L'entrée à l'école maternelle marque une étape importante dans la vie d'un enfant et de sa famille. Parmi les nombreuses préoccupations des parents, la question de la propreté de l'enfant occupe une place centrale. Avec l'abaissement de l'âge de l'instruction obligatoire à 3 ans, la gestion de l'hygiène des jeunes enfants à l'école maternelle est devenue un sujet de débat, notamment en ce qui concerne le rôle des Agents Territoriaux Spécialisés des Écoles Maternelles (ATSEM).
Contexte Législatif et Évolution des Pratiques
L'Instruction Obligatoire à 3 Ans et ses Implications
La loi n° 2019-791 du 26 juillet 2019, dite « pour une école de la confiance », a rendu l'instruction obligatoire dès l'âge de trois ans, modifiant ainsi les conditions d'accueil en maternelle. Auparavant, l'admission en maternelle était souvent conditionnée à l'acquisition de la propreté, bien que cela ne soit pas explicitement stipulé. Désormais, les écoles doivent accueillir des enfants qui ne sont pas encore autonomes sur le plan de l'hygiène, ce qui soulève des questions pratiques et logistiques.
La loi fait donc entrer à l'école des enfants dont il va falloir s'occuper plus particulièrement, notamment pour changer leurs couches.
Le Rôle de l'ATSEM : Assistance et Hygiène
Les ATSEM jouent un rôle essentiel dans les écoles maternelles. Selon l'article 2 du décret n° 2018-152 du 1er mars 2018, ils sont chargés de l'assistance au personnel enseignant pour l'accueil et l'hygiène des enfants des classes maternelles ou enfantines. Ils contribuent également à la préparation et à la propreté des locaux et du matériel utilisés par les enfants.
Le statut particulier du cadre d'emploi des ATSEM (décret du 1er mars 2018-152) indique explicitement qu'ils sont chargés de l'assistance au personnel enseignant pour l'accueil et l'hygiène des enfants, et qu'ils peuvent également assister les enseignants dans les classes accueillant des enfants à besoins particuliers.
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Absence de Condition de Propreté pour l'Admission
Il est important de souligner qu'aucun texte de loi n'indique que votre enfant doit être propre pour aller à l’école. Bien au contraire, dans le Journal Officiel du 22 juillet 2021, le Ministère de l’Education indique même que : » Son acquisition (ndlr : la propreté) ne peut en aucun cas être une condition qui empêche l’inscription et la fréquentation de l’enfant à l’école. » Ainsi, aucun directeur d’école ne peut refuser l’entrée de votre enfant à l’école sous prétexte qu’il n’est pas propre.
Défis et Controverses
La Question du Change des Couches
Au niveau "logistique", qui doit changer ces couches ? Est-ce le rôle de l'agent territorial spécialisé des écoles maternelles (ATSEM), sachant qu'un enfant pas propre nécessite d'être changé plusieurs fois dans la journée et que, par conséquent, l'ATSEM, dont la mission est de soutenir l'enseignant, devra interrompre à chaque fois une activité en cours. Ce serait très peu gratifiant pour ces personnels dont le poste a évolué au cours des dernières années et qui sont désormais pleinement acteurs de la vie de la classe. Cette problématique de couches risque donc d'engendrer une régression dans leurs missions, sans même parler de l'impact physique pour ces agents devant porter des enfants de minimum 15-16 kg sur une table à langer.
La question de savoir si le change des couches relève ou non des missions des ATSEM suscite des débats. Certains estiment que cela pourrait entraîner une régression de leurs fonctions, les ATSEM étant désormais pleinement intégrés à la vie de la classe et participant activement aux activités pédagogiques. De plus, le port d'enfants pour le change peut avoir un impact physique sur ces agents.
Implications Financières
Au niveau financier, qui paie ce surcoût imposé aux communes, tel l'achat de couches ou l'installation et la fourniture du matériel adéquat (tables à langer ) ? Est-ce aux parents de payer les couches sachant que l'école est gratuite ?
La prise en charge des enfants non propres engendre des coûts supplémentaires pour les communes, notamment l'achat de couches et l'installation de matériel adapté (tables à langer). La question de savoir qui doit supporter ces coûts reste en suspens, sachant que l'école est gratuite.
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Le Manque de Reconnaissance des ATSEM
M. M. Éric Pauget appelle l'attention de M. le ministre de l'action publique, de la fonction publique et de la simplification sur les attentes et la situation des agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM) en matière de conditions de travail, de reconnaissance et de rémunération. M. le député rappelle d'ailleurs que les ATSEM font partie de la filière médico-sociale et relèvent d'un cadre d'emploi de la catégorie C, soit la classification la moins élevé des trois catégories dans lesquelles sont répartis les fonctionnaires territoriaux. Alors que ces professionnels de la petite enfance jouent un rôle essentiel dans le bon déroulement de la scolarité des plus petits, ils ne sont toujours pas reconnus comme tels et se faisant, souffrent aujourd'hui encore, d'un profond manque de reconnaissance malgré l'importance des missions qu'ils accomplissent et l'engagement que celles-ci requièrent.
Malgré leur rôle essentiel, les ATSEM souffrent d'un manque de reconnaissance, tant sur le plan des conditions de travail que de la rémunération. Certains réclament un reclassement de leur profession en catégorie B, à l'instar des auxiliaires de puériculture.
Solutions et Bonnes Pratiques
Dialogue et Collaboration
En cas de besoins particuliers, un dialogue doit être engagé entre les parents de l’enfant, l’équipe éducative de l’école, mais aussi la Protection Maternelle et Infantile (PMI), l’enseignant référent et les professionnels qui suivent l’enfant afin de trouver collectivement les solutions et aménagements permettant l’accueil de l’enfant dans de bonnes conditions.
Il est essentiel d'établir un dialogue constructif entre les parents, l'équipe éducative et les professionnels de santé pour trouver des solutions adaptées à chaque enfant. Ce dialogue permet de prendre en compte les besoins spécifiques de l'enfant et de mettre en place un accompagnement personnalisé.
Adaptation des Pratiques et Aménagements
Ce sont les conditions d’accueil (et leur cadre) des élèves en cours d’acquisition de la propreté qui vont permettre aux ATSEM de mener leur mission relative à l’hygiène : Faciliter le change en utilisant des couches culotte Avoir accès à une douche si besoin Avoir des changes en quantité Actuellement, les ATSEM opèrent déjà le change des élèves ayant des « accidents ».
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Pour faciliter le travail des ATSEM et assurer le bien-être des enfants, il est important d'adapter les pratiques et de prévoir des aménagements spécifiques, tels que l'utilisation de couches culottes, l'accès à une douche et la disponibilité de changes en quantité suffisante.
Le Rôle des AESH
Les enfants qui n’auraient pas acquis la propreté et qui bénéficient d’un accompagnement par un(e) AVS/AESH, peuvent être aidés et accompagnés par cette personne pour les actes essentiels de la vie quotidienne. Les missions des AVS/AESH sont précisées par la circulaire n°2017-084 du 3-5-2017 : « Aider à la toilette (lorsque celle-ci est assimilée à un acte de vie quotidienne et n’a pas fait l’objet de prescription médicale) et aux soins d’hygiène de façon générale ». L’aide à la toilette, le change des couches ou des protections ainsi que l’aide aux WC (installation d’un élève présentant des troubles moteurs, essuyage…) font partie des missions des AESH quel que soit l’âge de l’élève.
Les Accompagnants d'Élèves en Situation de Handicap (AESH) peuvent également jouer un rôle dans l'accompagnement des enfants non propres, en les aidant pour les actes essentiels de la vie quotidienne, tels que la toilette et le change.
L'Importance de l'Éducation à la Propreté
L’éducation à la « propreté » se fait conjointement à l’école et dans la famille. Le cadre enseignant est là pour accompagner l’enfant dans l’apprentissage de la propreté lorsque l’enfant est sous leur responsabilité. Le personnel doit alors tout mettre en place pour créer un cocon sécurisant pour l’enfant, qui ne doit pas se sentir exclu, en retard de développement, avoir l’impression d’être un poids dont il faut s’occuper au quotidien. Le corps enseignant accompagne l’enfant avec bienveillance dans l’acquisition de la propreté en lui expliquant comment faire. Aussi, cette acquisition peut être extrêmement rapide une fois à l’école grâce au mimétisme. Votre petit voudra faire comme ses camarades et comprendra plus vite les choses s’il les voit faire quotidiennement.
L'éducation à la propreté est un processus qui se fait conjointement à l'école et à la maison. L'école joue un rôle d'accompagnement, en créant un environnement sécurisant et en encourageant l'enfant à imiter ses camarades.
Soutien et Conseils aux Parents
Il est important que les parents s'enlèvent cette pression. L'acquisition de la continence n'est pas linéaire, elle peut prendre du temps ou aller très vite. Parfois, une ou deux semaines d'observation des autres et de mimétisme suffisent pour donner l'envie à l'enfant d'aller aux toilettes", rassure la spécialiste. D'ailleurs, le terme de propreté n'est, selon elle, pas adapté car il sous-entend que l'enfant n'est pas propre, il est préférable de parler de continence. "Il ne faut pas que le parent ait une image négative de son enfant qui serait sale. "Si l'enfant ne montre aucun intérêt pour la continence, les parents peuvent commencer à éveiller sa curiosité en lui lisant des livres, en laissant la porte des toilettes ouverte, en lui proposant des jeux sur la question, en parlant… Certains parents customisent les toilettes ou le lieu où l'enfant va aux toilettes pour rendre le lieu magique et féérique", conseille Héloïse Junier.
Les parents doivent être rassurés et déculpabilisés. L'acquisition de la continence est un processus individuel qui peut prendre du temps. Il est important de ne pas mettre de pression sur l'enfant et de l'accompagner avec patience et bienveillance.
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