Introduction

L'histoire de l'attachement et de la nutrition infantile à Paris est un récit complexe, marqué par des évolutions sociales, philosophiques et médicales. Des pratiques ancestrales de l'allaitement aux enjeux contemporains de la Protection Maternelle et Infantile (PMI), cet article explore les différentes facettes de ce parcours.

L'Allaitement: Une Pratique Socialement Déterminée à travers l'Histoire

Antiquité et Moyen-âge: Le Privilège des Classes Supérieures

Depuis l'antiquité jusqu'au Moyen-âge, seules les femmes de haut rang social déléguaient l'allaitement de leurs enfants à des nourrices, une pratique dictée par des convenances personnelles. Alors que Plutarque prônait l'allaitement maternel, le médecin Soranos recommandait de confier cette tâche à des nourrices afin de préserver la jeunesse des mères.

La Corporation des Nourrices et la Répugnance envers le Lait Animal

La corporation des nourrices s'est développée en raison d'une aversion pour le lait animal, aliment considéré comme transmettant la bestialité à l'enfant. On craignait que l'enfant nourri au lait animal n'acquière la stupidité de l'âne, la voracité de la vache ou la timidité de la chèvre. Cette désaffection des mères pour l'allaitement était si répandue dans toutes les couches sociales que seuls les enfants issus de familles pauvres étaient allaités par leurs propres mères.

Le XVIIe Siècle: Révolte Philosophique et Opposition Médicale

Au XVIIe siècle, des philosophes se sont élevés contre cette pratique, mais les médecins ont rétorqué que « le lait doit corriger l’influence exercée par la mère sur son enfant pendant la grossesse. Il est donc préférable de renoncer au lait maternel dès la naissance et de prendre une nourrice. »

Le XVIIIe Siècle: L'Émergence de la Jalousie Maternelle

Au XVIIIe siècle, les moralistes ont mis en évidence l'importance de l'attachement à celle qui nourrit l'enfant, suscitant ainsi la jalousie des mères envers les nourrices. L'espoir était peut-être de raviver la compassion maternelle et de les inciter à allaiter elles-mêmes. Certaines mères, incapables d'allaiter, préféraient l'allaitement artificiel, malgré ses risques, plutôt que de risquer de voir leur enfant s'attacher à une nourrice.

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Le XIXe Siècle: Urbanisation, Travail Féminin et Intensification de la Mise en Nourrice

La croissance urbaine et le développement du travail féminin au XIXe siècle ont accentué la pratique de la mise en nourrice. Pour les familles les plus démunies, cette pratique prenait des formes détournées.

Nourrices « au loin » et Mortalité Infantile

Les nourrices « au loin » ou nourrices de campagne accueillaient les enfants loin de chez leurs parents, qui ne les voyaient que tous les deux ou trois ans. Cette distance géographique rendait difficile la surveillance des enfants et entraînait une forte mortalité infantile.

Nourrices « sur lieu » et Migration Urbaine

Les nourrices « sur lieu » étaient de jeunes mères qui se rendaient en ville pour se louer comme nourrices dans des familles bourgeoises.

L'Industrie Nourricière à Paris: Une Tradition Ancienne

En France, l'industrie nourricière est une institution ancienne. Dès le XIIe siècle, des bureaux de placement à Paris mettaient en relation servantes et nourrices. Ces établissements payants offraient gîte et couvert aux jeunes femmes en quête de travail. Elles étaient désignées sous le nom de « recommanderesses ».

Qualités Recherchées chez une Nourrice

Les nourrices les plus recherchées provenaient de régions telles que la Haute Bourgogne, le Nord Pas de Calais et la Bretagne (Côte d'Armor, Morbihan). Elles devaient avoir entre 20 et 30 ans, être en bonne santé, de préférence brunes plutôt que blondes, mais surtout pas rousses. Les filles-mères étaient privilégiées par rapport aux femmes mariées, car elles étaient censées s'attacher davantage à la famille qui les accueillait. La nourrice devait être propre, intelligente, douce et agréable. En plus d'un examen gynécologique, auquel de nombreuses femmes refusaient de se soumettre, un contrôle obligatoire de la quantité et de la qualité du lait était exigé. Avant d'être admises au bureau des recommanderesses, les nourrices devaient passer un examen médical et obtenir un certificat de bonne santé.

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Réglementation et Surveillance des Nourrices au XVIIIe Siècle

Plusieurs ordonnances et réglementations ont encadré l'activité des nourrices à Paris.

  • 1er mars 1727: Une ordonnance interdisait aux nourrices de confier les enfants dont elles avaient la charge à d'autres personnes.
  • 24 juillet 1769: Les petits bureaux de placement tenus par les recommanderesses sont supprimés et remplacés par un bureau unique.

La nourrice devait être munie d'un contrat délivré par la Préfecture, sur présentation d'un certificat de bonnes vie et mœurs délivré par le maire de sa commune, ainsi que d'un certificat médical délivré par un médecin inspecteur. Elle devait également posséder l'acte de naissance du nourrisson et un recueil des articles du Code Pénal et des règlements administratifs la concernant directement, ainsi que les directeurs des bureaux de placement. Les bureaux des nourrices et tout ce qui les concernait étaient placés sous la responsabilité de l'Administration Générale des Hôpitaux de Paris.

La Fin du XIXe Siècle: Prise de Conscience et Premières Initiatives de Protection Infantile

La Loi Roussel (1874): Une Tentative de Redressement

Face à la mortalité infantile élevée, la loi Roussel du 13 décembre 1874 a tenté d'améliorer la situation en imposant aux nourrices de campagne une visite mensuelle d'un médecin inspecteur et d'un membre de la commission locale instituée par le Préfet. Les observations de ces visiteurs devaient être consignées sur un carnet, mais les nourrices ont refusé de se soumettre à ce contrôle, et l'administration n'a pas réussi à faire respecter la loi.

Le Biberon et le Retour de l'Enfant au Sein de la Famille

La prise de conscience du lien entre la mortalité infantile et le recours aux nourrices « au loin », combinée à la fiabilité croissante du biberon, a permis aux enfants de rester au sein de leur famille et d'être élevés par leur mère.

L'Alarme Démographique et les Efforts Concertés pour la Protection de l'Enfance

À la fin du XIXe siècle, les pouvoirs publics se sont alarmés de la « dépopulation » qui menaçait la France. Face à ce péril, médecins, législateurs et citoyens se sont unis pour protéger les nouveau-nés et leurs mères.

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La Loi du 23 Décembre 1874: Surveillance des Enfants en Nourrice

La loi du 23 décembre 1874, dite « Loi Roussel », visait à exercer une surveillance attentive sur les enfants de moins de deux ans placés en nourrice loin de leur domicile parental.

Création des Consultations de Nourrissons et Distribution de Lait Stérilisé

La première consultation de nourrissons a été créée en 1892 par le docteur Eudin, médecin à l'hôpital de la Charité. Face au succès de cette initiative privée, le Conseil Général de la Seine a créé en 1894 une consultation gratuite de nourrissons avec distribution de lait stérilisé pour les enfants dont les mères recevaient une aide temporaire pour prévenir l'abandon. Ces actions ont contribué à faire baisser la mortalité infantile de 33 à 10 % pour les enfants examinés en 1920.

Les Crèches: Un Mode de Garde Novateur

Fondée à la fin du XVIIIe siècle, la première crèche parisienne disposait de 12 berceaux. Les mères venaient y allaiter leur enfant une ou deux fois par jour. L'idée a été reprise en 1844, et face aux résultats positifs, l'État a décidé de réglementer les crèches par décret du 26 février 1862, suivi d'un règlement ministériel le 30 juin de la même année. Les crèches étaient placées sous la protection de l'autorité publique, et des textes définissaient leurs conditions d'installation et de fonctionnement.

Les Pouponnières et les Centres d'Élevage

Les pouponnières, pensions pour nourrissons à l'organisation rigoureuse, étaient considérées comme le triomphe de la médecine préventive. Les visites des mères étaient limitées à une fois tous les quinze jours, et elles devaient porter une blouse blanche pour prendre leur enfant dans les bras. L'infirmière portait une blouse et un masque de chirurgien. En raison du coût élevé des pouponnières, des centres d'élevage ont été créés, où les enfants étaient confiés à des nourrices sélectionnées et surveillées par un médecin et une infirmière.

Diminution des Abandons et Création de Services Sociaux

Toutes ces initiatives ont eu pour effet immédiat une diminution considérable des abandons de nouveau-nés. Des services sociaux ont été créés au sein des maternités et des hôpitaux. Des travailleuses sociales visitaient les jeunes mères avant leur sortie de la maternité et les informaient des aides disponibles pour élever leur enfant.

La Loi d'Assistance aux Femmes en Couches (1913)

En 1913, le Parlement a voté la loi d'assistance aux femmes en couches, qui obligeait les femmes travaillant à l'extérieur à prendre quatre semaines de congé avant et après l'accouchement. Cependant, l'allocation compensatrice était si faible que la loi était inefficace.

Protection Médicale Prénatale et Action de la Croix Rouge

En 1915, l'assistance publique de Paris, avec l'aide du corps médical des hôpitaux, a mis en place une protection médicale prénatale sous forme de consultations réservées aux futures mères. Après la guerre, en 1919, la Croix Rouge a consacré une grande partie de son activité à la lutte contre la mortalité infantile.

Création des Centres d'Hygiène Infantile

Vers 1920, l'assistance publique a regroupé les consultations de nourrissons, les distributions de lait et d'autres initiatives telles que les consultations prénatales et les pouponnières, pour créer les centres d'hygiène infantile, qui assuraient le suivi médical des jeunes enfants dans le cadre de l'hôpital.

Élargissement du Champ d'Application de la Loi Roussel

Le champ d'application de la loi Roussel a été considérablement élargi par les décrets-lois du 30 octobre 1935, qui permettaient d'exercer une protection non plus seulement sur les enfants mis en nourrice, mais sur tous les enfants. Pour faciliter la surveillance, chaque enfant était désormais muni d'un carnet de santé. Ces centres d'hygiène infantile sont à l'origine des centres de PMI actuels.

La Protection Maternelle et Infantile (PMI): Une Institution Fondamentale

Les Ordonnances de 1944 et la Priorité Démographique

Le Général de Gaulle définissait ainsi les objectifs des ordonnances adoptées à partir de novembre 1944 : « Orienter l’ensemble de l’activité nationale » et appliquer des « nouvelles mesures concernant le peuplement du pays ».

La Création de la PMI en 1945

L'institution de la Protection Maternelle et Infantile (PMI) par l'ordonnance du 2 novembre 1945 témoigne de cette volonté de faire du progrès démographique une nécessité absolue pour la renaissance et le développement de la nation.

Évolutions et Compléments Législatifs

Au cours des décennies suivantes, de nombreux textes sont venus modifier et compléter le document initial, qui demeure fondamental pour l'organisation de la protection sanitaire de l'enfance jusqu'à l'âge de l'école obligatoire.

Reconnaissance des Assistant(e)s Maternel(le)s

En 1991, après de longues négociations et une manifestation organisée par l'UFNAFAAM, les assistant(e)s maternel(le)s employé(e)s par des particuliers ont enfin bénéficié des cotisations sociales sur le salaire réel. L'année suivante, les assistant(e)s maternel(le)s employé(e)s par des personnes morales les ont rejointes, faisant de l'ensemble de ces professionnel(le)s des salarié(e)s à part entière.

Formation des Assistant(e)s Maternel(le)s

La durée de la formation est de 120 heures dans les trois ans suivant le premier contrat, ou de 60 heures, dont 20 heures dans les deux ans suivant l'agrément. La formation est organisée et payée par le Conseil Général, qui organise également l'accueil des enfants confiés.

Rénovation du Statut des Assistant(e)s Maternel(le)s au Début des Années 2000

En 2001, Ségolène Royal, Ministre déléguée à la famille, a lancé des consultations pour rénover le statut des assistant(e)s maternel(le)s. Les travaux de ces groupes, entre septembre 2001 et mars 2002, ont abouti à 62 propositions. En mai 2002, le nouveau ministre délégué à la famille, Christian Jacob, a repris ces dispositions et a proposé en janvier 2003 16 fiches techniques, 8 pour l'accueil permanent et autant pour l'accueil non permanent. C'est Mme Roig, nouveau Ministre de la famille, qui a défendu le projet devant le Sénat le 25 mai 2004. Mme Marland-Millitello a été nommée rapporteur du projet devant l'Assemblée Nationale. En octobre 2004, Mr Douste-Blazy a été nommé Ministre de la santé et en charge de la famille. Le projet a été voté en première lecture à l'assemblée nationale le 9 février 2005, puis au Sénat le 30 mars 2005, et à l'Assemblée Nationale le 13 avril 2005. Un passage en commission mixte a été nécessaire le 10 mai 2005.

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