Au revoir les enfants est un film français réalisé par Louis Malle, sorti en 1987. Ce récit poignant d'une amitié naissante entre deux garçons dans un pensionnat catholique pendant l'hiver 1944 est profondément ancré dans l'histoire personnelle du réalisateur. Le film explore les thèmes de l'innocence perdue, de la culpabilité et de l'impact de la Seconde Guerre mondiale sur l'enfance.

Un Récit Inspiré d'une Histoire Vraie, Mais Pas Exactement

Le film est inspiré d'un souvenir de jeunesse de Louis Malle, lorsqu'il était pensionnaire dans un collège près de Fontainebleau. Un matin de janvier 1944, il a été témoin de l'arrestation par la Gestapo de trois de ses camarades de classe, dont un garçon juif caché. Cependant, Malle précise que le film ne retrace pas fidèlement sa relation avec Jean Bonnet. Le jeune Louis Malle n'a jamais été aussi proche de son camarade juif qu'il le décrit dans le film, faute de temps.

Dans la réalité, Jean Bonnet, de son vrai nom Hans-Helmut Michel, était un camarade juif de Louis Malle au collège catholique Notre-Dame de Sion d'Avon. Il fut arrêté par la Gestapo au collège et déporté par le convoi 67 en janvier 1944.

L'Enfance au Premier Plan, la Guerre en Arrière-Plan

L'une des grandes forces du film réside dans sa capacité à reléguer la Seconde Guerre mondiale à l'arrière-plan, faisant d'abord d'Au revoir les enfants un film sur l'enfance. La menace de la guerre est omniprésente, perceptible à travers la présence des collaborateurs français et des soldats allemands. Cette menace prend une dimension tragique dans la scène finale, où le Père Jean est arrêté par la Gestapo avec les élèves juifs qu'il avait cachés. C'est alors que le titre du film prend tout son sens, résonnant comme un adieu déchirant à l'innocence et à la sécurité.

Une Structure Circulaire et Répétitive

Le film s'ouvre et se ferme sur des images fortes qui encadrent le récit. La première scène montre une mère et son fils, isolés sur un quai de gare. La dernière scène se concentre sur le visage de cet enfant, seul, en gros plan. Ces deux images similaires, comme beaucoup d'autres tout au long du film, soulignent l'évolution du jeune collégien, Julien, face à l'irruption brutale de l'Histoire dans sa vie. On peut également noter la similarité entre la scène où Mme Quentin enserre son fils dans ses bras à la gare et celle où elle le serre sur la place de l'église à la fin du film.

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De nombreuses scènes et images sont répétées au cours du film, créant un réseau de correspondances visuelles et thématiques. Par exemple, le Père Jean sort par le bord droit du cadre dans le dortoir après avoir présenté le "nouveau", Jean, et prononce les mots : "Bonsoir les enfants". Cette image est reprise à la fin du film, dans la cour, lorsque le Père Jean prend congé des enfants. Ces répétitions invitent le spectateur à établir des liens, à revoir ce qui a déjà été vu et à percevoir différemment ce qui a été vécu.

Un Style Cinématographique Classique au Service de l'Émotion

Louis Malle a opté pour une approche stylistique classique, privilégiant la sobriété et la discrétion. Les cadres sont souvent fixes, avec de légers recadrages. Les mouvements d'appareil sont rares, se limitant à quelques panoramiques et travellings subtils. Cette syntaxe cinématographique, qui rappelle les années 40 et 50, est renforcée par des tonalités "lourdes" et saturées, créant une atmosphère sombre et oppressante. Le travail de Renato Berta, le directeur de la photographie, est particulièrement remarquable dans les scènes se déroulant dans la forêt de Fontainebleau, où peu de couleurs percent dans le vert-de-gris ambiant. L'exception est le rouge des lèvres de la mère et du sang que le fils fait jaillir de sa main en la triturant avec un compas.

Le Regard de Julien : Un Point de Vue Subjectif

Le film est largement construit autour du point de vue de Julien. La caméra ne joue jamais en contrepoint, et les mouvements d'appareil sont rares, ce qui les rend d'autant plus significatifs. Un panoramique de 90° accompagne un mouvement de corps de Julien et met en relation des personnages ou des événements apparemment étrangers les uns aux autres. De même, un travelling lent et précautionneux dans le dortoir, avant l'arrestation de Jean, crée une atmosphère d'intimité et de tension palpable.

Le regard de Julien sur Jean est un élément central du film. Il observe Jean avec curiosité et fascination, cherchant à percer son mystère. Ce regard est souvent souligné par des gros plans ou par un montage en insert. Il prend une valeur métonymique par rapport au film lui-même : il est le regard de Louis Malle qui se retourne sur son passé. Chaque regard de Julien mériterait d'être analysé, car il est le point d'intersection de tous les axes de la mise en scène.

Culpabilité et Mémoire : Les Thèmes Centraux du Film

Au revoir les enfants est un film profondément personnel pour Louis Malle. Il explore les thèmes de la culpabilité et de la mémoire. Malle s'est clairement expliqué sur l'éventuelle culpabilité du jeune Louis Malle. Ce serait une vision passablement réductrice du film. Lorsqu'il a décidé d'écrire le scénario, il est parti de ce qui était le plus clair pour lui, ce qu'il avait décidé, quoi qu'il arrive, de ne pas changer, c'est-à-dire la fin. À partir de là, il a élaboré son récit, avec le souci de comprendre comment on en est arrivé là, comment les choses peuvent "advenir", comment peut se produire l'irrémédiable collusion avec le mal.

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Le film est un travail de mémoire, une tentative de comprendre comment les événements se sont déroulés et quel a été l'impact de ces événements sur la vie du réalisateur. Il interroge la complexité de l'époque et refuse toute simplification dans le traitement des personnages. Une ligne très fine sépare les actes de courage de l'opportunisme lâche, et Malle montre avec intelligence les raisons qui peuvent pousser un personnage à tomber du mauvais côté.

L'Amitié Contariée et la Perte de l'Innocence

Le film explore l'amitié contrariée entre Julien, un garçon catholique issu d'une famille bourgeoise, et Jean Bonnet, un garçon juif caché sous un faux nom. Julien est attiré par le mystère et le secret qui entourent Jean. Il découvre son véritable nom, Kippelstein, en lisant à l'envers un livre de prix. Cette découverte marque un tournant dans leur relation.

Le film montre comment la guerre et la persécution mettent fin à l'innocence de Julien et le confrontent à la réalité de la mort et de la souffrance. L'arrestation de Jean et du Père Jean est un choc pour Julien, qui réalise alors l'horreur de la situation.

Analyse de Scènes Clés

Plusieurs scènes du film méritent une analyse approfondie :

  • La scène dans la cave pendant l'alerte de bombardement : Cette scène met en évidence la différence entre Julien, qui se concentre sur les amoureux, et Bonnet, qui ne prie pas. Plus tard, lors d'une autre alerte, les deux garçons se cachent et jouent du jazz à quatre mains, trouvant un répit dans l'amitié face à la tragédie.
  • La chasse au trésor dans la forêt : Julien se perd et expérimente la sensation de la traque, qui est la réalité quotidienne de Bonnet. Les deux garçons sont arrêtés par des Allemands, mais sont ramenés au collège sans dommage.
  • La scène de la communion : Bonnet décide de communier pour faire comme les autres, mais le prêtre l'en empêche, soulignant l'impossibilité d'échapper à sa condition.

Un Film Universel sur l'Enfance et la Mémoire

Au revoir les enfants est un film poignant et universel qui aborde des thèmes importants tels que l'enfance, la mémoire, la culpabilité et la perte de l'innocence. Il témoigne de l'impact de la Seconde Guerre mondiale sur les individus et de la nécessité de se souvenir du passé pour ne pas répéter les mêmes erreurs. Le film a été salué par la critique et le public pour sa sensibilité, sa pudeur et son honnêteté. Il a reçu de nombreuses récompenses, dont le Lion d'or à la Mostra de Venise et le César du meilleur film.

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