Les réformes et ajustements apportés au système de retraite français suscitent de nombreuses interrogations. Cet article décrypte les principales évolutions concernant l'augmentation des trimestres de retraite en France, en s'appuyant sur les récentes décisions législatives et leurs implications concrètes pour les futurs retraités.
Adoption du PLFSS pour 2026 et ses implications
L'Assemblée nationale a définitivement adopté le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026, marquant une étape importante dans l'évolution du système de retraite. Il est essentiel de comprendre comment ce projet de loi impactera l'âge légal de départ à la retraite et le nombre de trimestres nécessaires pour bénéficier du taux plein (50%).
Jusqu'au 1er septembre 2026, la législation en vigueur avant cette réforme continue de s’appliquer, offrant une période transitoire pour les personnes proches de la retraite.
Suspension de la réforme des retraites de 2023
Le 16 décembre, la réforme des retraites de 2023 a été suspendue, décalant l'âge légal de départ à 64 ans. Pour la CFDT, cette suspension est perçue comme une victoire après deux années de mobilisation contre une réforme jugée injuste. Concrètement, depuis 2023, l’âge légal augmentait progressivement de trois mois chaque année pour atteindre 64 ans. Toutefois, à partir de cette suspension et jusqu’au 1er janvier 2028, cet âge légal restera fixé à 62 ans et 9 mois, affectant en premier lieu les personnes nées en 1964.
L'avenir de cette réforme dépendra des résultats des élections de 2027. Si une nouvelle réforme est adoptée, elle s'appliquera. En l'absence de nouvelle réforme, les personnes nées entre le 1er janvier 1965 et le 31 décembre 1968 pourront partir trois mois plus tôt que prévu par la réforme de 2023.
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Pour la CFDT, cette suspension est une première étape vers la reconnaissance du refus de l'âge de départ à 64 ans, exprimé par les travailleurs en 2023, et ouvre la voie à un nouveau débat sur les retraites en 2027. Il est essentiel de maintenir l’âge et la durée de cotisation à leur niveau actuel jusqu’au 1er janvier 2028 pour permettre ce débat.
Durée de cotisation et réforme Touraine
La durée de cotisation requise pour bénéficier d'une retraite à taux plein a augmenté depuis 2014, atteignant 43 années (172 trimestres) avec la réforme dite « Touraine ». La réforme de 2023 a accéléré ce rythme. Actuellement, les personnes partant à la retraite doivent justifier de 170 trimestres. La suspension maintient ce nombre de trimestres à 170 jusqu’au 1er janvier 2028, concernant les personnes nées en 1964. Après 2028, le principe reste le même : si une nouvelle réforme est adoptée, elle s’appliquera. Sinon, les personnes nées en 1965 gagneront un trimestre et devront justifier de 171 trimestres au lieu de 172.
Amélioration de la retraite des femmes
Des annonces ont été faites concernant l'amélioration de la retraite des femmes, notamment celles ayant eu des enfants. Elles bénéficieront de trimestres supplémentaires et pourront faire valoir certains de ces trimestres pour un départ anticipé pour carrière longue. De plus, la règle des « 25 meilleures années » sera assouplie pour les femmes avec des enfants, ce qui pourrait améliorer leur pension.
Après un congé maternité, paternité, d’accueil de l’enfant ou d’adoption, les parents pourront bénéficier d’un ou deux mois de congé supplémentaires.
Gel des pensions en 2026 : un tournant majeur
L'année 2026 marque un tournant pour les retraités français avec l'annonce d'un gel des pensions, combiné à de nouvelles règles fiscales. Ce gel des pensions est inédit depuis dix ans. Depuis 1987, les pensions de base évoluent en fonction de l’indice des prix à la consommation (hors tabac). Cette règle sera suspendue en 2026, entraînant une année blanche sans revalorisation, quelle que soit l’inflation. Cette mesure affectera toutes les pensions, y compris les petites retraites, les pensions de réversion et le minimum vieillesse, sauf si le Parlement en décide autrement.
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L’inflation attendue pour 2026 avoisinerait 3%. Sans indexation, les pensions resteront figées tandis que les prix continueront d’augmenter. Cette perte sera définitive, sans rattrapage l’année suivante. À partir de 2027, le gouvernement anticipe une sous-indexation : les pensions augmenteront, mais 0,4 point de moins que l’inflation, une situation inédite sur une période aussi longue (jusqu’en 2030).
Du côté des complémentaires, aucune revalorisation de l’Agirc-Arrco n’a été actée au 1er novembre 2025, une première depuis la création de ce régime, impactant directement le pouvoir d’achat des retraités.
Nouvelle fiscalité et impact sur les retraités
La fiscalité des pensions subit également un choc. Le Projet de Loi de Finances 2026 prévoit la suppression de l’abattement de 10% sur les pensions de retraite pour le calcul de l’impôt sur le revenu, remplacé par un abattement unique de 2 000 euros par retraité. Ce changement aura des conséquences concrètes et massives, en particulier pour les retraités seuls ou ceux dont les pensions sont supérieures à 2 000 euros par mois.
Pour les retraités seuls, la hausse d'impôt peut atteindre +19% pour une pension à peine supérieure à 2 000 euros. Même les couples verront leur facture grimper. Les retraités modestes pourraient bénéficier d’une légère baisse, mais la majorité subira une hausse.
Bien que la suppression de l’abattement ait été rejetée en commission, des amendements cherchent à la réintroduire partiellement, signalant une tendance au durcissement de la fiscalité des retraités.
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Conséquences sur le pouvoir d'achat et la précarité
Ces mesures auront un impact direct sur le pouvoir d'achat des retraités, avec une augmentation potentielle de la pauvreté et des inégalités, notamment pour les femmes, les personnes seules et les ex-salariés aux carrières hachées.
Dans ce contexte, les actifs anticipent les difficultés, avec une épargne individuelle en hausse et un succès croissant du Plan d’Épargne Retraite (PER). Cependant, une CSG du capital à 10,6% et une flat tax à 31,4% sur certains produits d’épargne pourraient menacer la rentabilité de ces placements si les projets fiscaux du gouvernement sont adoptés.
Suspension de la réforme des retraites : âge et durée de cotisation
La réforme Borne (2023) est officiellement suspendue et ne s’appliquera pas avant janvier 2028. L’âge légal de départ reste fixé à 62 ans et 9 mois. Pour les générations nées en 1965, il passera à 63 ans en 2028. Les générations suivantes verront leur calendrier décalé d’un trimestre.
Côté durée de cotisation, le report d’un trimestre s’applique à certaines générations. Les départs anticipés pour carrière longue restent possibles sans restriction supplémentaire. Depuis septembre 2026, les trimestres validés pour enfants (naissance, éducation, adoption) comptent à nouveau pour une carrière longue, facilitant le départ anticipé pour de nombreuses mères.
Les règles de cumul emploi-retraite évoluent également, offrant plus de souplesse après 67 ans et la possibilité d’acquérir une seconde retraite sur les périodes travaillées. Entre l’âge légal et 67 ans, les revenus issus du cumul demeurent plafonnés.
Avenir de la retraite : équilibre financier et stratégies individuelles
La démographie pèse lourdement sur les équilibres financiers du système de retraite, avec plus de 17 millions de retraités et moins d’actifs pour financer le système, entraînant un déficit structurel. Le gel des pensions est une mesure d’urgence budgétaire, mais ne résout pas le problème de fond.
Dans l’attente d’une nouvelle architecture collective, la tendance est à la responsabilisation individuelle. Les futurs retraités diversifient leur épargne, se tournent vers des produits souples et pilotables, comme le PER ou l’assurance vie. Cependant, l’accès à ces solutions reste socialement inégalitaire.
FAQ - Questions pratiques sur la retraite 2026
- Le gel concerne-t-il tous les retraités ? Oui, il s’applique aux pensions de base, de réversion et au minimum vieillesse. Les complémentaires suivent la même tendance, faute d’accord entre partenaires sociaux.
- Qu’en est-il de la fiscalité pour les petites retraites ? Les retraités aux pensions très modestes pourraient voir leur impôt légèrement baisser avec l’abattement forfaitaire, mais cette catégorie reste limitée. La majorité subira une hausse, surtout les personnes seules.
- Faut-il différer son départ à la retraite ? Aucun rattrapage du gel n’étant prévu en 2027, différer ne permet pas de compenser la perte. Les règles actuelles s’appliquent jusqu’à nouvel ordre, mais les incertitudes demeurent.
- Le PER reste-t-il intéressant malgré la nouvelle fiscalité ? Le PER garde des avantages, mais une hausse de la CSG ou de la flat tax réduirait son attractivité. Il convient de surveiller l’évolution des textes.
Exemples et cas particuliers
Prenons l'exemple de Manon, née en 1970, salariée du secteur privé, puis agent titulaire d’une collectivité territoriale, tout en exerçant une activité de micro-entrepreneuse (artisanat). Les règles de calcul peuvent différer d’un régime de retraite à l’autre.
Si vous avez le nombre de trimestres requis à l’âge légal et que vous continuez à travailler, une surcote (majoration définitive) augmente le montant de votre retraite. Le nombre de trimestres varie selon votre année de naissance. Si vous obtenez une retraite à taux plein, son montant ne peut pas être inférieur à un « minimum contributif ».
Pour éviter la décote, il faut enregistrer au minimum le nombre de trimestres exigé. Par ailleurs, dans certaines situations, la condition de trimestres n’est pas demandée.
Si vous avez eu au moins trois enfants, vous bénéficiez d’une majoration de 10% de vos retraites. À partir de 67 ans, la retraite de base est calculée à taux plein (sans décote), quel que soit le nombre de trimestres enregistrés.
Incidence des trimestres supplémentaires et de la surcote
Si vous poursuivez votre activité d'agent général au-delà de l'âge légal pour une retraite à taux plein (67 ans), vous obtenez une surcote de 5% du nombre de points enregistrés pour chaque année pleine cotisée dans le régime RCO.
Si vous avez le nombre de trimestres requis à l’âge légal et que vous continuez à travailler, une surcote (majoration définitive) augmente le montant de votre retraite. Elle dépend du nombre de trimestres supplémentaires travaillés.
Retraite des fonctionnaires et spécificités
Pour les fonctionnaires, le taux de calcul le plus favorable est de 75% du traitement indiciaire des 6 derniers mois d’activité. La formule de calcul du montant est valable dans tous les cas de figure, que vous bénéficiez ou non de bonifications. La décote s’applique à votre retraite de fonctionnaire uniquement si le nombre de trimestres enregistrés pour toute la carrière n’est pas suffisant.
Le montant minimum de votre retraite de fonctionnaire ne peut être inférieur à une certaine somme. Vous pouvez aussi être éligible à l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA), versée sous conditions de ressources personnelles et, le cas échéant, du foyer.
La retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP) existe depuis le 1er janvier 2005. À la date de liquidation vous percevrez un capital.
Simulateur de retraite et information personnalisée
Pour simuler votre retraite à tout âge et pour toutes vos activités, utilisez le service "Mon estimation retraite" sur votre compte retraite (connexion au compte requise).
Votre retraite est versée à taux plein, c'est-à-dire sans minoration définitive, si vous avez enregistré le nombre de trimestres nécessaires. Si vous partez à la retraite sans avoir atteint ce nombre de trimestres, le montant de votre retraite est minoré définitivement.
Évolution de l'âge de surcote pour les fonctionnaires
À compter du 1er septembre 2023, l'âge à partir duquel il est possible de surcoter augmente progressivement, au rythme d'un trimestre par génération, pour les fonctionnaires sédentaires nés après le 31 août 1961.
Brigitte S., fonctionnaire de la catégorie sédentaire née le 2 mars 1962, bénéficie d’un âge légal de départ à la retraite à 62 ans et 6 mois. Sa durée d’assurance requise pour une pension à taux plein est de 169 trimestres, durée validée à ses 62 ans et 6 mois. Elle poursuit son activité jusqu’à ses 64 ans, soit le 20 mars 2026. Elle totalise à cette date 175 trimestres en durée d’assurance.
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