale :
- Vérification de l'autorité parentale : Lors de l'inscription de l'enfant, l'EAJE doit vérifier si les parents sont tous deux titulaires de l'autorité parentale, en consultant le livret de famille.
- Information et autorisation des parents : Tout ce qui n'est pas prévu dans le règlement de fonctionnement de l'établissement doit faire l'objet d'une autorisation des parents. Par exemple, une sortie au parc nécessite l'information des parents, mais pas nécessairement une autorisation spécifique.
- Dialogue et accompagnement : En cas de conflit entre les parents ou de désaccord sur les modalités d'accueil de l'enfant, le professionnel de l'EAJE a l'obligation de mettre en place un dialogue et d'accompagner les parents dans leur rôle parental.
Limites de l'Autorité Parentale en EAJE
L'autorité parentale a des limites dans les EAJE. Le projet éducatif de l'établissement définit les modalités d'accueil de l'enfant, et les consignes parentales ne doivent pas primer sur ce projet. La limite principale est le risque encouru par l'enfant. Par exemple, un professionnel ne se conformera pas à la demande de parents souhaitant que leur enfant soit réveillé pendant la sieste, si cela est contraire au rythme de l'enfant.
En cas de conflit persistant, l'EAJE peut rompre le contrat d'accueil. La structure ne doit pas se conformer aux demandes de parents qui seraient contraires aux données de la science en termes de développement et de sécurité de l’enfant.
Séparation des Parents et EAJE
La séparation des parents n'a pas d'incidence sur la dévolution de l'autorité parentale. Les parents restent un couple parental et sont tenus aux mêmes obligations. Si l'enfant a sa résidence principale chez un parent, c'est souvent ce dernier qui signera le contrat avec l'EAJE. En cas de résidence alternée, il est préférable de conclure un contrat avec chacun des parents.
En cas de conflit entre les parents, le professionnel de la petite enfance doit rappeler que l'intérêt de l'enfant doit primer.
Jugement et Autorité Parentale
Si une décision d'un Juge aux affaires familiales (JAF) a été rendue et que l'un des parents se voit retirer l'autorité parentale, la structure doit transmettre l'information au professionnel. Un professionnel qui ferait fi d'un jugement engagerait sa responsabilité.
tags: #autorité #parentale #en #pédiatrie #définition
