La montée de lait est un processus physiologique naturel qui survient chez la plupart des femmes après l'accouchement. Elle est le signe que l'allaitement a démarré et correspond à l'augmentation progressive de la production lactée. Ce phénomène marque le passage du colostrum, un liquide épais, très nutritif et riche en anticorps, au lait dit « mature », plus fluide et produit en plus grande quantité. La montée de lait se produit généralement entre le deuxième et le cinquième jour post-partum, en réponse à la sécrétion de prolactine, l'hormone responsable de la production de lait. Bien qu'elle soit attendue par les femmes qui allaitent, elle peut être redoutée par celles qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas allaiter. Cet article explore les aspects physiologiques de la montée de lait et propose des conseils pratiques et des solutions naturelles pour soulager l'inconfort et stopper efficacement la lactation.
Comprendre la montée de lait
Le processus de lactogenèse
La montée de lait est liée à l'hormone de la lactation, l'ocytocine, qui favorise la production de lait et joue un rôle important lors de l'accouchement par voie basse en accélérant le travail. Ce processus est appelé lactogenèse et représente la transition du colostrum au lait mature. Le colostrum est une substance épaisse, foncée et très nutritive, riche en anticorps, et produite en petite quantité.
Quand survient la montée de lait ?
La montée de lait survient généralement dans les trois à cinq jours suivant l'accouchement, mais la durée peut varier d'une femme à l'autre. Il est possible, bien que rare, de ressentir les premiers signes d'une montée de lait avant l'accouchement, notamment des pertes de colostrum.
Les signes de la montée de lait
La montée de lait ne passe pas inaperçue et s'annonce avec quelques indices peu discrets :
- Un gonflement et une tension des seins qui peuvent se faire très rapidement.
- Une sensation de chaleur locale.
- Des écoulements spontanés de lait.
- Parfois une légère fièvre (aux alentours de 38°C), sans caractère inquiétant.
Gérer la montée de lait si vous n'allaitez pas
Si vous ne souhaitez pas allaiter, il est important de gérer la montée de lait pour minimiser l'inconfort et éviter les complications.
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Les méthodes naturelles pour stopper la montée de lait
Plusieurs méthodes naturelles peuvent vous aider à stopper la montée de lait en douceur :
- Éviter de stimuler les seins : La succion du bébé ou l'utilisation d'un tire-lait stimulent la lactation. Il est donc essentiel d'éviter toute stimulation des seins pour que la production de lait diminue naturellement.
- Appliquer du froid localement : L'application de compresses froides sur les seins permet de réduire l'inflammation et de soulager la douleur mammaire. Les compresses froides permettent une vasoconstriction qui apaise les tensions et les gonflements dans les seins, aidant à soulager l'engorgement. Il est recommandé de bien envelopper les compresses dans un tissu avant application pour éviter tout inconfort. Vous pouvez utiliser des poches de glace spécialement conçues pour cet usage ou créer vos propres compresses de froid en utilisant un sac de glaçons enveloppé dans une serviette propre. Utilisez les compresses de froid pendant environ 15 à 20 minutes à la fois, puis laissez la peau reposer pendant au moins 20 minutes avant de les réappliquer. Vous pouvez également mettre des petits pois surgelés dans deux sachets et glisser ces sachets dans chaque gant, afin que l’effet anesthésiant du froid soit encore plus efficace.
- Porter un soutien-gorge adapté : Optez pour un soutien-gorge d'allaitement confortable, sans armatures, pour éviter toute compression. Assurez-vous qu'il ne soit ni trop serré (problèmes de circulation sanguine) ni trop lâche. Le soutien-gorge compressif exerce une pression douce mais constante sur les seins, ce qui aide à éviter que le tissu mammaire ne s'accumule.
- Ne pas limiter l'hydratation : Contrairement à certaines idées reçues, il est important de ne pas limiter votre consommation d'eau. Votre corps a besoin d'eau pour fonctionner correctement. Toutefois, pour éviter une montée de lait trop importante, vous pouvez limiter votre consommation d’eau à quatre verres par jour, gérant ainsi la production de lait.
- Utiliser des feuilles de chou : Appliquez des feuilles de chou vertes, fraîches et propres (lavées soigneusement à l'eau froide avant utilisation) directement sur la peau de vos seins, en veillant à recouvrir toute la zone engorgée. Pour maximiser leurs bienfaits, découpez-les et mettez-les au réfrigérateur ou au congélateur pendant un certain temps. Le refroidissement des feuilles de chou les rendra plus efficaces pour soulager l'inconfort. Il est recommandé de les appliquer pendant environ 20 à 30 minutes à la fois, plusieurs fois par jour, selon les besoins. Les feuilles de chou ont des propriétés anti-inflammatoires naturelles qui peuvent aider à réduire l'enflure et l'engorgement des seins. Elles fonctionnent en extrayant la chaleur et l'excès de liquide de la poitrine, ce qui peut soulager la douleur et faciliter l'écoulement du lait.
- Acupuncture : L’acupuncture, une ancienne pratique issue de la médecine traditionnelle chinoise, permet de réguler la production de lactation grâce à la stimulation de points spécifiques sur le corps. Elle agit également sur la réduction des douleurs mammaires et favorise une gestion équilibrée de la montée de lait.
- Cataplasme d'argile : Mélangez de l’argile verte en poudre et de l’eau jusqu’à l’obtention d’une pâte épaisse. Appliquez ce cataplasme sur les seins, recouvrez d’un linge chaud et humidifié, et conservez pendant environ une demi-heure.
La phytothérapie pour freiner la lactation
Certaines plantes sont réputées pour leurs propriétés anti-galactogènes, c'est-à-dire qu'elles aident à réduire la production de lait.
- Sauge : La sauge est couramment utilisée pour ses propriétés anti-galactogènes. Vous pouvez consommer des infusions à base de sauge. Attention, la sauge ne doit pas être utilisée comme huile essentielle, car elle est concentrée en thuyone, qui peut provoquer des convulsions. L'utilisation des feuilles coupées ou en poudre, disponibles comme herbe pour la cuisine, réduit la production de lait. En plus grande quantité, elle peut causer de la tachycardie, des étourdissements et des bouffées de chaleur. Si vous voulez diminuer votre production de lait en vue d’un sevrage et que vous continuez d’allaiter, n’utilisez pas la sauge.
- Menthe poivrée : La menthe poivrée est également connue pour aider à diminuer la production de lait. Vous pouvez consommer des infusions à base de menthe poivrée ou utiliser de l'huile essentielle de menthe poivrée. L'huile de menthe poivrée contient du menthol, qui est l'ingrédient actif.
- Persil : Consommer du persil en grande quantité, notamment à travers du taboulé libanais, s’est avéré être une méthode naturelle et efficace pour couper la lactation. Le persil contient des composés qui inhibent la prolactine, hormone responsable de la production de lait maternel.
Pour celles cherchant une efficacité renforcée, certaines formules comme « Biberon » (anciennement « Stop Allaitement ») offrent une combinaison de sauge, gattilier, persil, curcuma et cassis pour une action complète sur la lactation et pour soulager les douleurs mammaires.
L'homéopathie
L'homéopathie peut également être une option pour stopper la montée de lait. Phytolacca decandra est un remède souvent prescrit pour les montées de lait douloureuses et excessives.
Les erreurs à éviter
Certaines pratiques sont à éviter car elles peuvent être contre-productives ou même dangereuses :
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- Bander ses seins : Bander ses seins signifie les envelopper fermement. Le bandage des seins a été utilisé tout au long de l'histoire pour aider les femmes à arrêter de produire du lait maternel. Bien que les symptômes d'engorgement des deux groupes n'aient pas différé de manière significative au cours des 10 premiers jours, le groupe qui portait un bandage a ressenti plus de douleurs et de fuites dans l'ensemble.
- Utiliser un tire-lait : Un tire-lait risque au contraire de stimuler la lactation.
- La restriction hydrique Ne vous forcez pas à boire trop mais ne vous privez pas. Vous êtes une jeune maman.
Quand consulter un professionnel de santé ?
Il est important de consulter un professionnel de santé si vous ressentez des douleurs intenses, si vos seins deviennent rouges et chauds, ou si vous avez de la fièvre. Ces symptômes peuvent être le signe d'une mastite, une inflammation du sein qui nécessite un traitement médical.
Soutien émotionnel et informations complémentaires
Arrêter l'allaitement, même si c'est un choix, peut être difficile à gérer émotionnellement, aussi bien pour l'enfant que pour la mère. Il est important de prendre le temps pour le sevrage et de mesurer l'afflux d'émotions. Parlez à d'autres mères qui ont arrêté l'allaitement ou cherchez du soutien auprès d'un professionnel de la santé.
Comme pour toutes les questions d'allaitement, si vous avez besoin d'indications, de conseils, ou de retours d'expérience, pensez à vous renseigner auprès d'associations d'allaitement, de blogs (vérifier tout de même les sources), de votre sage-femme ou d'une conseillère en lactation. Les consultantes en lactation sont très souvent confrontées à ce genre de cas et peuvent vous apporter un accompagnement personnalisé.
Les médicaments pour stopper la montée de lait
Jusqu’en 2013, des médicaments capables de stopper la lactation étaient prescrits pour bloquer la montée de lait chez les femmes n’allaitant pas. En cas de contre-indication absolue d’allaitement, certains traitements médicamenteux peuvent être prescrits mais leur usage est réservé à des situations pathologiques particulières. En effet, ils peuvent provoquer des effets secondaires et indésirables graves comme des troubles neurologiques ou psychiatriques. Le but de ces médicament est d’inhiber la sécrétion de prolactine, l’hormone responsable de la production de lait maternel.
La cabergoline
La cabergoline, commercialisée sous le nom de Dostinex, est dotée d'une activité inhibitrice puissante et prolongée de la sécrétion de prolactine. La cabergoline peut être utilisée pour arrêter la montée de lait. Ce médicament, longtemps utilisé de façon systématique, est certes efficace mais expose à de nombreux effets indésirables graves : nausées, vomissements, douleurs abdominales, constipation, maux de tête, étourdissements, vertiges, fatigue, hypotension orthostatique avec ou sans malaises. Plus rarement : tension des seins, bouffées de chaleur, dépression post partum, fourmillement des extrémités.
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Il a été démontré que la cabergoline a moins d'effets secondaires que la bromocriptine. La cabergoline a une longue durée d'action, avec une demi-vie de 63 à 69 heures. C'est pourquoi il est conseillé aux mères d'exprimer et de jeter leur lait maternel pendant environ 5 jours après avoir utilisé la cabergoline. Par conséquent, éviter de prendre de la cabergoline pour un sevrage car vous ne pourrez plus donner de lait à votre enfant.
Le lisuride
Arolac, un médicament contenant du lisuride, peut être utilisé pour arrêter la montée de lait, principalement en cas de raisons médicales (par exemple mort fœtale in utero ou interruption médicale de grossesse). Il peut également être utilisé en cas d’inhibition de la montée laiteuse, arrêt de la lactation, engorgement mammaire, symptomatologie mammaire inflammatoire. Après l'accouchement, Arolac est déconseillé chez les femmes ayant des troubles psychiques ou antécédents psychiatriques. Une surveillance attentive est nécessaire en cas de tabagisme, hypertension artérielle, obésité, de maladie vasculaire ou de traitement par des médicaments vasoconstricteurs. Il ne faut pas allaiter en parallèle de la prise d’Arolac !
La bromocriptine
La bromocriptine était commercialisée sous le nom de Parlodel et Bromocriptine zentiva. Elle était utilisée car elle freine la sécrétion de la prolactine. La bromocriptine n’est pas recommandée pour l’inhibition de la lactation en routine ni pour le soulagement de la douleur en post-partum ou de l’engorgement mammaire qui peuvent être traités efficacement de manière non pharmacologique, mais elle peut être prescrite en cas de raison médicale (décès intra utérin, etc). Cela est dû au fait que l’agence nationale de sécurité du médicament a émis un avis en 2013 sur la bromocriptine : “La Commission de suivi du rapport entre les bénéfices et les risques des produits de santé, après en avoir délibéré, considère à l’unanimité que le rapport bénéfice-risque des médicaments à base de bromocriptine est défavorable dans l’indication «prévention ou inhibition de la lactation physiologique pour raison médicale dans le post-partum immédiat (ablactation) et dans le post-partum tardif (sevrage)”. En effet, la bromocriptine provoque des effets secondaires, comme une hypertension, un infarctus du myocarde, des convulsions, un accident vasculaire cérébral ou des troubles psychiatriques ont été rapportés chez des femmes traitées avec de la bromocriptine pour l’inhibition de la lactation en post-partum.
La pilule contraceptive
Il est parfois recommandé de prendre la pilule contraceptive pour stopper la montée de lait. Les œstrogènes ont un effet négatif sur la lactation, réduisant la production de lait. Ils peuvent être administrés sous forme de pilule contraceptive combinée, une fois par jour pendant une semaine, puis arrêtés.
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