Les attouchements entre enfants constituent un sujet délicat et souvent tabou, pourtant, il est essentiel de le comprendre et de le reconnaître afin de protéger les plus jeunes. Cet article vise à définir les attouchements entre enfants, à explorer l'ampleur du phénomène, ses causes et ses conséquences, et à fournir des pistes d'action pour prévenir et gérer ces situations.

Définition des attouchements entre enfants

Un attouchement se définit comme le fait d’imposer à une personne, qu’il s’agisse d’un enfant ou d’un adulte, un contact physique sur les parties intimes de son corps sans son consentement. L’agresseur peut imposer ce geste à la victime, l’obliger à toucher ses organes génitaux ou toute autre zone du corps qui pourrait avoir un caractère sexuel. Selon l’article 222-22 du Code pénal, constitue une agression sexuelle « toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise ».

Il est crucial de distinguer la curiosité sexuelle normale chez les enfants des comportements qui relèvent de l'agression. La curiosité sexuelle est une étape importante dans la vie d'un enfant, liée à la découverte de son corps et à la différenciation des sexes. Les questions qu'il peut se poser, les besoins pour lui de comprendre, de découvrir son corps sont parfaitement sains et normaux. À l'inverse, un attouchement est un acte délibéré qui viole l'intégrité physique et psychologique de l'autre.

Ampleur du phénomène

Les chiffres relatifs aux violences sexuelles, y compris les attouchements, sont alarmants. A l’âge adulte, 5,4 millions de personnes déclarent avoir subi des violences sexuelles avant 18 ans. Un tiers des Français déclarent avoir au moins une victime d’inceste dans leur entourage. En 2018, les données des forces de sécurité révélaient que plus de 5 700 filles et plus de 1 500 garçons ont été victimes de violences sexuelles intrafamiliales.

La proportion de ces affaires impliquant des enfants parfois tout jeunes connaît une inquiétante explosion. Entre 1996 et 2018, les affaires de viols avec des mineurs auteurs ont augmenté de 279 % et de plus de 315 % pour les agressions sexuelles au sens large (comprenant le harcèlement et l’exhibition sexuelle), selon l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Un rapport du Sénat publié en septembre 2022 indique que les violences sexuelles commises par des mineurs sur d’autres mineurs ont augmenté de 59,7 % entre 2016 et 2021.

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Ces chiffres sont probablement sous-estimés, car de nombreuses victimes ne parlent pas de ce qu'elles ont vécu, par peur, par honte ou par manque de confiance.

Les causes et facteurs de risque

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la survenue d'attouchements entre enfants. Parmi ceux-ci, on peut citer :

  • La victimisation antérieure : Certains jeunes auteurs de violences sexuelles ont eux-mêmes été victimes de violences sexuelles. Cette expérience de victimisation peut engendrer un cycle de violence, où l’enfant, en raison de ses propres souffrances, reproduit des comportements qu’il a subis même parfois sans avoir conscience de la gravité des faits et de l’interdit de ses comportements.
  • L'exposition à la pornographie : La pornographie, imposée à un enfant ou parce qu’il va la chercher lui-même sur Internet sans y être empêché, joue un rôle majeur dans le développement massif de ces violences sexuelles entre mineurs, y compris parfois chez des tout-petits. Selon Maria Hernandez-Mora, psychologue clinicienne spécialisée sur le sujet des addictions sexuelles, il existe « une relation étroite entre consommation de pornographie à l’adolescence et reproduction de comportements sexuels agressifs ».
  • Le manque de limites et d'éducation sexuelle : Lorsqu'un enfant n'a pas les codes de la limite entre lui et l'autre, qu'il n'a pas l'enseignement adéquat sur la question de l'interdit de l'inceste, de l'intrusion physique et corporelle, du bien et du mal, il joue alors sur un tableau que l'on est loin d'imaginer si sombre.
  • Les troubles psychologiques et relationnels : Certains jeunes ressentent le besoin de se sentir importants ou dominants, parfois à travers des comportements violents. C’est également une période de transition où les jeunes se détachent émotionnellement de leurs parents pour se rapprocher de leurs pairs (Marshall, 1994). Chez les jeunes, cette période de changements corporels et émotionnels peut générer des besoins affectifs, des frustrations et un malaise, notamment pour ceux qui manquent d’habiletés sociales ou de confiance en eux (Richard-Bessette, 1996).

Les conséquences pour les victimes

Les attouchements (et les violences sexuelles en général) marquent durablement la vie des victimes. Ils impactent leur équilibre personnel, leur confiance et leur construction, pour de nombreuses années, et parfois, jusqu’à la fin de leur vie. Le souvenir traumatique, la peur du jugement ou la honte peuvent aussi conduire à des défaillances dans la communication, à une appréhension de l’attachement et même, parfois, à une désynchronisation émotionnelle vis-à-vis de l’enfant ou du partenaire.

Une personne victime d’attouchements sexuels peut présenter des signes révélateurs d’un traumatisme profond. Ces symptômes peuvent varier selon l’âge, la gravité des abus sexuels subis et la relation avec l’agresseur. Le stress post-traumatique est un trouble psychologique qui survient après un choc violent, comme une agression sexuelle, un viol, une tentative de viol ou des attouchements sexuels. Reconnu par les psychiatres et les tribunaux, ce trouble peut se manifester de différentes manières.

Dans les relations avec les autres, ces séquelles peuvent souvent se traduire par de la méfiance, une posture de retrait, un sentiment persistant d’insécurité ou de « sur-protection » envers l’autre, ou au contraire une recherche excessive de contrôle ou de validation.

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Que faire en cas d'attouchements ?

Pour les victimes :

Il est souvent difficile pour une victime de parler de ce qu’elle a vécu. Près de 4 victimes sur 10 ont connu des épisodes d’amnésie après les faits, ayant duré dans certains cas une vingtaine d’années. 69% des victimes déclarent avoir déjà parlé de leur agression à quelqu’un, mais il leur a fallu du temps pour y parvenir : douze ans en moyenne.

La libération de la parole est souvent bénéfique. Lorsqu’une victime se confie, elle a besoin de bienveillance, de compassion et de soutien. Aucune agression ne doit être banalisée, il faut aider sans jugement.

  • Parlez-en à quelqu'un de confiance : Un parent, un ami, un professionnel de la santé, un écoutant d'une ligne téléphonique.
  • Prévenez la police ou la gendarmerie, puis déposez plainte : Vous pouvez appeler le 17 (police secours) ou le 112 (numéro d’urgence européen). Vous pouvez également envoyer un SMS gratuitement au 114, si vous ne pouvez pas parler (danger, handicap). La communication se fera alors par écrit. Ensuite, vous pouvez vous rendre dans un commissariat de police ou de gendarmerie pour porter plainte.
  • Essayez de conserver les indices et les preuves : Certaines preuves pourront aider la police et la justice à identifier l’auteur des faits. Il faut par exemple éviter de prendre une douche ou de jeter les vêtements portés au moment de l’agression.
  • Recherchez un soutien psychologique : Un thérapeute spécialisé dans les traumatismes sexuels peut vous aider à surmonter les conséquences de l'agression.

Pour les témoins :

En cas de suspicion d’abus sexuel, il est primordial d’être à l’écoute de l’enfant, de l’accueillir avec bienveillance tout en lui rappelant que les faits subis ne sont pas de sa faute.

  • Signalez les faits aux autorités compétentes : La police, la gendarmerie, les services sociaux.
  • Soutenez la victime : Écoutez-la, croyez-la, offrez-lui votre soutien et votre compassion.
  • Ne banalisez pas les faits : Même si vous pensez qu'il s'agit d'un "jeu d'enfant", il est important de prendre la situation au sérieux et de la signaler.

Prévention des attouchements

La prévention des attouchements passe par plusieurs axes :

  • L'éducation sexuelle : Il est essentiel d'éduquer les enfants dès le plus jeune âge sur le respect de leur corps et de celui des autres, sur le consentement et sur les limites à ne pas franchir.
  • La sensibilisation des adultes : Les parents, les enseignants et les autres professionnels de l'enfance doivent être sensibilisés aux signes de violence sexuelle et aux moyens de la prévenir.
  • La lutte contre la pornographie : Il est important de protéger les enfants de l'exposition à la pornographie, en mettant en place des contrôles parentaux et en les informant des dangers de ces contenus.
  • La promotion d'un climat de confiance : Il est essentiel de créer un environnement où les enfants se sentent en sécurité pour parler de leurs problèmes et de leurs préoccupations.

Conclusion

Les attouchements entre enfants sont une forme de violence sexuelle grave qui peut avoir des conséquences dévastatrices pour les victimes. Il est essentiel de briser le silence autour de ce sujet, de sensibiliser le public, de prévenir ces actes et de soutenir les victimes. En travaillant ensemble, nous pouvons créer un environnement plus sûr pour les enfants et les protéger de ces violences.

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